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•
HISTOIRE
D E
FRANCE,
DepuîsTétabliffement de la Monarchie,
jufqifau règne de Louis XIV.
Par Af. rAbhé Felly,
TOME PREMIER,
Prix, 3 livres relié.
Chez
A. P A R I S :,
SAILLANT & NYON, rne Saint-
Jean-de-Beauvais.
Veuve D E S A I N T, rue du Foin-Saint-
Jacques,
M, DCC LXXV.
Avec Approbation ^ & Privilège du P<ci.
/f)M
•" e«« '
K-m4
'"ADAMSiW.
^■. I
A MONSEIGNEUR
DE MACHAULT,
Chevalier garde des fceaux de France ,
miniftre ôc fecrétaire d'Etat ayant
le département de la marine , com-
mandeur des ordres du roi , ôcc.
M
o N S E I c :n^e V r ,
C^eJÎ à un mlniflre égahmenX
cher au prince ^ aux fujets ^ que
je dédie Vhijloire d\me nation dont
il réunit tous les fuffrages. Ayant
à célébrer les grandes âclions des
hommes vraiment utiles à la pa-*
trie , j^ai voulu qu^à la tête de
leur éloge on vît un nom gloricux^
par de grands & fignalés fervi-
cts^ rendus de tous temps aux
Eois, à l'Etat & au Public: nom
a z
W E P I T R E.
fécond en pcrfonnagcs ilîujlres
dans toutes les charges où ils
ont été apelés , foit aux confeils ,
foit aux intendances des provin-
ces & des armées , foit dans les
cours fouv.eraines , comme fa-
ges , prudents , & très-équita-
bles fénateurs»
Ce font , Monseigneur ,
les propres termes dont feferv oit ,
il y a plus de cent ans y un de nos
vieux hifloriens François * ^ en
rendant à un de vos ancêtres le,
même hommage que Votre
Grandeur me permet de lui
rendre aujourd'hui, Quelnouveau\
fiijet d* admiration yfi comme nous^
il vous voyoit remplir les prC'-
mieres places de VEtat avec l'a-
plaudifement généra! d'une nation
éclairée , & fervir utilement le
prince dans des occafions aujfi dé^
* Corrofet , Tréfor de rhiftoire de France , impri-
mée en 1 5 4.< , & dédiée à M. François de Machault ,
ftigneur de Romaincourc & de Gardes , coiifeiUcr dti
foi en Tes ccnfeils > iSic^
È P I T R E. ^
ticatcs qu intcreffantes pour Fa fer-
mijjancnt de /à a trône , & l^ac-"
croiJJ'ement de fa ghire ! Admi-
niflratcur des finances du royaU'*
me y dépofj taire du fceau , de la
puijfance V des grâces du fouve-*
rairi chef du commerce des colo^
nies vS' des mers ^ vous ave^fçu
reunir tout ce que le minijUre ^
la magiflature ont de plus illuf"
tre ù de plus important. Mais
ce qui frape encore plus y c^cjl ce
génie fupeneur aux plus grands
emplois y cette vive intelligence
pour laquelle tout devient lumi-
neux^ cette grande ame au-dejjiis
des ob/tacles , qu'elle fçait égale-
ment prévoir & furmonter : ce J ont
enfin ces brillantes qualités de
Vefprit 5' du cœur , qui jointes
aux talents qui étonnent ^ forment
le grand homme y Vhonime aima-
ble.
V'^cilà y Monseigneur y ce
qui fixe les refpeSs du philoj'ophe
a 3
vj Ê p r T R i
comme du peuple, C^ejl auffi Vad^
miration juflement due à de fi
rares mérites , qui m^a infpiré
Vambition de voir h nom d^uti
minijîre toujours citoyen , orner
le commenc(^ment de cette nouvelle
hiftoire. Elle pouroit être écrite
avec plus d^élégance y mais non
avec plus de (ïncérité : le feul vrai
y ejl par-tout mon guide S' nia
fin. l^ous y Mon SFIGN F.v R %
qui aime^ la vérité & qui vouk:^
quon la dif'e , rcceve:^ le refpeclueux
tribut que je paie en même- temps
àfes charmes & à vos venus.
Je fuis avec un profond refpeci y
MONSEIGNEUR,
De Votre Grandeur^
Ls nès-humhle îf très-
chéijUcint ferviteur ^
vij
: PRÉFACE. .
On ne s'arrêtera point à démon-
trer les avantages de Thiftoire. Tout
le monde fçait que c'eft Técole où
fc font formés les Alexandres , les
Scipions , les Céfars , &: prefque
tout ce que l'univers compte de
héros. Néceffaire aux rois , qu elle
înftruit à rendre leurs peuples
meilleurs &: plus heureux ; utile a
l'homme d'Etat, dont elle étend
les vues jufque dans l'avenir, par
une jufte comparaifon de ce qui
eft arrivé \ agréable au fîmple par-
ticulier , fous les yeux duquel elle
fait paffer cominé en revue les
républiques, les royaumes &: les em-
pires , elle ofre à tout le genre hu-
hiain des connoifiances auffi cur
i;ieufes qu'intéreffantes fur fon ori-
gine , fes progrès , fes grandeurs, feç
foiblejQTes , fes vertus & fes vices,^
PRÉFACE.
Mais de toutes les hiftoires , k
plus digne de t'étudx d'un homme
qui penfe , eft fans contredit celle
de la patrie. C'eft une efpece de
tableau général de famille , ou
chaque citoyen croit reconnoîtrc
quelques-uns de fes ancêtres , les
uns dans un rang plus élevé , les
autres dans un état moins brillant,
tous véritablement utiles a la fo-
ciété. On fent par expérience ce
que peut une pareille perfuafion
fur ime ame bien née : l'exemple
toujours plus éficace que le pré-
cepte en reçoit une nouvelle for-
ce : delà cette noble émulation y
qui produit , & les grandes adions ^
&c les hommes célèbres en tout
genre.
C'eft fur-tout cet admirable éfet
qu'un auteur doit avoir en vue,
lorfqif il écrit les faftes de fa nation.
Mais pour le produire plus infail-
liblement, il faut que rhiiloirc
__ PRÉFACE, ix
écrite pour Tutilité commune, foit
en même-temps celle du prince &:
de l'Etat, de la politique &:de la
religion , des armes Se des fcien-
ces , des exploits &; des inventions
utiles ôc agréables. C'eft cependant
ce qui paroît avoir été le plus né-
gligé.
Il femble , en lifant quelques-
uns de nos hiftoriens , qu'ils ayent
moins envifagé Tordre chronolo-
gique des rois comme leur guide ,
que comme l'objet principal de
leur travail. Bornés à nous apren-
dres les viéloires ou les défaites du
fouverain, ils ne nous difentrien,
ou prefque rien des peuples qu'il
a rendus heureux ou malheureux.
On ne trouve dans leurs écrits
que longues defcriptions de fieges
& de batailles : nulle mention des
moeurs Se de Fefprit de la nation.
Elle y eft prefque toujours facrifiée
à un feul homme j & la gloire qui
X PRÉFACE.
réfulte des vertus pacifiques, y eft
partout immolée au brillant des
exploits guerriers. Ceft le défaut
qu'on a tâché d'éviter dans cette
nouvelle hiftoire de France.
L'idée qu'on s'y propofe , eft de
donner avec les annales des prin-
ces qui ont régné > celles de la na^-
tion qu'ils ont bien ou mal gou-
vernée ; de joindre aux noms des
héros qui ont reculé nos frontiè-
res, ceux des génies qui ont éten-
du nos lumières^ en un mot, d'en-
tre-mêler le récit de nos vidoires
& de nos conquêtes ^ de recher-
ches curieufes fur nos mœurs ,
nos loix & nos coutumes.
Les faits y feront plus ou moins
détaillés , félon qu'il fera plus ou
moins avantageux d'en être inf-
truit. On s'eft fur-tout apliqué à
remarquer les commencemens de
certains ufages , les principes de
nos libertés , les vraies fources Se
PRÉFACE. xj
Içs divers fondements de notre
droit public , l'origine des grandes
dignités , l'inftitution des parle^
ments , rétabliflement des univer-
fités , la fondation des ordres re-
ligieux ou militaires j enfin tout ce
que les arts &: les fciences nous
fourniflent de découvertes utiles à
la fociété.
On n'ofe fe flater que Tcxécution
réponde à la grandeur de Tentre-
prife. On peut du-moins affurer
qu'on n'a rien négligé pour rendre
Touvrage intéreffant , foit par les
faits , on les trouvera revêtus de
leurs principales circonftances ;
foit par l'exadlitude , on n'écrit
rien que fur des autorités décifi-
Ves. Ceft dans les fources ancien-
nes qu'on a puifé. Les auteurs
contemporains , les annales ôc les
chroniques du temps font les ga-
rants de ce qu'on avance. On s'eft
I fgit un devoir de confultcr les mi*
xij PRÉFACE.
moires de lacadémie des belles-
lettres , recueil infiniment pré-
cieux par mille endroits , mais fur-
tout par fes fçavantes differta-
tions, qui répandent de iî vives lu-
mières fur les points les plus em-,
brouillés de notre hiftoire. On les
trouvera par-tout cités fous le nom
de Mémoires de littérature y moins
encore pour abréger , que parce
qu'en éfet ils méritent ce titre par
excellence. Du Tillet , Ducange
^ Pafquier nous ont auffi fourni
de grands fecours. On verra par la
Icdure de cet ouvrage , qu'on a
fait de leurs écrits tout l'ufage que
m.éritent les excellentes recher-
ches dont ils font remplis.
On ne donne aujourdhui que
les deux premiers volumes. La
fuite , qui eft fous prelTe , ne fera
ni différente pour la forme , ni
moins intéreffante pour le fond.
HISTOIRE
\
ISTOIRE
D E
F R'A N C E. .
DISCOURS PR«ÉYiMINAIRE.
LORIGINE DES FRANÇOIS.
1 L femble qu'il foit de la deftinée des
nations célèbres de n'avoir aucun mo-
nument certain de leur origine. Athè-
nes ôc Rome n'ont eu que de foibles
lumières fur leurs ancêtres : les Fran-
çois ne connoiiïent qu'imparfaitement
leurs fondateurs. Les uns veulent qu'ils
foient defcendus des anciens rois de
Troie : d'autres affurent qu'ils ont pris
naiiïance dans les Gaules , d'où ils
itoient fortis avant ou après les con-
Tomc I, A
quêtes de Jules Céfar. Il y en a qui
les font venir de la Scandinavie ,
qu'on appelloit autrefois la mère
commune des peuples. Ceux - ci ,
fur l'autorité de quelques écrivains
cités par Grégoire de Tours , imagi-
nent que la Pannonie efb leur vérita-
ble berceau : ceux-là, fondés fur cer-
taine reffemblance de rtiœurs , préten-
dent que c'eft une colonie de ces fa-
meux Scythes libres , ou francs , qui ,
fuivant le témoignage d'Hérodote ,
habitoienr fur les bords des Palus-
Méotides. Le fentiment le plus pro-
bable eft qu'ils font originaires de
Germanie ^ mais on ne fçait pas pré-
^ cifément quelle ''partie de cette vafte
«Montrée fut leur première demeure ,
ni ce que fi-^niiioit anciennement le
nom de Franc. On. croit communé-
ment que c'étoit une ligue de plufieurs
peuples 5 qui occupoient cette étendue
PUiip. Cluv, de pays terminé à l'orient par l'Elbe ,
<^. 5. c. zo. ^^ micli par le Mein , au couchant par
le Rhin , au nord par la mer fepten-
trionale. C'eft- ce qu'on appelle au-»
jourd'hui la Franconie , la Turinge ,
la HelTe , la Frife , la Weftphalie.
T^f.xursdes Les auteurs anciens qui ont parlé
GeTmains! ^^ ^^^ peuples nous les repréfentenc
cpmme des fauvages , qui ne vivoien^
morihus Ger*
man.
Préliminaire. 5
que de leur chalfe , de fruits , de lé- Tadt. de
gumes , 6c de racines. Plus jaloux de
leur liberté qu'avides des chofes qui
procurent les délices de la vie , ils ne
connoiffoient ni l'or , ni l'argent , &c
tout leur commerce fe faifoit par
échange. Plus guerriers que civilifés ,
ils n'avoient d'autres villes, que leurs
forêts , d'autres maifons que des an-
tres fouter reins , ou de ruftiques bâti-
ments de bois & d'argile j d'autres pof-
fefïions , que les terres que le magiftrat
ou le prince leur diftribuoit chaque
année , fuivant la condition , les fer vi-
ces &■ la valeur d'un chacun. Vrais ,
fidèles , finceres , ils fe piquoient de la
plus fcrupuleufe délicateife fur le
point d'honneur : rigides obfervateurs
des loix de la nature, ils ignoroient ,
.ou puniiToient févérement les abomi-
nations qui deshonoroient la Grèce &:
l'Italie. Généreux dans leurs inimi-
tiés , une ofFenfe étoit auili-tot par-
donnée que reconnue : implacables
dans leurs hoftilités , fouvent leur ven-
geance dégénéroit en férocité. Ci-
toyens zélés , ils étoient toujours prêts
à tout facrifier pour la patrie : redou-
tables voifins 5 ils faifoient confifter
leur gloire 6c leur fureté à dévailer
Al
4 Discours
kurs propres frontières , & à fe fépa-'>.'
rer du refte de ranivers par d'afFreufes
folitudes. Mélange fingulier dactivir-.,
^ _ té & d'oifiveté , ils ne favoient ni s'oc-
cuper utilement pendant la paix , ni
fe modérer pendant la guerre. On adr-.]
miroit fur -tout leur zèle emprefifé i
exercer Thofpitalité. Leurs maifons ;
étoient toujours ouvertes à l'étranger ri
on le défrayoit pendant fon féjour : oït}
lui faifoit des préfents à fon départ,
leur rclî- Leur religion fe reflTentoit de la,
ê'îon. fimplicité de leurs mœurs. Leurs
dieux étoient le foleil , la lune , le feu ,
les arbres , les rivières : leurs temples ,
ces cavernes ténébreufes , ou les en-
droits de leurs forêts les plus fombres
8c les plus impénétrables à la clarté
du jour : leurs facrifices , des vidfcimes
humaines , des brebis , des loups , des
renards : leurs prêtres , des magiciens
plutôt que cies théologiens î leurs ma-
nages , des locietcs toujours de goût ,
jamais d'intérêt : les femmes exclues
des fucceffions n'apportoient aucune
dot : leurs funérailles , de fimples ce-
' rémonies d'où le fafte étoit banni ,
mais où brilloit leur extrême tendreffe
pour les morts. Lorfqu'on les brûloit >
ç'étoit avec un bois choifi ; lorfqu'on
les inhumoit , c'étoit avec tout ce
Préliminaire. 5
qu'ils avoient de plus riche & de plus
précieux , fouvent même avec un do-
meilicpe pour les fervir dans l'autre
inonde.
La nation étoit divifée en quatre Leur goiu
clalTes , les nobles , les libres , les af- vememenc
franchis , les ferfs-. L'hiftoire leur don-
ne tantôt des rois , quelquefois un
prince , fouvent des ducs. L'-autorité
des rois étoit perpétuelle , celle du
prince n'étoit que pour un temps ^ les
ducs ne commandoient que pendant
la guerre. Les uns & les autres n'a-
voient qu un pouvoir limite : les gran-^
11, c>
des affaires fe décidoient dans l'auem-
blée des Etats. On choifiiToit toujours
les rois parmi la plus haute noblelTe :
dans l'éleélion des ducs on confidéroit
le mérite plus que la nailTance. Aucun
de ces chefs ou commandants n'avoir
droit de lever des impôts : chaque
particulier leur payoit un tribut vo-
lontaire fur fa récolte , ou fur fes trou-
peaux. Ce préfent , libre hommage de
l'amour du fujet, étoit en r.ième temps
toute la récompenfe des travaux , ôc
tout l'entretien de la maifon du fou-
verain. L'ufage des lettres ou carac-
tères leur étant totalement inconnu ,
ils n'avoient ni annales, ni loix écri-
A3
6 Discours
tes. Les bardes ou pob'res étoient leurs
hiftoriens ^ les chanfons, leurs hiftoi-
res j la coutume & les lumières du bon
fens 5 leur code & leur digefte. On
punifïbit l'adultère , monftre horrible
parmi eux , par Tignominie & la répu-
diation : une mort honteufe étoit le
châtiment des traîtres & des transfu-
ges : on enfeveliiïbit tout vivants dans
un bourbier les lâches , les poltrons ,
& ceux qui s'étoient fouilles d'un cri-
me abominable. Supplice inoui , qui
caraétérife parfaitement l'horreur de
ces peuples aulîî braves que ver-
tueux y pour t'oute efpèce d'intamie.
leur mî- Le génie guerrier de la nation pa-
^"' roijfïoit jufque dans l'éducation des
enfants. Us ne connoifToient d'autres
jeux & amufements que. l'exercice
à pied ou à cheval. Cependant ils
ne pouvoient porter les armes que
du confentement de leur cité. On
s'affembloit : quelqu'un des princes ,
les pères, ou les parents des candidats ,
leur faifoient préfent d'une lance &
d'un bouclier : cette cérémonie les ini-
tioit dans l'ordre militaire , & les afTo-
cioit aux braves de l'Etat. Leurs armes
étoient l'épée , la framée _, lance ou
hallebarde , la fronde , le maillet ,
l'angon ou javelot: , qu'ils dardoienc.
Préliminaire. 7
de loin , la hache qu'ils lançoient de '
près 5 & la caieïe j efpece de mafTue
roLirde te pefante , qu'ils jettoient au
milieu des bataillons ennemis , & qui
écrafoic tout par fon poids énorme^
Un bouclier plus haut que large , ou-
vrage de fimple ofier ou d'écorce
d'arbres , mais dont la perte entraînoic
après foi le deshonneur & l'infamie ;
une cuiraffe qu'ils couvroient de quel-
que peau d'ours ou de fanglier \ un
cafque furmonté de queue de chevaux
teintes en rouge, ou de quelque figu-
re hideufe , compofoient toute leur
armure. Leurs enfeignes n'olfroienc
que des objets terribles : c'étoit tout
ce qu'il y avoit de plus féroce parmi
les animaux , ou de plus horrible dans
leurs bois facrés. Rien de plus uni-
forme que leur ordre de bataille. L'in-
fanterie toujours placée au centre ,
formoit une efpece de triangle auquel ^^^ro 1. 14.
on donnoit le nom de coin , parce que
fà pointe étant tournée vers l'ennemi ,
fa deftination étoit de l'enfoncer & de
le rompre. Cent jeunes hommes choi-
fis combattoient à la tète de ce corps
d'élite. La cavalerie étoit poftée fur
les ailes : les chariots & les bagages
compofoient leur arrière - garde. On
A4
â Discours
leur reprocha long-temps de fe battre
tiimultuairement , &: de ne connoître
ni frein , ni retenue : ce fut des Ro-
mains qu'ils apprirent toutes les rufes
de lattaque 6c de la défenfe.
leur ma- C'étoit , fuivant le témoignage de
due. Pline , le peuple de l'Europe qui en-
tendoit le mieux la mer. Leurs vaif-
féaux faits de plufieurs cuirs coufus
enfemble , ou d'oiier couvert de cuir ,
îi'avoient ni voiles , ni proues , ôc n'a-
vançoient qu'à force de rames. D'a-
bord leur navigation étoit bornée aux
rivages les plus voifins : infenfible-
ment ils bazardèrent de plus longues
courfes , rangèrent la cote de la Gaule
/ 3c de l'Efpagne , & pénétrèrent par le
détroit de Gibraltaî^ jufque dans la
Méditerranée.
leurs gfuer- Tels étoient ces anciens Francs ou
^J^^^j^g^^" Germains , fi fouvent attaqués, quel-
quefois battus, jamais entièrement fub-
jugués par les Romains. Le vainqueur
Crrfar de àcs Gaùles , Jules Cefar , porta deux
j^eiio GdL fois {qs armes dans leur pays : deux
"' ^ * fois il repafTa le Rhin , ne remportant
d'autre avantage que d'avoir fait la
dégât fur leurs terres , & de leur avoir
brûlé quelques villages. Augufte qui
voyoit tout l'univers fournis à fes loix.
Préliminaire. 9
ne put les réduire fous le joug. On Fi, /. i , c.
fçait quelle fut la confternation de ce ^J- ' ^^ ^^^'
prince , lorfqu'il apprit le malTacre des
légions commandées par Varus. La
-peur lui fit oublier ce qu'il devoir à fa
dignité : il fe crut perdu jufque dans
Rome 5 qu'il s'imaginoit déjà voir en
proie à la fureur de ce peuple indom-
ptable. Tibère , qui n'étant que parti-
culier 5 leur avoir fait la guerre avec
plus de gloire que d'utilité pour l'em-
pire 5 défendit de les inquiéter , lorf-
qu'il fut monté fur le trône : content
de les refTerrer dans leurs forêts , & de
les mettre hors d'état de faire des
courfes dans les Gaules. Caligula eni- ^^^ .
vré du fol efpoir d'égaler les victoires Cai,
de Germanicus fon père , arma puif-
famment contre cette nation belli-
queufe : une fuite précipitée , la honte
de n'avoir rien ofé entreprendre , en-
jfin le mépris d'un peuple dont la bra-
voure & l'honneur éroient les plus
chères idoles , fut tout le fruit de ce
brillant appareil. Claudius & la plu- Taduann,
part de les fucceifeurs ne fongerent i- 1 1.
qu'à leur fermer le paiïage du Rhin ,
& bornèrent toute leur politique à les
lâiiTer fe détruire & fe confumer par
ieius dilfenfions domelliques. Marc*
As
lo Discours
Aurèle 5 qui ofa les aller chercher juf-
qiie dans leurs mirais , perdit trente- 1
trois mille hommes dans la première
bataille qu'il leur donna ; Se s'il les
vainquit dans les défilés de Carnunte ,
il avoua lui-même qu'il ne devoir la
vidloire qu'au plus éclatant de tous les
prodiges. Cet avantage miraculeux les
étonna fans les abattre. Bientôt ils
prifierent le Rhin , & fe jetterent fur
Heroi 1 6. les Gaules. Alexandre Sévère , qui
^JS^'^^J./^teno'ii alors l'empire, accourut au pre-
mier bruit de cette irruption y c'étoic
un prince brave , qui aima pourtant
mieux leur prodiguer fes tréfors pour
acheter la paix , que de- rifquer une
bataille qui pouvoit perdre l'État. M^
M. Cap, ximin qui lui fuccéda , délivra , pour
m.viaxim. qi^ieîque temps, les Gaules de la crainte
de ces peuples toujours inquiets , 8c tou-
jours remuants. Il ne paroit pas qu'ils
ayent rien entrepris de confidérable
jufqu'au règne de l'infortuné Valérien.
Quelques 11 eft vrai qu'on lit dans la chroni-
peuple? de «^^ d'Alexandrie , que les deux Dé-
OeriT.inie K « ri r ^ / n
paroiffcnt CUIS , père & nls 5 furent tues en allant
îî^l:.^^ "'™ à Ja guerre contre les Francs : mais
tous les autres hiftoriens afTurent que
ces devx princes moururent au - delà
'du Danube dans une expédition con-
de Francs.
pRiLIMlNAlRE. Il
rre les Goths. Ce ne fut donc que fous
Fempire de Valérien , que les Atcua-
riens , les Bru6teres , les Chamaves ^
les Sali en s , les Catces , les Amiiva-
riens , les Cauces , les Sicambres & les
Frifons , tous peuples de Germanie ^ ^'"'-f' ^* ^ >
commencèrent à fe rendre redoutables
fous le nom de Francs. L'hiftoire rap-
porte qu'ils fe répandirent dans la pre-
mière & la féconde Germanique ;
qu'Aurélien , qui depuis fut empereur,
furprit un de leurs détachements , leur
tua fept cents hommes , &: fit trois
cents prifonniers. Les réjouiffances »
les vers Se les chanfons que Von fit à
cette occaiion , témoignent combien
cette nation étoit redoutée des Ro-
mains , puifqu'ils relevoient avec tant
d'emphafe un avantage fi peu conu-
dérabîe.
Quelque temps après , Se fous le me- Leurs 'ncif-
^^^ ^ ^-1 ^ (ions dans les
me empereur , ils tentèrent une nou- Gaules.
v-elle irruption dans les Gaules. Gai-
lien qui n'étoit encore que Céfar , les
repouGfa au pafifaç'e du Rhin, Se raflu- So^jm.î.iii
Ta les Belees effrayés. Mais lorfqu'il f^^^/è?
fut monté fur le trône , il fut fi peu
jaloux d'en conferver les droits ôc les
ptéro-natives , que l'on vit s'élcvec
autant de tyrans , que l'empire avoit
A6
srian.
Il Discouas
de provinces. Les Francs profitèrent
m!''temv! ' ^^ ^^ n-ouble univerfel , le faifirenc
' Frof, i, 7. de tous les vaiiïeaux qu'ils purent trou-
ver 5 s'embarquèrent fur l'Océan , .5^
pénétrèrent , les uns dans les Efpagnes
qu'ils ravagèrent pendant douze ans ,
les autres jufque dans l'Afrique , où
ils mirent tout à feu ôc à fang. Las de
piller ôc de faccager , ils retournèrent
enfin dans leur pays , chargés d'un ri-
che butin 5 que perfonn^ ne fe mit en
devoir de leur difputer.
Foplfc. In Le long interrègne qui fuivit lajnort
d'Aurélien , réveilla leur avidité : ils
palTerent le Rhin fuivis de plufieurs
autres peuples de Germanie, fe jette-
rent fur les Gaules , 3c furprirent foi-
xante-dix villes. Probus marcha contre
eux à la tète d'une puiffante armée ,
les battit en plufieurs rencontres , leur
enleva toutes leurs conquêtes , de les
pourfuivit jufque dans leurs marais.
Les Francs qu'il fit prifonniers
,dans cette glorieufe expédition , fu-
rent transférés par fes ordres dans le
royaume de Pont. 11 croyoit qu'ainfi
expatriés , ils ceiferoient de remuer de
de troubler l'empire : il fe trompa.
"Evmtnms Cette brave jeunefie le voyant occupé
?« Oraf. de ^ d'auttes guerres ^ s'empara de queU
Préliminaire. 15'
ques barques , courut les mers , de ^onzgeflts ConJ^
la défolation fur toutes les côtes de^'^'""'
l'Afîe mineure , de la Trace , de la
Macédoine , de la Grèce , de l'Afrique
3c de la Sicile, dont elle força 3c pilla
la capitale.
Ces brigandages irritèrent les em- Tadt. de
pereurs , c]ui jurèrent la perte de cette ^^^^ „, ^
indocile nation. Mais tous leurs efforts
furent impuilTants. Ces braves peuples ,
dit Tacite , quoique fouvent repoufles ,
fe font toujours maintenus , 3c , mal-
gré nos vains triomphes , n'ont point
été vaincus. Conftantius les alla cher- Eumen. fn
cher jufque dans leurs retraites les plus f^JJ^j'^, ''"■^'
inacceflîbles 5 fit un grand nombre de
prifonniers , les rranfplanta dans le pays
d'Amiens , de Beauvais , de Langres,
de Troies , 3c les força de cultiver ces
mêmes terres qu'ils venoient de dé-
foler. Conftantin leur fit une guerre
cruelle , ravagea leurs contrées , brûla
leurs villages, prit deux de leurs rois, inOraT.œi,
qu'il expofa aux bêtes dans i'amphi- {"/ ^^^J/j^^;
théâtre de Trêves. Les orateurs de ce
temps , en croyant relever la gloire
de ce prince , n'ont fait que mieux
fentir l'excès de cette barbarie. Les
autres nations _, difent-iîs , craignent
les atteintes des bêtes féroces auxquelles
^4 Discours
on les expofe : les Francs les affrontent y
les irritent _, & témoignent par là qu'ils
peuvent mourir ^ mais quils ne peuvent
être domptés.
Vihan. de Conflaiis pei'fuadé que fes armes ne
ConLnf^^ feroient point capables d'arrêter & de
Socrat.i, 11. contQniï des ennemis que toutes les
Soiom, forces de fon père n'avoient pu abbattre ,
rechercha leur amitié , & (in loué d'a-
voir employé les tréfors de Tempire
pour acheter leur alliance.
Depuis ce traité fi glorieux pour les
Francs , on les voit occuper les pre-
mières places à la cour & dans les ar-
mées des empereurs. On trouve un
Sylvanus grand maître de la milice
Âmmiams fous Conftans 5 un Mellobaude comte
l,\, ' 'des domeftiques 5 un Merobaube , un
Bauton , un Ricomer , patrices & con-
fuls fous Gratien , un Carietton, gouver-
neur des Gaules fous Valeatinîen II ,
Sui^. Alex, un Arbogafte enBn, tuteur de ce prince
^'^'^'- , &c régent en occident par le choLi du
,Oreg Tir. grand 1 heodoie. Mais tandis que ceux-
l i , c. p. .çj étoient les boulevarts de l'empire ,
d'autres Francs le défoloient par leurs
incurlions.
Creg. Tur. Lorfque Maxi lie renfermé dans
'^iC,9. Aquilée . tOLîchoit au moment de fa
peite^ Genobaude ^ Marcomer de Sim-
Préliminaire. 15
non firent une irruption dans les Gau-
les , où ils paiïerent au fil de l'épée tout
ce qui fe mit en devoir de leur réiifter,
Quintinus & Nanniénus, gouverneurs
pour les Romains , afTemblerent auiîi-
tôt leur armée , & fe rendirent à Colo-
gne. Une partie des Francs repalTa le
Rhin chargé de dépouilles : ceux qui
refterent pour faire tête à l'ennemi 5
furent battus & défaits près de la fo-
rêt Charbonnière. Ce uiccès enfla le
cœur de Quintinus : il ofa , connre la-
vis de fon collègue , paffer le fleuve
pour aller combattre cette fiere nation
jufque dans fes foyers. L'événement
juftifia les remontrances de Nanniénus ;
l'élite des troupes de l'empire périt dans
cette malheureufe expédition. La ca-
valerie fut maffacrée j le peu d'infan-
terie qui échappa aux armes des vain-
queurs 5 dut fon falut aux ténèbres de
la nuit.
11 ne paroît pas que dans toutes ces
incurfions qui durèrent l'efpace de plus
de cent cinquante ans , les Francs ayent
eu d'autre deiTein que de piller. La fa-
cilité d'envahir la Gaule leur en lit
naître le defir. Déjà lès Alims , les
Suèves , les Gépides , les Vandales
l'avoient ravagée en pailant : déjà Iq$
i€ Discours
Goths 6c les Bourguignons s'y étoieiic
établis 5 ceux-ci vers les Alpes , ceux-M
vers les Pyrénées. Le refte du pays
Orcf. l. 7 , ^j-oi^ j-nal défendu : la puilTance romaine
étoit abattue par les guerres intefti^
nés : tout l'Etat tomboit en ruine par
l'incapacité de fes chefs. Ces confidé-
rations réveillèrent l'ardeur des Francs :
ils franchirent de nouveau les barrières
du Rhin, non plus comme des brigands
qui ne refpixent que le pillage ^ mais
comme des conquérants , qui cherchent
une demeure fixe.
s'fjatîon On appelloit anciennement Gaule
Gaules. ^^^^^ partie de l'Europe qui eft entre le
SeraL i, i. Rhin , les deux mers, les Alpes & les
Pyrénées. Cette grande région eft re-
nomméejpour la bonté du climat , pour
la richefïe &: la fécondité du fol, &:
pour l'excellence de ïts eaux minérales.
Dioi. i. ;. On ûdmire fur-tout la beauté de fa fi-
tuation , qui offre à la vue le fpedacle
de quantité de montagnes couronnées
de bois , de coteaux plantés Ôc embel- J
lis de vignes , de vallées de de plaines I
fertiles , de prairies entre - coupées de "
rivières & de fleuves , qui , après avoir
répandu par-tout l'abondance , vont fe
décharger dans l'Océan ou dans la
Méditerranée»
Préliminaire. 17
Quoiaue célèbre par tous ces avan- ,^'^\^.'5^^é
-i ni r r deshabitaRts
tagei, la Gaule elt plus tameuie en- de la Gauie
cor^pour Tanaquité , le courage, &&ieu"coio*
l'heureux génie de fes habitants. On Tiàus Lî-
fçait qu'ils ont envoyé des colonies dans '^''"^^^.^^^'<^"»
toutes les parties du monde connu. L'ir- jujiinj. 14.
ruption & rétabiiiTement de Si^oveze ''j'^yl- /• ^'
dans la Bohême & dans la Bavière ,
une partie de llbérie & de l'Italie con-
quife par Tarmée de Belloveze, Rome
prife êc faccagée par Brennus , le tem-
ple de Delphes pillé , la Macédoine
6c la Dardanie ravagées par deux autres
princes du même nom , la Thrace , la
Propontide , l'Eolide , Tlonie , Se tout
le pays qu arrofe le fleuve Halis fub-
jiigués par Lonnorius de Luthaire , font
autant de monuments de la valeur de
de l'intrépidité des Gaulois. S'ils ont
enfin fubi le joug, ce ne fut qu'après
avoir long-temps combattu pour la li-
berté ^ & leur vainqueur eft celui de
Rome Se du monde entier.
Je ne parlerai ni de leur- origine,
elle fe perd dans l'antiquité la plus
reculée j ni de leurs mœurs & coutu-
mes anciennes , toutes les Mftoires en Ccrfar ds
font pleines^ ni enfin de cette incli- *^^' ^'*'- ^* ^'»
nation guerrière qui lès diftinguoit
de tous les autres peuples de Tunivers.
iS Discours
11 ctoit padé en proverbe qu'il *n'y
avoir poinr d'armée fans foldats Ga^ois,
Il fiiftit , pour rinteliigence de cette
hiftoire , de donner une légère idée
de l'état de la Gaule , iorfque lès Francs
en firent la conquête.
Dîvînonde 2\\q étoit alors divifée en dix-fept
la Gaule <k . . . r
fon gouver- ptovuices , Cinq Viennoiies , trois Aqui-
nement ci- taines , cinq Lyonnoifes , deux Germa-
niques , & deux Eelgiques. Ces pro-
vinces avoient chacune leur métropole :
les cinq Viennoifes , Vienne , Nar-
bonne , Aix , Embrun , 3c Monftier
en Tarantaife ^ les trois Aquitaines ,
Bourges, Bordeaux de Auch^ les cinq
Lyonnoifes , Lyon , Rouen , Tours , Sens
de Befançon j les deux Germaniques ,
Mayence Ôc Cologne ; les deux Bel-
giques , Trêves & Rheims. Chaque
province étoit diftribuée en plufieurs
peuples 5 chaque peuple en plufieurs
pays , chaque pays en plufieurs parties.
Ces peuples avoient leur capitale ,
dont relevoient les petites villes de
les bourgades qui étoient les chefs-
lieux des pays Se des parties : les ca-
pitales renortiffoient elles-mème à la
métropole , où réfîdoit le gouverneur
. de la province. La juftice fe rendoit
fuivant le Droit Romain ; cous les ades
PRELIMII^AIRE. 15)
publics étoient en latin , coutume qui
s'obferva long-temps en France. On
voit une image de cette diftribution
de provinces & de cette fubordination
de jurifdidion , dans le gouvernement
.préfent de l'Eglife Gallicane. Les ar-
chevêchés reprefentent les métropoles;
les évêchés , les capitales, les archi-
diaconés , les petites villes ] les doyen-
nés , les bourg-ades.
Les gouvernements de ces provinces
étoient ou confulaires, ou préiidiaux.
Le fénat nommoit anciennement aux Legouver.
premiers, qui étoient au nombre dej"",^^^'^^^'^"
iix 5 la première Lyonnoife , les deux Gaules.
Germaniques , les deux Belgiques , la
première Viennoife : les onze autres
dépendoient des empereurs , qui en
dilpofoient à leur gré. Cependant cette
diftindion n'emportoit aucune idée
de prééminence. Ceux qui tenoient
ces grandes places , jouifioient égale-
ment d'une autorité prefque abfolue
dans leur département , ôc tous fai-
foient porter les faifceaux devant eux»
11 y avoit aufli des ducs dans les villes
frontières , & des comtes dans les citése
Les premiers étoient des officiers du
premier rang qui ne recevoient l'ordre
«jue des légats : le féconds étoient
io Discours
comme âfreiTeiirs ou confeillers des
généraux d'armée & des gouverneurs
de province. Conftantin le Grand ho-
nora de .cette qualité tous ceux qui
avoient quelque emploi confidérable
dans fa maifon, dans la jufticê, dans
les finances ou dans les armées. Les
ducs de les comtes militaires étoient
les plus diftingués. On leur affigna la
jouilïance de certaines terres pour leur
entretien. Du commencement ces
dignités n'étoient que pour un temps:
elles furent enfuite données à vie :
enfin elles devinrent héréditaires dans
les familles. On voit par la notice de
l'empire , qu'il y avoit deux comtes
dans les Gaules, le premier dans les
marches de Strasbourg , le fécond fur
la côte Saxonique , qui faifoit partie
de la féconde Belgique. On y comp-
toit aulîî cinq ducs qui commandoient ,
l'un dans la Franche - Comté , l'autre
dans la Normandie Se la Bretagne ,
celui-ci à Rheims, celui-là à Cologne,
& un autre à Mayence. On trouve
.encore au nombre des grands officiers
de la Gaule un maître de la cavalerie ,
qui diftribuoit aux ducs &c aux comtes
les troupes qu'il recevoir lui-même du
grand-maître de la milice» On avoi;
Préliminaire. il
établi dans plufieurs villes des arfe-
naux où. l'on forgeoit les armes ijé-
eeffaires pour cette multitude (^ ^ fol^
dats. On en £ibriquoic de toute efpece
à Strasbourg : Mâcon fournilToit les
flèches & les traits j Rheims , les épces^
Autun, les cuiralTes ; Amiens, Trêves
ôc Solfions 5 les boucliers , les bakiles ,
de les harnois des gendarmes.
Lorfque le grand Conftantin fe vit Préfet (îu
paifible poITefTeur de l'empire, il créaf^V''^''^,Jf*
un prêter du prétoire pour les Gaules,
Cet officier jouilToit d'un pouvoir pref-
que fouverain. La guerre , la finance ,
la juftice , les impôts , 'tout étoit de
fon refTort , il ordonnoit de tout. Son
autorité s'étendoit jufque fur les pré-
^dents & gouverneurs des provinces.
11 leur faifoit rendre compte de leuc
adminiftration , &c pouvoir les dépofer,
lorsqu'ils avoient malverfé. On appel-
loit de tous les autres tribunaux à celui
du préfet , qui ne relevoit que de l'em-
pereur. Il avoir fous lui trois vicaires ,
l'un dans les Gaules , l'autre dans les
Efpagnes , le troifieme dans la grande
Bretagne. Trêves étoit le lieu de fa
réfidence ordinaire : c'eft ^r cette rai-
fon qu'elle devint la capitale des Gau-
les, Mais ayant été faccagce par les
5.1 Discours
barbares , Honorius transféra cet hon-
neur à la ville d'Arles , qui fut diftraite
de Vienne , Ôc conftitua la dix-huitieme
métropole.
Religion Le chriftianifme étoit depuis long^
étâburdans temps la religion dominante des Gau-
les Gaules^ les. L'évaugile y avoit été annoncé ,
tres^ou tes ^^.^o" quelques - uns , par faint Luc ,
diicipies. faint Philippe & faint Paul ; félon
Hifi. ScLcr. quelques autres , par Crefcent difciple
'• ^* de ce grand apôtre. Quoiqu'il en foit,
Eufeh. hifi. la perfécution qui s'éleva fous Anto-
'^*^'^' nin ôc Marc-Aurèle 5 témoigne que
les églifes de Vienne ôc de Lyon
étoient fondées depuis plufieurs an-
nées 5 puifqu'il s'y trouva un fi grand
nombre de chrétiens qui fcellerent la
Greg, Tur* foi de leur fang. Grégoire de Tours
fc|?. /. i , c, rapporte que fous l'empire de Décius ,
Trophimes fut envoyé à Arles , Paul à
Narbonne 5 Martial à Limoges, Stre-
mon en Auvergne , Gatien à Tours,
Saturnin à Touloufe , ôc Denis à Paris.
Ces iaints évêques y prêchèrent l'évan-
gile avec tant de fuccès , qu'ils fondè-
rent plufîeurs églifes & convertirent
une bonne partie des Gaules. Bientôt
on vit paroilre les Hilaires de Poitiers ,
les Martins de Tours, les Exuperes de
Touloufe , 6c tant d'autres faints per-
Préliminaire. %^
fonnages , qui. furent la lumière ôc
l'exemple de toutes les églifes. C'eft
dans un concile tenu à Arles , que
rOccident aiTemblé termina la fameufe
difpute des Donatiftes d'Afrique. Ce-
lui de Cologne , où l'on anathéma-
tifa l'évêque Euphratas qui nioit la
divinité de Jéfus-Chrift ; celui de Pa-
ris 5 où l'on reconnut folemnellement
l'orthodoxie d'Athanafe ^ celui de Va-
lence, où l'on fit les plus beaux règle-- „ , . «.
ments pour les mœurs ^ celui de Bor- diahg* i*
deaux , où l'on excommunia les évè-
ques 5 qui oubliant l'efprit de douceur
il recommandé dans l'évangile , folii-
citoient. auprès de l'empereur la mort
de l'hérétique Prîfciliien & de fes {ec-
tateurs , font autant d'illuftres témoi-
gnages du zèle de l'églife Gallicane
pour la pureté de la foi , pour l'inté-
grité de la morale, &c pour la fainteié
de la difcipline.
Tandis que ces hommes pieux il- Fcat dey
iuftroient la Gaule par l'éclat de i^urs {f^'^'J^"";^
vertus, un erand nombre de fcavants fes écoles les
perfonnages y faiioient fleurir les ^J^J '^^^^'
beaux - arts & les fciences. 11 y avoit
de célèbres académies à Marfeille , à
Lyon , à Befançon , à Autun , à Nar-
bonne , à Touloufe , à Bordeaux , â
24 Discours
Poitiers 5 à Clermont , à Trêves , à
Rheims. On y enfeignoit la philofo-
phie 5 la mé-decine , les mathémati-
ques 5 l'aûronomie , la jurifprudence ,
la grammaire , la pocfie , ôc fur-tout
l'éloquence. Celles de Marfeille , de
Bordeaux & de Lyon écoient les plus
diffcinguées. La première compte au
nobre de fes profelfeurs un Critias
ou Crinias , fçavant médecin , qui pa-
rut peu de temps après Hippocrate , un
Pythéas célèbre géographe , un Mené-
crate grand juriiconfuîte , un Stace
fameux rhéteur, un Pétrone auflî con-
nu par la pureté de fon ftile que pair
robfcénité de ùs portraits fatiriques ,
. un Trogue Pompée fi renommé pour
fon hiftoire univerfelle dont on regret-
tera long-temps la perte , un Favorin
qui étoit un prodige d'éruditon , en-
fin un Salvien , un Gennade , un Sa-
lonin 5 un Vi6torin , un Céfaire , un
Avitus 5 orateurs auflî recommanda-
bles par la fainteté de leur vie , que
par la beauté de leur génie. Bordeaux
fut le théâtre où brillèrent fur-tout ,
Minervius qu'on appelloit le fécond
Quintilien ; Atchius Patera qui fut
nommé le plus puiifant des rhéteurs;
Proœréfius à qui la capitale du monde
érigea.
Préliminaire. 25
érigea une ftatue avec cette glorieufe
infcription : Rome la reine des rois au
roi de C éloquence'^ Aiifone, enfin, que
le mérite joint à la fortune éleva à la
féconde dignité de l'empire. La prin-
cipale gloire de la ville de Lyon eft
d'avoir enfermé dans fes murs ce re-
doutable Athenœum , où chaque an-
née les plus grands orateurs venoient
difputer le prix de l'éloquence dans
une ailèmblée générale de tous les
peuples de la Gaule. Les vaincus étoient
condamnés à efïacer leurs propres écries
avec leur langue , ou â être précipités
du milieu du pont dans la Saône. 11
feroit infini de rapporter les noms de
rous ceux qui ont illuftré cette ancienne
académie. Je ne parlerai donc ni ^\\n
Julius Florus , que Quintiiien appelle
le prince de l'éloquence dans la Gau~
le , ni d'un Julius fecundus , dont ce
rhéteur admiroit la belle élocution. Je
dirai feulement , & c'eft imm.ortalifer
cette école , que le Eucheurs de Lvon ,
les Sidonius Apollinaris , les Claudieiis
Mamers, les Conftantius, les Remis
de Rheims, & les princes de Soiifons y
ont reçu les premières teintures des
belles-lettres.
La tradition d'Autun fait remonter
l'origine de fou école jufqua l'antiquité
Tome /. B
z6 Discours
la plus reculée. On prétend qu'elle a ccc
fondée par les Druides , &c bâtie fur un
mont qui porte encore aujourd'hui leur
»Mcntediu. nom. * Elle tire fon plus grand éclat
des deux Eumenius aïeul & petit-fils.
Le dernier étoit un des principaux offi-
ciers du palais de Conftantius Chlorus.
Le temps de la barbarie ont refpedté le
panégyrique qu'il prononça à la louange
de ce grand prince. Clermont doit une
partie de fa réputation aux illuftres Fron-
tons 5 ces grands maîtres d'éloquence,
dont l'un fut précepteur de l'empereur
Antonin, qui l'honora de la dignité de
confuL Ce feroit une erreur d'imaginer
que Touloufe doit fon principal luftre à
l'inftitution des jeux floraux par l'incom-
paral^le Clémence , de l'ancienne mai-
fon des Ifaures : il eft certain que long-
temps auparavant , un iïmilius Arborius,
un Exupere 5 un Sédatus, noms confa-
cris dans les faftes de l'éloquence , lui
avoient mérité à jufte titre le glorieux
furnom de ville de Pallas. Narbonne
n'eft pas moins célèbre par les grands
hommes qui ont brillé dans fes écoles.
Cette fameufe académie compte au
nombre de fes profeifeurs Votiénus
Montanus , T érenrius Varro , Exupere ,
les deux Confences , dont le nom feul
fait l'éloge. Mais Je comble de fa gloire
P R É L I Ivl I N A I R E. I7
cft d'avoir eu pour élèves les empereurs
Carinus ôc Numérianus.
Il faut convenir cependant qu'on ne
trouve point dans les écrits des auteurs
dont nous parlons , ce goût & cet élo-
quence naturels qu'on admire dans les DécpAcr.a
écrivains du fîècle d'Augufte : ce qu'on le^treTd ps
ne doit attribuer à aucune négligence de les Gauks.
la part des hommes. On cultivoit les
fciencesavec autant de foin, on récom-
penfoit le mérite avec autant de magni-
ncence. Les empereurs aimoient les
gens de kttres , recherchoienc leur
commerce , les combloient d'honneurs
&'de biens. Leur profeiîîon n'avoit rien
que d'honorable : on paiToit d'une chaire
d'éloquence ou de poëfie aux plus émi-
nentes dignités de l'empire. Mais ce
qui devoir naturellement contribuer à
la perfedion des beaux-arts, ne fervit
qu'à accélérer leur chute. On voulut •
avoir plus d'efprit que les anciens , on
négligea la belle nature pour fe livrer â
tout ce que l'art a de plus compaffé. On
courut après les ornements , on donna
dans de faux brillants. Pour paroître
neuf, on devint précieux^ en cherchant
à plaire, on fe jetta dans le frivole. Ou
imagina de nouvelles façons de parler
on introduidt mille nouveaux mots »
qui infenfiblement altérèrent la pureté
Bi
iS Discours
du llyle ôc de la langue. Les incurfions \
des barbares achevèrent de pervertir le
goût : les écoles furent détruites. On
relégua les fciences Se les arts dans les
cloîtres , dans les monaftères , ou dans
le palais des évêques.
Tel étoit l'état de la Gaule , lorfquq
les Francs tentèrent de s'y établir. C'eft
dans cette vue qu'ils réfolurent d'avoir
toujours des rois de leur nation. Ce fuç
le premier coup qu'ils portèrent a l'au-»
torité des Romains , qui voiiloient les
confondre parmi leurs autres fujçts.
^Â ' "zj. :>^^:^ié^:
'<^^
HISTOIRE
D E
FRANCK
PHARAMOND.
il o NO RI us régnoit en occident , Ann. 419.
Théodofe le jeune en orient, lorique ou 410.
les François palferent le Rhin, f^irpri- ^/"o^- A"*?»
rent Ôc pillèrent la ville de Trêves fous ^Nkci vien.
la conduite de Pharamond. C'eft inuti- ^"^'"'- ^* ^*
lement que quelques hiftoriens ont eu ^' ^^*
recours à la fable pour relever leclat de
la nai(ïance de ce prince : il étoit roi
d'un peuple qui n'a jamais obéi qu'aux
defcendants de fes premiers maîtres.
Ce titre augufte prouve invinciblement
l'antiquité de fa race. Ce fut vers l'an
quatre cent vingt , qu'il fut élevé fur
un bouclier, montré à toute l'armée,
& reconnu chef de la nation. C'étoic
toute l'inauguration de nos anciens rois.
tvynuntEWMBB
50 Histoire de France.
C'eft aullî tout ce qu'on f^ait de cer-
Ann. 4; 9. tain fur fon règne. On ignore fes au-
ou 4Z0. très exploits, le temps de fa mort, le
lieu de fa fépulture, & le nom de la
reine fon cpoufe. On dit feulement,
qu'il eut deux fils , Clodion qui lui
fuccéda , & Clenus , dont la dedinée
nous eft inconnue.
Orîgine de On attribue communément à Phara-
ia.cis.ûi^ue. j^^Qj^j l'inftitution de la fameufe loi qui
fut appellée Salïque , ou du furnom de
ce prince qui la publia , ou du nom de
Salogafb qui la propofa , ou du mot Sa-
lïchame _, lieu où s'airemblerejit les prin-
- cipaux de la nation pour la rédiger.
D'autres veulent qu'elle ait été ainfi
nommée /parce qu'elle fut faite pour les
terres Saliques. C'étoit des fiefs no-
bles que nQ>, premiers Rois donnèrent
aux Saliens , c'eft-à-dire , aux grands fei-
gneurs de leur fale ou cour, à condition
du fervice militaire , fans aucune autre
fervitude. C'eft pour cette raifon qu'il
fut ordonné qu'elles ne pafTeroient point
aux femmes , que la délicatefTe de leur '
fexe les difpenfe de porter les armes.
p-A Ew':k. Il y en a qui prétendent cpe ce mot dé-.
/f< ;./::; e Pa/- j.jy^ des Saliens , peuples François éta-
blis dans la Gaule , lous l'empire de
Julien. On dit que ce prince leur don-
na des terres fous l'obligation de le fer-
P H A R A M O N Û. 51
vir en peufoniie à la euerre. 11 en ht ^^r^:^.
même une loi que les nouveaux conque- Ann 4t 51.
rants adoptèrent & nommèrent Sali- ou 4x0.
(?ue ^ du nom de leurs anciens compa-
triotes.
Le préjugé vulgaire eft que cette loi ne
regarde que la fucceiîîon à la couronne
ou aux terres Saîiques. C'eft une double
erreur. Elle n'a été inftituée ni pour la
difpofition du royaume , ni précifément
pour déterminer le droit des particuliers
aux biens féodaux. C'eft un recueil de
règlements fur toutes fortes de matières.
Elle prefcrit des peines pour le larcin ,
les incendies , les maléfices , les violen-
ces : elle donne des règles de police pour
Jes mœurs , pour le gouvernement , pour
l'ordre de la procédure , enfin pour le
maintient de la paix de de la concorde
entre les différents membres de l'Etat.
De foixante & onze articles dont elle eft
compofée, il n'y en a qu'un feul qui ait
rapport aux fuccellîons. Voici ce qu'il
porte -: Dans la terre Salïque aucune par- Th. a-., dp s
de de l'héritage ne doit venir aux femelles. ^^'^^'^ ^ "^■^^
Il appartient tout entier aux mâles
Il paroît que ce que nous avons de Banui , r.
cette loi , n'efl qu'un extrait d'un plus ^ 'P- ^°*
grand code. La preuve en eft qu'on y
cite la loi Salique même , & certaines
formules qu'on ne trouve point dans ce
B4
jZ Histoire de France.
qui nous refte de cette fameufe ordoi^*
/.NN. 415. nance. Le célèbre gloflateur. Ducange
ou 4Z0. dit qu'il y a eu deux fortes de loix Sali-
qiies : l'une qui fut en vigueur lorfque
les François étoient encore païens , c'eft
celle que rédigèrent les quatre chefs de
la nation , Wifogaft , Bofogaft , Salogaft ,
& Wldogat , l'autre qui fut corrigée par
\qs rois chrétiens \ c'eft celle qu'ont pu-
blié du Tiliet, Pithou, Lindembrock,
&: le fameux avocat général Jérôme Bi-
M itTonc, gnon , qui y a fait de fçavants commen-
'cld^derB ^^^^^s- on ne fçauroit , dit un fçavant
L. t, vàî. p moderne 5 fe difpenfer d'en attribuer U
491 ov. rédadion à Clovis le Grand. D'un coté ,
elle ne peut être poftérieure à ce prince y
puifque Childebert fon fils y réforma
quelques articles \ & d'un autre côté , 4e
chapitre qui traite de l'immunité des
églifes 5 & de la confervation de leurs
\ miniftres fuppofe la converfion de no-
ire premier roi chrétien. Ce dernier
code , ajoute-t-il , n'eft autre chofe que
la compilation des règlements qui doi-
vent erre gardés par les François établis
entre la foret Charbonnière & la rivière
de Loire ^ à la différence de la loi Ri-
puaire donnée à ceux qui habitôient les
bords du Rhin , de la Meufe & de
Du Haillan. î'Efcaut. Certain auteur , on ne fçaic
fur quel fondement , décide hardiment
PHAïlAï,tOND. 5^
que le chapitre foixante-deuxieme du
code Salique ne peut avoir aucune ap- Ann. ^19.
plicacion , même indirede , à la fuccef- ou 410.
fion au royaume, & que c'eft une pure
invention de Philippe le Long , pour
exclure du trône Jeanne de France , fille
de Louis Hurin. Il n'a pas fait réflexion ,
fans doute , que le droit commun des
biens nobles étant de ne pouvoir tomber ^f. ^^ jr^ac.
de lance en quenouille , pour nous fervir ï^^-^-
d'une expreflîon confacrée par fon an-
cienneté 5 il faut certainement conclure
que tel devoit être , à pins forte raifon ,
la prérogative de la royauté , qui eil le
plus noble àts biens , & la fource d'où
découle la nobleile de tous les autres. '
Audi le droit de Philippe ayant été
fcrupuleufement difcuté dans une af-
femblée générale des grands du royau-
me 5 tous lui déférèrent la couronne , à
l'exclufion de la princeiTe'^ tant on étoit
perfuadé qu'il exiftoit , fmon une loi ,
du-moins ujie coutume immémoriale
qui excluoit les femmes du trône Fran-
çois ^ coutume dont l'origine fe confond
avec celle de la monarchie, qu'Agathias
appelle la loi du pays , qui en avoir
réellement la force de toute ancienneté ,
puifque Clovis I fuccéda feul à fon père
Childeric, au préjudice de fes fœurs
Alboilede & Lamilde. Il s'éleva fous ^^
fi5
5 4 Histoire de France.
!!!! Philippe de Valois une nouvelle conteC-
Ann. 41 p. cation furie même fujet : la décifion fut
ou 410. aulîî la mcme. Le droit d'Edouard III ,
roi d'Angleterre , ne parut pas meilleur
que celui de la princeiTe Jeanne , fille
de France. Le comte fut généralement
, reconnu pour le légitime fuccefTeur de
Charles le Bel. On déclara que Tarticle
qui régloit le droit des particuliers aux
terres Saliques ^ regardoit également la
fucceiîîon à la couronne. Il devint une
loi fondamentale de l'Etat.
C L O D I O N.
Ann. 417. v^LODioN, furnommé le Cheveîu^
ou parce qu'il avoir beaucoup de che-
veux 5 ou parce qu'il les portoit plus
longs c]ue les rois fes prédécefTeurs ,
Vvch 1. 1 , fuccéda à Pharamond fon père. On 6\i
f'ii>i' c^\'i\ commençoit a peine à régner,
lorfqu'Actius général des Romains vint
l'attaquer à la tète d'une puifTante ar-
mée , le défit 5 lui enleva tout ce qu'il
pofledoit dans la Gaule, ôc le força de
repalTer le Rhin. On ajoute que ce prin-
ce 5 pour fe venger des Romains , fe
jetta fur la Thuringe, où il fit un grand
ravage , de furprit un château qu'on
appelloit Difparg. Aëtius marcha unç
Clodion. 35
feconde fois contre lui; & r.près lavoir ^I^'^^:''^*!^
vaincu dans un combat où il y eut beau- Ann. 4 3 x.
coup de fang répandu , il aima mieux
lui accorder la paix , que de rifquer une
nouvelle bataille contre une nation
dont les malheurs réveilloient le cou-
rage : mais cette paix ne fut pas de
longue durée.
Clodion ne perdoit point de vue le con.^nêses
bel Etat quil avoii poifédé dans la j' J/.f^l;;;,
Gaule : cette perte le touchoit fenfible- les,
ment , & il n'étoit occupé que du foin
de la réparer. 11 fortit de la Thuringe,
fuivi d*une nombreufe armée , réfolu
de s'emparer , non plus des villes voifi-
nes du Rhin , mais de quelques places
fortes fituées plus avant dans le pays :
il fe flattoit que cette confîdération ann. 43?.
obligeroit les François à faire de plus
grands efforts pour s'y maintenir. Ce
Put dans cette vue qu'il envoya recon-
Greg. Tur.
noître la féconde Belgique. On lui rap- Ann
porta que toutes les villes étoient fans Gre^
défenfQ : auiîî-tôt il fe mit en marche , ^>J;^/;/' i.
furprit les troupes Romaines qui gar- c. i>. ^
doient les paiTages , les défit , fe faifit de J^T; ^''"
1 ournai , emporta Cambrai du premier
aflaut , & réduifît tout le pays des en-
virons jufqu'à la Somme.
^ Voilà le fondement fur lequel ont
bâti ceux de nos hiftoriens qui préten-
B6
5^ HiSTOiRi: DE France.
; -. dent que Clodion fe ht un grand Etat
Ann. 4 4 y, dans la Gaule. Adon veut que la ville
de Cambrai ait été la capitale de (on
royaume. Le moine Roricon , auteur
rempli de chimères , lui fait tenir fa
cour à Amiens. Marianus Schorus, au-
tre moine aufîî crédule, mais plus gé-
néreux encore à l'égard de ce prince,
foumet à fon obéilTance une partie de
la Hollande & tout le pays qui s'étend
depuis cette province jufqu'à la rivière
SUcn. ApoU de Loire. Mais il eft conftanc par le
^Dwh"^t»i témoignage des hiftoriens contempo-
p. 2-14. rains , qu'il ne put fe maintenir dans fa
nouvelle conquête, Se quActius reprit
fur lui tout ce qu'il avoir enlevé à l'em-
pire Romain en deçà du Rhin. Voici
le fait tel qu'il eft rapporté par ces
hiftoriens.
Défaite de. Clodion étoît occupé à célébrer les
Clodion par noces d'un grand feigneur de fon armée
dans un village nommé Elena: c'eft au-
jourd'hui la ville de Lens. Déjà l'on
Ann. 447. conduifoit la nouvelle époufe au lieu
où le feftin étoit préparé , lorfque les
Romains parurent tour-à-coup fur un
pont que l'on avoit conftruit dans cet
endroit. La furprife des François fut fi
grande , qu'ils ne purent fe mettre en
bataille. Les premières gardes furent
paffées au fil de l'épée^ la maàée enle*
Clodion. '^-f
vée avec tous les préparatifs de la fête ,
rarmée diiripée , & toute la féconde Ann. 447»
Belgique reconquife.
Le poëte qui raconte cette aventure , Portraît dei
nous trace un portrait fi avantageux des François.
François , qu'il mérite d'avoir place
dans leur hiftoire. I/s ont j dit-il y /a sidon.ApoU.
taille haute j U peau fort blanche , les '^^^^"JfJ^');^
yeux bleus. Leur vif âge efl entièrement 5 a-^ui Ducho
rafé ,fi vous en excepte:^ la lèvre fupé- ^- ^'P* ^^'*«
rieure y où ils laiffent croître deux petites
moujiaches. Leurs cheveux coupés par
derrière ^ longs par ' devant ^ font d*un
blond admirable. Leur habit efl fi court .,
quil ne leur couvfe point le genou ^ ft
ferré quil laiffe voir toute la forme de
leur corps. Ils portent une large ceinture
oà pend une épée lourde y mais extrême^
ment tranchante. Cejl de tous les peuples
connus celui qui entend le mieux les mou-
vements & les évolutions militaires. Ils
font d'une adrejje fi fînguliere , quils
frappent toujours oà ils vifint ; d'une
légèreté fi prodigieufe ^ quils tombent fur
leur ennemi , auffi tôt que le trait quils
ont lancé contre lui ; enfin d'une intrépi^
dite fi grande ^ que rien ne les étonne , ni
le nombre des ennemis j ni le défavan^
tage des lieux j ni la mort même avec
toutes fes horreurs. Ils peuvent perdre
la vie 5 jamais ils ne perdent courage.
5^ Histoire de France.
— C'eft cette valeur indomptable , qui
^NN. 447. détermina le victorieux Actius à leur
accorder la paix* 11 ne vouloir point
avoir pour ennemi un peuple qui comp-
toir autant de foldats que de citoyens.
Uhiftoire rapporte que quelques an-
nées après ce traité, S. Germain d'Au-
xerre rut envoyé en Angleterre pour y
foutenir la foi contre les Pélagiens , qui
nioient l'exiftence du péché originel ôc
la néceflîté de la grâce de Jéfus-Chrift
pour être fauve. La tradition eft qu'a-
vant fon départ il confacra. à Dieu une
jeune fille de Nanterre, nommée Ge-
neviève 5 dont la vertu éclata depuis par
des prodiges fans nombre. Il y en a ce-
pendant qui prétendent que ce fut Vil-
licus évêque de Chartres , qui lui donna
k voile dans un âge plus avancé. Quoi-
qu'il en foit , les miracles qu'elle opéra
^, dans Paris , lui méritèrent dès fon vi-
^" vant le glorieux titre de patrone de cette
capitale de l'empire François.
" Clodion mourut après vingt ans de
Ann. 447, règne : quelques auteurs affurent que
^ ^"^ ' ce fut de chagrin de la mort de fon fils
aîné, qui fut tué au fiége de SoilTons*
On ne fçait ni le nom de la reine fon
époufe, ni le nombre de fes enfants. Les
uns lui donnent deux fils, Clodebaud
ôc Clodomir j d'autres trois > Regnaiîlt,
C L a D I o N. 59
Aiiberou de Regnacaire. C'eft de cet
Auberon , qu'ils font defcendre Ans- Ann. 4j#.
bert , tige de la famillt de Pépin le °" 4-4B.
Bref, premier roi de la féconde race.
Mais un auteur très-favant dans notre DuBoucl^c^
ancienne hiftoire prétend avoir démon-
tré qu'il étoit illu de Tonanrius Fer-
reolus 5 préfet du prétoire des Gaules.
L
M É R O V É E.
A NAISSANCE de Métovée eft un
véritable problême : l'hiftoire n'offre
rien de certain fur ce fujet. Quelques- Creg. Tt»^
uns , fur un palTage de Grégoire de ^* ^ ' ^ ^
Tours j difent qu'il étoit de la famille
de Clodion. Quelques autres , fur le
témoignage de Prifcus , prétendent qu'il
étoit fon fils. Ce rhéteur raconte que le
roi des François laifïa deux fils , qui fe
difputerent la couronne de leur père.
L'aîné implora le fecours d'Attila roi
^Qs Huns : le plus jeune réclama la pro-
tection des Romains. Il afTure qu'il a
vu ce dernier à Rome. Il étoit , dit-il ,
à la fleur de (on âge , & une longue
chevelure blonde lui flottoit fur les
cpaules. L'empereur le combla d'hon-
neurs ôc de préfents ; Aëtius l'adopta
pour fon fils. Mais que peut-on con-
clure de ce récit où l'on ne nonune ni
40 Histoire de France*
•'" ~: l'un ni lâucre de ces deux princes? Eft-*
Ann. 447. il bien décidé que Mérovce ne fut pas
ou 448. un troifieme concurrent qui enleva la
couronne aux deux frères rivauît ? Quoi-
qu'il en foit 5 il eft confiant qu un prin-
ce de ce nom régna fur les François , ÔC
qu'il eut pour compétiteur au trône un
fils de Clodion. C eft de lui que les
rois de la première race furent appelles
Mérovingiens (*).
* Un îlluftrc écrivain, auffl diftingué par fon érudi-
tion que par raménité de fes mœurs , prétend que le
partage du rhéteur Prifcus prouve invinciblement que
Mérovéeétoitfilsde Clodion, de qu'il confirme parle
témoignage de l'abréviateur de Grégoire de Tours. Il
nous permettra , en admirant la profondeur de fcs re-
cherches, de ne point nous rendre aabrillantde fesraî-
fons (fl); s'il eft vrai que ce témoignage, i " ne fîgnifie
rien par lui-même, 1». n'ait aucun fondement dans no-
tre ancienne tradition. On convient que Fredegaire
n'a point fuivi celle qui eft rapportée par le premier de
nos hiftoriens çi/e/wii^anr qutlques-uns Mérorée était de
la famille de Clodion , mais la fable qs'i! y fubftitue , ne
conclut rien, m On raconte, dit-il , que la reine, épou»
3> fe de Clodion , fe baignant fur les bords de la mer,
» un dieu marin conçut de l'amour pour elle, La prin-
3j cefTe n'y fut point infenfible telle devint mère de Mé-
» rovée w, {b) On en peut même tirer une confcquence
soute contraire; Mérovée n'étoit donc pointfilsde Clo-
dion: conféquence fondée fur plufieurs autres anciens
monuments , tous authentiques, » Pllaramond , dit une
ancienne généalogie de nos rois , m fut le premier roi
» des Francs : le fécond fut Clodion : le troifieme Mé-
» rovée fils de Mérovée ce, (c) On lit encore ces mots
remarquables dans une ancienne chronique de nos rois :
aj Fharamond engendra Clodion : Clodion régna vingt
99 ans. Il eut pour fucceffeur Mérovée qui étoic de fa
(â) Mém. de Tacad. des B. L. tom. VIII , p. 4 64t
{b) Fredeg.HiJl, Franc, épltom. p. 716»
{c) Ex vet. coi, jvjf, concil, (/ capîtul, dpui Vucb*
tOiD, J, p. 75»3,
É R O V i E* 4 î
La plupart des hiftoriens prétendent
qite Mérovée étoit dans Tarmée Ro- Ann. 45 u
niaine , à la fanglante bataille qu'Aëtius Jomand. h
gagna fur Attila : bataille fi probléma- '"• '
tique 5 ôc pour le nombre des morts que
l'on fait monter à deux cent mille du
côté des Huns , Ôc pour le lieu où elle
fut donnée , qui eft devenu une fource
intarifTable de difputes* Cependant le
plus grand nombre eft de ceux qui pla-
cent le théâtre de cetce adion meurtriè-
re , non dans la Sologne , l'Auvergne ,
ou le Touloufain , mais dans les vaftes
plaines, de Châlons en Champagne. * — —__ ^
Ce prince mourut après dix ans de Ann.4s<5.
règne. L'hiftoire ne dit ni le nombre de
fes enfants , ni le nom de la reine mère
de Childeric , fon fils 6c fon fucceffeur,
» famille , & qui donna le nom de Mérovingiens aux
»> rois des Francs «. (d j Le moine Roricon aflure qu'a-
près la mort de Cloiion , Mérovée fut élu. pour régner fur
les Francs, 6" qu'il fut en f grande vénération pour fes
grandes qualités , que tous r honorèrent comme leur père
commun (e) : pas un feul mot qu'il fut fils de Clodion»
Ce terme même d'élecèion fembleroit prouver le con-
traire dans le fyftéme de notre fçavant auteur : qu'il
fouffre dumoins avec indulgence qu'on aida témérité
de ne trouver qu'incertitude fur la filiation de Mérovée,
{(f) Duch. tom. I , p. 797- Uem , p. Soi.
(e) Duch. ibid» p. 80 1.
^ * Un auteur moderne vient-de donner une diflfert.i-
tîon pour prouver que cette bataille s' eft donnée dar^
la Champagne, à cinq lieues de Troyes , dans la plaine
de Mcrry.fur-Seine. Il apporte en preuve ces paroles
de Gré';>-oire de Tours, Attilam fugant, qui Mauria-
cum campum adiens , fe prcec'mgic ii bellum* MercufC
de France, Avril i7jj.
41 Histoire de France.
Ann. 45^. C H ILDÉ R IC I.
Greg. Tur, \^ H I L D E R I C fut un priiice à grandes
Fred. Scho' aveiitiires. hiiieve des 1 enrance par un
hjh io. détachement de l'armée des Huns , un
brave François nommé Viomade,le dé-
livra comme par miracle des mains de
ceux qui l'emmenoient en captivité.
Une confpiration générale le renverfe
du tf ône de fes p^es ; il y remonte glo-
fieufement , rappelle par les vœux Se
les regretsx de toute la nation. C'étoic
l'homme le mieux fait de fon royaume :
il avoit de l'efprit j du courage , mais né
avec un cœur tendre , il s'abandonnoit
trop à l'amour : ce fut la caufe de fa
Roric. /. I . perte. Les feigneurs François , auflî fen-
iîbles à l'outrage , que leurs femmes
l'avoient été aux charmes de ce prince,
Ann. 4;7* fe liguèrent pour le détrôner. Contraint
de céder à leur fureur , il fe retira en
Allemagne , où il ht voir que rarement
Tadverfité corrige les vices du cœur :
il féduifit Baiîne époufe du roi de Thu-
ringe , fon hôte 6c fon ami.
Cependant les François s'aflemblent
pour lui donner un fucceflfeur ^ & la
couronne par le choix le plus bizarre ,
eft déférée au comte Gilles , comman-
dant pour les Romains dans la Gaule»
C tt I I r> E 1^ I c* L 45
Ce fut j dit-on , un coup de la politique ..
de Viomade. Ce fidèle fujet profita du Ann. 4^7*
crédit qu'il avoit fur l'efprit du nouveau ^cfi* Franc,
roi 5 pour l'engager dans des démarches ^* ^'
qui ne pouvoient que le rendre odieux
à la nation. Les exactions du monarque ^^^ ^,
régnant rappellerent le fouvenir du ou 464.
prince exilé ^ on commença par le re-
gretter ; enfin on le demanda haute-
ment. Viomade toujours attentif aux
intérêts de fon ancien maître , lui en-
voya la mQitié d'une pièce d'or , qu'ils
avoient rompue lorfqu'ils s'étoient fé-
parés. Childeric reconnut le fignal , Ôc
quitta la Thuringe pour aller le mon-
trer à fes anciens fujets. Une feule
bataille décida cette grande affaire.
L'étranger fut entièrement défait , de
le prince légitime fe remit en polfelîion
du trône , d'où fes galanteries l'avoienc
précipité.
Cet événement merveilleux eft fuivi ^^^ê- ^"''«
d'un autre auffi remarquable par fa fin- '^' ^* *^'
gularité. La reine de Thuringe , com-
me une autre Hélène , quitte le roi fon
mari pour fuivre ce nouveau Paris. Si
je connoijjois ^ lui dit-elle , un plus grand
héros , ou un plus galant homme que vous y
j irois le chercher jufqu aux extrémités de
la terre, Bafine étoit belle \ elle avoit
de l'efprit ; Childeric trop feiifible k
44 Histoire de France.
ce double avantage de la nature , Vé^
Ann. ^6). poufa au grand fcandale des gens de
bien , qui réclamèrent en vain les droits
facrés de l'hyménée , & les loix invio-
lables de l'amitié. C'eft de ce mariage
qu'eft né le grand Clovis.
Greg. fur, La fin d'un règne fi romanefque fut
^Geft %ranc. ^g^^^^^^ P^^ plufieurs exploits glorieux*
f* ï/ La haine des Romains &c le défîr de
regagner l'eftime de fes fujets , réveil-
lèrent le courage de Childeric , qui
jufque- là avoir paru endoçmi dans le
féin des plaiflrs &c de la volupté. Il
pénétra bien avant dans la Gaule , défit
auprès d'Orléans l'armée d'Odoacre roi
des Saxons , prit Angers , qu'il pilla, tua
de fa main le comte Paul, qui comman-
doit pour l'empereur dans le SoifTon-
nois 5 &c fe rendit maître de Paris, fi l'on
en croit l'auteur de la vie de fainte
Geneviève , mais c'eft le feul hiftorieii
qui attefte ce fait. Il paroît qu'il accor-
da la paix aux Saxons , & qu'ils fe réu-
nirent pour exterminer les Allemands
cpi s'écoient jettes fur une partie de l'I-
Frei. ép'it. talie. La conquête de l'Allemagne fut
^' ^^' la dernière adion mémorable de ce
Ann,48i. prince. Il mourut quelque temps après,
dans la vingt - quatrième année de fou
règne , Se fut enterré en un lieu qui eft
enfermé dans la ville de Tournai,
Childéric I. 45
Le hazard. fit découvrir fon tombeau — — ^^"*
en mil fix cent cinquante -trois. On y Anr. 481^
trouva un fquelette de cheval avec
quelques ofTements humains afTez en-
tiers qui marquoient une grande ôc hau-
te taille. Les autres raretés dç cet ancien
monument font un globe de criftal , de
plufîeurs pièces curieufes d'or mafïif,
une tête de bœuf, un ftyle avec des ta-*
blettes 5 des abeilles émaillées en quel-
ques endroits, des médailles de plu-
fîeurs empereurs , enfin quantité d'an-
neaux , fur un defquels on voit un ca-
chet qui porte l'empreinte d'un homme
parfaitement beau. Il a le vifage entiè-
rement rafé : fa chevelure eft longue ,
treflee , féparée au front , ôc rejettée par
derrière : il tient un javelot de la main
droite. On lit autour de la figure le
nom de Childeric , gravé en lettres ro-
maines. On voit à la Bibliothèque du
roi une partie de ces curiofités.
C L O V l S,
V-# L o V I s n'étoit que dans fa quin- Greg. IV*
zieme année , lorfqu'il monta fur lel^^j^*^^*
j A Ti .',.•' . ,. tred.epitom.
\ trône. 11 avoit a peme vmgt ans, quil c. iç.
•; envoya défier Syagrius fils du comte ^^s-'^ranc*
i Cille, & gouverneur pour les Romains iionV. uu
4<> Histoire DE France. -
dans la Gaule , où il commandoit avec
Ann. 486. une autorité prefque abfolue. Le jeune
monarque François fe mit aufli - tôt en
campagne , de fuivi de Ragnachaiie &c
Bataille de de Cataric, princes de fon fang , il mar-
Soiaons. çj^^ ^^çy[^ ^ SoifTons. Combattre ôc
vaincre ne fut pour lui qu'une feule &c
même chofe. Syagrius échapé prefque
feul du combat , fe retire chez les Vifî-
goths : Clovis menace Alaric leur roi
de leur faire la guerre s'il ne lui livre le
fugitif : Syagrius eft remis en la puif-
fance de fon vainqueur y' qui lui fait
couper la tête. Cette vidoite fut fuivie
de la prife de SoifTons ; ôc la mort du
général de l'empire emporta la réduc-
tion de toutes les places qui tenoient
encore pour les Romains.
Clovis qui vouloir s'attacher par la
douceur ceux qu'il avoir fubjugués par
les armes , fit tout ce qui dépendoit de
lui pour arrêter la licence eftrénée d'une
armée vi6torieufe. Cependant il ne put
empêcher le pillage de quelques égliies.
Tous les hiftoriens parlent du vafe fa-
cré redemandé par faint Remy de
Rheims. On admire également Tinfo-
lence du fujet qui refuie fon maître ; la
modération du fouverain qui fçait diflî-
muler fon reffentiment , & la vengeance
qu'il en tire à la revue générale de fes
C L o V I s. 47
troupes dans le champ de Mars. Les ^^^»*»«»
armes du foldac fe trouvoient mal en Anxn. 487.
ordre : Clovis lui fendit la tête d'un
coup de Î2ifrancïfque, Ceji ainji ^ lui
dit -il , que tu frappas le vafe dans
Soijfons,
Une exécution fanguinaire de la
main d'un roi révoltera , fans doute ,
dans le fiècle où nous fommes. Néan-
moins cette adion qui nous paroit in-
digne de la majefté , infpira plus de
refpect que d'horreur : c'eft la remar-
que de Grégoire de Tours.
On voit par cette relation que les Cequee'é-
François avoient coutume de s'afTem- ^ÏLT!^ ^""^
Ul L / 1 -^ aflemblees
Dler chaque année dans un champ * du champ de
qu'on appelloit le champ de Mars ^ ^^"*
parce que ces diètes fe tenoient au com-
mencement du mois qui porte ce nom.
C'eft par la même raifon que dans la
fuite il fut nommé le champ de Mai.
Ces aifemblées avoient plufieurs objets :
on y faifoit la revue des troupes ; on y
délibéroit de la guerre & de la paix ^
on y travailloit à la réformation des
abus du gouvernement , de la juftice
& des finances. C'étoit la qu'on don- .
* Les Mérovingiens commençoient l'année du jour
ce cette revue : les Carlovingiens la commençoient à
Noël. Ce fut Charles IX qui en fixa le commencement
au premier de Janvier. Cette variation caufe un gran4
e^nbarras pour U date précife dc5 é vènemems.
4^ Histoire deFrance.
noie des tLueuus aux rois mineurs ;
Ann. 487. qu'on faifoit le partage des tréfors ôc
des Etats du monarque défunt^ qu'on
déterminoit le jour &c le lieu pour l'in-
auguration du prince fucceffeur au trô-
ne ; qu'on inftruifoit le procès des grands
criminels : c'étoit là enfin que les rois
recevoient tous les ans le don gratuit.
On appelloit ainfi le préfent volontaire
en argent , en meubles , ou en chevaux ,
que les grands du royaume faifoient à
leur fouverain. Ce nom lui eft toujours
demeuré , quoique par la fuite il aie
ceiïe d'être libre. Le roi préfldoit à ces
diètes générales de la nation. Il étoit
accompagné des grands officiers de la
couronne , du maire du palais , de l'apo-
crifîaire ou aumônier , du chambellan ,
du connétable , du grand échanfon , de
du référendaire ou chancelier. Les évè-
ques & les abbés n'étoient point difpen-
fés de s'y trouver.
On y mandoit auflî les ducs 5c leS'
comtes. Ces dignités , héréditaires de
nos jours , n'étoient alors que de fini-»
pies commifîîons , que le prince don--
laoit pour un temps. Le roi , ou le,
maire de fon palais , propofoit les quef-
tions qu'on devoit examiner : l'aUem-*^
blée délibéroit : la pluralité des voix
^emportoit la décifion : ce que la diète
^voit
C L o V I s î. 49
avoir prononcé , devenoit loi de l'Etat.
Quelques années après l'entrée des Ann. 4^1,
François dans la Gaule , Clovis apprit Conquête de
rinvaiion fubite de Bafin roi de Thu- ^^ "^""""o^*
ringe fur la partie de fes Etats c]ui étoit
iituée au-delà du Rhin. Il ailembla
promptement fon armée , fe jetta fur
les terres de fon ennemi, y porta le fer ^^p., Fram-i^
de le feu 5 3c lui impofa un tribut per- '^* ^^*
pétuel. 11 fongea enfuite à s'allier par un
mariage digne de lui , à quelqu'un des
princes qui regnoient dans les provinces
voifînes du beau pays qu'il venoit d'en-
lever à l'empire.
Gondebaud roi des Bourguignons Marhgedô
avoir une nièce d'une rare beauté. La ^^^^^-^
réputation de fes charmes , de fon efprit
& de fa vertu , toucha le cœur de Clo^
vis j il la fit demander par fes ambaiîà-
deurs. La cour de Bourgogne n'ofa le
refufer : elle craignoit d'irriter un jeune
conquérant, que la vidoire fuivoit par-
tout. La princefîe Clotilde fut donc
époufée au nom du roi par Aurélien , Fredeg. epe*
ilkftre Gaulois , qui lui offrit , félon la ^' ^^*
coutume, un fou Se un denier. Cette
coutume fut long -temps obfervée en
France : les maris donnent encore au-
jourd'hui quelques pièces d'argent à
leurs époufes. Il n'y a de différence que
dans le nombre ik la valeur.
Tome /, .C
l. i , c
5c Histoire de France.
mr»»*^^»» Tout étant prêt pour le départ de la
Ann. 4^3- nouvelle reine , elle fe mit en chemin ,
montée fur une efpèce de chariot qu'oii^
appelloit une i'^/Zc'r/ztr. C'étoît la voiture
la plus décente & la moins rude de ces
temps-là. Elle étoit tirée par des bœufs,
dont la marche plus lente que celle du
cheval, eftaulli beaucoup plus douce. Le
mariage tut célébré à Soiffons aux accla-
mations des Gaulois Se des François. Le
Cre^. Tur. ciel bénit cette heureufe union : Clo-
^^ ' tilde devint mère d'un prince , qui re-
dfh. Franc, çut le baptême du confentement du roi
^' '4» fon père , Se fut nommé Ingomer. La
Fd'.'cmar. in mort d'un enfant Ci cher infpira à Clo-
mt. Rem^g. ^^^ j^ Téloignement pour la religion
chrétienne , que la reine tâchoit de
lui perfuader : cependant il confentit
qu'elle fît baptifer fon fécond fils. Mais
à peine les cérémonies du baptême fu-
rent-elles achevées que Clodomir fut
' attaqué d'une violente maladie qui fit
ANx-j. 45)4. Jefefpérer de fa vvie. La pieufe reine
eut recours au ciel , qui touché de fes
larmes , lui accorda la fanté de ce
prince , de dilîipa les inquiétudes du
roi fon époux. Cette faveur fut fuivie
d'une autre plus grande encore , je
veux dire , de la converfion de Clovis
au chridianifme. Voici comme l'hif-
toire rapporte ce célèbre événement.
Ctovis I. 51
Les Allemands, peuples belliqueux , î;^^^^;
s'étoient jettes dans la Gaule pour s'y Ann. ^96".
faire un ctabliiTenient à l'exemple des Bataîiie de
nations qui en avoient chaire les Ro- '^'^^^^^^*
mains. Clovis averti de cette irruption , .
vole à leur rencontre , Ôc les joint dans
les plaines de Tolbiac , où il fe donne
une fanglante bataille. Déjà l'armce
Françoife commençoit à plier, lorfque
le monarque levant les yeux au ciel
s'écria : Dieu de la reine Clotilde ^fivous Grpg. Tur.
rn accorde^ la vicîoire j je fais vœu de ^* z' ^ •
recevoir le baptême 6' de n'adorer de for- ^^i^- ^'^^nc.
mais que vous. La prière étoit fincere ,
elle fut exaucée. Bientôt l'ordre fe réta- ■^'^^'"'^" ^' "*
blit dans fes troupes : il les ramena à la
char2;e , enfonça les bataillons enriQ-
mis 5 & les mit en fuite. 11 entra enfuira
dans l'Allemagne , diilipa les reftes de
[armée vaincue , impofa le joug à une '
nation jufqu'alors indomptable , & la
rendit tributaire, Fidèle à fa promeiTe ,
il fe fit inftruire des myfteres de la re^
ligion chrétienne. Ce fut faint Remy ,
évèque de Rheims, homme célèbre par
la naiifance , par fa piété , & par fa
dodrine , qui le baptifa le jour de Nocl
ians l'édife de faint Martin hors des
aortes de la ville. Alboflede fa fœur ,
^' plus de trois mille François fuivirent
exemple du prince ^ & dcs-lors la piété
C z
'51 Histoire de France.
'-=-^—'~- de la nation commença d'être célèbre
Ann. 49 é- P^^ toute la terre.
Hincmar,in On racontc qu'iuie colombe defcen-
vic. Remig. due du Ciel apporta une iîole pleine de
. baume , dont Clovis fut facré ou con-
firmé. C'eft ce qu'on appelle la Sainte
Ampoule. On la garde précieufemenc
à Rheims, de Thuile qu'elle renferme,
fert pour l'onétion de nos rois dans la
cérémonie de leur facre. Cependant
aucun auteur contemporain ne parle de
ce miracle. On dit aufîî que ce prince
reçut des mains d'un ange un écu d'azur,
femé de fleurs de lys j mais il paroît
confiant que l'ufage des armoiries eft
de beaucoup poilérieur au fîècle où il
rcgnoir.
Rcimiondes Le clu'iftianifme de Clovis ne ralen-
Arbonques j.^^ point fou ambition. Le Brabant , le
'M\ royaume ^ i t • / • i i r-t
de France, pays de Licge , de une partie de la rlan-
dre maritime n'avoient point encore
fubi le joug du nouveau conquérant
de la Gaule. Les plus confidérables de
ces peuples étoient les Arboriques*,
nation chrétienne , fort attachée à fa
religion, &; par cette raifon ennemie
des François qui étoient païens. Le
* C'eft le nom que l'on donnoît aux peuples qui ha.
bitoîent autrefois la Zélande, province des Pays-Bas:
quelques - uns les ont confondus avec les Taxandres ,
nation dans le voifinage de Maëftricht: quelc^ues aui
très les placent entre la Meufe & Anvers.
^jMBBWS'it.iB*»*.'*
C L o V I S î. 5 5
baptême du fouvemin & crime partie
de fes fujets , diminua cette averlion. Ann. 49^^.
Les Arboriques confentirent à s'allier ^''^'^''^j'J'
avec eux; infenfiblement ils en vinrent ^^.^^
jufqua reconnoître Clovis pour leur
roi 5 ce les deux peuples n'en firent
plus qu'un. Les garniibns Romaines
imitèrent cet exemple , capitulèrent ,
Ôc remirent toutes les places que l'em-
pire pofiTédoit encore vers la mer de
fur les bords du Rhin. Les principaux
articles du traité furent qu'ils vivroient
félon leurs loix ; qu'ils s'habiileroient
à leur mode ; enRn qu'à la guerre ils
auroient leurs drapeaux particuliers.
Cet événement fut l'occaflon de l'éta-
bliffement de la fameufe loi appellée
Ripualre , du nom des foldats ou peu-
ples qui gardoient ou liabitoient les
rivages de la Meufe , du Rhin bc peut-
être même de l'Océan. Cette loi, quia
beaucoup de relfemblance avec la loi
Salique , ordonne que le Ripuaire fera
traité comme le François. On y voit
des veftiges de quelques coutumes Ro-
maines : elle contient plufieurs articles
qui ont un rapport direct à la religion
chrétienne.
L'union des Arboriques & des Fran- "
• r r • • j' / V j Ann. 499-
çois tut luivie dun événement dont „
?M • r • j j Guerre
CloYis Içut tirer de grands avantages, des François
54 Histoire de France.
n-zr — —: Gondégéfile régnoit en Bourgogne avec
Ann. 499. GondebAucl fqn frère. Ces deux princes
contre les Conçurent de la jaloufie l'un de l'autre.
gnons^' ^^ premier fe ligua fe crettement avec le
Creg. Tur. monarque François , qui lui promit
''^'A'^;'^* un prompt fecours. Les circonftances
Oejt. Franc. / -^ ^ a r 11
t, 16. croient extrêmement ravorabies pour
^riieg,eph. couvrir les mefures que l'on prenoit en
France. La révolte des peuples de Ver- ,
dun fournifToit un prétexte d'aiTemblei'
les troupes. Clovis les mena contre les
rebelles ; mais prêt à faccager leur ville,
* le faim prêtre Eufpice fléchit fa colère.
Ann, 50c. ^ obtint le pardon des coupables. L'ar-
mée fe mit auiîî-tôt en marche vers la
Bourgogne ; on fe joignit fur les bords
de la petite rivière d'Oufche. La vic-
toire ne fut pas long- temps indécife :
Gondebaud trahi par fon frère , & obli-
gé de prendre la fuite , fut pourfuivi
vivement, & aflîégé dans Avignon, où
il s'étoit enfermé avec ce qu'il avoir pu
ramaiTer de troupes. C'étoit l'homme
du monde qui avoir le plus de relTour-
ces & le plus de préfence d'efprit dans
les malheurs : il fur ménager l'occafion
û adroitement , qu'il engagea Clovis à
traiter avec lui. Les conditions furent
que la Bourgogne feroit tributaire du
vainqueur; & que Gondégéfile demeu-
reroic en poffeilion de Vienne 6c d*^
C L o V I s î. 5 5
quelques âurres places qu'il avoit con-
quifes. Mais à peine fe vic-il en liberté Ann. 500.
par le départ des François , qu'oubliant
îa promeiïe , il déclara la guerre à fon
frère , l'alliégea dans Vienne qu il fur-
prit 5 Ôc le pourfuivit jufqu'au pied des
autels où il le fit malTacrer.
Clovis étoit alors occupé de la réduc- ' '
tion des villes Armoriques *. D'abord ^^^' ^^'^^
il tenta de les foumettre par les armes : defvliks Ar-
cette voie n'ayant pas réuiii , il eut re- moiiques.
cours à la négociation. Elle fut fi heu- Greg. Tur.
reufe , que les Bretons confentirent à .^^ ^^ ^'^^^^'
lui remettre toutes leurs places. On iit
un traité où il fut ftipulé qu'ils n'au-
roient plus de rois , mais des comtes Hem kiji,
ou des ducs qui releveroient du mo- "^^ ^' '^^
narque François. Il y en a qui préten- Egînariîn
dent que l'armée Françoife s'empara de ^f^J-Jj /. .
Ici ville de Vannes , & que cet exploit
"" C'eft le nom que les anciens ont donné à la petire
Bretagne* aujourd'hui province de France : il fîgnifie
en vieux Gaulois/wr le bord de la mer , ou côte de mer.
ïille eft efFedivement environnée de la mer de trois
côtés, au feptentrion par la Manche, à l'occident par
le grand Océan, au midi par le grand golfe de France»
Elle fut anciennement habitée par les Nannetes j les
Rhedons, les Diablintes, les Ambiliates, lesVene-
tes, les Oflfimiens , & les Curîofolites : ils étoienc
puiiïants par leur commerce j & formoient une efpece
de république. Le tyran Maxime l'abandonna aux Bre-
tons, pour reconnoître les fervices qu'ils lui avoient
rendus contre Gratien & Théodofe : c'eft de ces nou-
veaux habitants qu'elle a reçu le nom de Bretagne au
lieu de celui d'Armorique.. Corn, au mot Armoriçue ;
& Baudran , au mot Bretagne,
c 4.
5^ Histoire de France.
fut fuivi de la conquête de toute la
Ann. 501. Bretagne. Quoi qu'il en foit , Clovis 1
Procop. i, eut à peine terminé cette grande affaire ,
14 s de bell. i -n / i • • i
Ooth, ^^^ ^^ concert avec 1 heodoric roi des
Oftroo;oths , il recommença la guerre
contre Gondebaud.
] Le roi de Bouro^omie avoir eu le
i^NN. 502, ^^_ j r- 1 > -c ' rr •
temps de taire les préparants necellaires
pour une vigoureufe défenfe. Le pre-
mier de ks foins fut de gagner le cœur
de fes fujets par une conduite pleine de
douceur. C'eft dans cette vue qu'il fie
publier la fameufe ordonnance qui de
fon nom fut appellée Loi Gombette, Le
but principal de cette nouvelle loi étoit
de rendre fes peuples heureux : elle dé-
^ Zft« Burg, fend fur-tout de maltraiter les Gaulois
* ^^' qui vivoient dans toute l'étendue de la
Bourgogne : le quarante - cinquième
article défère le duel à ceux qui ne
voudront pas s'en tenir au ferment.
Condebaut, après ces préparatifs plus
■■ ■■ politiques que chrétiens , fe mit en
Ann. 503. marche contre les François, dont il
vouloit prévenir la jonction avec les
Oftrogoths. Lefuccèsne répondit point
à fes efforts : {on armée fut taillée en
pièces 5 & fon royaume fubjugué. Mais
il lui fut auifi-tôt rendu. On ignore
quel put être le reffort de cet événement
iiiefpéré. Quelques auteurs ont avancé
Clovisî. 57
que le prince Bourguignon fe rendit
tributaire de Clovis ; qu'il s'attacha Ann. 503,
pour toujours à lui , & qu'il prit même
une charge dans fa maifon. Cette opi-
nion eft fondée fur un paffage du faint
évèque Avitus , où il eft dit que Gon- j^ ^^^j^^ ^j
debaud étoit foldat ou chevalier du Clodov.
monarque François,
La conquête du royaume des Vi%oths ^^^^
fuivit de près une expédition fi glorieu- conquête dû
fe. Les François , en oartant pour cette royaume des
guerre , jurèrent de ne fe point faire la ^^^g^^^^
barbe , qu lis n euilent vamcu leurs en- i2,c, 37.
nemis. Ces fortes de voeux étoient fort P-^^'^<:' l- 4.
ulites chez les anciens rrancs. lout elt ^_ j^_
plein de merveilles dans ce qui précède Aimoiii,l, w
la vidoire de Clovis fur Alaric. L'ufage
de ces temps étoit de tirer augure cUi
verfet qu'on chantoit à l'office au mo-
ment qu'on arrivoit à l'é^life. Les en-
voyés du roi, à leur entrée dans faint
Martin , entendirent ces paroles du.
pfeaume XVII : J^^ous m'ave^ revêtu de
Jorce pour /a guerre ; vous ave-^fuvplanté
ceux qui s' étoient élevés contre moi ; vous
ave^ mis mes ennemis en fuite , & vous
nve"^ exterminé ceux qui me haïjfoient*
Ce qui arriva fur les bords de la Vien-
ne 5 fut une confirmation de cet heu-
reux pronoilic. L'armée ne favoit où
pafTer cette rivière ; une biche s'élança
C 5
58 HiSToip. E DE France.
î-^-^!:^!^ à la vue de tour le camp Se leur dé-
Akn. J07. couvrit un gué, ql^on nomme encore
- aujourd'hui le Pas de la Biche. Un
troifieme prodige plus frappant encore ,~
ne lailïa plus aucun doute fur le fuccès
de cette entreprife. On vit en l'air un
- feu c]ui fembloit s'allumer fur le haut
de l'églife de faint Hilaire \ il vola
au-defius du camp, & vint fe pofeu
fur la tente de Clovis , où il acheva
de fe confumer. Dans un fiècle plus
éclairé on n'y auroit vu qu'une fimple
. aurore boréale : on crut y voir alors un "
prodige qui annonçoit les plus brillants
triomphes.
Eapiiie de Cependant les deux armées fe ren-
'°"\^„ ^ contrèrent dans les plaines de Veuille
leiL Got' ^ près de Poitiers. On en vint aux mains.
ifJor. iijior. Les deux rois s'appercurent , fe joieni-
rent & le choquèrent. Clovis plus vi-
goureux , ou plus adroit , renverfa
Alaric de dedus ion cheval , & lui porta
un coup dont il expira. Rien ne réfifta
plus au vainqueur : il foumit à fon em-
pire tout le pays qui s'étend depuis la
Loire jufqu'aux Pyrénées.
" 7 Oe fut au retour de cette expédition
J. ' „ ' <^luI reçut dans la ville de Tours les
Creg Ti!t\ ■! rr ^ i> a n r
,/. i,c.38 ambaiiadeurs dAnaitafe , empereur
Cefi, Franc ({'Orient, qui lui envoyoit le titre de
les ornements de Patrice, de Conful Ôc
C L o V I s I. 59
d'Augufte. Clovis donna une grande
fête à cette occafion : il monta à che- Ann. 508.
val, le diadème en tête, revcti\ de la
robe Se du manteau de poupre ; jetta
beaucoup d'argent au peuple, & prit
dès-lors la qualité d'Augufte, nom tou-
jours cher Se vénérable aux Gaulois par
la longue habitude qu'ils avoient eue
avec les Romains.
Le nouveau patrice , après avoir con-
gédié les ambalfadeurs , revint à Paris ,
dont il fit la capitale de fon empire. Il
y avoir au midi de cette ville un palais ,
ancien féjour des empereurs Julien &
Valentinien premier^ c'eft là qu'il fixa
fa demeure. Il avoir été jufc]ue-là tou- ■
jours heureux , toujours grand : la for- Ann. 505?,
tune Se l'héroïfme l'abandonnèrent en Greg. Tur.
même-temps. La défaite de fes troupes ^i^^^f.' '^'^'
devant Arles , quoique fuivie d'une paix fred. epi:.
avantageufe , aigrit fon efprit. Il devint ^' ^^' ^^*
fanguinaire fur la fin de fa vie. On ne
fe rappelle qu'avec horreur les cruautés
qu'il exerça contre les princes de fon
fang, dont il envahit les Etat5. Sigebert
roi de Cologne & fon fils Clodoric
qu'il fit périr par fes intrigues ^ Cararic
roi des Morins * Se fon fils , d'abord
* On croie avec affeï. de vraifernblance que ce f^nt
les peuples de Térouane, de Sainc-Cmer & d'une gïaa-
de partie de l'Artcis,
C6
(^o Histoire de France.
rafés * , enfuire maffacrés par fes ordres ;,
Ann. 50^, Ragiiachaire , roi de Cambray , 6c foa
frère Riquier qu'il tua de fa propre
main , Reiiomer roi du Mans , & fou
firere , alTaiîinés par des gens qu'il avoir
fubornés , font autant d'adtions cgale-
^ ment cruelles & injuftes ,. qui flctriirenc
fa mémoire Se fa réputation * *..
Premier C'eft peut-être pour effacer la honte
^°!^^,^!^ de tant de trimes , qu'il fonda un o;rand
nombre degiiies de de monakeres :
pratique alfez commune dans ces fiècles
d'ignorance, où l'on s'imaginoit que
toute la juftice chrétienne confiftoit à
élever des temples ou à entretenir
certain nombre de moines qui devoienî
vaquer à la prière & à la méditation.
Ann. n ï • Ce fut probablement par le même prin--
EpiJl.Synoi ^ipe qu'il aifembla dans la ville d'Or-
r. <-. ciodop. leans un concile de trente-trois eveques»
* C'eft la première fois qu'il eft p^îrlé dans notre
hifroire défaire couper les cheveux. C'étoit une mar-
que qu'un prince François renoncofc au trône. On ne
verra dans la fuite que trop d'exemples de cette cou-
tume barbare.
* * Cette multitude de petits royaumes qui fubfîll
toient dans les Gaules , en même - temps que celui de
Clovis n'ell pas j dit un illuftre académicien, une des
moindres difficultés de notre ancienne hiiloîre. Chan-
tereau le Fevre , dans un ouvrage manuftrit, que l'on
conferve à la bibliothèque du roi , en rapporte l'ori-
gine au défordre qui fuivit l'expulfion de Chiidéric,
les plus forts fongeant àproiîter des troubles. Ils peu-
vent abfolument avoir été fondés par C'ienus frère de
Clodion. M. de Fonc. Mémoire de Vacidéiïdi d'is beU
Us'hnns , tam VlU^page 479, 471-
C L o V I s !. ^I
L'hlftoire rapporte que non-feulement -
il fat convoqué par fes ordres , mais Ann. fn-
qu'il détermina les articles fur lefquels
on devoir délibérer, & que les pères
lui écrivirent pour le prier d'approuver
leurs décidons. Les plus remarquables
regardoient le droit d'afyle ou de fran-
cîiife pour les églifes , & la condefcen-
dance dont on devoit ufer a Tégard des
clercs hérétiques qui paroiiïbient fe
convertir 'fincérement. Le concile or-
donne aulli que perfonne ne fera admis
à la cléricature qu'avec la permifTion du
roi ou du juge , & qu'aucun elclave ne
fera reçu aux ordres facrés que du con-
fentement de {on feigneur.
Le célèbre auteur du nouvel abrégé Cequcc^eft
chronologique de l'hiftoire de France , 3"^ V^rkiné
prétend qu'on trouve encore dans ce & fon étea-
concile les vrais principes de la régale.
C'eil ainii qu'on appelle ce droit uni-
que, qui fait rentrer a chaque vacance
les fruits de l'évêché dans la main de
nos rois , & leur donne la nomination
aux bénéfices qui en dépendent &: qui
n'ont point charge d'ames , Jufqu'à ce
que le nouveau pourvu leur ait prêté
ferment de fidélité , ôc qu'il ait obtenu
les lettres-patentes de main - levée de la
régale , lefquelles doivent être enregif-
rrces en la chambre des comptes de
due.
<^2. Histoire de France.
. — — ; Paris. Mais nous avons en main les
Ann. ;ii. adtes de ce concile , le premier qui fe
foit tenu clans la Gaule fous la domina-
tion ô.es François • & , après une le6tu-
re réfléchie, nous ne craignons point
d'avancer qu'on n'y découvre rien qui
regarde cette glorieufe prérogative de
f^nc^' f ^^ ^^ couronne. Pafquier en a fait la re-
t. 3j,p. zp5. marque avant nous.
C'eft pourquoi, s'il eft vrai que ce
privilège foit auili ancien que la monar-
chie , il n'en faut point chercher l'origi-
ne ailleurs oue dans la nature du droit
féodal. On fçair que de tout temps nos
rois ont donné des terres à condition
du fervice militaire , ou de quelqu'au-
Cejî. reg. iyq redevance. On voit par le témoi-
700.' apud' g^^^g^ ûe l'auteur des Geftes des rois de
Duch. r. I. France , du moine Roricon , de l'arche-
Jioric. mon. a tt- ^ \ - ^ r ' ^
p. ?o5. veque Hincmar dans la vie de laint
Vha mf. S. Remv , tirée des auteurs contemporains ,
Aim. L i^ ôc a Aimoin dans Ion hiftpire depuis
^- ^' l'origine de la monarchie , que Clovis
invertit le comte Aurélien de la Sei-
gneurie de Melun , pour la tenir de lui
en foi & hommage. Le nom de ces
fortes d.e gratifications du fouverain
n'a pas été le même dans tous les temps:
Du Cmg. on les appelloit Bénéfices fous les Mé-
durar' ^^' rovingiens : on les nomma Fiefs fous
les Carlovingiens ; mais les uns ^ les
C L O V I s î. é'3
autres emportoient également l'idée de
valTelaee , & l'obligation d'être fidèle Ann. çn*
au prince. Or ces bienfaits , toujours
viagers , étoient réveriibles à - la cou-
ronne , à la mort du polTeireur. Les re-
venus rentroient alors dans la main du
monarque , & n'en fortoient que par
une nouvelle inveftiture. Cette loi ne
foufîroit aucune exception : elle affec-
toit c^énéralement tous les fieFs , tant
eccléiiaftiques que laïcs. On peut donc
la regarder comme le fondement de la
bafe du droit de régaie , qui avec le
temps s'eft étendu fur tous les biens de
l'évêché.
Ce qui ne paroît que probabilité au
premier coup d'œil , devient prefque Ordcnn. de
certitude , lorfqu'on examine attentive- ^^l^^^^^ -^^^*
ment certaines anecdotes de la monar- ordonn, de
chie. On voit par le teftament de Phi- Ph^i- de Vct-
lippe Augufte, ôc par plufieurs ordon- ^"' *'^^"**
nances des rois fes fucceiTeurs , qu'il
y avoir des églifes qui ne vaquoient
point en régale. Quelle peut être la
raifon de cette exception ? On ne les
trouvera certainement ni dans les actes
du concile d'Orléans , qui fuivant le
fyftème de notre illuflre auteur, fou-
met généralement tous les évêchés à ce
droit de la couronne ; ni dans la cpalité
de piotedeurs , toutes les églifes étoient •
(?4 Histoire de France.
*" '" ■- également fous la garde de nos rois ; m
Ann. 511, dans la prérogative de fondateurs &: de
patrons , elle eft commune à tous les
fouverains , qui cependant ne jouiffent
pas tous de ce privilège. Il faut donc la
chercher dans la nature des Jbiens qui
conftituoient les revenus de ces égli-
fes : elles n'étoient point fujettes à la
régale , parce qu'elles ne tenoient au-
cun iiefdu roi. Auln voyons-nous que
les fiefs eccléiiaftiques font nommés
régales dans quelques-uns de nos vieux
auteurs. Ils difent que les évêques d'Or-
léans ôc d'Auxerre ayant refufé d'ame-
ner les hommes qu'ils étoient obligés
de fournir , Philippe Augufte fe faific
de leurs régales , c'eft-à-dire , fuivant
l'explication de Rigord , de tous les
biens qu'ils tenoient de fa majefté en
foi &c hommage.
Quoi c]u'il en foit de l'origine de
cette prérogative , Grégoire de Tours
aiîiire que les rois de la première race
en ont joui malgré les oppofitions de
quelques évêques. Les papes Innocent
^n. 1174. IIÏ , Clément IV , Grégoire X l'ont re-
connue par des bulles authentiques. Le
concile de Lyon l'autorife dans les égli-
fes où elle étoit établie par la fondation
ou par quelque coutume ancienne j
m^ mais il défend en même temps de;
C L o V I è L <^5
introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Aî^n. 511»
Le parlement de Paris, feul juge de
ces matières , a toujours tenu pour
confiant , que la régale étant un droit
de la couronne , elle devoir afFe6Ver gé-
néralement tous les évèques du royau-
me. Enfin en 1^73 , Louis XIV donna
un édit qui déclare le droit de régale
inaliénable * & univerfel dans toute
l'étendue de fes Etats. ïl fut vérifié au
parlement : le clergé afTemblé y fouf-
crivit aurlientiquement : les feuls évè-
ques d'Aletli Se de Pamiers s'y oppo-
ferent : le roi fit faifir leurs revenus.
Le pape Innocent XI fulmina quelques
bulles d'excommunication en leur fa-
veur. L'affaire fut accommodée fous In-
nocent XII : & l'univerfalité de la ré-
gale folemnellement reconnue.
Le concile d'Orléans fut le dernier Mort de Clo-
^vènement remarquable du règne de J'raj't.^^^^^'
'"lovis. Il mourut dans la même année, Creg. Tur»
igé de quarante-cinq ans. Il fut enterré j^ i^^'"- ^^'^"
ians l'églife de faint Pierre & de faint ^■'* ^' ''
Paul , qu'il avoir fait bâtir. L'hiftoire
:apporte que quelques mois auparavant
Dn y avoit tranfporté le corps de fainte
* Le roi Charles VII 8c la plupart de Ces fifccefTeurs
ivQÎent cédé les revenus de la régale à la fainte Cha-
>elle de Paris : Louis VIII les retira , & lui donna en
îchange l'abbaye de fain: Nicaife de Rheims.
^6 Histoire de France.
! Geneviève , & qu'un mort reirufcita Tuf
A\N. ji I. fon tombeau. On a beaucoup difputé il
ce prince étoit plus guerrier que politi-
que : la Gaule fubjuguée par fes arm^s &:
confervée par fa prudence , eft une preu-
ve qu'il étoit aulïi fage dans le confed
que redoutable à la tête d'une armée.
On admu'e le commencement de fon rè-
gne 5 c'eft un enchaînement de vidoires :
on en dételle la fin, c'eft un tiffu de
cruautés. L'ufurpation des petits Etats
des princes de Ion fang a fait difparoi-
tre le héros ^ & l'homme injufte & bar-
bare ne s'eft que trop montré.
CHILDEBERT I. *
Thierri roi V^LO VIS laifïa quatre fils 5 qui par-*
de Metz. tagerent {on royaume également. Ils
clodomirroi s'aifemblerent 5 & firent quatre lots ,
d Orléans. ■ r • i r t^i • •
qui rurent tires au lort. 1 hierri , quoi-
ciotaue rci ^g né d'uue concubine , fut roi de
Metz j Clodomir , d Orléans ; Childe-
l?r^c Tr* ^^^'' > ^^ Paris j Clotaire , de SoilTons.
Frsi. c. îo. Les hiftoriens ne marquent point les li-
^f' ^''^^'^' mites précifes de tous ces Etats. Mais on
* Childebert n'étoîc que le troifitrae des enfants de
Clovis. Mais j comme Taris eft devenue la capitale de
l'eiTipire François , l'ufage a prévalu de ne mettre au
nombre des rcis de France , que ceux qui ont régné
dans cette ville. Nous nous y conformerons dans la
fuite de cette hiftoire.
C H I L D E B E R T I. 6j
voit par les circonftances de l'hiftoire ,
que le royaume de Metz comprenoit le Ann. 5iI(
Rouergue , l'Auvergne , l'Albigeois ,
toutes le frontières de la Provence &
du Languedoc, la Champagne, les trois
Evêchés , le Luxembourg, l'Alface , les
Eiedorats de Trêves , de Mayence , de
Cologne , & toute l'ancienne France au-
delà du Rhin jufqu'à la Veftphalie.
Celui de Paris s'étendoit le long de la
mer, depuis fa Picardie jufqu'auprès des
Pyrénées. La Beauce , le Maine , l'An-
jou, laTouraine, leEerry compofoient
celui d'Orléans. Le royaume de Soif-
fons , plus borné dans fon étendue ,
étoit refferré entre la Champagne , l'Ifle-
de-France, la Normandie, la mer, Se
l'Efcaut. Mais, quoique divifés & gou-
vernés par des princes également indé-
pendants , * ces quatre Etats ne fui-
voient qu'une même loi, & nefaifoient
qu'un corps de monarchie. Les fei-
gneurs des quatre royaumes s'afTem-
bloient de temps en temps en un même
lieu : on y traitoit des affaires générales
de la nation : on y jugeoit en commun
■'' Ce partage du royaume de Clovîs fut l'occafion
d'une nouvelle divifîon delà France. On nomma Auf-
trafie celte partie des Gaules qui eft fituëe versTO-
ïienc entre le Rhin j la Meufe & la Mofelle. On ap-
peila Neuftrie la partie qui s'étend au couchant entre
la Meufe & la Loire jufqu'à l'Océan.
f. 19
<)8 Histoire de France.
îi:i__rzz::! les procès qui intéreffoient l'empire, OU
>^NN. 511. par l'importance du fujet , ou par la
qualité des parties.
"" Les premières années du règne de ces
n 9» princes ne furent troublées par aucune
lT^^c. 3."'^* guerre. La France jouifïoit de la paix
o efi. Franc, I3, plus profonde 5 lorfque Cochiliac ,
frl'deg.ii. ^^^^ prétendoit defcendre de Clodion ,
fe jetta fur les terres du roi d'Auftrafie.
Thierri fut obligé d'envoyer contre lui
une armée confidérable , dont il donna
le commandement à Théodebert fon
fils. Ce jeune héros joignit le prince
Danois , lorfqu'il étoit fur le point de
fe rembarquer , le défit & le tua de fa
propre main. 11 paroît par les relations
. de ce temps , que la France avoir dès-
lors une marine. L'hiftoire rapporte que
la flotte Françoife prit celle des Danois ,
leur enleva tout le butin , de remit en
liberté les prifonniers François. Cette
rrr 777 expédition fut fuivie d'une autre dans
* la Thuringe , où Baldéric perdit " fes
Etats Se la vie. Le roi d'Auftralie devoit
partager cette conquête avec Hermen-
froy qui l'avoit excité à prendre les ar-
mes contre le malheureux Baldéric ,
fon frère : telles étoient les conditions
du traité. Mais le Thuringien , auflî
perfide vis-à-vis de fes alliés , que bar-
bare envers fon frère , lui manqua de
Childebert I. 6^
parole. Thierri diilîmula fon reiTenci-
ment , &c remit à un autre temps la Ann. 510,
vengeance de cette trahifon.
Cependant les trois fils de Clotilde .
déclarent la guerre au roi de rJourgo- ^ j^^^
gne , qui retenoit injuftement le bien /. ? , c. ^.
de leur mère , lui préfentent la bataille , ^^^' ^^^^^*
mettent fon armée en déroute , & s'em-
parent de fes Etats. Sigifmond , la reine
fon époufe & fes enfants furent livrés
à Clodomir, qui, malgré les prières &
les menaces du faint Abbé Avitus les
fit maffacrer & précipiter dans un puits :
vengeance trop ordinaire dans ces temps
barbares de la monarchie. *
Gondemar, rentré dans la Bourgo-
gne , avoit reconquis le royaume de
(on frère. Le roi d'Orléans , ligué avec
Thierri , marcha contre lui , le joignit
à Veferonce auprès de Vienne , &: le
défit entièrement. Mais emporté par
l'ardeur de la pourfuite , il fut furpris
par quelques Bourguignons qui le per-
cèrent de plufieurs coups dont il expira.
La mort du roi Clodomir , loin de ra-
lentir le courage des François , le chan-
gea en fureur : ils palferent au fil de
l'épée tout ce qui fe préfenta devant
"•^ 11 y a deux villages de l'ancien royaume de Clo-
dcmir, qui conrervcnt les traces de cette aftion, faint
Sîgifmond&Coloumelle: on croit que ce dejnici ncm
çft une ahciation de calumnia.
70 Histoire de France.
eux : vieillards , femmes , enfants, rien
Ann. 513. ne fut épargné, & ils ne quittèrent la
Bourgogne qu'après l'avoir entièrement
défolée.
Conquête Ainii pérît au milieu de la victoire
de Ja Bour- j^ ^q^^i^q Clodomir. Ouelques années
Procop. de ^pres , les rois les rreres , ce i neode-
^eiio Ooth. bert fon neveu , vengèrent fa mort par
.11, ^-U'i^ conquête de la Bourgogne , qu'ils^
partagèrent entre eux. 11 y avoir cent
vingt ans que ce royaume étoit fondé
lorsqu'il fut réuni à la monarchie Fran-^
Creg. Tur. çoife. * Le roi d'Orléans lailToit trois
/. I ,^ C-. 1 8. fJs, Théodebert, Gontaire & Clodoal-
e. 14. ' ^^* Elevés fous les yeux de par les foins
Fred. epff. Jg 1^^- pieufe aïeule , rien n'auroit
manqué à leur bonheur , s'ils avoient
eu des oncles ou moins cruels, ou moins
ambitieux. Ces princes uferent d'arti-
fice pour les tirer des mains de la reine
Clotilde. Mais ces innocentes victimes
ne furent pas plutôt en leur pouvoir,
que levant le mafque , ils envoyèrent
à cette princeiTe une épée & des cifeaux ,
lui laiffant le choix de l'un des deux.
* Les auteurs anciens & modernes en mettent le
ccmmencerr.ent l'an 413 ou 414 Tous Gondicaire eu
-Gondioc : M- l'abbé du Bos en place la àtHruùwn
rnn 5 î4, feus Gondomar. Depuis ce moment il fut
tantôt divifc entre plulîeurs rois de France , tantôt
réuni dans un feul , & enfin partagé en deux ou trois
portions , dont chacune fut honorée du titre du royau-
me de Bourgogne»
mXMA^-ueBmmm
Childebert L yr
Ciotilde , emportée par ia douleur ,
s'écria inconridérémenc , qu'elle aimolt Ann. 513.
mieux les voir au tombeau , qu'enfer-
més dans un cloître. Ces paroles ne Mâffacre
fiZj^l ^ ^' des enfants
urent que trop fidèlement rapportées, ^^clodomir.
Clotaire fur cette rcponfe fe faiiit de
l'aîné qui n'avoir que dix ans , le ren-
verfe par terre , & le poignarde. Le ca-
det effrayé fe jette aux pieds de Chil-
debert, lui embralTe les genoux , lui
demande la vie. Ge prince attendri ne
peut retenir fes larmes : Clotaire lui
reproche fa foibleife , lui arrache l'en-
fant 5 & l'égorgé fur le corps de fon
frère. Le troiiieme eut le bonheur d'é-
chapper aux fureurs de ce prince bar-
bare. Il fe fit couper les cheveux , & - ^
fe confacra au fervice des autels. On
l'invoque aujourd'hui fous le nom de
faint Cloud. Nous avons cru devoir
rapporter de fuite ces deux événements,
quoiqu'arrivés plulieurs années après la
mort de Clodomir. * L'attention du
lecteur eft moins partagée. ^
Cependant le roi d'Auftralie n'avoir ^^^ ^ ^
point oublié la perfidie d'Hermenfroy. conquête
Aidé de Clotaire fon frère , il porta la^^ela Turin-
2;uerre dans la Thurino;e , emporta d'af- ^^* ^■
laut la capitale , ce s empara de tout le /. ?, c. 3.
royaume. Chaque événement de ces ^^fi- ^ranc,
* Le premier en j 3 4 , le fécond en î 3 ç-
71 Histoire de France;
iiècles barbares eft marqué au coin de
Ann. 55 i.^*^ cruauté. Le roi de Thuringe , fur la
Frede e it P^^^^^ ^^ Tliierri , le vint trouver à
f. 3z. ' Tolbiac. Un jour qu'il fe promène
avecfon vainqueur fur les murailles de
la ville 5 quelqu'un de la fuite du mo-
narque François le pouffe 8c le préci-
pite dans le foifé , où il expire. Clotaire
epoufa l'incomparable Radegonde , ôc
ût allafliner le frère de cette princelTe.
Mais peu s'en fallut «ique lui-même ne
fut immolé à l'ambition ou à la jaloufie
de Thierri, Ce prince lui avoir deman-
dé un entretien fecret. Le roi de Soif-
fons apperçut , en entrant , les pieds de
quelques foldats cachés derrière une
tapifïerie. 11 fit ligne aux feigneurs de
fa cour de le fuivre. Ainfi efcorté , il
fe préfenta devant fon frère, qui fans
paroîure déconcerté , le combla de ca-
refies & lui fit préfent d'un riche balïin.
C'étoit le préfent à la mode dans ces
L'ëjc. 2. anciens temps. Grégoire de Tours rap-
porte que parmi les chofes précieufes
que Chilpéric envoyoit à Tibère Conf-
tantin , empereur d'Orient , il y avoit
un baflin d'or enrichi de pierreries , qui
pefoit cinquante livres.
Pendant que ces chofes fe pafToient
dans la Thuringe, le roi de Paris ven-
geoit fa fœur des outrages de des cruau-
tés
Childebert I. 75
tés d'Amalaric fon époux. Le fruit de
rerte expédition fut la délivrance de Ann. 531.
Clotilde 5 la mort du roi des Vifigotlis , Guerre cor-
la prife & le pillage de Narbonne, où "^^^J^"' ^'^^-
l'on trouva foixante-douze vafes d'or,
qu on pretendoit avoir ete enlevés du de beîi. Cou
temple de Salomon. Lorfque Childe- ^- 1^'^- ^-
1 / • 1 • ■'■ Grès. Tiif»
pert etoit en chemni pour cette guerre 5 /. 3 , ?. 10.
il fe répandit un faux bruit que le roi
d'Auftrafie avoir été tué. Cette nouvelle
lui fit changer de route : il fe rendit
auifi-tôt en Auvergne qui fe {onmit JtT\'ï'^'
avec joie a la domination. Cette de- Fredeg.epîc.
marche imprudente eut des fuites bien ^' ^J:':„
runeltes pour les Auvergnats. Le vido- hifi. l z.
rieux Thierri entra à main armée dans
leur pays , s'empara de Clermont, força
le château de Volorre , brûla celui de
Tiern , réduifit le fort d'Oliergue qui
paflToit pour une place imprenable, fie
airaffiner Mundéric * qui foutenoit les
* Ce Mundéric qui prétendoit que le royaume lui
étoit dû ainfi qu'à Thierri j Se qu'il étoit roi comme
lui , pouvoir bien, fuivant la conjefture d'un fçavanc
académicien , être un fils naturel de Clovis , quoique
ce prince , pour des raifons que l'hiftoire ne dit point ,
ne l'eût pas reconnu en cette qualité. L'entrée fubitc
qu'il fait dans le monde oii il étoit inconnu , ne con-
vient pas à un 'prince élevé dans l'ignorance de fon
état , & qui venant à pénétrer le fecret de fon. origi-
ne , cherche à en pourfuivre les droits. M, de Fonc.
Mémoires de Vacaiémie des belles-lettres y tome VIU^
^ûge 4.7 5.
Tome L D ^
74 HiSToiRi DE France.
relies du parti rebelle , ôc lai{ra par-tout
Ann. ; 5 1. des marques de la plus implacable ven-
geance.
Mort de Cette expédition fanguinaire Se la
fon carac- réconciliation de 1 hierri avec les tre-
tere. res , font les dernières actions mémo-
77"; 77 râbles de fon rèene. Il n'eut rien de
Ann. 554- / i- . P . r- i
médiocre , ni vices , ni vertus. Grand
roi, méchant homme j jamais monar-
que ne gouverna avec plus d'autorité ,
jamais politique ne refpedta moins les
^ ^ loix de l'honneur & de l'humanité. On
î. 3 , c. 17. voit par 1 hiltoire de ce prince , qu an-
ciennement nos rois nommoient aux^
évèchés fans attendre le fufFrage du
peuple & du clergé. L'églife d'Auver-
gne avoit élu un fuccelTeur à l'éveque
Euphrafius. Thierri qui n'approuvoic
pas ce choix , conféra l'évèché au prêtre
Apollinaris , qui fut reçu de facré. Ce-»
lui-ci étant mort quelques mois après,
le roi choiiît pour le remplacer faint
Quintien , que les Ariens avoient chafTé
de fon (lége. Les évêques voiiîns s'af-
femblerent , l'iiiftallerent dans la chaire
de l'églife de Clermont , 3c le préfente^
rent au peuple , qui le reconnut pour
fon légitime pafteur. Les papes ne s'érr
toient point encore attribué le droit de
confirmer. On leur envoyoic fimple-^
Childebert I. 75
ment une confelîion de foi : on leiir "^^''••^^'-"*"7
demandoic leur communion : c écoic Ann. 534»
le feul hommage qu'on' rendît alors à
la cour de Rome.
Le fils Se le feul héritier du roi d'Auf- Thécdetert
trafîe étoit en Auvergne pendant la ma- ^oi^^'-^^f^"^*-
iadie de fon père. Théôdebert , efclave
de la belle Deuterie , fembloit avoir
oublié le refte du monde. Déjà Childe-
bert ôc Clotaire prenoient des mefu-
res pour démembrer la fuccellion de
Thierri , lorfque ce jeune prince s'arra- ,^^^ -^y^^^
che enfin des bras de fa maîtreiTe , arri- c. 20, '
ve à Metz , fe montre à fes fujets , de
diilîpe tous les projets de fes oncles.
Le commencement d'un Ci beau règne
fut deshonoré par une a6tion bien cri-
minelle. Le nouveau roi répudia Wifi-
garde fa femme pour époufer Deuterie
qui avoir fon mari. Ces défordres fcan-
daleux n'étoient que trop communs dans
ces premiers temps de la monarchie.
Car fans parler du mariage de Clotaire
avec la veuve de fon frère , ce prince
eut en même-temps trois femmes, dont
deux étoient fœurs, Se ne fe fit aucun Wem,/. 4i
fcrupule d'époufer Waldrade veuve de^' ^'
fon petit-neveu. Ces mauvais exemples
étoient imités par les particuliers , qui
peut-être portèrent la licence plus loin
y 6 Histoire de France,
^ encore. C'eft du-moins ce qu'on peut
Ann. 534' conje(5burer ci*un canon du fécond con-
Conc. t. '^. cile d'Orléans , qui défend d'époufer
fa belle-mere ou la femme de (on père.
— — ■ Cependant une nouvelle carrière
' s'ouvrit à la valeur Françoife au - delà
d'itfue"" ^^^ Alpes. Voidi quelle en fut l'occa-
iîon. Théodat devenu roi d'Italie par
procop'l I. Amalafonte fa femme, eut la cruauté
^^jormmi de ^^ ^^^^^ moutir celle dont il tenoit la
reb. Got. couronne. Juftinien entreprit de ven-
ger cette mort. Ce fut dans cette vue
qu'il rechercha l'amitié des princes
François : le traité fut conclu. Mais
les Oftrogoths trouvèrent moyen de les
détacher de cette nouvelle alliance en
leur abandonnant la Provence Se une
partie des Alpes Rhétiques. Ce fécond
- traité ne fut pas obfervé plus fidèlement
que le premier. L'année fuivante Théo-
debert parut en Italie à la tête d'une
puiffante armée , fondit furies Oftro-
goths 5 enfuite fur les Romains qu'il
défit fuccefiîvement , ravagea la Ligu-
rie 5 faccagea la ville de Gênes , &
chargé d'un prodigieux butin , ramena
fon armée en France. Ce fut la tout le
fruit de cette entreprife,
«N, 540. Théodebert de retour dans fes Etat$
fe ligua avec Childebert contre h roi
C H I t b È B E R f ï. 77
ie SoifTons. On ienore le motif Je cet- f^
te guerre. L'hiftoire- rapporte iimple- Ann. ç4o.
ment que Clotaire plas foible que fes ChUdebert
/ -*• ^ ^1 j î^^^^& Théode-
ennemis , le retra-ncha dans ia roret ^^^^ ^ç^_
Bretonne ou de Routot dans le pays de nent les ar-
/^ '/■ 1 j' ' * r -. ^ « roes centre
Caux , relolu d y penr , li on entrepre- ciotaîre.
noit de l'y forcer. Déjà les d.eux rois (jreg. Tur,
avoient tout difpofé pour railàut , lorf- ^*j > «^i ^^*
qu un orage runeux vint tondre lur leur ^, ^j,
camp. Le bruit du tonnerre , la violence
des éclairs , une pluie mêlée de grêle
& de pierres _, difent les hiiloriens ,
portèrent la confternation dans tous les
cœurs. Les princes ligués reconnoident
la main de Dieu , & fe réconcilient
avec Clotaire , dont on dit que la
tempête avoit refpecté le quartier. On
attribua ce miracle aux prières de fainte
Clotilde.
C'eil: à cette même année qu'on rap- Royaume
porte l'établilLement du royaume d'Ive- *^'^^^^°'^-
tôt. On raconte que le roi Clotaire tua RolenCa-
de fa main dans 1 eglife de SoifTons un f'"" '. ^''■''^.'
, . p. l. z, in ra-
nomme Cjautier , ieic^ne-ur de cette ba- c/ot.
ronnie. On ajoute que ce prince revenu
de fon emportement condamna lui-
même cette adion violente , &c pour
réparation érigea la terre d'ivetot en
royaume. C'eft une liiftoire apoci"yphe. PafçuUrre.
L^s feigneurs du Bellay qui ont eu cette '^'''''' '^' ^'
D3
yS Histoire de France.
— :t feigneurie par le mariage d'un de leurs
Ann. 540. ancêtres avec Ifabeau Chenu, convien-
/>3nce,/. 3,nent qu'ils n'ont aucun titre juftificatif
*^' '^' de cette royauté imaginaire.
ehiidebejt La réconciliation des rois de Paris 8^
liguent con- ^^ ^oiilons tut Imcere. Ils joignirent
tje les Vifi- leurs troupes , entrèrent en Efpagne ,
^^'^^* prirent Pampelune, ravagèrent la Bif-
caye , l'Aragon , la Catalogne , & vin-
rent mettre le fiége devant Sarragoce ,
qui 5 pour fe racheter du pillage , leur
donna la tunique de faint Vincent mar-
Geji. Franc, tyr. Cette précieufe relique fut dépofée
<■* ^^* dans l'églife que Childebert fit bâtir
hors des murs de Paris fous le nom de
fainte Croix & de faint Vincent. On
l'appelle aujcurd'hui faint Germain des
Wor'kifp.pT^^s, Oeik ainfi que nos auteurs racon-
' * * tent ce fait. Les Efpagnols difent au
contraire que les deux rois furent entiè-
rement défaits devant cette place. Les
vainqueurs s'emparèrent aufïi-tôt des
çorQ^es des Pyrénées. Les princes ne
pouvoient leur échapper 11 le gênerai
Viligoth , gagné par argent, ne leur eût
accordé le palTâge pendant un jour 6c
une nuit. Le refte de l'armée fut taillé
en pièces.
Ligue de L'Italie étoit toujours le théâtre de la
guerre la plus fanglante. Juftinien con-
Childêbert I. 79
vaincu qu'il ne réufïîroit point , s'il
avoit les princes François pour enne- Ann. 540»
mis, leur envoya une célèbre ambalTacle contre l'em-
avec la cefîlon pure Ôc (Impie de tout^fen"'^
ce qu'il pouvoir prétendre fur la Pro-
vence, il leur accordoit le droit de ^^o'^^pj-^'
tri 1 . • de bel. Oou
preiider comme les empereurs aux jeux
qui fe célébroient dans l'amphithéâtre
de la ville d'Arles j il donna de plus un
édit qui ordonnoit que la monnoie d'or
marquée à leur coin & empreinte de
leur image , auroit cours dans toute
rétendue de l'empire. C'étoit une pré-
rogative unique , qu'on avoit toujours
refufée même au grand roi de Perfe.
Toutes ces avances furent inutiles.
Théodebert traita avec Totila à qui il
venoit de refufer fa fille , qui , difoit-il ,
ne pouvoit être deftinée qu'à un roi. Le Agat. l y*
motif de cette ligue étoit , que Jufti-
nien dont les troupes avoient été fi
fouvent battues par les François, prenoit
cependant le titre faftueux de Francique.
Le roi d'Auftraiie entreprit de lui faire
perdre ou mériter ce glorieux furnom.
il commença par faire frapper des mé-
dailles, où il étoit repréfenté non-feu-
lement avec toutes les marques de la
dignité impériale , mais encore avec le
titre de Seigneur ôc d'Augofte, cpi
8o Histoire de France.
*—*——* n'appartenoit qu'aux empereurs. Il forr-
Ann. 540. gea enfuite à intérelTer dans cette que-
relle les Gépides , les Lombards , &
toutes les nations qui grofTifToient la
lifte des peuples domptés par Juftinien,
Son deiîein étoit de porter la guerre
Jufque dans la Thrace & dans l'illyrie.^
Mais un accident funefte fit évanouir
tous ces grands projets.
7~~~7: Ce prince , le plus accompli des def-
Mort de ^^^^^"^^ ^^ dovis , tut enieve de ce
Théodeberc monde , OU par la chute d*un arbre qui
& fon éloge. Iq i^jg^-^ £ dangereufement , qu'il en
Cre^'.Tur. ^^o^rut le même jour, ou par une Ion-
l> i, G. i6. gue maladie où les médecins déployè-
rent envain tout leur art. Car les hifto-
riens ne s'accordent point fur le genre
, de fa mort , mais tous s'accordent à lui
donner les plus grands éloges. Vaillant >
hardi , intrépide , il étoit à peine forti
de l'enfance , qu'il mérita par la vidoire
qu'il remporta fur les Danois , le Sur-
nom de prince Utile : exprefïion fingu-
liere , qui préfente l'idée d'un guerrier
capable des plus grandes entreprifes,
Bienfaifant , humain , fenfible à la mi-
fere de fes peuples , il n'eut rien de cette
férocité qui deshonore la mémoire de
fon aïeul , de fon père & de Îqs oncles*
Adoré de fes fujets, recherché de fes
C H I L I) E B E R T I. Si
ToifinSj redouté de fes ennemis, jamais
prince ne foutint plus glorieufement ia Ann. 54S.
dignité de fa couronne. L'évèque de
Lauzanne , Marius , ne l'appelle que le Marins ïa
grand roi des François. On admire fur- ^^^^''*
tout la belle réponfe qu'il fit à l'évèque
Didier. Ce prélat lui rapportoit une
fomme coniidérable qui avoit été prê-
tée aux habitants de Verdun fur le tré-
for royal. Le monarque refufa de la re-
prendre. N'eus Jommes trop heureux ,
lui dit-il , vous _, de m' avoir procuré l'oc-
cajion de faire du bien j <S' moi ^ de ne
ravoir pas laïffé échapper. Il ne lailToit
qu'un fils 5 qu'il avoit eu de Deuterie.
Ce jeune prince nommé Théodebalcle
ou Thibaut , lui fuccéda fans aucune
contradidion de la part de fes grands
oncles : ce qui prouve que dans ces
ptemiers temps les bâtards n'étoienc
point exclus des fucceflions,
La mort de la pieufe reine Clotilde'
fuivit de près celle du roi d'Auftra&.
Ce fut un modèle de patience , de piété ,
de zèle. On tranfporta fon corps de
Tours à Paris , où il fut enterré à côte
de Clovis , dans l'églife de faint Pierre
& de faint Paul , aujourd'hui fainte
Geneviève. Elle a été mife au nombre
des faints^
D ^
8t Histoire de France.
Théodebalde étoit à peine fur le
Ann. 549. trône que Juftinien lui envoya des am-
Théodebaî- bafïadeurs pour lui demander fou al-
«afie'/'"^"^" ^^^"^^ ^ ^^ reftitution des places de la
Ligurie Se du pays de Veniie. Le jeune
monarque fit partir pour Conftantinople
quatre feigneurs François , qui termi-
nèrent heureufement l'importante né-
gociation dont ils étoient chargés. La
paix fut conclue entre la France &C
Procop. i 4. l'Empire. Les François refterent en
de beii. Got. pofTeirion de leurs conquêtes d'Italie.
Le pape V igile rut traite avec plus d e-
gard : l'empereur remit l'affaire des trois
chapitres à la décifion d'un concile gé-
L'afiâîre néral. C'eft ainfi qu'on appelloit la fa-
purw?^^^ *'meufc queftion qui fut agitée dans le
fixieme fiecle , fi l'on devoit condamner
quelques écrits de Théodoret évèque
de Cyr , une lettre d'ibas évèque d'E-
defTe , la perfonne enfin & les œuvres
de Théodore de Mopfuefte. Tous ces
ouvrages étoient légitimement fufpedls ^
les deux premiers , parce qu'ils avoient
été compofés en faveur de Neflorius
contre iaint Cyrille d'Alexandrie, les
derniers , parce qu'on les regardoit avec
raifon comme la fource où l'évèque de
Byfance avoit puifé {es erreurs. Mais
Théodoret 6c Ibas avoient été reconnus
Childebert I. 83
pour orthodoxes par le Concile de Cal-
cédoine, & Théodore étoit mort dans Ann. 549.
le fein de l'églife. Ces confidérations
ne caufoient pas un médiocre embarras.
Cependant les trois chapitres furent con-
damnés dans le cinquième concile gé-
néral de Condantinople. Le pape Vi-
gile* refufa d'y foufcrire. Pelage fon
fucceffeur le confirma folennellement.
Childebert regarda cette démarche com-
me un attentat contre l'autorité du con-
cile de Calcédoine : il s'en plaignit au
pape 5 qu'il Força de lui envoyer la pro-
feiîion de foi. Cette lettre fut alTez effi-
cace pour arrêter le fchifme près de
s'élever en France \ mais elle ne put
diiliper tous les préjugés de la nation
fur la prévarication dont elle accufoit
le fouverain pontife.
La paix avec l'empire ne fut pas de . „„
1 1 / T • i> A n r nNN. 554*
longue durée. Le roi dAultrahe, con-
tre la foi du dernier traité , permit ^\xxm^I\o^ te
Leutharis & à Bucelin de conduire foi- défaite des
xante - quinze mille hommes au fecours iHx-lT^ ^^
des Oftro^oths. Ces deux généraux fe
faifirent de Parme , battirent un déta-
chement de l'armée impériale comman-
dé par Fulcaris , portèrent la défolation
par-tout où ils paflerent , & s'avancèrent Procnp. l 4.
jufqu'au Samnium j où ils feféparerent -^^^^^^ ^'^'
D6
§4 Histoire de France.
en deux corps. L'un fous la conduite
Ann. 554. des Leutharis , après avoir couru toute
la Pouille & la Calabre , vint périr de
la pefte fous les murs de Padoue. L'au-
tre fous le commandement de Bucelin ,.
après avoir ravagé la Lucanie & le pays
des Brutiens , fut taillé en pièces à quel-
ques lieues de Capoue. Le carnage , au
rapport des hifto riens , fut fi horrible ,
que de trente mille hommes , il ne fe
lauva que cinq foldats. Tout fut pris
ou pa{Te au fil de l'épée. Cette défaite
lit perdre aux François toutes les places
qu'ils occupoient dans la Ligurie de
dans le pays de Venife. Il ne leur refta
de toutes leurs conquêtes que le feul
palfage des Alpes.
Akn. fsS' -^^ nouvelle de cet échec éroit a peî-
Mort de ne parvenue en France, que Théode-
Théodebal- balde 5 jeune prince de peu de fanté ,
mais d'un efprit excellent , termina fa
languilTante vie dans la feptieme année
de fon règne. Il ne laifTa point d'enr
fants ; & quoiqu'il eût deux foeurs y.
Wifigarde & Ragnitrude , la loi du
^- a. pays , dit Agathias , appelloit à la fuc-
ceiïion Childebert de Clotaire comme
£es plus proches parents. C'eft le pre-
mier monument hiftorique de la loi
fondamentale <^ui n'admet poiiu les
C H I L D E B E R T I. 8^5
filles à la couronne. Le roi de Paris
attaqué d'une violente maladie ne fe Ann. 5 5 5.
trouvoit pas en état de recueillir la fuc-
ceflion de fon petit-neveu. Clotaire fçut
profiter de la circonftance , gagna les
îeigneurs Auftrafiens , &c força fon frère
à lui faire une celîion authentique de
tous fes droits. Childebert , pour fe
venger de cette violence y mit le trou-
ble^ fema la difcorde dans la famille
du roi de SoilTons. Lorfque ce prince ,
d'abord vainqueur des Saxons , enfuite
obligé de leur demander la paix , rame-
noit en France les débris de fon armée ,
il apprit que Chramne le plus cher de 5'^'!^^^'^^^
r ^V ^ >/ • / 1 / ^ 1 • Tl révolte con-
les entants s etoit révolte contre lui. 11 tre clotaire
prenoit des mefures pour le faire rentrer^'^" p^""^*
dans le devoir , lorsqu'il fe vit forcé de , ^^^^' '^"f*
marcher contre ces mêmes peuples qiu m.
venoient de lui donner la loi. 11 envoya ^^f'f^^^*^'
contre le rebelle deux autres de fes fils , '
Caribert de Contran. Ces deux rois , Marcuiphe^
( tous les enfants de France portoient 3/^* "^^ "
alors cet augufte nom ) entrèrent en
Auvergne , firent lever le blocus de
Clermont , 8c s'avancèrent jufque dans
le Limofin pour combattre l'armée en-
nemie. Mais un faux bruit ,, que leur
père avoir été tué , leur fit reprendre
tout-à-coup le chemin de la Bourgogne*.
Î6 HièToiRE DE France.
Le retour de Clotaire & la mort de
Ann. 558. fon frère mirent fin à cette guerre ci-
Mcrt de viie. Chramne privé de l'appui de fon
Chiideberr& oncle, implora la miféricorde du roi ,
ion portrait. • i • 1 .^1-111 / • j
qui fui pardonna. Childebert eioit dans
la quarante -feptieme année de fon rè-
Fredeg. epit, gne , lorfqu'il mourut. Tous les ordres
de l'Etat refTentirent vivement cette
Î>erte. La nobleffe perdoit un chef dont
es manières affables & pleines de bon-
té captivoient tous les cœurs : le peuple
regrettoit un fouverain équitable , qui
le gouvernoit avec beaucoup de modé-
ration de de fagefle : la religion pleuroit
un proteâreur dont le zèle ne connoif-
Tom. I. ca- ^oit point de bornes. Quantité de mo-
it. ^â/"îh'. nafteres &c d'hôpitaux bâtis & fondés
p, 6, .^r .
avec une magnincence vraiment royale ,
une charte publiée fous fon autorité
pour abattre les idoles & les figures con-
lacrées au démon dans toute l'étendue
de fon royaume , quatre conciles tenus
fous fon règne & par fes ordres , un à
Orléans , un à Arles , deux à Paris , font
autant d'illuftres monuments de la piété
de ce religieux prince. On lui reproche
avec juflice la mort de fes neveux. Mais
s'il eut afifez d'ambition pour projetter
le crime , il n'eut pas du-moins affez de
cruauté pour l'exécuter. Il fut enterré
pit
Childebert I. 87
dans l'égUfe de faint Vincent , au jour- '!^
d'hui faint Germain-des-Prés , où l'on Ann. jî8.
voit encore fon tombeau. On lui attri- Fortunaz. u
bue la fondation de l'églife de Paris: *' '^''^' '''
c'eft une erreur. U eft vrai qu'il l'embel-
lit, qu'il la décora de vitres , ornements
jufqu'alors inconnus dans les églifes de
cette capitale ; mais il n'eut point la
gloire de la bâtir. Il lailToit deux filles,
Crotberge &c Clodoflnde , qui n'eurent
aucune part à la couronne. C'eft encore
une confirmation de la loi qui déclare
le royaume terre Sallique,
Clotairc fcul Roi,
Le roi de SoilTons devenu feul mai- .
j -, , . , Ann. 560,
tre de tout 1 empire rrançois , éprouva ^j ^\^
que le trône le plus puillant ne défend
ni des chagrins ni de l'ennui. Chramne ciotaîrerê-
fe révolta de nouveau & fe ligua avec f^^l bJûiêr^^
le comte de Bretagne. Ce père infor- fon fils
tuné fe vit obligé de prendre les ar- ^^Z^^?^ f^
1 ' j / r ,-1 'î"^ s'etoit
mes contre celui de les entants qu il révolté de
avoit le plus tendrement aimé. Les "^"'^e^"*
Bretons furent défaits , leur chef tué , ^^fi- ^rana
le malheureux Chramne pris , enfer- Freiêg.e^ïu
mé 5 étranglé , &: brûlé avec toute fa c- 54.
famille.
Clotaire depuis cette funefte vie- Mort de
toire vécut dans la plus profonde trif- Clotaire,
s 8 Histoire de France.
telTer II mourut a Compiegne dans la
Ann. j 60, cinquante - unième année de fon rè-
61 , 61. giiQ ^ qui fut un tilTu d'adultères 5
d'incefles , de cruautés , de meurtres
Marins in ^ d'horreurs. On a remarqué que ce
fut l'année d'après la bataille de Bre-
tagne 5 le même jour & à la même heure
qu'il avoir fait périr fon fils. Il fut en-
terré dans l'églife de faint Médard de
SoifTons 5 qu'il avoir commencée , Se
qui fut achevée par Sigebert fon fils.
11 laiffa quatre enfants qui lui fuccéde-
rent , Caribert , Contran ^ Chilpéric ,
Ôc Sigebert. Il eut pour femnVes In-
gonde Se Arégonde qui étoient fœurs ,
Chonféne , Radegonde , Gondiucque
fa belle-fœur , ennn Waldrade > veuve
de fon petit-neveu»
CARIBERT.
t~,„ ,</ JL'Empire François fut de nouveau
/INNo 50Z. T . /»/ •* . ,
divile en quatre royaumes qui n eurent
^ pas les mêmes limites qu'ils avoienc
Contran roi ^ j,i i r\ •• ' \ i-i
de Bourgo- ^ues Q abord. Un joignit a^ celui de
gne. Paris la Touraine , l'Albigeois Se Mar-
Sigebert roi feiUe. On léunit à celui d'Orléans la
d' Auftrafie. Boy^gogne , dont il prit le nom , le Sé-
de sSVs? i^nois Se une partie de la Champa-f
C A R I B t R T. 857
gne. Châlons-fur-Saone devint la ville
royale. Celui de SoilTons fut augmenté Ann. té 2.
du Tournailîs , fi toutefois il n'en avoit Gn^. lur.
pas déjà fait partie. Celui d'Auftrafie , ^'c,fi,Yrlnc.
en perdant quelques provinces dans la c. 19.
Gaule , fe trouvoit agrandi de toute ^/^""^f ^^'^'
la Thuringe dans la Germanie. Les
partages n'étoient point encore faits ,
que la divifion fe mit entre les enfants
de Clo taire. Chilpéric vouloir régner
dans la capitale de l'empire. Il profita
de l'abfence de fes frères , s'empara de
Braine , maifon de plaifance où étoienc
: les tréfors de (on père , les diftribua aux
principaux de la nation , ôc s'étant mis
à leur tête vint droit à Paris , où il fe
B.t reconnoître pour roL Les Princes,
indignés de cette entreprife , levèrent
des troupes, l'ailiégerent dans Ùl nou-
velle ville 5 l'obligèrent de defcendre
du trône qu'il avoir ufurpé , Se le for-
cèrent de s'en rapporter à la décilioii
du fort, qui ne lui fut pas favorable»
Caribert fut roi de Paris j Contran , de
Bourgogne ; Sisebert , d'Auftrafie ;
Chilpéric, de SoifTons. ^^^
La guerre de la fucceflion étoit aANN. 565.
peine terminée , que le roi d'Auftrafie Défaite des
apprit que, les Huns , anciens peuples ^hupédc ^^
de la Sarniatie Européenne , alors mai- par sigeberc»
90 Histoire de France.
très de la Paniionie , qui a pris d'eux
Ann. 5^3. le nom de Hongrie, s'ctoient jettes
Fonunat. fur fes Etats au-delà du Rhin. 11 vole
einfc.Piaiv, ^^çç^_^^^ à leur rencontre, & les joint
dans la Ihuringe quils avoient rait
révolter. Un pocte célèbre dans ce
temps-là remarque que ce jeune prin-
ce fe mit au premier rang, & la ha-
che à la main , chargea ces barbares
avec une intrépidité héroïque , les en-
fonça , les renverfa , & les contraignit
de lui demander la paix. Elle fut con-
clue d'autant plus promptement , qu'il
venoit de recevoir la nouvelle , que
Chilpéric , après s'être emparé de
Rheims , avoir fait le dé^ât dans toute
']^r^' ^"''' la Champagne. 11 reparfe le Rhin en
' *'^* grande hâte , vient mettre le fiége de-
vant Soiiïbns qu'il prend avec Théode-*
bert fon neveu , défait fon frère en ba-
taille rangée , & par l'entremife de Ca-
ribert & de Gontrand , lui rend fes
Etats & fon fils,
sieretert é- Le vidorieux Sigebert fon^ea enfuite
c Xi. \1f • • 11*
poule brune- ^ s'alliet par un mariage diene de lui
Isaut fille du , i . >, Ç> cr
roi des vifi- clans une maiion royale. Brunehaut ,
goths. £iiç d'Athanagilde roi des Vifigoths ,
pafToit pour la princelTe la plus accom-
Cejl, Franc, plie de fon fiècle. Le roi d'Auftrafie la
^* 5 *• ht demander par Gogon maire du palais.
C A R I B E R T; 91
*eft la première fois qu'il eft parlé dans ■
lotre hiftoire de cette dignité , fi funefte Ann. 563.
)ar la fuite à la puifTance royale. Le
Tiaire étoit anciennement ce qu eft au-
ourd'hui le grand-maître de la maifon
iu roi : il ne commandoit que dans le
3alais 3c aux domeftiques. 11 devint en-
suite miniftre , commandant des ar-
Tiées 5 chef 5 prince , enfin roi de la
lation. Le règne de Sigebert II eft l'é-
iDoque de l'élcvation de cet officier Se
ie l'abaiiTement de la majefté. La né-
gociation de l'ambafTadeur François eut
:out le fuccès qu'on pouvoir défirer. La
nouvelle reine arriva à Metz aux accla-
mations de tout le peuple, de le ma-
riage fut célébré avec toute la magni-
ficence poflible. Quelque temps après,
elle abjura l'Arianifme : Se fa réconci-
liation a l'églife par l'ondion du faint
chrême , mit le comble à la joie du
prince Se des fujets.
Le roi de Soiftbns , touché de l'exem- •
pie de fon frère. Se réfolu de renoncer "!!'., ^ .*
a les indignes amours, iit demander époufe Gai-
Galfuinde, fœur aînée de la reine Bru-ff^n^-^- ^^""^
nehaut. Ce ne rut pas lans dilticulte nehavic.
qu'il l'obtint. On connoiftoit Con carac-
tère inconftant Se volage. Le roi d'Ef-
pagne fit jurer aux ambailadeurs qu'au-
5)i Histoire de France.
■ cune autre femme n auroit le nom & b'
Akn. $66. rang de reine du vivant de la princefle
faillie : ils le promirent en tirant , agi-* '
tant y & fecouant leur épée. C'étoit l'ur» :
fage des anciens Francs, lorfqu ils s'en- \
gageoient avec ferment de faire obfer- '
Forîunat. l ^^^ quelque chofe. La nouvelle reine
é, carm. 7. partit de Tolède avec de grandes richef-
les , & arriva à Rouen montée fur un
eliar d'argent c]ui étoit de figure ronde.
Ce fut dans cette ville que fes nou-
veaux fujets lui prêtèrent ferment de
fidélité , foit que ce fût la coutume
de ces temps -là, foit qu'Athanagilde
l'eût exigé pour la rendre plus refpec-
table à la nation. Le roi en lepou-
fant, lui alTura pour appanage , fui-
vant lufage d'alors , le Bordelois , le
Liraofin 5 le Querci, le Béarn, &c le
Creg. Tur. Bigotre. C'effc ce qu'on appelloit le
^'èicàngeau P^-'éfenc du matin , Mor^agemba , ou
mot^ Mor^à- Morgangebû. On déterminoit cette dot
iiegi a. avant le mariage : la donation ne s'en
faifoit'que le lendemain des noces.
'Mort de Chilpéric , quoique plein de ref-
pect pour la vertu de la nouvelle
époufe , lai (fa bientôt rallumer dans
fon cœur des feux illégitimes. La reine
s'en plaignit dans une affemblée des
Etats.. La nation obligea le roi de ju-
Calfuinde.
à
MajM4'/g»JUJM 81 1 1 'M
Caribert. 95
it qu'il feroit fidèle à les anciens fer-
lents. Mais quelques jours après , Gai- Ann. 56^.
jiinde fut trouvée morte dans (on lit.
;:.e fbupçon de cette mort tomba fur ^^^* ^f^^*
iirédegonde , femme d'une grande
ieauté , de d'une méchanceté plus
-rande encore. 11 fut pleinement con-
irmé , lorfqu'on lui vit occuper la
ilace & le trône de fa rivale.
Ces alliances iî honteufes pour la Caraci^re
• n' C ^ à^ Cariberr,
lajelte ^ ne turent que trop commu- ^^^ mavia-
es dans la famille de Clotaire. Cari- ges? fa mort»
■ert répudia Ingobert , pour épou-
3r Mirefleur , fille d'un artifan. Celle-
i fut remplacée par fa fœur Mar-
oucfe , qui étoit confacrée à Dieu par
îs vœux de religion. On vit enfin dans
i perfonne de Teudegilde , la fille
'un fimple berger, élevée fur le pre-
tiier trône de l'empire François. Ces
iéfordres le firent excommunier par
aint Germain évêque de Paris. Les
lapes n'interpofoient point encore
eur autorité dans ces conjonctures ,
oujours infiniment délicates. Chaque
)rélat avoir toute jurifdidion dans
bn diocèfe. S'il arrivoit quelque fcan-
lale , c'étoit a l'évèque diocéfain à
e réprimer. S'il s'élevoit quelque con- -pâfquler;
;eftation fur le dogme ou fur la dif- rechîrchcs de
94 Histoire de France.
cipline 5 elle étoit jugée dans un con-
Ann. <66. ^^1^ national fous l'autonté du roi. S'il
la France , s'agilfoit de quelques privilèges ou dif-
c 7, y. 10. penfes , les évêques de la province s'af-
fembloient , accordoient ou refufoient,
Ce fut dans une de ces afTemblées , &
vers ce même temps , que Tabbaye de
faint Vincent, aujourd'hui faint Ger-
main-dcs-Prés , fut fouftraite à la ju-
rifdidion de l'ordinaire.
L.4,c,z6. Caribert régna fix ans. Grégoire de
L.s» carm. Tours ne parle que de fes vices. For-
*• tunat nous le repréfente comme un
prince fage , modéré , dont les mœurs
croient extrêmement douces. Ami des
belles-lettres , il parloir le latin com-
me fa langue naturelle. Zélé pour
l'obfervation des loix , il ne s'occupoit
que du bonhe^r ôc de la tranquil-
lité de fes fujets. Roi pacifique , mais
jaloux de fon autorité , il fçavoit la
foutenir avec autant de dignité que
ldem,ihid, de fermeté. Léontius de Bordeaux
avoir affemblé un concile à Xaintes ,
où l'on avoit dépofé Emérius évêque
de cette ville. Le prétexte étoit que
ce prélat avoit été facré en vertu d'une
juflion du feu roi Clotaire. Caribert ,
vivement offenfé de cette hardielTe,'
condamna l'archevêque à une amende
Caribep. T. 95
^e mille pièces d'or, Ôc fes fuffragants — *"*'*^
i une fomme proportionnée d leurs ^j^n. s 66^
revenus.
Ce prince ne lailTa que des filles ^
Berthe , qui fut mariée à Ethelbert ,
roi des Cantiens en Angleterre , Bert-
lede de Chrodielde qui prirent le
/oile , la première à Tours , la féconde
i Poitiers. Les rois fes frères parta-»
gèrent fa fuccelîion. Chacun vouloit
ivoir Paris. Il flit enfin arrêté qu'ils le Oreg» Tur.
jolfcderoient par indivis. On convint ''''''^•*'
qu'aucun des trois ne pouroit y entrer
^ue du confentement des deux autres.
•Is confirmèrent ce traité par un fer-
lient, fe foumetrant à la malédidion
Je Dieu S<: des faines s'ils le violoient.
CHILPÉRIC I.
La France ne jouit pas long - temps Ann. jô/,
des avantages de cette paix. La mort
de Galfuinde excita une guerre civi- Idem. 1.9$
le 5 qui fembloit ne devoir finir que ^' '°*
par la perte de Chilpéric. Sigeberc
* Quoique Chilpéiîc n'ait eu qu'une partie du royau-
Oie (Se de la ville de Paris, cependant la plupart de nos
Kiftoriens le mettent au nombre des rois de cette capi-
tale, immédiatement après la moit de Cariberc.
9^ Histoire DE France.
L- &z Contran , vivement follicités par
/nn. 568,1a reine Brunehaut, fe liguèrent con-
tre l'auteur de ce cruel afïafliuar.
Déjà ils s'étoient emparés de la plus
grande partie de fes Etats , lorfque
l'intérêt ramena tout- à -coup la tran-
quillité & la concorde. Les conditions
du traité furent que le roi de Soiffons
céderoit à la reine d'Auftraiie les do-
maines qu'il avoit donnés à Galfuinde
Sigebert eft pour fa dot. Cette querelle étoit à peine
Ser ^rZs ^^^'^^^^ ' 4^^ Sigebert fe vit obligé de
en liberté, porter les armes contre les Huns, au-
jourd'hui les Hongrois , qui avoient re-
commencé leurs courfes fur les terres
des François au-delà du Rhin. Cette
expédition fut des plus malheureufes.
Le roi , abandonné des (iens , fe trouva
invefti ôc enfermé de tous côtés. Ce-
i toit un prince d'une figure aimable &
d'une rare prudence : il fçut vaincre
par fes libéralités ceux qu'il n'avoit pu
•j, , lubiuguer par fes armes : les barbares ,
idem.i. 4, f p 1
(?. i?jp-537.gagnes par les prelents , lui rendirent i
la liberté, firent alliance avec lui , ju-
rèrent qu'ils ne lui feroient jamais la
guerre, de le comblèrent de careffes
& d'amitiés.
■ Pendant que ces chofes fe pafîbient
Ann. 5 6^' au-delà du Rhin , les Lombards , qui
venoienç
C H I L P É R I C I. 97
venoient de foncier un nouveau royau-
me en Italie , fe répandirent dans la Ann. $6<),
Bourgogne , défirent 3c tuèrent le pa- irruption &
trice Amé^ ( ce titre étoit affedé aux t'^^'J^sc
gouverneurs de cette province ) taille- des saxons,
rent en pièces l'armée de Contran , & Usm, ibid,
chargés d'un riche butin , repaiïerent ^* J^»-
les Alpes. L'avidité du pillage, jointe
à l'impunité de leur attentat , les ra-
mena bientôt dans le Dauphiné. Mum-
mol 5 le plus grand homme de guerre
qui fût en France, les furprit aux envi-
rons d'Embrun, ôc remporta fur eux
une vidoire complette. On vit en cette
occafion une chofe jufque - là fans
exemple. Salonne ôc Sagittaire , tous
deux évêques , l'un d'Embrun , l'autre
de Gap , tous deux le cafque en tête ôc
Tépée à la main , chargèrent l'ennemi
avec une intrépidité qui eût mérité
des éloges dans un foldat , mais qui
fut univerfellement blâmée dans des
prélats. L'irruption des Lombards fut
fuivie de celle des Saxons , qui les
avoient aidés à la conquête d'Italie.
Mummol marcha à leur rencontre ,
les mit en déroute , leur enleva tout
le butin qu'ils avoient fait, les força
de retourner dans leur pays , qu'ils fu-
rent obligés de partager avec les Sué-
Tomç /. £
r'KJU*^ iDjm
98 Histoire de France.
ves , qui s'en croient empares pendant
Ann. Ç70. ^sur abfence.
& fuiv. . Pendant que la Bourgogne étoit en
Guerres ci- proie aux incurfions des Barbares , le
viles entre j-q^ d'Auftrafie , fcduit par l'occafion ,
Fr'anVoL S 'empara de la Ville d'Arles , fur la-
quelle il avoir quelques prétentions.
Crcg. Tur. Elle fut reprife prefque aufîi-tôt que'
*^* ^°' conquife. L'armée Auftrafienne fut bat-
tue. Les vainqueurs emportèrent Avi-
gnon qui étoit du domaine de Sigebert ;
mais Contran le lui rendit en faifant
la paix. Cette accommodement inat-
Ihîd. c. 4^' tendu fut un coup de foudre pour le
roi de Soiffons , qui profitant de la cir-
conftance avoit fait une irruption dans
les Etats de Sigebert. Déjà Tours ôc
Poitiers s'étoient rendus à Clovis , le
plus jeune de fes fils, lorfque Mum-
mol parut à la tête des troupes qui
venoient de fignaler leur valeur par la
défaite des Lombards Se des Saxons.
La feule préfence de ce général dilîipa
l'armée de Chilpéric , Se rétablit par-
tout l'ordre Se la fubordination, Ain(i
finit cette première campagne. On vit
dans la fuivante un de ces exemples
trop fréquents du peu de fidélité des
enfants de Clovis à obferver les traitçs
les plus facrés.
C II I L P É Pv I C I. 99
Théodeberr , malg-rc fes ferments de «
ne jamais porter les armes contre Ion ^j^,^,^ ^yo^
oncle , fe jetta dans la Touraine qu'il & fuiv.
ravagea , entra dans le Poitou , dent
l'armée de Sigebert , & maître de tou-
tes les places voiiines de la Loire s'a-
vança dans le Limoudn & dans le
Querci , où il mit tout à feu & à fang.
Le roi d'Auftraiie épouvanté de i^s
fuccès, fit entrer en France, une formi-
dable armée d'Allemands, de Suéves,
de Bavarois , de Thuringiens & de nu, r 4^,
Saxons. Chilpéric , trop foible pour
tenir la campagne , abandonné de Con-
tran qui d'abord s'étoit joint à lui , fe ~
retira & fe retrancha dans le pays Char-
train 5 d'où il envoya faire des propo-
fitions de paix à fon frère. Elle lui
i\xx. accordée par l'entremife des fei-
gneurs François , & les trois frères
jurèrent de ne plus rien entreprendre
les uns contre les autres. Les troupes
Germaniques avoient compté fur le
pillage du camp de Chilpéric. Fruf-
trées de leurs efpérances , elles com-
mencoient à murmurer. Sio;ebert mon-
te auili-tôt à cheval , fe préfente aux
mutins , & les déconcerte. On arrête
les plus féditieux : il les fait lapider à
la vue de toute l'armée. C'efl; le feul
E 2.
werannMsMi
loo Histoire de France.
exemple qu'on trouve dans notre hit-
/nn. 570, toire de cette efpèce de châtiment
& fuiv. militaire , autrefois en ufage , parmi
les Romains.
Le roi d'Auftrafie avoir à peine
Ann. 575* congédié fes troupes , que Chilpéric
com'metce'u ^ Théodebcrt foii fils , reprirent les
guerre. Mort amies. Le premier entra en Champa-
Théodebeftf p^^ ' pillant, brillant, faccageant tous
les lieux par où il palfa. Le fécond
c. n^'51."'^' i^^archa en Aquitaine , où il fut tué en
Gefi. Franc, combattant vaillamment. Cette mort ,
^•^^' la réconciliation de Contran avec Si-
gebert , Ôc les approches de l'armée
de Cermanie , portèrent la confterna-
tion à la cour de Soiifons. Le mal-
heureux Chilpéric fe fauve dans Tour-
nay , où il s'enferme avec fa femme
* & fes enfants. Tout plie fous le joug
du prince Auftrafien. Paris , Rouen ,
toutes les villes du royaum.e de fon
frère le reconnoiiTent pour leur maître.
Ebloui de ces heureux fuccès , fon
cœur fe ferme à la pitié ^ la perte du
roi fugitif eft réfolue. Les remontran-
ces de faint Germain évêque de Paris ,
Les prières de la fainte religieufe Ra-
degonde , les voeux de la France ,
tout fut inutile : rien ne put lui faire
prendre des fentiments plus modérés^
Chilpéric I. lot
Déjà il avoit invefti Tournay , loiT-
que deux fcélérats envoyés par Fré-ANN. 575-
ciegonde , lafraffinerenc à Vitri , où il ^^^^^^^^
s^étoit rendu pour recevoir les hom-
mages de Tes nouveaux fujets.
Ainfî périt au milieu de fes trioni- Soncarac-
phes 5 le monarque le plus partait qui
eût encore paru fur le trône François.
Généreux , libéral , bienfaifant , ja-
mais fouverain ne régna avec plus
d'empire fur le cœur de fes fujets.
Intrépide dans le danger , inébranlable
dans le malheur, il fçut jufque dans
les fers, fe concilier le refpeà de l'a-
mour d'un vainqueur qui avoit à peine
l'extérieur de l'humanité. Réglé dans
fes mœurs , roi jufque dans fes in-
clinations , on ne le vit point com-
me fes frères s'attacher à des objets .
dont la baffefTe deshonore la majefté.
On peut dire que fon règne tut ce-
lui de la décence & de l'honneur. Il
eût été celui de toutes les vertus , ii
ce prince eût pu vaincre le relTenti-
ment qui l'animoit à la perte de fon
frère. Le caradlere de Chilpéric eil en
quelque forte fa juftification.
Sigebert étoit âgé de quarante ans ,
lorfqu'il mourut ; il en avoit régné
quatorze. 11 fut enterré dans Téglife
102 Histoire de France.
de faine Médard de SoilTons où l'on
;\nn 575. voit encore fa iigure fur {on tom-
beau. 11 efl repréfenté en habit long ,
avec le manteau que les Romains ap-
pelloienu Ch/amys, C'étoit l'habille-
ment des enfants de Clovis , foit qu'il
leur parut plus noble 3c plus majef-
tueux , foit qu'ils regardaient le titre
d'Augufte comme héréditaire dans leur
F^^bU'era?nt famille. Quoi qu'il en foit , l'habit
dcsfeigneurslong fut pendant plulieurs fiècles ce-
""*' ' lui des perfonnes de diftindlion. On
le bordoit de martre , de zibeline ,
d'hermine , ou de menu-vair. On le
chamarra de toutes les pièces de fon
écu fous le rècrne de Charles V. On
ne connoiffoit alors ni frai/es m col-
lets. Ce fut Henri II , qui en introdui-
fit l'ufaî^e. Jufque-U nos rois avoient
toujours eu le cou entièrement nua.
11 en faut cependant excepter Charles
le Sage , qu'on voit repréfenté par tout
avec un collet d'hermine. L'habit court ,
qu'on ne portoit anciennement qu'à la
campagne & à l'armée , devint le feul
à la mode fous Louis Xï. On le quitta
fous Louis XII. On le reprit fous Fran-
çois I , qui introduifit l'ufage de le
taillader. Un pourpoint ferré éc fermé,
des troulles de Pages , un petit manteau
ChilpÉric L 103
qui ne pafToit pas la ceinture , étoit
l'habillement favori de Henri II ôc de Ann. 575.
{es enfants. Il feroit auiTi long qu'en-
nuyeux de rapporter les divers change-
ments de modes depuis Henri IV , juf-
qu'à nous.
L'habit des dames Françoifes éprou- Ornements
va les mêmes révolutions. Il ne paroît ^ J"^^^^' " ^~^
r aames traR-
pas qu eues le loient beaucoup occu- çoifes.
pces de parures pendant près de neuf
liècles. Rien de plus fimple que leur
coëiFure , de moins étudié que leur fri-
fuue, de plus uni , mais en même temps
de plus lin que leur linge. Les dentel-
les ont été long-temps ignorées. Leurs
robes , armoriées à droite de l'écu de
leur mari , à gauche de celui de leur
famille , étoient fi ferrées , qu'elles
laiiToient voir toute la hnefTe de leur
taille 5 il haut montées , qu'elles leur
couvroient entièrement la gorge. L'ha- '
billement des veuves avoit beaucoup
de reffemblance avec celui de nos reli-
gieufes. Ce ne fut que fous Charles VI
qu'elles commencèrent à fe découvrir
les épaules. Le règne galant de Char-
les Vil amena l'ufage des bracelets ,
des colliers , des pendants d'oreilles. .. .^.
La reine Anne de Bretagne dédaigna
ri 1
ces hivoles ajuftements j toute l'occu-
E4
104 Histoire de France.
^""' pation de Catherine de Médicis étoît
Ann. j75.d'en inventer de nouveaux : le capri-
ce, la vanité, le luxe, la coquetterie
les ont enfin portés au point où nous
les voyons aujourd'hui.
^^^ .^ Jamais révolution ne fut plus uni-
l j- ' veffelle ni plus fubite que celle qui
i.^Tl'i.'^'"' ^^^^^^^ ^^ ^^^^ ^e Sigebert. L'armée
CejL FraiK» d'Auftrafie leva le iiege de Tournay :
"^Frelc.ji. ^c)utes les villes du royaume de Soif-
fons rentrèrent dans lobéifTance : la
reine Brunehaut fut arrêtée avec fes en-
fants j & Chilpéric , après avoir recon-
quis fes Etats , fe vit au moment de
monter fur le trône de fon vainqueur.
Déjà Sigulphe ôc plufieurs autres Sei-
gneurs Auftrafiens l'avoient reconnu
pour leur maître. Cet exemple fut fuivi
r^l"n:^e Sigoii, grand référendaire. Ceft le
ceiier. Ori- nom qu OU donnoit fous les Mérovin-
Irèsdtcït'êgi^^^s 5 à cekii qui gardoit le fceau
charge. royal 5 expédioit les lettres , fcelloit les
ordonnances. On l'appelia chancelier
fous les Carlovingiens, ou parce qu'il
barroit les lettres qu'il refufoit , ou
parce qu'il les fcelloit dans un lieu
VuTîlht, ^ermé de grilles ou chanceaux y fuivant
c^-^7^^ le langage de ce temps-là. Ce n'étoit
autrefois que la cinquième charge du
royaume. Ce ne fut pas fans peine
Chilperic I. 105
-qu'en 1224 on l^^i accorda voix délibé- ^^^^'*^'^»"*
rative dans ralTemblée des pairs , ôc Ann. 57^.
pendant long -temps il n'eut place au TejTcreau,
parlement , qu'après les princes ôc les ^'"'f'^f ''^-^^*
/ ^ Ti n r i ^ i • celleiie , Va
eveques. 11 elt enhn devenu le premier s,
officier de la couronne , le préfident-né
de tous les confeils , le chef de la jufti-
ce, le difpenfateur de toutes les grâces ,
abolitions , & pardons. C'eft le feul
homme du royaume qui ne porte point
le deuil , le feul qui reçoive ^z ne rende
point de vifites.
Cependant Chilperic étoit entré dans
Paris à la fuite de pluiieurs reliques
qu'il fit porter en procelfion. Il s'ima-
ginoit que cette dévotion affedée dé-
tourneroit la malédiction à laquelle il
s'étoit fournis y s'il violoit le traité de
partage , ou que du moins le crédit de
tant de faints contrebalanceroit celui
des faints Polieu6te, Hilaire Se Martin ,
qu'il avoit pris à témoins. On ne peut
exprimer quelle fu: la furprife &c la co-
lère de ce prince, lorfqu'il apprit que
le fils Se l'unique héritier de Sigebert
lui avoit échappé. Ce fut Gondebaud , CMideberc
l'un des plus erands feis:neurs de la ^'';:*^^^'Au^«
cour du teu roi , qui le tira de letroite
prifon où il étoit gardé. On le defcen-
dit par une fenêtre dans une corbeille.
lo^ Histoire de France.
"""T!!!'^ Un homme affidc le reçut , le remit
Ann. 57e. entre les mains du fidèle Aufirafien ,
qui le conduifit heureufement a Metz.
Les grands du royaume s'afTemblerent
le jour de Noël , & Childebert , qui
avoit à peine cinq ans , fut couronne
roi d'Auftrafie.
Mcrovée Le roi de SoiiTons fe vengea de 1 e-
cV-ufLiarei-ypfiQn de fou prifomiier fur les tréfors
id tafice. de Sigebert qu il envanit , cc lui la
reine Brunehaut qu'il relégua à Rouen ,
où on lui donna des gardes. Mais le
coup le plus fenfible pour cette tendre
mère, fut l'enlèvement d'ingonde &
de Chlodofinde fes filles , que l'on
conduifit à Meaux. Auffi-tôt Chilpéric
envoya un de fes généraux appelle
Rocolene , pour fe rendre maître du
Maine , & Mérovée fon fils , pour s'em-
parer du Poitou. Le premier avoit or-
dre de fe faifir de Gontran-Bofon , que
le roi foupçonnoit d'avoir tué ou fait
tuer Théodebert l'aîné de fes enfants.
Cet officier s'étoit fauve dans l'églife
de faint Martin de Tours , l'afyle le
plus refpedé de tout l'empire François.
Rocolene ofa violer ce faint lieu. Le
châtiment fut prompt, dit Grégoire dt
Grti. Twr. Tours. Frappé d'une terreur fubite, il
\'l '• ' 'fut forcé de fe retirer fans avoir exé^|
ChilpÉric I. 107
cuté ce qu'il avoit projette , Se mourut —
quelques jours après à Poitiers , où il Ann. 576,
setoit fait tranfporter. Le jeune Mé-
rovée moins fidèle aux ordres du roi
£on père, fe rendit à Tours. De -là fei-
gnant de paiïer au Mans , féjour d'Au-
douere fa mère, il tourna tout-à-coup
du côté de Rouen , où l'évêque Pré-
textât le maria avec Brunehaut , dont
la beauté n'avoit encore rien perdu de
fon éclat. Fortunat en fait une féconde
Vénus. Le détail dans lequel il defcend i f.^ ^^^^^^^
à ce fujet , prouve ou qu'il n'étoit pas '5.
encore évèque , ou que les prélats d'a-
lors 5 peut-être irréprochables dans leurs
mœurs , n'étoient pas fort réfervés dans
leurs expre (lions.
Chilpéric viveraent offenfé de la Bruneh.iut
conduite de ion iils , s'avance vers ^ef^f^^' ^J^J^^"
Rouen pour punir les deux époux, fils à fahe la
Ces amants effrayés fe fauvent dans|"^Yinl]
l'églife de faint Martin, bâtie fur les
remparts de la ville. Envain on em-
ploie l'artiftce & la rufe pour les tirer
de cet afyle \ ils n^n fortent que fur la
promeffe la plus authentique , que non-
feulement il ne leur fera fait aucun
mal, mais que leur mariage fera con-
firmé , fi les évècpes le jugent légitime.
Le roi , après cet accommodement ,
E6
a
)èric.
lo8 Histoire de France.
■^ oblieea Mérovée de le fuivre à Soif-
Ann. 577. ^ons , ôc laiiïa Brunehaut dans fon an-
cienne prifon, doù bientôt il la ren-
voya en Auftrafie avec les princeffes
fes filles. Elle n'y fut pas plutôt arri-
vée qu'elle engagea Childebert fon
fils 5 à déclarer la guerre au roi fon on-
cle. Godin , l'un des principaux fei-
gneurs Auftrafiens qui d'abord s'étoienc
donnés à Chilpéric , reçut ordre de
s marcher à SoiflTons pour furprendre
Frédegonde , qu'il ne manqua que de
quelques heures. Il fut lui-même fur-
pris , défait & tué. Le foupçon de ce
loulèvement tomba fur Mérovée. On
lai ôta fes armes , on lui donna des
gardes. La défaite de l'armée du Li-
mofin acheva de le perdre dans l'efprit
de fon père.
TA'r. j Contran s'étoit joint à Childebert
Défaite de , . . .^
l'armée de contte le roi de Soillons 5 qui avoit en-
chiipéric , yQy^ deux puiffautes armées , l'une en
cui S cil y ^
prend à Mé- Saintonge fous le commandement de
rovée & le Clovis fou fecond fils , l'autre dans le
deshente. . ^ ^ , j • 1 'fi
Greg. Tur. LimoHU lous la conduite du gênerai
^' IJ^' ^ Didier. Le patrice Mummol joignit
c, 33. ce dernier, 1 attaqua, le dent. Le com-
bat fut fi fanglant 3c fi opiniâtre, qu'il
y périt vingt -cinq mille hommes des
troupes de Chilpéric, de cinq mille
CniLviKïc î. 109
Bourguignons. Mérovée , regardé corn-
me l'auteur de cette guerre , devint ann. 577»
refponfable de ce mauvais fuccès. On
lui fit couper les cheveux. 11 fut des-
hérité 5 ordonné prêtre , Ôc confiné dans
un monaftere. Echappé de fa prifon,
il fe fauva dans l'églile de faint Martin
de Tours , dont il força l'évêque de
lui donner les eulogies. C'étoient les
reftes des pains non confacrés , mais
offerts de bénits pour le facrifice. C'eft
par cette raifon qu'on ne les diftribuoic
qu'à ceux qui étoient dans la commu-
nion de l'églife. Chilpéric , après avoir
inutilement employé les menaces, les
trahifons , les perfidies , entreprit de
l'enlever de force de fon afyle. 11 en
écrivit à faint Martin , dont il crai-
gnoit de s'attirer l'indignation. La let-
tre, qui étoit une efpece de confulta-
tion , fut dépofée fur le tombeau de ce "^
Taumaturge de la France. Le roi ,
telle étoit la {implicite & l'ignorance
de ces temps-là , avoit eu la précaution
de la faire accompagner d'un papier
blanc où il efpéroit que le bienheu-
reux pontife écriroit fa décifion. Mais
le faint ne l'honora d'aucune réponfe.
Le papier au bout de trois jours fut
Itrouvé fans écriture, Ôc le fuperfli-
iio Histoire de France.
tieux monarque abandonna fan entre-
Ann. f77. pnfe.
Mérovéecft Mcrovée de fon côté imploroit la
îcIl-dL^de proteaion du même faint contre les
Frédegonde. fureurs du roi fon père. 11 le conjuroit
de lui éclaircir fon fort par les en-
droits fur lefquels il tomberoit en ou-
vrant les livres faints : il _ n'y en eue
aucun qui lui fut favorable, lout lui
annonçoit une mort funefte , dit notre--
hiftorien. Le malheureux prince , de-
puis cette fatale prédidion , ne goûta
ni repos , ni tranquillité. Fugitif ôc
Frei, epît. errant , tantôt de la Touraine en Auftra-
^* "^^* fie 5 tantôt de la Champagne en Artois;
abandonné de fa femme qui l'aimoit
tendrement , mais qui ne pouvoit rien
en fa faveur , pourfuivi par fon père ,
trahi par les principaux de Térouane ,
il fut enfin afTafîîné par les gens de
Frédegonde.
L'évêque Cette reine porta la vengeance plus .
Prétextât eit i • t-ii 5 ♦ * i_l* '
dépofé. ^oin encore, lilie n avoit point oublie •
les liaifons de Prétextât avec le prince
Gre^, ihid, Mérovée. Elle entreprit de faire dé-
pofer ce prélat en un concile tenu à |
Paris dans l'églife de fainte Geneviève.
On ne fçait lequel doit le plus éton- i
lier 5 ou le perfonnage du roi qui fut '
lui-même l'accufateur, ou l'embarras
e. 9,
Chilperic I. iiï
des Pères a trouveu quelque cliofe de ^^IT!^^
réprchenfible dans la conduite d'unANN. 577-
évêque qui venoit de marier le neveu
6<: la tante. On feroit tenté d'en con-
clure , ou que ces fortes de mariages
n'étoient point défendus par les an-
ciens canons , ou que l'on ctoit per-
fuadé que l'ordinaire pouvoir difpenfer
dans ces fortes d'occafions. La furpri-
fe augmente encore , lorfqu'on vient
à réfléchir fur la foiblelTe de Taccufé ,
qui 5 à la perfuaiion de quelques faux
'frères , avoue des crimes qu'il n'a point
commis. Mais le comble de l'étonne-
ment eft de voir le fouverain fe jetter
aux pieds des évêques fes vaffaux pour
leur demander la condamnation d'un
de fes fujets. Il vouloit qu'on déchirât
la robe en plein concile , qu'on récitât
fur lui les malédi6lions contenues dans
le pfeaume cent huitième , ou du moins
qu'on l'excommuniât pour toujours. Il
n'obtint ni l'un ni l'autre. L'évèque
cependant fut condamné fur fa propre
confefîion , enfermé dans une prifon ,
enfuite envoyé en exil dans une des
ifles du Cotentin. Le roi de Bourgo-
gne , après la mort de Chilperic , le
rétablit dans fon évêché , malgré Fré-
degonde^ qui, pour s'en venger, le fie
m Histoire de France.
!^"^*'*** poignarder au milieu de l'office diviii#
Ann. 577. Un fi horrible attentat fit fermer toutes
les églifes de Rouen. Les évèques qui
s*y trouvoient défendirent la célébra-
tion des faints myfteres , jufqu'à c^
qu'on eût découvert l'auteur de cet
effroyable facrilege. C'eft le premier
exemple que l'antiquité nous fournifTe
d'un femblable interdit.
Frédegonae Mais l'afTairinat de Mérovée ôc la
fait afîailiner -, . , ^ , ,/• '
ciovis, der- condamnation de Prétextât netoienc
nier fils du que le prélude des fureurs de Fréde-
de "cMipé- gonde. 11 reftoit à Chilpéric un dernier
îîc. fils du premier lit : c'étoit ce même
Clovis qui commandoit l'armée de fon
père dans la guerre contre le roi d'Alif-
trafie. La cruelle marâtre réfolut de le
facrifier à la grandeur de fes enfants.
La première difpofition a l'exécution
de ce noir projet , fut la découverte
d'une conjuration formée par Leudafle ,
comte ou gouverneur de Tours. Cec
homme ofa enfanter le projet de perdre
la reine. Le moyen qu'il employa ,
paroifToit d'autant plus infaillible , qu'il
étoit plus détourné. Il fuborna des té-
Ann. 578, moins qui accuferent Grégoire de Tours
7^,80,81. d'avoir des intelligences avec Childe-
Greg. Tur. bett , Ôc d'avoit parlé indécemment des
^^1 C' V- amours de Frédegond^ ôc de l'évêquô
i
Chilpéric I. 113
de Bordeaux. L'accufé fe juftifia plei- '
nement de ces odieufes imputations. Ann. 578 ,
Les accufateurs , appliqués à la quef- 79» 80,81,
tion 5 avouèrent que cette intrigue n'a-
voit été tramée que pour infpirer au
roi des foupçons iur la conduite de fon
époufe : que le deflein des conjurés
étoit d'affalliner Chilpéric ; de fe dé-
faire des enfants qu'il avoit eus de la
reine , ôc d'élever Clovis fur le trône.
Ce jeune prince n'avoit aucune part à
la confpiration 5 mais il étoit aimé des
peuples : il n'en fallut pas davantage
pour réveiller toute la haine de Fréde-
gonde. Elle venoit de perdre fes trois Marîus in
enfants qui moururent de dyflenterie ; '^^^^"' . , .
elle luborna des temoms, qui accuse- c. 8 z.
|rent Clovis de les avoir empoifonnés.
1 11 fut arrêté , enfermé au château de
! Noify 5 enfuite poignardé. La reine
i Audouere fa mère expira fous les coups
! de cette cruelle reine , & la fainteté du
lieu où elle s'étoit retirée , ne la défen-
dit point de la fureur des afraflins. Ba-
fine fœur de ce prince infortuné , &
fille du roi régnant , deshonorée par
d'infâmes fatellites , fut reléguée dans
un cloître.
On dit que ces cruelles cataftrophes Marîus în
furent précédées des effets les plus fen-^^'"^'^'
114 Histoire DE France.
fibles de la colère du ciel , de trem-
Ann. 578.blements de terre , d'inondations , d'in-
79,80, 8i. cendies, de famine, de maladies épi-
démiques 5 de plu'us de fano ^ & d'un
c. Il,' ^^^^' bouleverfement général de la nature ,
qui lit paroître des fleurs en Janvier,
éc des grapes formées en Décembre.
Gc ntran Pendant que le royaume de SoilTons
adopte Chil- / . 1 , /A-^ 1 "^ iM U„
deoert, & le ctoit le théâtre de tant d horreurs , les
iJechre fon ^^^^ ^ois d'Auftrafie &: de Bourgogne ,
s'étoient rendus à Pont - Pierre , petit
Fred. epit. village fur la Meufe , pour faire une
alliance iincere & durable. Contran
qui avoir perdu fes deux fils , adopta
folennellement Childebert , de le décla-
ra feul héritier de fes Etats. Les Auftra-
fiens 5 fiers de cette union , envoyer
rent redemander à Chilpéric les pla-
ces qu'il leur retenoit , fur-tout Poitiers
dont il s'étoit emparé tout récemment.
L'ambaifadeur , en cas de refus , avoir
, ordre de lui déclarer la guerre. On
méprifa {qs menaces j on ne rendit rien , ,
&c la cour de Metz ne fe mit point en i
devoir de tirer vengeance de cette in- !
fuite. Mais on conjedture avec affez
de vraifemblance , que ce fut à fa foUi-
citation que Waroc comte de Bretagne ..
refufa l'hommage au roi de SoilTons.
Cette révolte produiiit une guerre fan-
Chilperic 1. 115
criante. On ignore comment ce difFé-
rend rut termmc. Ann. 5S4.
Cependant Childebert oubliant fon Ligue de
adoption , fe ligua avec Chilperic con- ae^chiide-
tre le roi de Bourgogne. Les hollilités bert comre
commencèrent par la furprife de cette g^^^^^g^^^^e^
partie de Marfeille qui avoir été du do-
maine du feu roi Sigebert. C'étoit pré-
cifément le fujet de la querelle. Une
guerre civile qui s'alluma dans le royau-
me d'Auftrade , empêcha le jeune prin-
ce de poulTer fes conquêtes plus loin.
Contran profita de cette circonftance
pour faire fa paix avec le roi dé Soif-
fons : il lui abandonna Pcrigueux ,
Agen , & toutes les places dont il s e-
toit emparé. Mais bientôt la ligue fut
renouvellce. 11 y eut près de Melun
un combat fanglant, dont chacun des
deux partis s'attribua l'avantage. Le
prince Bouroni^non marcha contre
Chilperic , ht attaquer Ion camp y lui
enleva quelques quartiers. Se lui tua
beaucoup de monde. Cette victoire
devint un acheminem.ent à la paix. On
convint d'une fufpenfion d'armes. Les
deux frères & le neveu fe jurèrent une
amitié à toute épreuve.
Cette guerre étoit à peine terminée , CWlpcr'c
que Leuvigilde roi d'Efpagne envoya ^^ ^^'^^'^^'
11^ Histoire de France. i
demander Rigunthe , fille de Frédegon» |
Ann. 584. de, pour Récarede , le cadet de fes fils. |
La cour de Soiffons affedla quelques !
difficultés , mais enfin le mariage fut
conclu. C'eft le dernier événement heu-
reux du règne de Chilpéric. Thierry ,
l'unique fils qui lui reftoit , mourut j
prefquefubitement. Childebert 3c Con-
tran lui firent une guerre fanglante.
Obligé de fe renfermer dans Cambrai
avec tous fes tréfors , il ne fe montroif
que rarement à la tête de fes armées ,
& toujours fans ofer rien entreprendre^
Il étoit venu à Chelles, maifon de plair
fance qui faifoit toutes fes délices , 8ç
qui fut pour lui un lieu bien funefte.
11 revenoit un foir de la chaflTe , lorf^
qu'un fcélérat le perça de deux coupg
de poignard dont il expira fur-le-chanip.
Greg. Tur, Crégoire de Tours , hiftorien contem^
porain , ne nomme point 1 auteur de
Fred. epît. cet horrible attentat. Frédegaire , qai ^
femble n'avoir écrit que pour flétrir U
réputation de Brunehaut , lui attribue
Gejî, Franc cet effroyable parricide. Un écrivain
^•^S' qui n'efl venu que fort long- temp^
après , nous affure au contraire que ce
fut l'ouvrage de Frédegonde. Voici
comme il raconte le fait. Chilpéric
prêt â partir pour la chafle , étoit monté
Chilperic I. 117
^ans la chambre de la reine : elle crut
que c'écoit Landry avec lequel elle vi- Ann. 584,
voit dans une trop grande familiarité.
Certaines paroles qui lui échappèrent ,
découvrirent toute l'intrigue à l'hom-
me du monde à qui il étoit le plus
important de la tenir cachée. Le roi
fortit brufquement & d'un air rêveur.
Frédegonde inftruiflt (on amant de
cette fatale aventure : le malheureux ,
pour éviter fa perte , ofa faire aflafliner
ion maître.
Ainfi périt le Néron de la France Son cune-i
qu'il mit en combuftion , le bourreau *^^'^'
de fa famille qu'il fembloit avoir en- .^f/^"* ^'•'5»
itrepris d'exterminer , le tyran de fes
fujets qu'il accabla tellement d'impôts,
qu'ils fe virent forcés d'abandonner
leurs poirelfions. Chaque arpent de vi-
gne payoit une barrique de vin : on
exigeoit tant pour chaque efclave ,
pour chaque efpece de biens , pour
chaque perfonne libre. Ce n'eft pas que
ces tributs fuiTent abfolument des nou-
veautés : la plus grande partie des re-
venus de nos premiers rois ne confiftoit
qu'en denrées : on les levoit comme
;on fait aujourd'hui les dixmes * mais
Chilpéric les avoir prodigieufement
augmentés. Avide d'argent jufqu'à la
ii8 Histoire de France.
iMiiiwiiii III ■> tyrannie , il étoit magnifique jufr
Ann. 584. qu'à Toftentation dans fes meubles &
dans fes équipages : voluptueux juf-
quâ la débauche , fon incontinence
n'avoit point de bornes ^ & s'il fut en-
fin fidèle à Frédegonde , ce fut par
crainte plutôt que par devoir : impie
jufqu'au fcandale , fuperftitieux jufqu a
la petiteiïe , croyant à peine en Dieu ,
dont les miniftres étoient le fujet éter-
nel de fes railleries , on ne peut expri-
mer jufqu où il portoit le refpect pour
faint Martin , Se la crainte de l'irriter
contre lui. Vain , préfomptueux , témé-
raire 5 il ofa fonder les profondeurs des
myfteres de la religion ; Se il avoir con-
certé un édit par lequel il défendoit de
reconnoître aucune diftindion dans les
perfonnes de la Trinité. Ce ne fut
qu'en s'armant du zèle le plus intrépi-
de 5 que Grégoire de Tours Se Salvius
evêque d'Albi , le lui firent fupprimer.
Jaloux de la réputation d'auteur Se de
bel efprit , il compofa quelques volu-
mes de méchante profe ^ Se de vers
plus mauvais encore. 11 voulut ajouter
a l'alphabet Gaulois toutes les lettres
doubles des Grecs. 11 ordomia non* |
feulement de les employer dans les
livres nouveaux , mais même de les
wtfju-jm^w
ChilpÉric. I. 119
inférer dans les anciens. Son intention
étoit de repréfenter par un feul carac-ANN. 5 84.
:ere , ce qui ne s'exprimoit auparavant
qu'en pluiieurs. Cet ufage ne dura
qu'autant que fon règne. *
On vit à la mort de ce prince un
exemple frappant du peu de fonds que
^es mauvais rois doivent faire fur les
lommages d'une cour idolâtre. C'eft
eur rang & non leur perfonne que l'on
mcenfe : l'adoration eft fur les lèvres ,
e^mépris Se la haine font dans le cœur.
Le corps de Chilpéric, abandonné de
:out le monde , feroit demeuré fur le
ieu où il avoir été percé , fi Malulfe
^vcque de Senlis, qui depuis trois jours
foUicitoit inutilement une audience ,
l'eut pris le foin de le tranfporter à
Paris. Il fut enterré dans l'églife de
faint Germain-des-Prés. 11 ne laifToic
qu'un fils âgé de quatre mois , qui lui
fuccéda fous le nom de Clotaire. Il eut
pour femmes Audouere , qu'il répudia ,
Galfuinde qui fut trouvée morte dans
ifon lit , & f rédegonde qui le précipita
dans un abîme de crimes 3c d'horreurs.
* Ces lettres étoient 6 pour th : <î) pouç
ph : X pour ch : | pour cf : i' pour pf.
110 Histoire de France.
tm
^ CLOTAIRE IL
Ann. 584. V^HiLDEBERTetoitàMeauXjlorfque
Frédegon- Chilpéric fut afTafliiié. Le voifinage
dans^ i'égiffe ^^'^n ennemi fi redoutable porta la
cathédrale confternation à la cour de la reine
Creg^Tur. lïiere du jeune Clotaire. Effrayée par le
f*7i c 4« fouvenir de fes crimes; déteftée de Tes
fujets qu'elle avoir épuifés par fes vexa-
tions; peu sûre des grands qui blâ-
moient hautement fes violences ; pour-
fuivie par le roi d'Auftrafie , qui lui
imputoit la mort de fon père ; haïe de
Contran qui redoutoit fes trahifons &
fes perfidies ; n'ayant d'autre appui
qu'un enfant de quatre mois , elle fe
fauve à Paris, où l'évêque Ragnemode
la reçoit dans fon égliie comme dans
une retraite affurée contre le refienti*
ment des deux rois. Ce fut du fond de
cet afyle qu'elle écrivit au roi de Bour-
gogne pour lui offrir la couronne de
Chilpéric, le priant de tenir lieu de
père à fon neveu , lui proteflant qu'elle
longeoit moins à régner qu'à groffir le
nombre de {qs fujets, Ce bon prince ,
touché de compaflîon , fe rendit en di-
ligence dans la capitale de l'empire
François
Clotaire Iî. m
François , prit Clotaire fous fa protec- ^'^^'^^^j^
tion, fe déclara hautement pour Fréde- Ann. 584.
gonde contre Childebert qui lui de-
manda en vain juftice de la mort d'un
père , d'une tante , d'un oncle , &c de
deux coufins germains. On lui ferma
l'entrée de Paris ^ on renvoya avec
ignominie un de fes ambalTàdeurs ,
anez hardi pour menacer de poignards
ôc d'afTaffinat; on prévint fes deffeins
fur Tours ôc Poitiers qui avoient au-
trefois appartenu â fon père. Ces deux
villes obligées de céder à la force ,
prêtèrent le ferment de fidélité à Con-
tran 5 que l'on regardoit comme le tu-
:eur des deux jeunes rois , & comme
le chef de la nation.
La conduite du prince Bourguignon Clotaire r ft
ît un grand effet fur l'efprit des fei- ^Sn'"'
& . ^ ^i ' r dévoilions,
^neurs François. Le jeune Clotaire fut
econnu roi de SoiiTons, On lui laiiïa
a troifieme partie du royaume de Ca-
ibert , qui avoit été du domaine de
Dhilpéric (on père ^ mais on le dépouilla
ie la Touraine , de la Saintonge, du
?érigord , de TAgénois , du Limofin
k de l'Albigeois , qui avoient été ufur- ^
)és fur Childebert. Il ne paroît pas ce-
)endant que ce jeune prince ait été
naître de Soiflbns ; Contran par la fuite
Tome J, F
121 Histoire de France.
lui céda la propriété de Paris. Fréde-
Ann. 584. gonde fut déclarée régente. C'étoit an-
ciennement 5 comme aujourd'hui , le
privilège des reines mères. On a vu
Brunehaut fous Childebert II , Batilde
fous Clotaire 111 , Nantilde fous Clo-
vis II 5 Alix de Champagne fous Phi-
lippe Augufte 5 Blanche de Caftilh
fous faint Louis , ôc Louife de Savoie
fous François 1 , gouverner l'Etat ave<
une autorité abfolue pendant la mino'
rite ou l'abfence des rois leurs fils. Ce
iifage a paifé du trône jufque dans le
familles des particuliers. Le Droit Frar
cois, tant ancien que nouveau, tranj
met aux mères la tutelle ôc la garde
noble de leurs enfants , c'eft-à-dire , di
' ■ Recherches Pafquier 5 le gouvernement de leurs pe?
de la France, r^^^^^ ^ ^^ l^^j.^ ^-^^^ /^^^ f^f^ A j
i, i)P' 145. ^ ■» J ^ J -^ J
rotures,
Auforitéde Le pouvoir du régent égaloit celi
^^S^û*^^- Jes j-ois ^ Jont il touchoit les revenr
fans être obligé d'en rendre compt<
C'étoit en fon nom qu'on rendoitla ju
tice : extoit de fon fceau , lorfqu'il éto
' prince du fang, &, s'il ne l'étoit pai
d'un fceau particulier pour la régence i
qu'on fcelloit les édits , les grâces , Id
patentes. C'étoit lui qui difpofojt c
toute? les charges ôc dç t«us les en
a^KHÂ'lJI' I ,1 IIBUtl
Clotaixit 11. 113
pîois; qui recevoir les foi & homma-
ges j qui étoit l'arbitre fouverain de Ann. 584.
la paix & de la guerre. Cette autorité
parut Cl énorme que Charles V entre-
prit de la reftreindre , du - moins dans
fa durée , il rendit une ordonnance , qui
déclare les rois majeurs à quatorze ans:
jufque-là ils ne lavoient été qu'à vingt-
deux. Charles VI régla que l'héritier
ie la couronne , quoiqu enfant , feroit
proclamé roi du moment de la mort
le Con prédécefTeur. C'étoit un ancien
jréjugé 5 que le prince fucceifeur ne
îouvoit , ni être facré , qu'il n'eut at-
eint l'âge de majorité , ni prendre le
itre de roi , qu'après la cérémonie de
on facre. C'eft par cette raifon que
ean , fils de Louis Hutin , n'eft point
ompté au nombre de nos rois. 11 pa-
oît par une autre ordonnance de Char-
es V , que la régence étoit quelque-
ois diftinguée de la tutelle. Ce prince
iéclare que , s'il meurt avant la majo-
ité de fon fils, le duc d'Anjou, Ion
rere , fera régent du royaume , & que
1 reine aura la tutelle de fes enfants
vec les ducs de Bourgogne Se de Bour-
lon. Mais cet édit n'eut lieu que pour un
smps , ôc ces deux titres autrefois réu-
:is y ne furent plus féparés dans la fuite»
F 1
124 Histoire de France.
Cependant les vexations de Fréde-
Ann î8 c. <^egonde , la moleiTe de Contran , &c h
Conjuration foioleiTe de Chîldebert avoient infpirc'
de quelques ^ pluheurs feïcrneurs François la pen-
ieign. Fran- r' \ r -i ' -^
çois en fa- lee de le donner un nouveau maître
veurdeGon- Les chefs de la conjuration étoient 1(
fils ^de cio- général Didier , qu'on a vu (1 fouven
taiie I. a la tète des armées de Chilpéric , 1
Greg. Tur. rj^^^'i^Q Mummol Cl connu dans notr
hiltoire par les exploits guerriers , é
le duc Bofon , le courtifan le plu
adroit , l'homme le plus fourbe qui fi
jamais. Le âijet qu'ils firent paroi cr
fur la fcene ^ n'étoit point un de c(
aventuriers dont on voit tant d'exeir
pies dans les faftes deL l'univers. C'cto
Condebaud , ce célèbre infortuné , qi
paiToit affez conftamment pour être li
de Clotaire I. La difgrace de la me]
caufa celle de l'enfmt. Elle le mit foi
la protection de Childebert 1 , qui
reçut favorablement , ôc le prit en am
tié. Il fongeoit même à l'adopter ^ ma
il n'eut pas le courage de le refuf
aux inftances de fon ftere , qui apr'|
l'avoir défavoué , fe contenta de i
faire couper les cheveux. Une fi grai
de modération de la part d'un roi t
que Clotaire , devint une préfomptic
bien favorable pour le prétendu in
fassBsrra^Es^m
C L O t A I R E î î. 125
pbfteur. La mort du perfécureur ré-
veilla les efpérances de Gondebaud. Ann*. 585.
La nouvelle cour de Paris lui fit même
iccueil 5 ôc le trahit de même que l'au-
rienne. Caribert qui l'aimoit , le livra
i Sigebert qui le perfécutoit. On lui
it de nouveau couper les cheveux , Se
l fut relégué à Cologne. Echappé de
â prifon , il fe fauva en Italie , reprit
a qualité de fils de France , fe maria ,
k de-là paiïa à la cour de Conftanumo-
)le , où il jouît d'une grande confidé-
ation.
Rappelle en France par quelques fé- Heftc-u-
litieux 5 qui lui promettent une cou-riahr&tui/
i onne, fécondé par Childebert qui lui /dem. i. 7 ,
lonne des troupes contre Contran, il^' î'-»
e fait proclamer roi à Brive-la-Cail-
arde , d'où il envoie des ambalTadeurs
.u roi de Bourgogne. Il leur donna des
)aguettes ou cannes bénites : c'étoic
iine fauve -garde inviolable parmi les
i^rançois. Mais on les furprit» lorfqu'ils
ii'avoient point en main cette arme
acrée. La violence des tourments leur
irracha tout le fecret de la conjuration.
Childebert inftruit des intelligences
du nouveau roi avec quelques feigneurs
ie fa cour , fe réconcilia fincéremenc
ivec fon oncle , qui l'adopta une fe-
t3
ii6 Histoire de France.
„ conde fois , en le montrant à fon ar-^
/.NxN. 585. niée 5 & lui mettant fa lance à la main»
C'écoit l'ancienne façon de défigner fort
fucceiTeur à la couronne. Le roi de
Bourgogne envoya auiH-tôt une puif-
fante armce vers la Garonne , fous la
conduite du duc Leudegifile. Gonde-
baud , fur la nouvelle de cette marche »
fe retira vers les Pyrénées , & fe faifît
de Cominges , où il s'enferma. La
place 5 forte par fa fituation , pourvue
de vivres & de toutes fortes de muni-
tions,, étoit en état de foutenir un fiége
jp. 38 de pluiieurs années. Mais le fort de ce
prince flit toujours d'être trahi. Livre
au général Bourguignon par ces même:
traîtres qui l'avoient couronné roi , i
expira percé de mille coups. On lu:
arracha les cheveux : on traîna ignomi
nieufement fon corps par tout le camp
on le laifla fans fépulture^ Le châti-
ment fuivi de près une ii noire perfidie
c- 39* La garnifon de Cominges palfée au fi
de l'épée , le général Mummol afTafiiiié
Tévêque Sagittaire maifacré par les or
dres du roi , fiurent autant de vidime
immolées aux mânes d'un prince qu
ne manquoit ni de courage , ni de pru
dence.
Fr^degcnde Ces horrîbles exécutions rétabliren
t^'iAajes>!i»ti,s.'3aei
Clotaire IÎ. 12.7
U tranquillité dans le royaume de Con-
tran : il avoit, avant de quitter Paris , Ann. 58 s-
CGmpofé un confeil de régence pour j»'"^ ^ f^ic
^ T / 1 1 1 •! luier trenct:
gouverner avec rredegonde , dont il témoins q.ij
commencoit à fe défier : ôc de peur Ciotaire dt
' C ' ' • r , ^ A fils de Chil-
que cette lemme imperieuie n acquit péiic,
trop de crédit dans la capitale de l'em-
pire François , il l'obligea de fe retirer
au Vaudreuil. C'étoit une maifon
royale à quatre lieues de Rouen. La
régente défefpérée de voir fon autorité
partagée , réfolut la mort de Brunehaut ,
:]u'elle foupçonnoit d'avoir fuggéré ce
deflein. La confpiration fut décou-
verte , & l'aiïalïln renvoyé avec mépris
a Frédegonde même , c]ui de honte Se
de rage lui fit couper les pieds & les
mains. Elle dépêcha en même-temps
un de fes chambellans pour traiter avec
Gondebaud, dont elle vouloir fe fer-
vir pour fecouer le joug de la cour de
Bourgogne. Mais la prife & la mort
funefte de ce prince lui ôterent tout
moyen de remuer. Réduite à la feule
protedion de Contran , elle le pria de
vouloir tenir {on fils fur les fonts de
baptême. C'étoit alors le lien le plus
fort & le garant le plus affuré d'un
attachement inviolable. Les délais
qu'elle affedtoit d'apporter a cette fainte
F 4
ii8 Histoire de France.
cérémonie , firent naître des foupçons
/nn. j 85. fur la nailTance du jeune pupille. Le
prince Bourguignon s'en expliqua hau-
tement. La reine effrayée le vint trou-
Z . 8 , c. 5. ver , lui jura que Clotaire étoit le vrai
fils de Chilpéric , de fit jurer la même I
chofe par trois évèques de fes amis ,
ôc par trois cents autres témoins. Ce
religieux monarque n'ofa plus douter !
de la vérité d'un fait attelle par les plus
grands ferments : il agréa même les
laifons de Frédegonde pour différer le
baptême , qui fe fit Cix ans après au vil-
lage de Nanterre.
Ancienne Telle étoit l'ancienne manière de
vér'ifie? les condater les chofes douteiifes. L'ac-
faits dou. cufé n'étoit reçu à fe purger par fer-
ment, qu'en faifant jurer avec lui des
rift^'"'^"^^" ^ens de fa parenté , de fon fexe , de
(jlojfaire au ^ r rr ^ ^ ' ^ r '
/"orjuramcn- la proreliion 5 ou du-moiiis de Ion voi-
^""*' • finage. Ces témoins dévoient être ir-
réprochables 5 connus de l'accufateur ,
êc domiciliés dans le lieu où ils dépo-
foient, s'ils étoient laïques. Quelque-
fois le juge les nommoit d'office. D'au-
tres fois on les tiroir au fort. C'étoit
ordinairement l'accufé qui les préfen-
toit, rarement l'accufateur. Le nom-
bre dépendoit des circonftances : il ea
falloir plus ou moins félon l'importân-
t
Clotaire il 129
e du fujet , le mérite , ou la qualité
les perfonnes. Le juge, pour les aver- Ann. çSy.
ir de prendre garde au témoignage Le même au.
[u'ils alloient rendre , leur droit l'o- "~^''^Auri..
eille , ou leur donnoit un léger fouf-
let. Le ferment ne fe prètoit qu'a cer-
ains jours ^ le matin à jeun , dans une
glife, fur l'autel, fur la croix , fur
e livre des évangiles , fur le canon de
a meiïe ^ fur le tombeau des faints ,
Lir les châifes , ou fur les reliquaires.
^'accufé avoir les mains étendues fur
elle des témoins , lorfqu'ils faifoient
eurs dépofitions , proteftant à haute
oix qu'il étoit innocent des crimes
[u'on lui imputoit. Cette cérémonie ,
burce féconde de parjures , le dé-
hargeoit de l'accufarion intentée con-
re lui.
Contran, de retour en Bourgogne, çeconc^con-
lonna fes ordres pour aflfembler un <^'^^^ ^^ ^^â-
:oncile à Mâcon. Le defTein du mo- ^°
larque étoit d'y faire condamner les idem.Creg,
prélats qui avoient fuivi le parti ^Qibid.c.n,
3ondebaud. Déjà il avoir fait publier
une ordonnance qui impofoit de gtof-
fes amendes à ceux des feigneurs qui
ne s'étoient pas trouvés à l'armée que
commandoit Leudegiiile. Les commif-
faires , chargés de cette pôurfuite , les
150 Histoire de France.
Ann. 585. exigèrent avec beaucoup de rigueufJ
Les eccléfiaftiques , qui n'avoient pasj
mené les hommes qu'ils étoient obli- ;
gés de fournir , furent traités avec h
même févérité. Mais it fe trouvoit
quelques évcques qui avoient plu;
particulièrement favorifé l'ufurpateur
Théodore qui paiToit pour un faint
l'avoir reçu à Marfeille , Urficin a Ca-
hors. Bertrand de Bordeaux, Palladc
de Xaintes , Orefle de Bazas , fur fî
nomination , avoient facré Fauftinier
Evtque d'Acqs. Childebert foUicir.
pour Théodore , qui fut remis en li-
berté 5 Se prit féance avec les autres
Fauftinien fut dépofé , mais on lui con
ferva les honneurs de l'épifccpar. L
Tom I. décret du concile porte , que ceux qu
1 ont ordonne , lui payeront une pen
iîon viagère de cent écus d'or. Urficii
fut excommunié , condamné à l'abfti-
nence de vin & de viande pendant troi:
ans 5 interdit pendant tout ce temps d(
la célébration des faints myfteres, mais
ce qui doit paroître étrange , on lu
ordonna de demeurer dans fon dioce
fe 5 & 5 à la réferve des ordinations
de la confécration des églifes , de h
Crf^. Tur. bénédidion du faint chrême , de h
p. ^^,^* ^° ' diftribution des eulogies y on lui per:,
MXfCùiJIiWM g '!' !■
Clotaire II. 131
mît toutes les autres fondions épifco-
pales. On raconte qu'un évêque ofaANN. 585,
loutenir en préfence du concile , que
la femme ne pouvoit être appellée homme :
ce qui excita de grande difputes parmi
les prélats. On fe rendit enfin à l'au-
torité de l'écriture , qui dit en termes
formels , que Dieu créa F homme mâle
& femelle,
La tranquillité dont la France com- c^uerre en-
niençoit à jouir, ne fut pas de longue ^/'ilfpagji'^..
durée. On vit tout-à-coup deux cruel-
les guerres s'allumer, l'une en Bour-
gogne contre les Viiigoths , l'autre en
Auftraiie contre les Lombards. Le pré-
texte de Contran, étoit de venger la ^^r-eg.Tur,
mort d'Herménigilde beau-frere de ' "'
Childebert; mais il paroît qu'il n'avoic
d'autres vues que de chafTer les Vifi-
goths de la France, & d'étendre juf-
qu'aux Pyrénées , les limites de l'em-
pire François. Une ligue avec l'empe-
reur 3 ligue formée à prix d'argent ,
rompue par le même principe d'inté-
rêt , rcnouvelîée par refpérance de re-
tirer Ingonde qui avoit été remife en-
tre les mains des Généraux' de l'empire 5
ou pour fa propre sûreté , ou comme
otage de la fidélité d'Herménigilde fon
mari y fut le véritable motif oui déter-
F ^
Ml Histoire DE France.
mina Childebert à porter fes armes
Ann. 58;. en Italie. Ces deux guerres n'eurent
aucun fuccès.
Les Bourguignons , rarement vain-
queurs 5 fouvent battus , fe virent obli-
gés de s'accommoder avec Récarede
iils de fuccelTeur de Leuvigide. La
paix fut aifément conclue. Ce fage
prince qui venoit d'abjurer l'Arianif-
me , la défiroit depuis long-temps. Il
avoit fait demander Chlodofinde foeur
du roi d'Auftrafie. Le mariage fut ar-
rêté j mais il n'époufa ni cette prin-
ceiïe 5 ni Rigunthe , fille de Chilpéric 5
qui lui avoit été également promife..
Déjà cette dernière étoit en chemin
Idem. I. -, P^^^^ l'Efpagne , lorfque la mort du roi
îbn père fit prendre d'autres mefures.
Le général Didier , mécontent de Fré-
degonde , prit cette occafion de lui
faire infulte dans la perfonne de fa
fille : il fe faifit de tous les tréfors qu'on
lui avoit donnés pour fa dot. C'étoient,
outre de grandes fommes d'or de d'ar-
gent monnoyé , cinquante grands cha-
riots d'habits êc de meubles précieux^
Tout fut pris 5 renfermé , & fcellé fous
bonne garde. Rigunthe rappellée à la
cour de Clotaire , y vécut dans un li-
bertinage qui lui attiroit fouvent de
c. ?.
Clotaire ïI. 133
révères corredions de la part de fa
■nere. Leurs querelles, difent les hif- Ann. 58J.
:oriens du temps , étoient fi vives , (1
/iolentes , qu'elles en venoient quel-
;|uefois jufqu a fe battre. La reine fél-
onie un jour de vouloir lui donner ce
^ui lui revenoit des tréfors de fon père.
L'avide princelfe avoir la tête penchée
îir un des coffres qui les renfermoit ,
orfque fa mère le referma brufque-
nenc fur elle. C'étoit une nouvelle
âctime immolée aux fureurs de cette
mpitoyable femme , fi elle n'eut été
3romptement fecourue. Nous ne rap-
Dorcons ces circonflances , que pour
donner une idée de la férocité des
nœurs dans ces premiers fiecles de
[a monarchie.
Les Auftrafiens de leur côté étoient Guerres^
rri T r • / 1^„ des François
Dalles en Italie \ mais gagnes par les ^j'Auftafie
foumiiTions & les préfents d'Autharis contre les
qui régnoit fur les Lombards , ils fe °^^ ^^ ^
contentèrent de s'être montrés au-delà
des Alpes. Ce fut là tout le fruit de
cette expédition & d'une autre qui la
fuivit de près. La divifion fe mit par-
mi les chefs : l'armée demeura dans
l'inaction , & rentra en France fans avoir
rien entrepris. Cependant le roi d'Ita-
lie follicitoit vivement la paix. Elle fut
134 Histoire de Francs.
enfin conclue. La cour d'Auftrafie re^^
Ann. jgj". çut fes préfents , lui promit la princefTe
PaulLoneoh, ^^^o^^o^nde , & lui manqua de foi.
/. 3 » c. jo. Le traité étoit à peine figné , que les
6Ve^. r«r. François vinrent fondre de nouveau
U9,c.ts. jp^^j. 1^ Lombardie. La défaite la plus
fanglante que la nation ait jamais
elTuyée, fut le jufte prix de cette per-
fidie. Le prince Lombard ne ména-
gea plus rien. Il engagea Garibalde
duc de Bavière , à fecouer le joug des
Auftrafîens ; Se pour le mettre plus sû-
rement dans fes intérêts , il lui fit de-
mander Théodelinde fa fille. On pré-
tend que s étant déguifé , il partit lui-
même avec fes ambafTadeurs. La prin-
ceiTe , fuivant Tufage établi chez les
peuples fur lefquels elle alloit bientôt
régner , préfenta la coupe aux envoyés ;
Prtieg. j4, Autharis , en la lui remettant , lui ferra
la main. Cette hardielTe la fit rougir 5^
elle foupçonna que c'étoit le roi de
Lombardie : elle fut confirmée dans
fon idée par l'emprefTement avec le*
quel ce prince baifa la main qui avoir
eu l'honneur de la toucher. Ce trait
nous rappelle un article curieux de la
^ lex Sdîc. loi Salique. il eft conçu en ces termes ^
• • Celui qui aura ftrré la main d! une femme
libre j Jera condamné à une amende d^
ClOTAlRE îî. 135
publie fous d'or. On conviendra que li
notre fiecle eft plus poli que celui deANN. j8£»
nos anciens légiûateurs , il n'eft du-
moins ni Ci refpedueux, ni fi réfervé.
La défaite des François ne fit qu ir- Paîx entre
riter leur courage. La ligue avec l'em- ^"je^^Lom-
pire fut renouvellée. Childebert en-bard«.
voya en Italie une nombreufe armée , Greg. i.ioy
qui fe fépara en deux corps. L'un fous • pj^^'^^^^,
la conduite du duc Audovalde, perdit ^o/&. i. 3 ,;
le temps à attendre les impériaux pour <^' J^»
former le fiege de Milaii ; l'autre fous
le commandement du duc Cedin fe
jetta fur le pays de Trente , où il em-
porta neuf ou dix places fortes. Tous
deux repaiferent les Monts , chargés
d'un riche butin , mais ruinés par les
maladies , qui ont toujours été nos plus
cruels ennemis dans ce climat brûlant.
Cette confidération , la médiation du
roi de Bourgogne 5 la politique entiii
qui étoit d'afFoiblir les Lombards ÔC
non de les détruire , firent conclure la , J^redeg, in
paix a condition d un tribut de douze
mille fous d'or. Ils le rachetèrent dans
la fuite par une plus grande fomme
une fois payée.
Pendant le cours de ces expéditions Frédcgon^e
militaires , il fe palTa diverfes chofes , ^.^^^'.^^'^J^^à
qui donnent une idée bien horrible la vie des ro»^
1^6 Histoire de France.
t,j. — ■■ -» jg3 mœurs de ces anciens temps. Fre-
Ann. 5 s 5. degonde , qui n'enfantoic que d'affreux
de Eourgo- projets , ôc qui U'ouvoit toujours des
gne & d' Auf- fcélcrats prêts à les exécuter, arma
deux clercs de poignards empoifonncs ,
^'•^^- /. 8 , pour alTaflîner le roi d'Auftrafie. Les
' '^* aiTaffins furent arrêtés à Soiffons. Les
douleurs de la queftion leur arrache-
'rent l'aveu du crime qu'ils méditoient.
On les chargea de fers , & dans cet état
ils furent condiaits à Childebert, qui les
fît couper par morceaux. Le religieux
Contran, le libérateur de Frédegonde ,
le père , le tuteur , le protecteur de
fon fils, ne fut point à l'abri de fes
attentats. Un jour qu'il entroit dans
fa chapelle pour entendre matines , il
furprit un aflTaiîin qu'elle avoit envoyé
pour le poignarder. Un autre fois,
lorfqu'il alloit communier , un homme
liem. U 9 » l'aborde j mais foit remors de confcien-
^* '• ce, foit refped pour la majefté royale,
il laifTe tomber fon poignard. On le
faifit. Il avoue fon exécrable deffein ,
qui demeure impuni , parce que le cou-
pable avoit été pris dans l'églife : comme
fî le droit d'afyle pouvoit regarder un
homme qui en viole la fainteté par le
plus déteftable parricide.
Conjuration Le peu de fuccès de tant d'abomi-:
C L O T A I R E II. 137
Lible? entrepnfes , ne tut point capa
)Ie de rebuter Frédegonde. Intrépide Arn. 5S5.
ians le crime, un attentat^ devenoitd^^i^o^j^;
)our elle un acheminement à un autre ^gdécoi.ver-
incore plus grand. La mort du roi te & punie.
'l'Auftrafie &'de la reine fa mère , fut ^^'^S-l' >o ,
le nouveau réfolue. La réufiite de ce
)rojet lui paroilToit d'autant plus in-
àillible 5 qu'elle y avoir fait entrer les
rois plus confidérables feigneurs du
oyaume de Childebert, Mais ce piin-
e flit aifez heureux pour découvrir le
lelfein des conjurés , & tous furent
)!inis de mort. Raucingue qui fe difoit
ils naturel de Glotairé l , fut poignardé
orfqu'il fortoit de la chambre du roi,
■m l'avoir mandé fous prétexte d'af-
^ûres, Urfion fut percé de^ coups en
défendant vaillamment fa vie. Le diXC
Berthefrede, quoique protégé de Eru-
lehaut , fut écrafé de tuiles dans une
:hapelle où il s'étoit retiré. L'évèque
de Verdun en avoir refufé les clefs :
Dn n'ofa enfoncer les portes ^ mais on
monta fur le toit dont les débris fervi-
rent d'armes pour accabler le malheu-
reux qui s'y étoit réfugié. On ne fçaic
qu'admirer d'avantage , ou le préjugé
des franchifes pour des crimes qui font
frémir d'horreur , ou la fuperftitieufe
\
ijS Histoire de Francs.
^ conduite des foldats Auftrafîens. S'il y
Ann. jSj.avoit réellement quelque droit d'afyle
pour de pareils attentats , c'étoit moins
l'éluder , que le violer,
conciiede Gilles évêque de Rhelms , fut foup-i
Meî3,oiiGil- ' j5A -^ r i ^a'
les évêque de ÇOî^i^e dette complice de cette confi
dé'tS' ^^ piration. C'étoit l'homme du mondej
, * le plus fourbe , le plus intriguant , 6c
f/i^f' * ^' le plus habile : il fçut tellement ména-
ger l'efprit du roi , qu'il échapa pouj
cette fols au châtiment qu'il méritoit
Mais une féconde conjuration qui fui
découverte quelque temps après , h
convainquit de tant de crimes , qu'en-
fin il fucGomba. Elle avoir pour chefi
le connétable Sunégifile , le grand réfé-
rendaire Gallus 5 &c Septiminie gouver-
nante de Théodebert ôc de Thierri.
Leur deiïein étoit de faire répudier la
reine Faileuble, d'éloigner Erunehaut,
ou d'empoifonner le roi ; leurs efpé-
rances , d'être chargés feuls de la con-
duite des affaires en l'abfence des rei-
nes 5 ou pendant la minorité des jeu-
nes princes. Childebert n^aimoit pas à
répandre le fang : il fe contenta de les
priver de leurs emplois &c de les en-
voyer en exil. Cependant le connéta-
ble avoit chargé l'évêque de Rheims.
Gilles fur cette accufation fut arrêté ,
C L O T A î R E II* 139
:oncluit a Metz , &. confiné dans une
"riroite prifon. Quelques évèques fe Ann. 585,
plaignirent que fuu la fimple dépcfi-
lion d'un laïque on eut enlevé un prélat
le {on églife. Le roi , touché de leurs
emontrances , renvoya le prifonnier
|ians fon fiege , ëc donna fes ordres pour
iffembler un concile dans fa capitale.
Le coupable y parut : on lui produifit
es lettres qu'il écrivoit à Chilpéric :
3lles s'exprimoient fi clairement_ fur
.'abominable deflfein de faire périr le
eune Childebert , que fes juges , mal-
gré leur envie de le fauver , fe virent
Dbligés de le dégrader.^ Mais ils fe jet-»
Itèrent aux pieds du roi , le conjurant
Ide lui faire grâce de la vie. Le pieifx
'monarque fe laida fléchir^ la dépofi-
tion , l'exil 3c la confifcation furent les
feules peines de l'attentat le plus horri-
ble & le plus exécrable : tant il eft aifé
de confondre les droits de la piété ôc
de l'équité l
Cependant Waroc , comte de Bre- ^^'""^'"^ ^^
tagne , fufcité par Frédegonde , s'étoit ^^^^^^^'
jette fur les terres de France du côté ^^^^ ^^^^
de Rennes ôc de Nantes. Contran en- (y^.^j^^^^
voya contre lui le duc Beppoîene &c.9,ii.
le général Elvachaire. Le premier en-
gagé par un traître dans un pays plein '
140 Histoire de France*
**— — — de défilés & de marécages , fut furprîs ^ 1
Ann. y^o. défait Se tué : le fécond s'empara del
Vannes , où les habitants l'avoient ap-'
pelle. Le comte, effrayé de cette per-i
te, vint trouver le général, fe recon-!
nut fujet de vaiïàl des rois François ^!
jura qu'il leur feroit toujours fidèle, &'
tp'il ne porteroit jamais les armes con-
tre le roi de Bourgogne. Serment violé
prefque auili-tôt que proféré. Le fils
Fndeg, in Je Waroc fond fur l'arriére - ^arde des
rrançois , aont une partie avoit déjà
paffé la rivière de Villaine , les mec
en déroute , leur tue beaucoup de mon-
de, ôc fait grand nombre de prifon-
niers. Elvachaire foupçonné d'intelli-
gence avec le comte , fut difgracié ,
& reçut ordre de ne plus paroître i
la cour.
Mort de L^ guerre de Bretagne Se la cérémo-
Gonnan. nie du baptême de Clotaire font les
Son caraae- j • ,*^ ^ , i i i
je^ derniers événements mémorables du
règne de Contran. 11 mourut à Châ-
Ann. 5<>3. lons-fur-Saône , âgé de plus de foixan-
te ans. Prince médiocre , qui fut tou-
jours mal fervi , parce que jamais il ne
fçut faire refpeéter fon autorité. Bon ,
mais de cette bonté qui infpire la li-
cence plus que la vénération : il aimoic
fes fujets , Se n'eut pas la force de les
C L O T A I R E II. 141
défendre contre les vexations de fes
tiiiniftres. Doux, humain , complai- Ann. 5^3,
fant 5 mais plus par timidité , que par
vertu. On n'ofoit l'aborder dans les
accès de fa colère : fouvent dans fes
premiers tranfports il prononça des
irrcts de mort pour des fujets afTez
légers. Une de fes femmes fur le point Greg. 1 5 j
de rendre lame, le pria de faire mou-^* ^^'
rir deux médecins , dont les remèdes ,
à ce quelle prétendoit, avoient caufé
fa perte : il eut afTez de foibleffe pour
le lui promettre, & afTez de cruauté
pour être fidèle a fa parole. Un jour il
vit dans une foret un taureau fauvage
nouvellement tué , il s'en prit au garde.
Celui-ci çn accufa un chambellan nom-
mé Chundon , qui nia le fait. Le roi
ordonna que la querelle feroit décidée Idem l, 10^
par un combat. L'accufé étoit vieux Se
infirme : il mit en fa place un de fes
neveux, qui bleffa mortellement l'ac-
eufateur. Mais en voulant le défarmer ,
il fe tua lui-même du poignard de fon
ennemi. La mort du champion fut re-
gardée comme la convidtion du cham-
bellan. Le monarque le fit faifir : il fut
lapidé fur-le-champ. Voilà ce que dans
ces temps barbares , on appelloit amour
de la juftiçe. Ses hiftoriens lui don-t
c, to.
141 HiSTOiRt DE France.
, lient un grand fonds de piété. Il me-
Ann. S9h ^^^^^ ""^ ^^^ auftere , faifoit de grande
• largefTes aux pauvres , aimoit 5^ refoec
toit 5 protégeoit la religion , l'églife &
fes miniftres. Ceft peut-être ce qui T;
fait mettre au nombre des faints. Gré
goire de Tours lui attribue des mira
clés 5 même de fon vivant, ^
Cetjuefîgni- On fera fans doute furpris que dan
fioit ancien- j^ même ligne où ce prélat fait l'élog
]!îfoTde con- de la vertu de Contran , il ajoute qui
^ubine, ^^^ ^^^ concubine nommée Vénérandt
if'A,e. zy. Mais Tétonnement cefea fi l'on fai
réflexion que le concubinage, nom de
venu infâme par la fuite des temps
Zeg.3.ff.de^^on alors une union légitime , qui
£oncuh. leg. quoique moins folennelle , n'étoit pa
iTt^. M. moins indifToluble que le mariage 01
4i Adulter. dinaire. Les loix civiles l'autorifoient
lorfque le défaut de dot ou de naif
fance de la part de la femme, ne lu
permettoit pas , félon le Droit Ro
Jacoh.Cujac.m^in, de contrader avec des perfon
de cohaMu ^gg ^'^^ certain rancr. Or , quoiqu'un-
mulier.' concubine ne jouit pomt dans la ta
mille de la même confidération q^u un<
époufe de condition égale , c'étoit ce
pendant un nom d'honneur , nom dif
férent de celui de maîtreffe j & fes en-
fants, fuivant Tancien ufage des Frajt-
I
ClotAire il 145
*ois , n'en écoient pas moins habiles à " '
iiccéder j lorfque le père le vouloir. Ann. 5^5.
L'églife d'Occident pendant plufieurs
[îecles a regardé cette forte d'alliance
omrae une fociété légitime. Le pre-
mier concile de Tolède décide formel- Can, 17;
ement, quun homme ne doit avoir
luune femme ou quune concubine àfon
:hoix. Saint Ifidore de Séville , le con- Concil. Rom»
:ile de Rome fous Eugène II , un autre -Ç^^ ^"/^o!-
:enu dans la même ville fous Léon IV , uh. Hor^
l'expriment de la même manière. SiP^'"^* **
;es mariages ont enfin celTé d'être per-
nis, ce n'eft pas qu'ils fulfent illicites
)ar eux-mêmes , fur-tout lorfque l'en-
gagement étoit réel & pour toujours ,
:'eft que fouvent le défaut de folemni-
:é faifoit naître mille abus. C'efl aufïï Concîl, !«<*;
3ar cette raifon que les loix Romaines 5^^' ^* ^^ 9
poiqu'elles regardaient comme légi-
irnes les enfants qui provenoieiu de
:ecte union , ne leur accordoient ce-
pendant point le droit de fuccéder.
L'aventure du malheureux Chun- Ancienne
don nous rappelle un autre point non «manière de
. ^ ^ ■■ ^. . faire preuve
moms curieux de notre ancienne ju- par le duel. <
cifprudence. On voit par ce trait d'hif-
toire , qu'autrefois le duel étoit permis
pour défendre Ôç accufer en jaflice ,
dans les occafions où l'on ne pouvoir
144 Histoire de France.
? avoir preuve. C'étoit un moyen fi
Ann. 595.tlinaire pour terminer les différenil
Le P. Luc <ies nobles , que les eccléfiaftiques me
Dacheridans i-YiQ ^ [q^ moines n'en étoient poiii
fon Spicile-j.^ <-, TV/T • j vi^ 1
gium , tome diipenles. Mais de peur qu ils n<
^^■^* fouillafTent dans le fang des mains dei
tinées à offrir le facuifice non fanglant
on les obligeoit de donner un homm
pour fe battre à leur place. 11 n'y avoi
que les femmes, les malades, les eflro
pies 5 les jeunes gens au-deffous d
vingt ans , ôc les vieillards au - defTu
de foixante , qui fuiïent exempts d
cette épreuve auilî cruelle que bizarn
On l'ordonna d'abord pour toutes for
tes de matières , tant criminelles qu
civiles : on la reftreignit enfuite au
foules circonftances ou il s'agiffoit d
l'honneur ou du crime capital. Cett
coutume venoit du Nord : les Boui
guignons en avoient fait une loi : le
François l'adoptèrent à leur entrée dan
la Gaule. La religion 3c la raifon on
fait pendant long -temps d'inutiles ef
forts pour la faire abroger ] elle s'el
foutenue pendant près de douze fiè
clés j malgré les anathêmes 6c les fou-
dres lancés contre elle. On a cru qu(
ie combat de Jarnac Se de la Châtaigne
raie , devant Henri 11 , étoit le derniei
due
Glotaïre il ï4{
duel fameux qui fe fût faic eu France ^^^^f^
fous l'autorité publique : c'efl: une er- Ann. 5^3,
reur. On lit dans l'hiftoire de la-no-
blefTe du Comrat - Venailîin , qu'Ho-
noré d'Albert , feigneur de Luines , fe
battit en champ-clos au bois de Vincen-
nes en préfence du roi Charles IX , 6c
de toute la cour , contre le capitaine
Panier , qui lui avoit reproché le foup-
çon qu'on avoit eu contre lui , au fu-
jet de l'affaire de la Mole & de Coco-
las. Le brave de Luines eut tout l'hon-
leur du combat : il tua fon ennemi ,
^ue mille adions de valeur avoienc
:endu formidable.
La forme de cette procédure fuigu- La forme its
iere mérite l'attention des curieux ôc ^^^^^^' ^a-
fournit d'étranges réflexions fur la bi- ^" '"''
ai-rerie humaine. L'accufé Se l'accu- Pap^uîer ,
iteur jectoient un gage que le juge ^•'^•^^^^-'''f'
eIevoit. C'étoit d'ordmaire un gant, f;^^; ''
i-uflî-tôt les deux combattants étoienc
nvoyés en prifon , où mis en sûre
arde. Dès-lors ils ne pouvoient plus
accommoder que du confentemenc
u juge. C'étoit le feigneur haut-juf-
cier qui fixoit le jour du combat,
|ui donnoit le champ, qui fourniifoiE
)s armes. On les portoit au fon des
hes & des trompettes': un prêtre les
Tome I, Q
1^6 Histoire de France.
KBMmtMu^imm béniifoic avcc de grandes cérémonies.
Ann. S9h L'a<^ion commençoit par des démen-
tis donnés de reçus de part & d'autre.
ch'jdre de Qn fe radouciiroit inlenfiblement ;
SrDua'" & , oubliant qu'on alloit s'égorger, on
lam. récitoit quelc^ies dévotes prières : on
faifoit fa profelTion de foi , enfuite on
en venoit aux mains. La victoire de-
cidoit de l'innocence du victorieux ,
ou de la légitimité du droit qu'il fou-
tenoit. C'eîl ainfi que la repréfenta-
tion entre les petits enfants & les on-
cles eft devenue loi fondamentale er:
Allemagne. L'avantage étoit demeu-
ré au brave qui combattoit pour ell(
fous l'empire & par les ordres d'Othoi
premier. Qn voit néanmoins un exem
pie du contraire dans les annales d'Ef-
pagne. Les eiprits étoient partagés ai|
fufet des miiiels Romain de Mozarai
bique , on ne fçavoit auquel donne i
la préférence. On nomma deux cham
pions. Celui qui étoit entré en lie
pour le Mozarabique fut vainqueur
Se cependant le Romain l'emport;
La peine du 'vaincu étoit celle qu
niéritoit le crime dont il y avoit accu.
fation. Le champion qui fuccomboit
fubiifoit le même fort. On le traîno
i^nominieufement hors du camp aVÉ
mJB*iimv->Ti vTKnui
Clotaire ïI. Ï47
celui qui l'employoit , on les pendoit ,
tous deux à un gibet, ou on les brûloir Ann. 595.
félon la ^rièverc du délir.
Contran aimoit les belles ~ lettres êc
fçavoit plufieurs langues, L'hiftoire
rapporte qu'étant a Orléans , il fut ha-
rangué en hébreux , en arabe , en grec,
en latin, 11 eut pour femmes Vénéran-
de , Marcatrude, & Auftrégilde. Il eu
avoir eu deux fils qui moururent en
bas âge , ôc deux filles , Chlodeberge
& Clotiide. Quelques auteurs préten- cvtj. i. ?,
dent que cette dernière lui furvéquit. ^' ^°'
Il lui lailfa de grands biens , avec une
entière liberté d'en difpofer comme
-lie jugeroit à propos.
On ne fera peut-être pas fâché de La condition
Touver ici quelques éclairciffements ^^^' P'^^^^-
ur la condition des princeiïes filles la' prJLkrc
lans la première race. On leur don- '''^^^•
loit le nom de reines. Ce titre, qui^^"^^^* ^' **
es égaloit aux rois fans les rapprocher
b trône , étoit un préfage de leur fu-
ure alliance avec quelque fouverain.
Zd.r on n'en connoît «aucune fous les
vlérovingiens , qui n'ait ou gardé le
elibat, ou époufé un roi. Lorfqu'on
arloit d'elles après leur mort , on
>ignoit à leur nom la qualification
e glorieufe ou d!heurcufe mémoire . f'^'^'S'''''
O 2
Ï48 Histoire de France.
■Ljmiwiii.HiiH prérogative rcfecvée des - lors aux feu*
Ann. jpj.^^s têtes couronnées. On leur alTi-
gnoit des terres , des villes même ,
dont les revenus pulTent leur fournir
une fubiiftance convenable , foit du
vivant de leur père , foit après fa mort.
Mais elles n'en avoient que l'ufufruif.i
-la propriété demeuroit inféparable-
ment reunie au hfc , dont on ne pou-
voit les diftraire que pour un temps.
Telle étoit la loi du royaume. Si
Childebert 8c Contran y ont dérogé
par le célèbre traité d'Andelaw , lur
par bienveillance pour Clodofv/inde
la fœur , l'autre par tendreife poui
Ciotilde fa fille ; c'efl un privilège
particulier, qui devient une nouvelle
confirmation du droit commun. Il efl
e. i'of' ' i"nême à remarquer que dans l'ade qu
leur donnoit la jouilTance des terre
fifcales _, on ftipuloit qu'elles n'en per
cevroient les revenus qu'autant qu'el-
les demeureroient en France : tan
on a toujours apporté de précautions
foit pour conferver au royaume le
richeifes qu'il produifoit , foit pou
empêcher que les princes étranger
n'acquitfent des droits fur aucune por
tion de la monarchie.
Çliildebert La mort de Contran ne parut pa
I
Clotaire ÎI. 149
d'abord apporter un grand change-
ment dans l'empire François. Le roi An n. 593.
d'Auftrafle fe mit en pofTeflion des fuccede au
royaumes d'Orléans & de Bourgogne , ^0^^™^.
fans que perfonne entreprît de s'y ^
oppofer. Ses titres étoient une dou- c. 10.
ble adoption de la part de fon oncle ,
le fameux traité d'Andelaw qui lui
afTuroit la couronne de ce prince au
défaut d'enfants, mâles , enfin le tefta-
ment du feu roi , qui le déclaroit feul
de unique héritier de fes Etats. D'un
autre côté le jeune Clotaire rentra
dans tous les droits de fon père ; Ôc
Soiiïons qui s'étoit donné à l'aîné des
enfants de Childebert , retourna mal-
gré cette éledion fous l'empire du
fils de Chilpéric. On prétend même Gejî. Franc,
que les deux rois partagèrent à l'amia- ^' ^^'
ble la propriété de la ville de Paris y
mais cette bonne intelligence ne fut
pas de longue durée.
La cour d'Auftrafie n'étoit plus re- Guerre entre
tenue par la confidération de Contran : ^^cSire.
Childebert , prince d'un courage vif
ôc bouillant , donna libre carrière au
jufte relTentiment qui l'animoit contre
la maifon de Chilpéric. La mort de
fon père afTalîiné par les émilfaires de
Frédegonde , le danger où lui-même
150 Histoire de France^
î:?"?^^'^!!^ s'éroît vu expofé , lorfqu'il fut arrêté-
Ann. 5P3.avec la reine fa mère, mille horribles
attentats contre fa vie , la naifTimce
équivoque du jeune Clotaire , l'ambi-
tion, l'intérêt , tout l'excitoit à pour-
fuivre un prince dont la perte le ren-
doit feul monarque de Tempire Fran-
çois. 11 leva donc une puiiTante armée
qu'il envoya dans le Soilfonnois , où
elle fit de grands ravages. Ce fut le
feul fruit qu'il retira de cette expédi-
Fredc!^. i:i ûoii» Wintrion oui cominandoit fes
''.f^;^:.*-'' troupes , fut mis en fuite après un
deGeji Lon- combat opiniattc , ou il périt plus ae
^j/yi. i. 4, j-j-gj^j-g mille hommes. On ne trouve
ni dans Frédégaire ni dans Paul Dia-
cre 5 auteurs contemporains , aucun
détail plus circonilancié de cette ac-
tion mémorable , 8c notre hiftoire
garde un profond filence fur les fui-
tes de cette guerre meurtrière. Il pa-
roit cependant à travers l'obfcunté où
Frel r. iç. s'envelopent nos anciens auteurs ,
Ahnoin , l. q^g Iq j-ç,^ j^ SoifTons perdit cjuelque
portion de fes Etats. Les mouvements
"" du prince Aufbrailen à l'occalion de
A.sN. 554. pij-j-^pi-JQj^ ^Q Warroc fur le pays de
, Pvennes & de Nantes , la promptitude
avec laquelle il marcha contre ce vaf-
fal rebelle , la fanglante bataille qui
Clotaîre II. 15Ï
fe donna entre les Bretons &c les Fr.ii- ^'''^^T''^
cois du royaume de Metz , l'achar- ânn. 5^4,
nemenc des combattants qui fut (1
grand, qu'il ne reda prefqae perfon-
ne de part ni d'autre ; tout prouve
que cette partie du domaine de Chii-
péric avoir été réunie à ia couronne
d'Auftrafie , &z que l'amour de la gloire
étoit puilTamment excité par un motif
mterer.
L'auteur du livre intitulé , les faits u âefrx]^
des rois de France ^ rapporte la défaite bStaHle ''<ié*
de Wincrion avec des circonftances DioUV: , lé-
/îngulieres. Frédeponde , dit -il , q^^t^^^,
îa grandeur du péril n'erfraya jamais 5 i'.-uieiir des
n'eut pas plutôt appris l'invadon des ^•'''^^,'•^''5^'''^
Aulrrafiens , qu'elle donna les ordres ^;^
pour raiTenibler promptement fon c î^.
armée. Le rendez - vous général des
troupes étoic à Eraine. Elle en fit elle-
même la revue , courut de rang en
rang , tenant fon fds entre fes bras ,
leur montra ce précieux , mais unique
refie de la famille de Chilpéric , leur
rappella le ferm.ent qui les obblgeoit
à le dékndïQ , fe mit à leur tète , cv
les mena droit à l'ennemi , ciu'elle
joignit au village de DroifTi , à cinq
lieues de Soifîons. Un ftrataf;iéme ,
qui fiippoie qu'en ce temps - là on
G 4
e<l- J-rdiic,
152. Histoire de France.
connoiiroit peu l'utilité des efpions ,
Ann. 5P4. lui procura tout l'honneur de cette
célèbre journée. C'étoit la coutume ,"
en paix , comme en guerre , de laiifer
îes chevaux paître en liberté , après
les avoir munis d'une clochette pour
les retrouver plus facilement. La reine
fçut tirer avantage de cette pratique.
Elle ordonne à chaque cavalier de
fufpendre une fonnette au cou de fon
cheval , leur fait prendre de groffes
branches d'îîrbres verts : dans cet
équipage Se à la faveur des ténèbres
de la nuit , elle s'avance à grands pas
vers le camp de Childebert. Les Auf-
trafiens prirent cette cavalerie pour
les chevaux du pays qui paiiToient
dans la plaine. La nailTance du jour
les jetta dans une nouvelle erreur.
Ils crurent que c'étoit une véritable
foret 5 (Se ne reconnurent la vérité ,
que lorfque Landri qui commandoic
fous les ordres de Frédegonde , fut u
près d'eux , qu'ils n'eurent plus le loi-
fir de fe ranger en bataille. La déroute
fut entière , le carnage horrible , la
vidtoire complette. Quand- on fait
réflexion que cet enfant qu'on porte
de rang en rang , avoir alors neuf à
dix ans j qu'aucun auteur contempo-
Clotaire il 153
raîn ne rapporte ces particularités d'ail-
.eiirs fi remarquables , & que celui Ann. 5»? 4.
^ui les tranfmet à la poftérité , n'efl
/enu que plus de cent vingt ans après,
)n a tout lieu de craindre que ce ne
!bit un conte apocriphe , imaginé par
'amour de la llngularité , adopté par
egoût du merveilleux.
La vidoire de Droiili ne rafTuroit z.^.^,
5oint Frédegonde. La iiipcriorité de chiidcberc
Jkiidebert , maître des deux tiers de extermine
a France, lui caufoit de vives alar- ^g^^py^f/"^^'
nés. Elle ne s'occupa que du foin de Germanie.
.ui fufciter des ennemis de toute part.
La révolte de Waroc, dont on vient
ie parler, ctoit un coup de la politi-
-]ue de cette princeife : elle fçut en-
:ore ménagex une autre diverlion à
'autre extrémité du royaume d'Auf-
cra(ie. Elle engagea le roi des JV'arnes .
i prendre les armes contre le perfé- "
cuteur de fon fils. Les Varnes étoient
une nation Germanique , établie fur
les bords de l'Océan , à rembouchure
de cette partie du Rhin, qui portoit
autrefois fes eaux jufque dans la mer ,
mais qui après avoir baigné Leyde,
fe perd aujourd'hui dans les fibles ,
au bourg de Catwick. Les intrigues FnLc.i!^.
de Frédegonde furent la caufe de la
15 4-* Histoire de France»
perte de c^ peuple jufqu'alors très"
Ann. ;5);. paifible. Cliildeberc les défît, les fub-
JLigua , ôc les extermina de façon y
que le nom même en fat éteint pour
toujours.
Ce jeune prince ne furvécut pas
ArJN. 5 9^' long-temps a cette vidoire. Il mourut
Mort de quelque mois après , dans la vingt-
cmquieme année de Ion âge , 6c la
Fredeg. in yinstieme de fon règne ; regretté plus
chron." c. 17. 1 1 >i ri >'1 J
Ge;î. Fra«c. po^i-* l^s belles elperances quil don-
i- 37» jioit 5 que pour les grandes chofes
qu'il eut exécutées : il avoit prefque
toujours été fous la tutelle de fa mère.
La reine Faileube le fuivit de près.
11 en avoit eu deux enfants qui lui
fuccéderent fous la conduite de Bru-
nehaut leur aïeule. Théodebert l'aî-
né 5 fut couronné roi d'Auftrafie \
Thierri le cadet eut pour fon partage
le royaume de Bourgogne, auquel on
ajouta l'Alface , le Sundgaw , le Tur-
gow , & une partie de la Champagne.
Childebert l'a voit ainfi ordonné. Le
motif de cette difpofition , fur-rouî
pour l'Alface , étoit le vœu unanim^
des habirans de cette province. C
jeune prince avoit été élevé parm
eux dans une maifon de plaifanc«
nommée Marlem, '^
Clotaire IÎ. 155
Ce feroit une erreur dlmaginer que ^^^^^
les maifons de plaifance de nos an- Ann. 5^5,
ciens rois étoient comme aujourd'hui ce que c'é-
des habitations deilinées au feul agré- î^^îr,"^"^ \^^
. . - -'^ . rmnons de
ment. C'etoient moms des palais, phifance
que de riches métairies. Un bois , des ^"^"^ ^^ ^^'^'
/ , . - ' . miere race.
étangs, des haras, des troupeaux, des
efclaves occupés à faire valoir fous les
ordres d'un domefiique ou intendant ;
tout annonçoit l'utile plus que l'agréa.-
ble. On en comptoit plus de cent foi^
xante dans l'étendue du royaume. Nos
premiers monarques paiToient leur vie
à voyager de l'une à l'autre. Les vil-
lages , les abbayes , les châteaux qui
fe trouvoient fur leur route , étoient
obligés de leur fournir , ceux-là des
voitures pour leurs équipages , ceux-ci
le logement & l'entretien. On les dé-
frayoit magnifiquement : ce n'eft point
aiïez j on ne manquoit pas , à leur clé-
part , de leur faire quelque préfp;it en
argenterie. Ce qui n'étoit d'abord
qu'un don de l'amour du vafl^d, de-
vint par la fuite un tribut de fon obéif-
fance. Les rois s'ennuyèrent enfin de
mener une vie errante \ mais ils ne
voulurent rien perdre de leurs préro- Dvcan^e ,
gatives. Ils exigèrent un droit de gifl^^^^,J^
G '6
1^6 Histoire de France. '
des prélats 6c des feigneurs chez qaî
Ann. $96, ils ne logeoient plus.
Bataille de La mort de Childebert ralluma la
^-^"g^^p^f""" guerre entre les deux cours d'Auftrafief
4:ioîaire. & de Soi(ïons. Frédegonde fe préva-
Frcd.ihîdA^^ de la conjondure > leva une ar-
mée 5 s'empara de Paris & de plufieurs
autres places fur les bords de la Seine.
Un auteur contemporain remarfjue
que cette irruption fe fit à la manière,
des barbares , fans déclarer la guerre.
Cela fuppofe néceflfairement qu'il y
avoit eu un traité de paix entre les
deux couronnes depuis la bataille de
Droilîi. Quoiqu'il en fjit , Brunehaut
rafTembla promptemenc les troupes
des deux royaumes de fes petits-fils
& les fit marcher à grandes journées
au fecours des provinces défolées. On
fe joignit à Leucofao dans les envi-
rons de Laon , ou de Toul , ou de
Moret en Gâtinois. Car les auteurs
font partagés fur la fituation de ce
lieu inconnu aujourd'hui. Le combat
fut un des plus fanglans qui fe foient
donnes entre les prmces dun même
peuple. Les hiftoriens n'en rapportent
point les circonftances : ils nous ap-
prennent feulement que les trois roisj
dont 1^ plus âgé navoit que douze
Clotaire II. 157
ans, étoient a la tête de leurs armées ,
ôc que l'avantage demeura à Clotaire. Ann. 597.
Frédegonde étoit au plus haut point Mort de
de la prolpcrlté. Une couronne obtenue rr^^'^iegonde»
par l'éclat de fes charmes , confervée
par la force de fon génie 5 un mari
rétabli par fon moyen fur un trône
que fes perfidies lui avoient fait perdre ,
une minorité conduite avec tout l'art
de la politique la plus confommée ,
une régence illuftrée par deux célèbres
vi6toires , un nouveau royaume con-
quis & ajTuré au roi fon fils , tout
publioit la gloire de cette habile prin-
celTe. On oublioit prefque que cette
femme ambitieufe, vindicative, cruel-
le , avoir immolé à fa grandeur ou à fa
fureté un grand roi , deux vertueufes
reines , deux fils de roi de une iniînité
de gens de condition. Ce fut ce mo-
ment de triomphe que le ciel choifit
pour l'enlever de ce monde ôc termi-
ner fa carrière : comme s'il eût appré-
hendé que le brillant éclat de tant de
fuccès ne diminuât la vive horreur
qu'on devoir à tant de forfaits. Elle fut
enterrée auprès de Chilpéric dans l'é-
glife de faint Vincent , aujourd'hui Cejl. Fnn:}
faint Germain des Près , où l'on voit ^' 37»
(encore fon tombeau.
158 Histoire d^. France.
La mort d'une rivale il redoutable
Ann. 597. donna le temps à la reine Brunehaut
Brtinchauc d'affermir la paix de tous côtés. Elle
contribue à s'accommoda avec les Huns ou Abares ,
laconveriion . ^ - 1 >-,i «i 1 1
du royaume qui , aprcs la mort de Childebert ,
béri.^*"^°^' s'^^oient jetés fur les terres des Auftra-
fiens : elle renouvela les anciens trai-
tés avec le roi des Lombards : elle
engagea le pape à fe charger de termi-
ner les différends qui pouvoient s'éle-
ver à l'occafion du Val d'AoPte Se du
pays de Suze , que le feu roi Contran
avoir conquis fur l'empire. Mais les
affaires de l'Etat ne lui firent point
oublier celle de la religion. La pieufe
reine Berthe , fille de Caribert roi de
Paris 5 époufe d'Ethelbert roi de Kent ,
avoit difpofé les Anglois à recevoir la
lumière de l'évangile. Le fouverain pon-
tife fur cette nouvelle leur envoya des
Beda A. i , miflîonnaires. La régence de Bourgogne
c^^h ^^^,^7. ^ a'Auftrafie leur donna paffage par (qs
Eiats 5 & les fit accompagner par des
prêtres François qui fçavoient l'anglois
ôc le latin , leur procura toutes les faci-
lités pour paffer fùreraent à Doroverne 5
aujourd'hui Cantorbéri ^ enfin les pro-
tégea de façon , qu'après Dieu , ^dit faine
Grégoire ^ l'Angleterre lui eft redevable
de fa converjicn au chrifùiani/me^
C L O T A î R E IL 159
Cependant la guerre fe ralluma plus
/ivement que jamais entre les mo- Ann. 59*?,
larques François. On ignore Ci l'envie Bataille de
le recouvrer Paris arma Théodebert ?,"/î^f jl '
le Thierri , ou 11 Clotaire , enivre de ciotaire.
'es premiers fuccès entreprit de por-
:er plus loin fes conquêtes. Ce qu'il y /redeg. în
i de certain , c'efl: que ce prmce etoit p. ^4*3/ "
:^ntré fur les terres de BourTO^ne , Gefi. Franc,
ivant que les deux frères eufTent pu ^' ^l'-
Oindre leurs armées. La rencontre le L 3.
k auprès d'un' village nommé par
rrédegaire Doromellus fuper Aroan-
mm y aujourd'hui Dormeil-fur-Quef-
le près de Sens. Le combat fut des
Ans meurtriers de part ôc d'autre,
Dn raconte qu'on vit un ange l'èpée à
a main : on ne dit point pour qui il
rombattoit ; mais la vidoire demeura
lux deux rois. Ciotaire , obligé de
^rendre la fuite , fe retira d'abord à
Melun 5 enfuite à Paris j enfin à Aré-
aune , aujourd'hui la foret Bretonne.
Foutes les places dont il s'étoit em-
paré après la bataille de Leucofao ,
Furent reprifes &c faccagées. Contraint
de demander la paix , il ne l'obtint
qu'à des conditions très dures : il céda
au roi de Boursogne toutes les villes
qu'il polfédoit entre la Loire > la Seine ^
1^0 Histoire de FranceÎ
rOcéaii & les frontières de Bretagne.
Ann. 5î)p II abandonna au prince Auftrafien
tout le duché de Dentélenus , qui
comprenoit , félon l'opinion la plus
probable , cette étendue de pays
poulainv. qui eft entre l'Aifne, TOife, la Sei-
<:. i,p. 219. î^^ ^ 1 Océan , ce qui rait a - peu-
près rifle de France dans fa fituation
préfente. Le mrdheureux Clotaire ne
eonferva que douze territoires entre
l'Océan , rOife & la Seine; c'eft-à-
dire , qu'on ne le confidéra plus que
comme un prince dépouillé & ré-
duit à un limpîe appanage pour fa
fubfiilance. Ainfî finit en France le
fixieme liecle. Le commencement
du feptieme fut fignalé par la défaite
des Gafcons.
Cette nation , chez qui l'efprit &
^,^*,,°^*la bravoure femblent héréditaires.
Theodebert , , • • / 1 r i
& Thierri n etoit point encore établie dans cette
fubjuguent province de France , qui porte au-
les Gafcon?. 4 i,, • ^ ni l l- • 1
r , . lourd nul Ion nom. Llie habitoit alors
Fredeg. in{ • 1 1 • -it
chron,c, 16,12. JNavarre ; une partie de la vieille
Caftille & de l'Aragon. Pampelune
de Calahorre étoient fes principales
villes. Ce fut donc au-delà des Pyré-
nées cpe Theodebert de Thierri por-
tèrent leurs armes. La viétbire fuivit
conftamment leurs étendarts. Les Gafj;
Clotairi- II. i<^r
ms furent défaits &c demeurèrent "
ibutaires. Ce n'eft pas la première Ann. 601,
>is que cette ancienne Gafcogne fut idem, €> ai
ibjuguée par les armes de la France,
n de nos anciens auteurs remarque
,i'elle avoir eu autrefois un duc Fran-
)is , qui chaque année faifoit porter
i tréfor de nos rois le tribut que^ ces
niples & les Cantabres leurs voifms
oient obligés de p^'^yer. *
Lorfque ^les rois de Bourgogne Se Ann. 605,
Auftrafie étoient occupés contre les
afcons , Clotaire qui ne penfoit cictaircfait
, ' 1 r € r ' uneurupiion
laux moyens de le venger, nt taire ^u^ les serres
;bitementune irruption fur les terres deBourgog.
entre la Seine & la Loire. Mérovée Fredeg. in
ni fils , jeune enfant de cinq à fix ans, ^^*''^«- '* ^^'
)mmandoit fon armée fous la con-
fite du duc Landri. Ce général,
3rès s'être emparé de plufieurs places ,
,int inveftir Orlçans , où Eertoalde ,
laire du palais de Bourgogne s'étoit
lis en fureté. Therri fur cette nou-
elle rafiTembla promptement une ar-
lée , & vola au fecours de cette place,
-andri trop foible pour tenir la cam- Bataille d'E-
agne, fe retira vers Etampes ^^efolu ^^^^P^^^^^n-
e le combattre au palTage de la riviè- ari.
ï qui porte ce nom. L'avant-garde
coït â peine paffée , qu'il la fit char-
V
i6i. HistoiRE DE France.
^^ ger avec toute la vigueur imaginabl
Akn. èo}, Bercoalde qui la commandoit ^ fut tm
après avoir fait des prodiges de valea
Mais fa réliftance donna le temps t
refte de l'armée de pafTer & de :
ranger en bataille. Les forces fe troi
verent alors trop inégales. Le carna^
des Neuftriens fut horrible. La pli
grande partie demeura fur la place
l'autre ne fongea plus qu a prendre
fuite : le jeune Mérovée fut fait pi
fonnier. C'eft tout ce qu'on fçait (
la deftinée de ce prince. Lliiftoi
Uecherchei n'en parle plus. On foupconne qu!<
1 , -^j :, ' le nt mourir en prifon . mais ce n (
p. 49». quune iimple conjecture.
Paix entre Thiodebert de fon coté étoit ent
ThéolSbe'rt ^^"^ ^^ royaume de SoilTons , & s'
le Thierrî. vançoît vei's Compîegne où Clotài
avoit ailîs fon camp. Déjà les dei
armées fe trouvoienr en préfence
îorfqu'on apprit la défaite de Land:
Cette nouvelle obligea le prince Nen
trien à demander la paix. Elle lui f
accordée à des conditions raifonn
blés. Le roi d'Auftrafie commence
à craindre fon frère : il vouloir fe fî
re un ami contre un rival fi redour
ble. La jaloufie étouffa en lui l'amo
de la gloire , 6c lui arracha des mai
Clotaîre il 1^5
le vidoire prefque aflurée. Ce qu'il
a détonnant, c'eft que le viârorieux Ann. 605,
hierri fit auili fon accommodemenc
rec Clotaire , fans doute pour la mt-
e raifon ôc par le même principe,
uoi qu'il en foit , la divifion fe mit
entôt entre les deux frères.
Protade venoit d'être nommé mai- ^^1 wf tl
du palais de Bourgogne. ^ etoit le ^e au roi .
)urtifan le plus délié, l'homme le 'i'A""^--'^-*-
us adroit , le cavalier le plus brave
le plus accompli de ùm Ciecle, Il
oublia rien pour aigrir fon maître
între Théodebert. Raifons , prétcx-
s 5 tout fut employé. La paix de
ompiegne conclue fans la participa-
3n &C contre les int rets de Thierri ,
Oit un jufte fujet de mécontente-
enc. Le rufé miniftre fçut profiter
i cerre circonilance , & ménagea fi
en Tefprit du prince , qu'enfin la
iCrre fut déclarée au roi d'i^uftrafie.
y en a cependant qui prétendent eue
;Lte rupture eut un autre motif, îc
iQ ce fut Erunehaut qui fema la dii-
)rde entre fes petits-nls.. Cette fem- Fredeg. m
le vindicative n'avoir point oublié , ^^'^^•'^' ^' '^*
Lt-on 5 que Théodebert l'avoit exilée
t fa cour. Le reffentiment d'un fi
lant outrage l'animoic vivemeni:
-^^g
V
1^4 Histoire de Frj^nce.
■ à la perte de fon auteur. Elle fit ei-j
Ann. ^03. tendre à Thierri que ce prince , cjt
jufqualors avoir pafTé pour fils
Childebert , n'étoit en effet que le fil
d\in jardinier. Voilà , fi l'on en crof
Frédegaire & fon copifte Aimoin , 'Il
véritable caufe de la guerre entre 1(
deux fireres.
Mais rien de plus incertain que C(l
exil 5 rien de plus fufped que ceti
hiftoriette. L'année même où To
feint que cette reine fut chafTée d
royaume d'Auflrafie , elle engage |
]qs deux rois à joindre leurs armé'
pour marcher contre Clotaire : ceti
confédération afilirément ne- témoigr |
ni haine , ni méfincelligence. Si cet
princeiïe eût eiîuyé un fi cruel outr.
ge , faint Grégoire , fous le pontifie
duquel on place cet événement , n'eil
pas manqué de lui écrire , ou pour
confoler , ou pour lui faire envifag
fa difgrace comme un juft:e châtimeil
du ciel. Ce grand pape , le premii
qui fe foit mêlé des affaires de France
n'eût pas laiifé échapper une fi bel
occafion d'exercer fon zèle pourl'hor
neur de fon fiQgQ ôc de la religion. O
fçait qu'il fe fit toujours un devo
d'inflruire les tètes couronnées. Il
C L O I T A î R E I I. 1^5
.1 d'Auflrafie n'eût point été a r^hri ««««»—,
i fes remontranc&s îlir l'indignité & Ann. ^03,
lorreur d'un pareil procédé. On voie
i contraire par toutes les lettres
.l'il écrivit au temps dont nous par-
ns 5 que l'aïeule ôc les petits-fils vi-
cient dans une parfaite union , de
le les deux cours fe gouvernoienc
;alement par les confeils de Brune-
aut. On pourroit ajouter avec Paf- Recherches i
nier, qu'il e/l grandement croyable l» s ^ c,i6^
.l'elle ne fit aucun féjour auprès de^"^'^^*^
héodebert , mais qu'immédiatement
)rès la mort de Childebert, elle fui-
t Thierri en Bourgogne. C'étoit un
)yaume nouvellement acquis ^ par
)nféquent peu afTuré. L'aftermir étoit
i-delfus de la capacité d'un enfant
z neuf ans : la préfence de cette prin-
îfTe devenoit donc d'une nécefiité ab^
)lue. Ce qui ne paroit d'abord que
Lûbabilité devient prefque certitude,
jrfque Ton confidere le grand nom-
re de fuperbes édifices qu'elle fit
lever dans les Etats du jeune prince
ourguignon. On ne voit pas , con-
.nue notre favant critique , que cette
ïine à qui on ne peut retufer au-moins
extérieur de la dévotion , ait fondé
ucune églife en Auftrafie. On trouve
i66 Histoire de France.
■f au contraire mille monuments érij'
Ann. ^05. dans les provinces du royaume t'
Bourgogne , ou pour iatisfaire fa piéi
té 5 ou pour fervir à la commodité c
oublie. Les grands chemins & les 1
vées qui portent encore aujourd'hi
fon nom , le monaftere d'Aulnay pr'
de Lyon , l'abbaye de faint Vincei
de Laon , celle de faint Martin d'Ai
tun, le célèbre hôpital de la mêir
ville 5 tant d'autres ouvrages doi
l'exécution ne pouvoit être que c
plufieurs années , commencés & ach{
vés , lorfque faint Grégoire tenoit .
fiege de Rome , tout femble concour
à démontrer que long- temps aval
fon exil prétendu , elle avoit fixé
demeure à la cour du jeune Thierri.
La fuppoiition de Théodebert n
porte pas un caraâ:ere plus décidé , j
ne dis pas de vérité , mais de vrai
femblance & de probabilité. Une ven
geance différée fept ans par une ferr
me irritée , par une reine qui peu
tout, par un monftre de méchancet
8c de cruauté ] car c'eft l'idée fous la
quelle on nous repréfente Brunehaut
Chap. 17 , Cela, eji bon , dit Pafquier , pour perjua
t»y»p«47î'' ^çj^ ^ ^^j. moines auxquels la patienc
eJi enjointe par le vœu de leur obéijjance
Clotaïrî il 16-/
dis non à des gens qui vivent à la
^ur j3 encore moins aux rois , lo^fquils Ann. ^03,
croient virement offenfés. Un autre
■oblcme auffi difficile à refoudre ,
eft que le roi de Bourgogne fe foit
liîc perfuader que Theodeberc n'é-
)ir pas réellement fils de Childebert ;
^riuahon ii vive , nous dit-on , qu'il
it les armes pour le renverfer du
one. Cependant la guerre eft à peine
éclarce , que ce Prince fi intimement
)n vaincu de la fuppofition , fe ré-
)ncilie tout-à-coup avec ce prétendu
[s de jardinier. C'eft trop peu dire :
on- feulement il conclut la paix , mais
l'obferve très - religieufement fous
,'s yeux Se par le confeil de celle
u'on fuppofe lui avoir révélé cet
orrib/c fecret. Ce font-lâ de ces con-
:adi6tions qui choquent tellement la
lifon & le bon fens , qu'elles ne
méritent pas même d'être réfutées.
La guerre ne fut pas plutôt réfo-
Lie, que les deux frères fe mirent en Ann. 60 ç.
ampagne. Déjà les armées étoient Potade eft
n préfence , lorfque les troupes de ^^^^'"édans
^ 13. tente QS
Bourgogne fe fouleverent contre Pro> xhierri.
ade , qu'elles regardoient comme
'auteur des troubles qui divifoient la
-imille royale. Les principaux chefs -
i(j8 Histoire de France»
^ de la fédition étoient Uncelenus <
Ann, ^oy. Wulfe , tous deux patrices, tous dei
Freieg. iii jaloux de 1 elévatioii du favori. L'ii
chon. c. ts trigue fut tramée fi fecrétement , qu
vaut qu'il en eût rien tranfpiré , tou
l'armée avoir invefti la tente du ro
où le miniflre jouoit avec le premi
médecin aux tables , c'eft-à-dire , ai
dames , à la marelle , ou même ai
échecs : car ce dernier jeu , inven
dans les Indes au commencement c
cinquième liecle , pouvoit bien en i
cent cinq ou iîx , être connu en Frai
ce , où l'on avoir depuis long - tenij
un commerce établi avec Confiant
nople qui étoit en grande relatio
avec les indiens. * L'air retentit tou
à-coup des cris tumultueux des fo
dats & des généraux , qui de conce:
demandoient qu'on leur livrât le bot
tefeu qui avoir allumé la guerre. L
monarque furpris de cette infolence
fe mit en devoir de forrir pour la r<
primer^ mais fa garde , foit zèle pou
la perfonne , foit intelligence avec U
rebelles , ne voulut pas permettre
ou feignit de vouloir empêcher qu'i
s'exposât. Il chargea donc Uncelenu
* Voyei les mémoires de l'académie des belles
lettres t t9ms Kt page içi.
d'aile
Clotaire il j6f
daller porter fes ordres aux mutins,
c de les faire retirer chacun fous fes Ann. 6oj,
rapeaux. Le patrice , au-lieu d'obéir ,
2ur déclara que le roi leur abandon-
oit le maire du palais. A ces mots ,
s forcent la tente du prince , fe jet-
ant fur Protade , & le mettent en
ieces. Cet événement fit réfoudre
i paix 5 de les deux armées fe féparé-
2nt fans combattre. La politique de-
landoit que l'attentat des feigneurs
onjurés ne demeurât pas impuni.
Incélénus qui avoit changé l'ordre
u fouverain , eut un pied coupé. La
lutilation étoit fort ufitée dans ces
remiers fiecles de la monarchie. Wul-
î qui avoit fait foule ver l'armée , fut
Dudamné à mort. On donna la place
e Protade à un feigneur Gaulois ,
ommé Claude , homme d'une gran-
e réputation d'efprit de de valeur.
Ce fut quelque temps avant la guer- Mort «îe ?.
i des deux frères , que mourut faint S'^^^^^^f i*
, , . ^ ^/ 1 /- j T Grand & fes
jtegoire , lurnomme le Grand. La liaîfons avec
linteté de fa vie , fa capacité , fes ^* f f»»'--^»
. uvrages , où cependant l'on trouve
lus de piété que d'éloquence , ont
mdu fa mémoire célèbre ôc immor-
^Ue. C'eft le premier des papes qui
it eu des liaifons particulières avec
Tome L 'H
lyo Histoire de France.
Ï1!LJ. nos rois. On voit dans une des lettres
Ann. <îoî. qu'il écrivit à Childebert 11 , un éloge
s.Greg.l. bien glorieux à la France. Votre royui^
ite^ijLô. ^^^ i^j^ ^-^^ ^ ^ ^z/rj/zr au- de [fus a
ceux des autres nations , que les rois fon^
au'dejjus des autres hommes. Mais cef-
te grande famïliarïté j quoique mp-
Ktch. de la mentanée , penfa , dit Pafquier , coâ
çAX,v.i9s\^^^ ^^^^^^^ chofe aux anciennes liberté
de notre églije Gallicane, L'ambitioi
de quelques eccléiiafliques y donn
occafion. C'étoit un ufage introdu
depuis quelques années à la cour à
Rome 5 d'envoyer le pallium à ceu
des prélats qu'elle vouloir diftingue
On appelloit pallium une efpece d
manteau impérial , dont les empe
reurs chrétiens avoient décoré
évêques , pour marquer l'autorité fp
rituelle qu'ils avoient dans leurs égl
fes. Les patriarches d'Orient le pre
noient fur l'autel dans la cérémoni
de leur confécration , & l'envoyoier
aux métropolitains 5 qui le donnoier
aux évêques de leur provmce. On h
le connut en Occident , qu'au coij
mencement du fixieme fîecle. Céfai
d'Arles eft le premier de l'églife c
France qui l'ait porté. Ce ne tut op^
vers i'au huit cent , que les pa^i
Clotaire II. lyi
'enToyerent à tous les métropoli-
ains. Ann. ^05»
La vanité porta les évèques de ^^g ^^^^ .
Bourgogne & ae Provence à briguer p. i9<î.
':et honneur. Vigile d'Arles fut le
)reinier qui le follicita , de l'aveu Se
la recommandation du roi Childe-
>ert. Le pape qui acquéroit plus qu'il
le donnoit, accorda de même plus
[u'on ne demandoit. Nous vous com^
lettons 5 dit faint Grégoire à Vigile ,
'Dur nous reprefenter dans toute Ueten"
\uc du royaume de Chïldelert notre fils,
Vi quelque éve que eft obligé de voyager
u de s^ahfenter pour long-temps , il ne
z pourra qu avec votre perm'ijfion. S'il
urvient quelque chofe de conjéquence ^
u quelque quefiion de foi j vous ajfem^
lere-^ dou^e évêques pour la juger. Si
'ous y trouve^ trop de difficultés _, vous
lous enverrez le jugement. Nous vous
nvoyons le pallium ] mais vous ne
>ous en fervlre-^ que dans Véglij'e. C'e-
:oit vifiblement entreprendre fur le
Iroit des métropolitains auxquels on
donnoit un cher , chofe jufqu'alors
nouîe. C'eft trop peu dire. Cétoii:
fapet par le fondement , détruire ôc
ménntir la plus précKufe des libertés
ians l'églife gallicane , qui jufque-là
Hz
■■mpwwaawjU' ■■
172. Histoire de France.
avoit JLigc dans fes conciles , en der-f|
Ann, 60;. nier reiforc Ôc fans appel, tous leS|
différends qui s*écoient élevés dans
retendue de fa jurifdidion. Mais heu-
reufenient ce ne fut qu'un vain titre
qui n'eut aucun effet. On ne voit pas|
que Vigile , ni levèque Syagrius , qui
avoit aufîi obtenu le pallium j aient
eu aucune préféance dans les fynodes
qui fe font tenus de ce temps-là ,
ni qu'ils aient ufé d'un droit que les
fouverains pontifes pouyoient plus
aifément accorder , qu'affurer,
Le mîrm , Ce ne fut pas feulement rambition
^' ^^^' qui ofa enfreindre nos anciennes prér
rogatives , mais quelquefois l'hérélie .
plus fouvent le crime. Il eft parlé dans
notre hiiloire d'un Maxime évêquç
Gaulois , qui fe retira vers Bonifacô
premier , pour- fe fouftraire au juge-
ment d'un concile devant lequel
étoit accufé de Manichéifme. Ce fag(
pontife refpedant nos droits &: noî'
privilèges , ne voulut point prendre
connoifïance de cette affaire : il écri-
vit feulement aux évêques des Gau^
les , pour les prier d'accorder quelque
délai au prélat fugitif. Ce fut là toui
ce qu'il obtint. On ne voit pas qu(
fainç Çrice accufé d'adiilrerç ; ait trpi;-
I
Clot-Aire il 1^3
vé plus de protection à Rome , où il
fit un féjour de fept ans. H en partit Ann. cq$,
enfin fur la nouvelle de la mort de
Icelui qui avoit été fubftitué à fa place,
& fut rétabli dans fon fiege , comme
il en avoit été chaffé , fans connoif-
fance de caufe. Les évèques d'Embrun
5c de Gap , Salone & Sagittaire , cgs
deux- frères , la honte Se l'opprobre de
l'épifcopat 5 femblent avoir porté un
plus flmefte coup à nos libertés. Dé-»
3ofés dans un concile tenu à Lyon ,
ils obtinrent de Contran la permiflion
d'en appeller au pape, qui les rétablit
dans leurs églifes. Mais il eft à re-
Tiarquer que l'appel ne fut interjeté
que du confentement exprès du mo-
aarque François. Ce fut lui qui cpn-
duiiit toute l'affaire ^ qui réconcilia, les
deux prélats avec Viâor leur accufa-
teur 5 de qui fit exécuter la fentence
du fouverain pontife. La tolérance
des évèques dans une occafion fî dé-
licate 5 eft moins un acquiefcement au
jugement de la cour de Rome , qu'un
ad:e d'obéilTance aux volontés du-
prince. S'ils témoignèrent leur pro-
fond refpe6t pour le roi , en ména-
geant deux coupables qu'il protégeoit ;
ils firent en même-temps éclater leur
H3
174 Histoire de France.
r—^ —■ fermeté , en excommuniant Vi6Vor \,
AiNN. 6of. qui avoit eu la bafTefTe de fe défifteii
de fon accufation , Se de recevoki
deux fcélcrats à fa communion. i
p.'^U?'^^^' Cet exemple , quoique vifiblementi
contraire au droit commun , pouvoil;
être d'une dangereufe confcquencei
pour l'avenir. 11 ne paroît pas cepen-|
dant 5 qu'il ait eu aucune fuite. Ur-
ficin avoit été dépofé dans le fécond i
concile de Mâcon : il eut recours ai
faint Grégoire après la mort de Con-
tran. Ce pontife , qui porta fi haut la
puifTance de Tcglife romaine , n'of*
néanmoins entreprendre de connoîtn
de cette caufe. 11 fe réduifit a la fimph
iinçrceliion. La fimonie régnoit er
France avec fcandale. Les gémiffe-
mensj les prières , les fupplicatiou:
les plus humbles furent les feules ar-
mes qu'il employa contre ce monftrc
fouvent foudroyé , jamais exterminé
Ce n'étoit pas ainfi qu'il agiffoit dari;
la Sicile , la Dalmatie, la Sardaigne, &
une bonne partie de l'Afrique. Gi\
n'étoit plus alors le ferviteur des fervi-l
teurs 5 mais un fouverain abfolu , qu".
de fa pleine autorité réunilToit ou di;-
vifoit les évechés , nommoit , dépo-
foit 3 ou rétabliffoit les titulaires":
' Clotaire IÏ. 175
ommandant à celui - ci de venir à — '"" ' 'J
^ome pour faire pénitence de fes Ann. 6a; .
erreurs , ordonnant à celui-là de re-
nettre fes prétentions à l'arbitrage
lu faint iiege , menaçant cet autre
le le punir fuivant toute la févérité
les canons , s'il prenoit de l'argent
)our les ordinations : tant étoit vive?
a perfuafion d'alors , que les évèques
le France , quoique dévoués au faint
iége 5 comme au centre de l'unité ,
l'étoient cependant fujets à la jurif-
iiétion de Rome , ni pour le fait de te mzmt ,
t difciphne de leurs églifes , ni pour les^' ^°^'
aufes eccléJl^jliqueF,
Ce fat immédiatement après le^j^j^^^o^,
raité de paix entre les deux couron-
les de Bourgogne & d'Auftrafie 5 que
fhierri , fi l'on en croit Fréde^aire , ^ 9f ^^'f^'^
poiifi Ermemberge fille de Bettoric d'un mariage
'U Vitteric , roi d'Efpa^ne. Brune- '^^ '^ï'^'r\
laut , qui ne cnerchoit , dit - li , qu a du roi d'£f-
orrompre les mœurs de fon petit - fils P'''£'^^'
•our le gouverner avec plus d'auto-
ité , empêcha la confommation de
e mariage par des moyens détefta-
)les. Ce qui rendit la nouvelle reine
1 odieufe au prince Bourguignon ,
[u'il la renvoya au roi fon père , fans
lïème lui reftituer fa dot. Mais quel
H4
«y'' Histoire de France;
* fond peut-on faire fur un fait , qui
Ann. <>o7. befoin de fortilege pour être étayé
Quelle foi mérite un hiftorien , qu
ne trouve dans les auteurs contem-
porains aucun garant de ce qu'il avan
ce ? Si l'Efpagne eût reçu un (i fa»
glant outrage dans la perfonne d'un<
de fes princeflfes , elle en eût fans doUi
te pris vengeance , ou du - moins ft
fut mife en devoir de la prendre. Oi
n'en voit cependant aucun veftig*
dans l'hiftoire de cette nation , tou
jours fenfible à l'honneur. Commen
le moine Jonas , que la crédulité ch
Tâdulation arma contre Brunehaut
a-t-ii oublié une circonftance ii fié
trifTante pour la mémoire de cett
reine ? Il écrivoit avant Frédegaire ô
dans le même efprit ^ il veut comra<
lui nous perfuader qu'elle empêch,;
toujours le roi de Bourgogne de con
trader une alliance légitime j il gatd
néanmoins un profond (ilence fur c(
prétendu mariage. Il doit donc paflei
pour fabuleux.
Ce que dît Le nom du moine Jonas nous rap
n^r de"" bIu" P^^^^ d'autres invedives auflî fanglan-
nehaut & de res contre la mémoire de Brunehaui|
Thiern. ^ ^ jg ^^j^ petît-iils. Ce foUtaire , ou
Jonas invita /il i -n •
S. Colomb, trop crédule pour un hiftonen, ou
C. IS).
Clotaire II. Î77
rop palTionné pour un religi,eux , ra- ^^^^^^'^
onte que Thierri eut quatre enfants, Ann. 607.
lont aucun n'étoit né d'un mariage
égitime. L'abbé de Luxeuil, Colom-
)an 5 l'exhorta fouvent , mais inutile-
nent , à fe marier. Un jour que ce
lint homme étoit allé vilîter la reine ,
lie lui préfenta les quatre fils de ce
rince , le priant de leur donner fa
énédiétion. Ne penfe pas ^ lui dit le
loine 5 que ces enfants qui font nés dans
Infamie _, portent jamais le fceptre,
!ette brutalité fit retrancher les vivres
a'on avoir coutume de porter au mo-
iftère. Le zélé réformateur vint trou-
er Thierri pour s'en plaindre. Ce
ince lui fit lervir les viandes les plus
^licates 6c les vins les plus exquis,
olomban renverfa tout. Dieu , s'é-
ia-t-il dans l'ardeur de fon zèle ,
prouve les préfents des impies. Ce
int emportement effraya tellement
ïeule & le petit-fils , qu'ils promi-
nt folennellement de fe corriger,
[ais bientôt le monarque retomba
ms fes premiers défordres. Colom-
n lui écrivit fi durement , que Bru-
;haut le fit enfin exiler. Le pieux
:'bé revint à fon couvent, malgré les Mem, ihii,
fenfes du roi, & n^n fortit qu'au:^^* *^*
■iiKj.nMi.J-Mium
178 Histoire de France.
inftantes prières de ceux que ce pr'inc(
Ann. ^07. avoir envoyés pour exécuter fes or
dres.
On ne voir dans tout ce récit qu<
mauvaife foi , qu'abfurdité , qu indé
cence. 11 eft vrai que les fils du ro
de Bourgogne étoient nés d'un con
cubniage \ mais cette forte de mariag
étoit alors autorifée par les loix d
leglife & de TEtat. Le devoir d'u
hiftorien fidèle ne permettoit pas d
Trîid^ \n ^éguifer cette circonftance. Frcdegai
chron. c^z2 » TQ , que la force de la vérité emport
^^* quelquefois , remarque que ces prir
ces furent tenus fur les fonts de ba{
terne par tout ce qu'il y avoit de pli
faint parmi les prélats du royaume c
Thierri. Eft - il croyable que tant c
pieux perfonnages , obligés par état
réprimer le fcandale , ayent gardé :
iilence , lorfqu'un fimple moine éi»
voir il haut fa voix ? Quelle appâter
ce que faint Grégoire , qui ne pouvo
ignorer ni les dérèglements du peti
fils 5 ni la tolérance de l'aïeule , fe fo
tu dans une occafion où la religic
étoit fî fort intéreifée ? Le zèle de
maifon de Dieu avoit -il tellemei
abandonné le pape & les évêque:
qu'il ne brûlât plus que dans le coei
Clotaire IÏ. 179
lu bon abbé de Luxeuil ? C'eft ici ^
^ur-tout que l'amour du faint emporte Ann. ^07.
e panégyrifte au - delà des bornes.
Cette bénédiction grofïièrement re-
îifée à des enfants que leur naifTance ,
nême illégitime, n'excluoit point de
a régénération en Jéfus - Chrift , ces
nets puérilement foulés aux pieds,
:es mépris infolemment affe6tés des
n'dres du fouverain , font moins la
natiere d'un éloge que d'un jufte blâ-
ne. On ne craint point de le dire;
ai lanecdoce du zèle, de l'exil & du
etour de Colomban eft un conte apo-
ryphe ; ou ce bon folitaire n'avoit
>as les vertus qui font l'ame du
hriftianifme, la douceur , l'humilité,
'obéiirance. Le fatirique auteur fans
loute ne s'^eft: point apperçu qu'en
'oulant peindre Brunehaut fous les
raits d'une cruelle fiirie , il f\ifoit le
)Ius brillant éloge de fa modération.
-.a défobéiffance du moine éroit un
:rime d'Etat , par conféquent cligne
ie mort. Il y a bien de la clémence à
le le punir que de l'exil.
Théodebert cependant fouffroit im- " ~
, ^ A w 1/1 An>î. 6 10.
patiemment quon eut démembre de r^-gé ea)
Tes Etats l'Alface , le Sundgaw , le entre Théo-
debsrt C
Thieni,
Furgaw , & une partie de la Champa- ^^^''^ ^
U6
i8o Histoire de France.
gne. Il y avoit long-temps , qu'il avoit
Ann. 610. formé le defTein de les réunir à fa cou-
ronne. Brunehaut , toujours attentive
Fredeg. în^\.i^ intérêts de' fes petits -fils, n'ou-
duon.c.ij, blioit rien pour terminer un différem
qui pouvoir avoir des fuites très fu-
neftes. Bilichilde , autrefois efclave cî(
cette princelTe , actuellement reint
d'Auftrafie , femme aufli vertueuf
que belle , avoit un grand crédit fu
l'efprit du roi fon époux i elle lui fi
demander une conférence , qui d'à
bord fut accordée , enfuite rompui
par les intrigues des courtifans qu
ne refpiroient que la guerre. Il paru
alors à la cour d'Auftrafie une fill
d'une rare beauté , nommée Theudi
childe. Le monarque en devint éper
duement amoureux , 3c réfolut d
l'époufer. Bilichilde étoit un obftacl
à cette alliance fi ardemment défirée
ce barbare la traita comme une efdaV'
fur laquelle il avoit droit de vie & d<
mort, ôc la poignarda de fa propD
main. Les feigneurs Auftrafîens, de
venus par cette mort tout - puifTant
dans le confeil du roi leiu: maître, 1<
déterminèrent enfin à rompre ave(
fon frère. Il entra dans l'Alface , qu'i
réduific fous fa puifTance , avant qu^
! C L O T A I R E 1 I. iSl
:|x cour de Bourgogne put être infor- ^"' *
née qu'il avoir pris les armes. Il écri- Ann. 610.
it enfuite à Thierri pour lui propo-
er de faire décider leur querelle dans
me affemblée des feigneurs de la na-
ion. On choifit pour le lieu de la
ronférence un château nommé alors
;aloi(ïa , aujourd'hui Seltz , entre Sa-
^eme de Strasbourg. Les deux rois
)romirent de s*y trouver avec un cer-
ain nombre d'hommes : il fut con-
tenu qu'il n excéderoit pas dix mille. ^
Le roi de Bourgogne , fur la foi Supercherie
lonnée, s'y rendit avec peu de fuite. ^:,J^t'j;
rhéodebert y vint le dernier , ^ufli entre les
nal accompagné en .apparence Mais ^^^,^^^
es troupes qu'il avoir tait denier de de ciotaîie.
ous cotés 5 le réunirent tout-à-coup,
nveftirent Thierri , ôc le ferrèrent de
î près 5 que pour échapper au danger
]ui le menaçoit , il fe vit contraint de
igner tout ce qu'on voulut. Ainfi le
prince Auftrafien demeura maître de
:out le pays qui étoit le fujet de la
:onteftation.
La néceiîîté avoir fait conclure ce j^^^^ ^^^^
traité : le defîr de la vengeance le fit
rompre. Le monarque Bourguignon Fred>ibii^
ne fe fut pas plutôt tiré des mains de
ton frère , qu'il entreprit de recou-
}
1^1 Histoire de France.
l vrer par les armes ce qu'on lui avoî
Ann* ^11. enlevé par trahifon. Cependant pou
s'afTurer du roi de Soiffans , il lui pro
mie de lui faire refticuer tout ce qu
les Auftrafiens avoient ufurpé fur lu
entre FOife & la Seine. Clotaire
ces conditions accepta de garda fcru
puleufement la neutralité.
i La faifon permettoit à peine de f
Ann. 6 1 1. mettre en campagne , que Thierri
Théodebert après avoir fait la revue de fes trou
défait près Je p^g s'avança vers Andelau. Déjà i
Toul «& a i,, '. ^' j -NT U' '
Tolbiac. S ctoit empare de Nas, château quo]
Freieg. in croit être le petit Nancy , Nancey
cèron, c. 38. Qy Nançois, lorfque Théodebert vin
à fa rencontre. La bataille fe donn
dans les plaines voifines de Toul. Le
Auftrafiens, après un combat opiniâ
tre , furent mis en déroute. Le roi
©bligé de prendre la fuite , fe retir
d'abord à Metz, enfuite à Cologne
où il reçut un renfort confidérable di
troupes compofées de Saxons , di
Thuringiens , 6c des autres nations d<
la France Germanique. C'étoit unt
efpece de corps de réferve , dont oî
ne fe fervoit que dans les prefTante
nécelîités de l'Etat. Le monarque {<
mit à leur tète , revint fur fes pas &<
marcha droit à Tolbiac , où Thierr
ClotaireIÎ. iS$
v^oit afTis fon camp. Ce lieu fi célèbre
ar la vidoire de Cloyis fur les Aile- a^n. 6ii,
lands , devint le théâtre de l'adion
i plus vive Ôc la plus meurtrière en-
re deux petits fils de cet illuftre con-
luérant. >» Le carnage fut fi horrible, liem.ibiài
. qu'en plufieurs endroits , des batail- i'-^? ^^^; ^ ^^
. Ions entiers de corps m.orts , ferrés
. les uns contre les autres , demeure-
) rent debout , comme s'ils eufient
) été encore en vie. « Ce font les
)ropres termes de Frédegaire : un lec-
eur judicieux fçaura les réduire à leur
ufte valeur. Les Auftrafiens , vaincus
3our la féconde fois , ne fongerent
)lus qu'à gagner un lieu de retraite.
Mais il en périt autant dans la fuite
que fur le champ de bataille. Les cam-
pagnes depuis Tolbiac jufqu'à Colo-
gne étoient jonchées de cadavres , de
blefies , & de mourants. L'hiftoire
fournit peu d'exemples d'un pareil
acharnement.
Le roi d'Auftrafie fe fauva au-delà incertîtu<3é
du Rhin , où il fut pris, & amené au î^h'éodebert!
prince fon frère , qui le fit dépouiller
de tous les ornements de la dignité ^
royale , lui ôta jufqu'à fon baudrier ,
& dans cet état humiliant l'envoya Freieg. în
fous bonne garde à Chàlons-fur-Sône. ^^'•''"- ^-^S'
1S4 Histoire de France.
C'efl tout ce que Frédegaire nous apj
Ann. éii. prend de la deftinée de Tliéodeber
Jonas in vita Le nioine Jonas ajoute que la lein ;
•^•^''^"^^^"^•Brunehaut lui fit couper les cheveux,
, & le força d'embrafTer l'état ecclé;
fiaftique. Tant de précautions , dit-il
ne ralfuroient point encore cette mé
chante femme : l'appréhenfion qu i
ne s'échapât , la détermina enfin à l
faire maflacrerc Mais il eft le feul di
nos anciens hiftoriens qui rapporte ci
^ fait : les écrivains qui fe font le plu
déchaînés contre cette princefTe , n'er
font aucune mention. Un autre moi-
ne 5 & lauteur du livre intitulé , le.
Aimoin , Paits des rois de France ^ difent ai
'(^eji. Franc Contraire que Théodebert , après fa
c. 38, défaite s'enferma dans Cologne, où
le roi de Bourgogne l'affiégea. Les
habitants , pour avoir meilleure com-
pofition , conjurèrent contre la vie du
monarque Auftrafîen , lui coupèrent
la tête , ôc la jètterent par-deffus leurs
murailles. Ce ne fut qu'à ces condi-
tions 5 aufii honteufes pour celui qui
les exigea , que pour ceux qui s'y fou-
rnirent , qu'ils obtinrent la paix du
vainqueur.
Autres in- Ces deux derniers auteurs donnent
iJ le" nom- plufieurs enfants à Théodebert. Ils
Clotaire ÎÏ. 1S5 ^^^^
content que Brunehaut qui étoit '■"■'■'■■■?;!
lée au-devant de Thîerri jufqu a Ann. 6ii,
letz, les fit tous égorger , à la réfer- bre^^des^ en-
5 dune princene dune rare beau- pjince, & fur
•. Thierri conçut pour elle l'amour |^'J"|^^['^^*
• plus violent /& forma le deiïein de ^""^ ^ °'
époufer. La régente craignant que ,
evenue reine , elle n'entreprît de
snger la mort de fon père , lui^ re-
réfenta vivement qu'il ne lui étoit
is permis de contrader mariage avec
. fille de fon frère. Ne rn as-tu pas Aimoîn ,
\t, méchante femme •, s'écria ie pnnce 'ç'^^'/^^^^^;^
1 fureur , quil n étoit pas mon frère ? c, 39.
u pi as donc fait commettre un parri-
de dans fa perfonne ? En meme-
imps il tira fon épée^ & fe^ mk en
evoir de la poignarder. Mais il en
it empêché par les feigneurs qui fe
ouverent préfents. Brunehaut , qui
DunoilToit le xaradère de fon petit-
Isjle prévint en lui donnant du poi-
)n dont il mourut. Cependant , fi
on en croit Frédegaire , auteur plus Fredeg. m
oifin du temps dont nous parlons , ^^^°^' *^' ^'''
î roi d' Auftrafie n'eut qu'un fils , nom-
lé Mérovée. Cet enfant , pris avec
m père 5 fut amené à Cologne , où
3n oncle & fon vainqueur lui fit
crafer la tète. Ce récit , où la me-.
iS(j Histoire de France.'
moire de Brunehaut eft fi fcrupule
Ann. 612. fement refpedtée , doit être d'aiita
moins fufped , qu'il part d'une plun
qui femble n'avoir écrit que pour fl
trir la réputation de cette princelTe. C
va voir par le témoignage du mcn
hiftorien, que c'eft aufli injufteme
qu'on lui attribue la mort du mona
que Bourguignon. Voici comme il ra
porte cet événement.
■" Clotàire , fur la nouvelle de la d
Ann. 613. faite & de la prife de Théodeber
TMemi."^' s'étoit jette fut le duché de Dentel
nus , qui lui avoir été engagé po
prix de la neutralité. Le roi de Bou
gogiie, peu fcrupuleux fur la foi d
traîtés 5 le Rt fommer d'en retirer f
trcupês. Les ambalfadevirs avoiei
ordre , en cas de refas , de lui clécL
rer la guerre. Le prince Neuftrié
foutint Tes droits avec une noble fei
meté. On prit auffi-tot les arme
Thierri , à la tète d'une nombreui
armée, fe préparoit à fondre fur 1
royaume de Soiifons , locfqu'il fut ai
^ Idem Fnd. taqué d'ime dylTenterie , qui l'enlev
ibii, gj^ très-peu de jours» 11 étoit dans )
vingt - iixième année de fon âge , i
dans la dix-feptième de fon règne...
n'eut 3 aiiifi que fon frère, rien d
Clotaire II. 187
^commandable que la bravoure , tou-
jars héréditaire dans la famille de Ann. 61$.
(lovis. Les Goths d'Efpagne l'éprou-
rent , lorfque Gondeniar régnoit
r eux. Ce monarque , fi l'on en croit
^ariana, fut tributaire des rois Fran- ,./^'î,7^"^ »
.is. Cela le prouve, dit -il, par leg^c. i,
moignage de Bulgaran , gouverneur
î la Gaule Gothique , dont on con-
;jrve encore aujourd'hui les lettres
jins les archives d'Alcala & d'Ovié- .
j). Or ce roi Gondemar, dont le re-
lie commence en fix cent dix, & finit
i fîx cent treize, n'a pu être aflujetti
1 tribut que par ces deux jeunes prin-
s , qui tenoient alors les rênes de
;mpire François.
L'niitoire lournit pclî aé)têinpicî Le^Xufïra-
une révolution auiîi funefte que celle ^^P^-'"'^^^"'
w luivit la mort ae 1 hierri. Ce prin- taire pour
î laifToit quatre fils , Sigebert , Chil- ^'^"'^
îbert 5 Corbus , & Mérovée. Le plus
;é n'avoir que dix à onze ans. Bru-
ahaut prenoit des mefures pour lui
Turer la double couronne du roi fon
2re ; mais elle fut trahie de tous cô-
:s. Les feigneurs Auflrafiens , foUi-
tés par Arnoul & Pépin , les plus
^nfidérables d'entre eux fe déclaré-
;nt ouvertement pour le roi de Soif-
roi.
îSS Histoire de Framce.
^**'**'^ fons. Clotaire , afTuré de leurs fufFiri
-Ann. «îij.ges, entra dans l'Auftrafie, fut rei
i^rei. tf. 40, dans plufîeurs villes, s'avança jufqil
Andernac, place forte fur le Rhii,
& l'emporta d'affaut. Ce fut dans c-
te ville qu'il donna audience aux a -
baffadeurs qui lui portèrent les plai.
tes de Brunehaut fur fon irruptii
dans un royaume qui appartenoit a :
enfants de Thierri* Le monarque •
fedlant au - dehors une modérati i
qu'il n'avoir pas dans le cœur , répc •
dit aux envoyés , qu'il confentoit
remettre la décifîon de cette affaire
une affemblée des feigneurs de la r
tion*
tci Bour- La reine n'attendoit pas une 1
f m^u?ent P^"^''^ d'une auite nature. Ceft ce c
coaitre les î'avoit déterminée à faire partir Si^
Thteni ^^ ^^^^ P^^^^ ^^ Thuringe. Elle efpérc
que la préfence du jeune monarq
engageroit plus efficacement ces pi
vinces à fe déclarer pour lui. M;
Idmi îhid. le maire du palais de Bourgogn
Garnier , qui conduifoit ce princ
étoit d'intelligence avec le roi
Soiiîons. Le perfide obtint de
peuples 5 que non - feulement ils :
feroient aucun mouvenient , mais m
me qu'ils rappelleroient les troup
Clotaire il 1S9
e quelques-uns d'eux avoient dcja ^^
koyées. Ainfi afTuré des nations Ann. éi j*
lîrmaniques , il ramena Sigebert à
lorms où étoit la princelfe. Il lui
lifeilla de retourner en Bourgogne,
I elle trouveroic , difoit-il , plus de
limiiîîon à fes ordres , ôc plus de fi-
ité pour fes enfants. Le motif étoit
•ci^ux : elle s*y laifTa conduire ;
is elle y fut aulîî mal fervie qu'en
Irmanie. Garnier employa tout le
î dit que lui donnoit fa charge , pour
l^âger les feigneurs Bourguignons
Ireconnoître Clotaire. On convint
[ faire périr la bifaïeule Se les petits-
I . La trame fut conduite fi fecrcte-
I int , que Brunehaut n'en eut pas le
lis léger foupçon«
C'eft ici une de ces trahifons , dont Latrahîfdw?
Iti ne peut effacer la noirceur. Les J^^ ^"^"^"'^^
(iltrauens pouvoient couvrir leur de- gnons eft ia-
Ition du prétexte de venger la ijiQT^i^^c-afMt.
I Tkéodebert leur roi. Mais la dé-
IHon des Bourguignons ne fouffre (
t:une palliation. Dire avec quelques
(îdernes, que les enfants de Thierri
itoient pas légitimes , c'eft ignorer
I premiers principes de l'ancien
t'oit François. On l'a déjà dit : la
Biitume de ces premiers temps ad-;
1
190 Histoire de France.
metcoit aux fucceffions non-feulemer
Ann. 613. ks bâtards & les fils de concubin,
mais même les enfants nés dans l'adi-
tere ou dans l'incefte : témoin The-
Greg. Tur. balde qu'on a vu fuccéder à Théoc -
jj j'^j,^*^^^; bert 5 quoique né de Deuterie c!
a»» avoit fon mari : témoin encore Ch
péric , qui partagea avec fes frère,
quoique fils d'Aregonde , fœur d' -
gonde , toutes deux en même-ten :
Femmes de Clotaire premier.
L'hiftorien Frédegaire n'eft pas p
heureux dans le choix des moy >
qu'il emploie pour juftifier la condu i
de Garnier. Brunehaut, dit -il, foi ^
çonnant la fidélité de cet officit
écrivit à un feignent de la cour <
accompagnoit Sigebert en Thurinc
de fe défaire au plutôt d'un traître <
favorifoit fecrètement le parti de C
taire. Alboin , c'étoit le nom du cp
tifan 5 déchira cette lettre. Un c
meftique de Garnier en raffembla
morceaux de façon que fon mai
put lire tout ce qu'elle contenoit. I
ce moment il réfolut la perte de
reine & de {qs enfants. Mais on
perfiiadera pas facilement qu'un ho
me chargé a un pareil ordre , ait Vï^
prudence de le déchirer de manié
i
Clotaib. E IL I^I
'on en puiiT'e aifémenc rapprocher
jtes les pièces. Si Garnier eût éteANN. Ci^m
huit de tout ce qu'on machinoic
litre lui , éft - il croyable qu'il fe fiic
ffenté a la cour d'une princelTe qui
ait ordonné fa mort ? Si Erunehaut
c eu des doutes fur la fidélité du
lire du palais , lui auroit-elle con-
non-feulement l'adminiftration des
aires , mais la perfonnne de fes pe-
;-fils 5 & le commandement de l'ar-
•e qu'elle envoyoit contre l'ennemi
fa famille ?
Quoi qu'il en foit , Clotaire , dont Gamîer n-
affaires profpéroient de jour en Y""^ ^^? ^"*
, ^ ^ 1 r fants de
ir , s avança avec une nombreule Thieni au
née jufque dans les plaines de Cha- j;^^ '^^ Soifr
is- fur- Marne. Les Bourguienons
lient campés dans le voifinage de
te ville , à quelque diftance de la
iere d'Aifne. Déjà ils fe prépa-
ent à combattre, lorfque les géné-
IX de Sigebert firent fonner la re-
ite. Toute l'armée prit aulli-tôt la
te. Le roi de Soirfbns la pourfui- idefn.Frgm
\ , mais fans la prefier : c'etoit un ^^' ^ * •
|s articles convenus. Elle marcha de
H:te forte , toujours en défordre ,
Inais attaquée , jufqu'à la rivière de
ne. Ce fut là que Garnier £t éclater
1
I92. Histoire de France.
-. ! fes noirs delTeins , & que parut à d^
Ann. 6fij. couvert fa perfidie. Le traître oublia ;(
les loix de la religion, de la probit,!
de l'honneur & de l'humanité ., 1
faifit de Sigebert , de Corbus , de M--
rovée , 6c les livra au plus mortel tnxÀ
mi de leur maifon. Childebert eut :
bonheur d'échapper j mais on ignc:
ce qu'il devint.
Brunehaut Brunehaut fur la nouvelle de ce :
cû arrêtée, fatale cataftrophe, fe fauva au châtei
d'Orbe près du lac de Neufchâte ;
mais bientôt on découvrit fa retrai .
Elle fut arrêtée & conduite avec Th<
delane , fœur de Thierri , jufq i
Ryonne , village fitué fur la Vingei ,
où Clotaire avoir afïîs fon camp. 1 1
ancien auteur ^flure que cette pr •
CQ^Q. fit elle-même égorger fes qua \
petits-fils 5 & qu'elle fe préfenta < -
vant l'ufurpateur avec tous les ato s
d'une jeune perfonne , qui afpiroii \
lui plaire, èc qui efpéroit de l'ép-
fer. Mais cet hiftorien n'écrivit c i
cent ans après , & fous le règne > s
petits - enfants de l'exterminateur e
cette malheureufe famille. 11 et c
' alors de mode de regarder Clotc e
comme un autre Jéhu : Bruneht
ctoit une féconde Jéfabel. Il ne fàll \
Clôt AIRE IL. 155^
•as que rien manquât au portrait. La
■aflion ou l'adulation fit oublier juf- Ann. 615^
u a la vraifemblance : car enfin quelle
pparence qu'une reine , bifaïeule de
uatre enfants , dont l'aîné avoit au-
loins douze ans , ait pu fe flatter
.e devenir la femme d'un jeune roi
éja marié , 3c le plus mortel de fes
nnemis.
Un autre écrivain moins proche du ciotaîrefak
amps de cette princefTe , mais éga- égorger les
nnent pallionne contre la mémoire , xhiciri. ^
i juftifie néanmoins très-parfaitement
u mafTacre des enfants de Thierri.
.a reine , dit-il , ne fut pas plutôt au
ouvoir de Clotaire , qu'il fit égor- Fredeg. m
er Sigebert ^ & Corbus fon frere*^^^^'^"*^*'*^*
.e jeune Mérovée lui fit compaflion :
L l'avoir tenu fur les fonts de baptè-
le j cette confidération lui afTura la
ie. On le donna en garde au comte
ngobode , qui l'éleva fecrètement
lans la Neuftrie , où il vécut plufieurs
nnées. Mais il eft bien difficile de
roire que la pitié ait épargné un en-
mt que la politique condamnoit. U
voit en effet le même droit que fes
reres a la double couronne que Tu-
îirpateur vouloir réunir à la fienne.
^ulîi Frédegaire eft-il le feul de nos
\
194 Histoire de France.
5???:??!!?^ hifloriens qui attefte ce fait : Fréde
Ann. 613. gâire , dis- je , qui n'eft pas contem-
porain , 8c qui n a écrit ion hiftoire
que par ordre, de Cliildebrand, oncl
du roi Pépin , c'eft-à-dire , plus d'ui
Hècle après ce tragique évènemeni
Cet écrivain d'ailleurs fe contredi
manifeftement lui - mcme , lorfque
cinq lignes plus bas , il raconte qu
Clotaire reprocha à la reine Brune
haut le meurtre des trois Ji/s de Thierrï
qui venoient, d'être égorgés.
Mort de la, Cette cruelle exécution n^'étoit qu
hayr. ' ^^ prélude dune autre encore pli
barbare. Brunehaut reftoit ^ Childc
bert vivoit ; la vengeance de Clotaii
n-étoit point pleinement aflbuvie , i
fes inquiétudes entièrement diffipée
Il fe fit amener cette princeiTe à la têi
de fon armée , lui fit des reprocha
auiîi indécents que mal fondés , li
imputa des crimes qui étoient poi
la plupart ou ceux de fa mère , ou L
liens. La foldatefque s'écria tumu
tueiifement qu elle méritoit la moi
" On la tourmenta durant trois jours
on la promena par-tout le camp A
un chameau ^ on lui fit mille inîulti
ôc mille indignités , on l'attacha enb
à la queue d'un cheval indompté'
Clotaire il 195
Il , la traînant fur les cailloux , ^ à !!^
avers les rences &c les épines, l'eut Ann. 613,
.entôt mife en pièces. Les reiles de
»n corps furent livrés aux flammes ,
réduits en cendres. L'horreur qu'in-
ire un traitement ii barbare jaugmen-
èncore , lorfqu'on voit Frédegaire ibîdi
rminer ce récit par l'éloge de l'iiu-
anité de Clotaire. C'étoit , dit -il,
i prince craignant Dieu , débonnai-
5 Ôc d'une douceur incroyable en-
:rs tout le monde. Cette louan(î;e ,
i n ell qu'une fanglante ironie , ou
mne une étrange idée des mœurs
I ce temps-lâ.
Ainfi périt , du genre de mort le Son éloge.
as affreux , i'époufe du plus grand Fortunir.
onarque c|ui eut encore règne lur la
ance : la tille ôc la mère de tant de
is j cette reine que l'évéque Fortu-
t nous dépeint fous l'image même
:s grâces de de la beauté j que Gré- Cr^g.Tan
ire de Tours nous propofe comme ^" *^' ^' ^7»
i modèle de décence , de vertu , de
^effe &: de douceur \ que faint Gré- s. Orc^.
•ire pape nous représente occupée '^j^fio»
tout ce que la religion exige d'une
eufe reine, d'une vertueufe ré^en-
, & d'une mère véritablement chré-
mne. L'hifloire de fon règne , à tra-
1 1
ic)6 Histoire de France.
T^Z2- ~"^ vers les horreurs dont on s'eft efToïc
Ann. 613. de le noircir, nous laide appercevo
toutes les qualités qui forment ur
héroïne ; de i'efprit , elle pofTcda ém
nemment le grand art de gouverner
Idem, Grcg. de la grandeur dame , elle accorc
Tur. i. 4 ^généreufement la vie au perfide Ol
rie , que Frédegonde avoir envoyé poi
rafTaiTmer ^ de la fermeté , fa conftai
ce dans le^ derniers momens de
vie fat admirée , ôc ne fut point la
«. fée ; de la bonté , elle prit toujoii
plaifir à faire du bien à ceux q
avoient du mérite^ de la magnificenci
^y^lmoîn , OU voyoit encore du temps d'Aimo
lm{%an ^^^^^ ^ châteaux , d'églifes , de m(
nafteres , d'hôpitaux , de grands ch
mins , ôc autres fuperbes monumeii
élevés par cette princeife , qu'on ave
peine à croire , dit ce moine , qi
ce pût être l'ouvrage d'une feu
reine , qui n'avoir régné que fur ui
petite partie de la France.
Rien n'eft fi fufpeâ: que ce qui
été écrit contre la mémoire de cet
princefie. 11 falloit quelques prête:
tes pour couvrir l'horreur &c l'infam
4u lupplice auquel on n'eut pas hon
de la condamner. Il ne fut pas dift
cile à un roi , qui venoic d'ufurpi
C L O T A I R E II. Î97
îux royaumes , & à tant de feigneurs ^îi^r±-:^
li avoient favorifé rufurpation , cIcann. 6i5>
rprendre la crédulité des peuples ^
i répandant mille bruits injurieux.
3S eccléfiaftiques & les moines, dit R'-ch-a^l^
ilqiuer, etoient alors les leuls qui c. 14, p. 451.
lilent la plume. On fçait qu'ils vi-^
)ient de la libéralité de nos fouve-^
ins, & Aqs grands de leur cour. Là
)litique , ou la reconnoiffance , pouf-*
e au-delà des- bornes , leur a fait
[opter , fans difcernement , tout ce
li pouvoit fervir a la juRii-ication
î leurs bienfaiteurs. De-là , tunt de
blés inférées dans leurs ouvraees.
e-là, tant de contradidlions , l'un
mr l'ordinaire juftilianc Bronetiaut
1 crime que l'auire lui impute. Mais
:s réHexîons font trop générales • il
i fint de plus particulières : exami-
ms le détail des accufations.
On lit dans Aimoin , que Brune- C'eft fhuiTû.
SI \ c ' I ' rnent qu'on
^ ^ ^ igebert a faire périr i^^^^^^c^ ^^
ogon , cet illuilcre maire du palais ,. ciusoté «se
.11 avoir été la demander en Efpag-ne. ^^^""*
.ependanc Grégoire de 1 ours , au- z. 9 , c. 4,
!ur contemporain , garde un profond
'lence fur cette anecdote. Quelle
'3parence qu'il ait ignoré ce fait , lui
uii a eu tant de part aux affaires ? ou
13
Jc)S Histoire de France.
* que la politique le lui ait fait tain.
Ank. (îij. lui qui a toujours parlé le langage <
la vérité , fans acception de perfo ■
l-em, îbid, nés? La cruelle Jéfabelle , dit aillei;
ce palîîonné foliraire , pour avoir 1
biens de Wintrion , l'accufa davc
trahi l'Etat à la journée de Droi .
Mais Frédegâire , plus voifin de :
temps 5 ne lui donne point un fei'
blable motif. Il dit limplement q
ce duc fut mis a mort , a la pourfu
Predeg. în de Brunchaut. On ne voit rien da ;
c.'iroa. c.is. £ç^^^ récit qui dépofe contre l'avc.ri:
de cette princefTe, ni qui attefte Ti-
jnocence de ce feieneur , trop lié av :
un homme convaincu de crimes d' •
tat * 5 pour n'être pas lui-même co •
pable.
C'eft encore avec aufïi peu de \
rite que de viaifemblance , qu'on i .
attribue la mort de Bertoalde , ma: i
du palais de Bourgogne. On en va jus •
par l'expofé même de Thiftorien qui . :
liem, Ulâ. impute ce crime. Ce feigneur march,
^.' ^^' accomnagné de trois cents homme,
pour lever le tribut que dévoie:
les provinces nouvellement conquiu
♦Gilles, évèque de Rheîms , dont la faftion I
avoir procuré le duché ou gouvernement de Ch? ;
pagne, lorf^ue Loup fut obligé de l'abandoîmer.
i
C L O T A I R E ï L 199
ai" (>Iotaire. La commifîion fut
Mentot exécutée^ mais Tamour de la Ann. 613*
.:ha(re l'arrêta clans un lieu qu'on ap-
)elioit Arekune. Il y fut furpris , Se
l'eut que le temps de fe fauver à Or-
cans. Landri le défia au combat. Tous
ileux jurèrent qu'à la première adion
iîntre les troupes des deux couronnes ,
,Is fe trouveroient chacun à 4a tête
le fon armée. Bertoalde, à la bataille
l'Etampes , emporte par la gloire ou
a haine , fe précipita à travers les ba-
aillons ennemis , pour aller chercher
.andri qui ne paroidoit point j mais *"
.ccablé par le nombre , il expira percé
|Ie mille coups. Ce récit , qui eft tout
hntier de Frédegaire , porte avec lui
a pleine juftihcation de Branehaut ,
,]ui alTurément n'avoit point ordonné
|iu maire Bourguignon de fe battre
i:ontre le général Neuftrien.
L'hiftoire de fon procès eft en me- Phîftoîre
ne temps celle de fon innocence, 5^^^^°" i"g^-
, . -L ,.,..' ment elt cel-
iu vioiement de tout droit divm & le de fon in-
uimain. Quelle eft celle qui eft ju-
^ée ? Une reine , une princelTe fouve-
ûiine , qui, en cette qualité, n'étoit
ufticiable de perfonne. Quels font
ies chefs d'accufations ? La mort de
dix rois : celle de Sigebert fon mari ,
14
nocence.
100 Histoire i>e Franc?.
celle de Mérovce fils de Chilpcric
JVnn. 6i^. qui tous deux , félon Grégoire d
Greg. Tur. Touis , périrent fous le glaive de Fri
i, \ \ c iV. ' <iegoi^àe : celle des enfants de Thierri
Fre'ug. m que Frédegaite fait maffacrer par 1(
^ ^'^^* ^•'*"' ordres même de Clotaire : celle d
Chilpéric , dont aucun auteur coi
temporain ne l'accufe , dont plufieu
chargent la mémoire de Frédegonde
Gefî. Franc, celle de Mérovée , fils de l'ufurpateur
^' '^* qui fut pris à la bataille d'Etampes
dont l'hiftoire nous lailTe ignorer
deftinée : celle de Théodebert , fi
jfdem Frei. laquelle Ftédegaire ^arde un profon
.. . iilence , quAimoin ce ihilrorien dt
/. 3,c. 87, jaits des rois de rrance ^ attribuent
la, perfidie des habitants de Cologne
qu'on pourroit même imputer à
cruelle politique de Thierri : cell
Fni, c. 3 p. d'un autre Mérovée , fils de ce mêm
Théodebert , à qui le vainqueur d
Tolbi^ fit écrafer la tête , avant qu
Brunehaut put être informée de: 1
vidoire : celle enfin de Thierri , qi
mourut félon Frédegaire , d'une dy:
Jonasinvhâ^ontenQ : felon Jonas , d'un coup d
/inr2iCok/7z-fomii-e. Quel .eft celui qui fe port
partie ? Le deftrudeur de cette mal
:heureufe famille. Quel eft fon juge
Le plus mortel de fes ennemis» Qu^
Clotaire 11. 201
fc fon fupplice ? Le plus infâme , le
us barbare, le plus déteftable dont il Ann, 613^
lit parlé dans l'hidoire d'aucune na-
jn. Une reine qui avoir près de qua-
le-vingt ans ; âge qui, indépendam-
ent de k dignité , infpire le refpeâ:
la compaiîion ; une princeiTe , fille ,
mme , mère , aïeule & bifaïeule de
,nt de rois , expofée aux infultes
une foldatefque eiïrénée , traînée par
1 cheval furieux , déchirée en piè-
s. . . . La plume fe refufe a de pa-
illes horreurs. C'eft fans doute ce
li a fait croire â quelques hiftoriens ,
ïe fa mort eft auiîi fabuleufe que les
uautés qu'on lui impute.
On accufe Brunehaut du libertine p^ l^'ie î'e-
1 î r J 1 A /f • N 1 vécue Adon
; le plus icanciaieux. Mais a quel dit des prof-
;e ? Dans une extrême vieillelfe , zieutions de
\ 1 r 11 j Brunehaut ,
mps OU les remmes les plus perdues ^^^ dépourvu
î débauches , cefTent de fe livrer audetoutevrar*
ime. Les deux iamts Gregoires ,
iteurs contemporains , font l'éloge
i fa pudiciîé J de fa relig,on , de fa
irtu. Adon, évêaue de Vienne, qui -^ff^^'J!^^'^"'
, / . • ' 1 -^ 1 . ^ ta Jancii De-
: écrivit que plus de cent cinquante j^jerfi epifco-
is après , nous alTure que dès quep^ Vi^^f^-
^hildebert fut mort , elle leva effron-
:ment le mafque , fe profiituant fans
■ Lidcur à tous les jeunes gens de fa
■ Wf-HHg
loi Histoire de France.
cour. Didier fut le feul des cvêqi
Ann. 6ii. ^^. f^i'^^'^ce , qui ofa s'élever coinî
ces excès honteux : l'exil fut la récoi-
penfe de (on zèle. Cependant vainc 3
par les prières des prélats aiTemblt,
elle le rendit aux vœux de fes dioi-
fains. Les amants de la princeil,
alarmés de la préfence de cet infle-
ble cenfeur , lui drefTerent mille e -
bûches, l'attirèrent à la cour, lui <-
mandèrent s'il étoit permis a une fe -
me d'avoir pluiieurs maris ? Le fs t
homme répondit , avec le Dc6t r
dts nations , que cette polygamie et t
contre toutes les îoix divines & j-
miines. Cette généreufe réponfe 1
iît un martyr : il fut lapide.
On rougit de voir un prélat , d -t
le minillère eft eiTentiellement et i
de la charité & de la vérité , je ne s
pas adopter , mais imaginer des f ^
û injurieux & fi calomnieux. C'eft
eftet le feul qui rapporte ce tragi<e
événement. Jonas , qui vivoit.
temps de Brunehaut , ne lui imp
ni i'exil ni la mort de l'évêque e
Vienne : cet écrivain , l'un des f s
pafiîonnés contre la mémoire de ces
princefTe , ne parle ni de fes amou ,
111 de fes proftitutions. Oii ne b
I
Clotaire II. 205
Kvoît donc pas encore accufée de fon
remps. C'efl: peut-être ici l'endroit de Ann, 61 5,
■îotre hiftoire -le plus propre à nous
précautionner contre les anecdotes
,jue débitent des auteurs , qui ne font
)as contemporains , ou que la pafîion
emporte.
Didier étoit un faint ^ mais il vi^
'oit dans un fiècle où la piété s'alar-
noit aifément , & fe rafiTuroic difîici-
enient. On fçait que les auteurs pro-
ânes rappellent continuellement le
fOuvejiir Se le culte des faux dieux,
pctoir par conféquent un^ ledlure
iangereufe dans un royaume où l'ido-
atne n'étoit pas entièrement éteinte.
Z'e(\: ce qui fit que l'étude des belles-
ettres paifoit alors pour un crime,
Ilependant levèque de Vienne les ai-
noit : faint Grégoire lui reproche
nême de les avoir enfeignées. Quelle s. Crcg. / ?,
horreur y dit ce pontife, de voir fonir ^^^^''^*'^^*
i'une même bouche les louanges de Jéfus-
Chriji & de Jupiter! Le pieux Aridius ■
fe rendit dénonciateur du prélat gram-
mairien : les pères du concile de Châ-
lons le condamnèrent à Texil. S'il fut Freùg. m
rétabli <lans fon fiege , c'eft :qu'il re- ^^''^"- ^' ^■^•
connut fa faute *, ce c|ui fait voir que
Brunehaut n'eut d'autre intérêt en
\6
104 HiSTOiitE DE Franc*.
cette affaire , que celui de fatisfaire ;
Ann. 6i},£on devoir, de aux inftantes prière
' d'un grand pape.
On efpere que le ledteur équitabl
pardonnera cette efpèce de difTerta
tion. La fidélité de l'hiftoire devoi
une apologie à la mémoire d'une gran
de reine , dont le malheur a fait tou
le crime. Ce n'eft point ici un de ce
fyftêmes iinguliers , qui n'ont pou
fondement que l'amour de la nou
veauté , ou l'égarement de la témé
rire. Si les ennemis de Brunehaur
peu contents d'avoir ufurpé fon trc
ne, ont ofé attenter jufque fur fa ré
putation , il s'eft trouvé d'illuftrÊ
écrivains , aifez généreux pour s'élève
contre la calomnie , aûez éclairés poi
la confondre. L'Efpagne où cert
princeffe a pris naiffance , la France o
elle a régné , ritalie où elle a fait pafTe
fes bienfaits , lui ont procuré des de
fenfeurs. C'eft dans Mariana, du Ti.
let, Papire-MalTon , Paul-Emile, Bo
cace , Pafquier & Cordemoi , qu'on
pris les armes dont on s'eft fervi pou
venger fa gloire. *
* Mariana , hift. Hîfpan. Z. ç , c ro; Joan. TiVih
inchron. Papir. Maffoii in Annal, l. z. Paul, ^rm
de relus Gallicis , l. i ; Eoccac. de claris mulieribus
t. 104,* Pafquier j Recherches de la France, i. 4
*• î 3 » P« 47» i Çgrdemoi , loiae i , Hiil, Fraific,
C L O T A I R E î I. 105
La mémoire de Bmiiehaut fe con-
lerve dans pliifieurs ouvrages plublics Ann. tfij,
[Lie le temps a refpeôtés. Car fans par- Tombeau
erdes ég;lifes, des monafteres Se (^Q^tJXltl''^
iiopitaiix qii elle a rondes , dont quel-
[iies-uns fubfiftent de nos jours , il y Aimom.^ra'
un ancien château dans le Querci /p^'^^^^ ^^^'
le vieilles ruines près de Tournay , Maihramk
le fuperbes chaulTées dans la Flandre <^^ Morinis ,
'<: la Picardie , de grandes levées en ' ' '* *
Bourgogne , qui portent encore au-
c^urd'hui le nom de Brunehaut. Un
utre monument qui nous refte dQ
être princeffè , eft le tombeau qu'on
oit dans l'éslife de faint Martin
ITAutun. C'eft une forte de coffre de Voyage- Ht^
aarbre veiné de blanc & de noir , ^/i"'^^^ ^^ ^*
I lin- n -11/ r i ^^^ru^ie»
lont le delius elt taille en rorme de
»rifme. Il a Ux pieds deux pouces de
ongueur fur un pied dix uouces de
argeur : il eft pofé fur une table de
nerre commune, foutenue par quatre
)iliers , hauts d'un pied , larges d'en-
âron fix pouces. Ces piliers qui font
l'un marbre tirant fur le verd , ont
:hacun leur chapiteau Ôc leur bafe de
îierre ordinaire aflTez grolTiérement
:ravaillée. L'arcade fous laquelle il elt
^lacé , forme une efpece d'arc de
;riomphe de a:eize pieds quatre poiit
20(j Histoire de France.
ces de hauteur fur fept pieds déu'
Ann. (ji 5. pouces de largeur. C'eft l'ouvrage d
cardinal Rollin . premier abbé corn
mendataire de cette abbaye , de mèm
que l'épitaphe qu'on lit fur la mn
raille au-deîîus du maufolée *. Il pr
roît, fuivajit l'ancienne légende latm
de l'abbaye , que le corps de ce et
princelTe fut • d'abord inhume fous 1
grand autel , à l'entrée d'une chapell
fouterraine , dédiée à la fainte Viei
ge **, Mais l'églife ayant été ruiné
par les Normands , enfuire rétablie
il fut tranfporté au haut de l'aile d
côté de l'épître.
..iD.uverture Qn ouvrit ce tombeau en nvllie fî
ae ce tom- i r\ '
Uau. cent trente-deux. Un ny trouva qu
cendres, poudres & oiïements , ave
une molette d'éperon &c quelque
morceaux de charbons. La coutum
d'alors n'éroit point de brûler les corf
morts. Ces cendres ne peuvent don
* Brunecheul fut jadis royne de France .
Fondatereiïe du faint lieu de céans ,
Cy inhumée en flx cens quatcrre ans ,
En atcend.mt de Dieu vraie indulgence*,.
* * Qu.e ( reglna Brunichildls ) lîcèt plum alici rricl
naflerii funiaverit , in hoc timen facro ccenohiô (fui
magno altari , b" in ingrejfu capellie gloriojljjim'x vhl
ginis Mariœ ghlam fui corporis in îumulo jnarmortl
reponi voluit.
I
GlOTAIRE II. 207
ctre que le refte de celui de Brune- — — -;
haut 5 qui , fuivant le témoignage Ann. <$t3.
d'un auteur contemporain , fut jeté ^ppendîx
au feu. La circonftance de la molette l^,,f ^"'^'^
devient une nouvelle preuve de la
vérité de ce monument. Il étoit d'u-
jfage 5 lorsqu'un malheureux étoit con-
damné a être uaîné a la queue d'un
cheval indompté , d'ajouter des épe-
rons aux flancs du courfier fougueux.
La rapidité de la courfe redoubloit
les coups de ce fer meurtrier , ren-
doit la piquure plus vive , l'animal
plus furieux. Cette mollette vraifem-
blablement fera tombée dans les ha-
ibits de la princelfe , ou fe fera en-
I foncée dans fa chair. On a tout livré
ïaux flammes : on aura tout recueilli,
tout renfermé dans le tombeau.
Il y eut quelques fei^neurs enve- . R^i^^anc
, , ', 1 -^ •* 11 ^1 V ûcte de tous
lopes dans les malheurs de ce règne, fes biens
Romulphe , un des plus puiiïants , ^abbaye de
fut de ce nombre. Romaric fon fils , niont.
fe retira dans la folitude de Luxeuil ,
& dota de tous fes biens la célèbre
abbaye de Remiremont *. 11 eft peu
de fiècles 5 où le zèle des fondations
ait plus éclaté que dans celui - ci.
* Elle eft appellée en latjn du nom de fon fonda-
teur- Romarici-Monst
loS Histoire de France."
Quelques pieux folitaires , vers Tan
Ann. éij.qi^^tre cents, éroienc venus d'Italie
s'établir dans les ides défertes d€
Provence & dans les montagnes in-
cultes des provinces Viennoifes. L'é-
clat de leur fainteté leur attira ur
grand nombre de difciples. On leui
bârit des monafteres , où ils vivoien»
dii travail de leurs mains , fous L
Premiers conduite des évêques diocéfains. L«
3ron?.fïeres • o i i r a. 1
en France, pî^smier dc le plus ranieux eit ceiu
Lespluscon-de Lérins , fondé par faint Honorât
iidérables du 11 r ^ ^ ^ 1' ' 1 J .
cinquième & ^^ ^'^^^ pendant long-temps 1 école a«!
du fîxierae la vie mona{lique5& le féminaire de:
eveques. Le cinquième liecle vit fleu-
rir entr'autres celui de faint Maurice
en Chablais, que le faint abbé Severii'
iliuftra par fes miracles & par fe;
vertus. Le fixieme en vit élever u?
nombre prodigieux : faint Mefiiiii:
autrefois Mici , près d'Orléans , pa"i
Clovis le grand : faint Thierri pai
faint Rémi , près de Reims : faim
Cloud 5 autrefois Nogent , par Clo^
doalde ,. refte infortuné de la familh
de Clodomir : fainte Croix de faim
Vincent 5 aujourd'hui faint Germair
des Prés , par Childebert I : faim
Pierre Ôc faint Paul de PvOuen , pai
Clotaire 1 : faint Médard de Sailfoi^
C L O T A I R E î î. 109
Dmmeiicé par ce même prince aclie-
2 par Sigeberr fon fils : Glannefeuille Ann. Ci j,
1 Anjou, par faint Maur , difciple
e faint Benoît : faint Pierre-le-vif
tes de Sens , par Theudichilde fille
e Thierri 1 , roi d'Auftrafie ; Mouf-
er-faint-Jean , faint Seine , tous deux
1 Bourgogne : faint Marcoul , faint
vroul jl'un dans le Cotentin , l'autre
ans le diocèfe de Lifieux ; tous qua-
e ainfi appelles du nom de leurs
)ndateurs. Nous ne rapportons que
;s plus confidérables.
Mais le feptiem^ fiècle eft diftin- Le reptleme
I r ^ 1 • '^ Ui;rr^ iiecle f.it fur-
ae fur-tout par les pieux etabiiiie- ro^j^ej^j^^^
lents qu'on vit fe former. Luxeuil •, fondations.
ftival 5 moyen-Mouftier , faint Die,
enone , Bon-Moufcier , dans le feul
uché de Lorraine , faint Gai dans
îs montagnes des SuifTes , faint Van-
rille au diocèfe de Rouen , faine
l^allery fur les cotes de Picardie , un
utre au même endroit fondé par faint
oiïe , frère de Judicaël prince àç.s
Iretons , faint GuiHain dans le Hay-
aut , faint Tron au pays de Liège 5
lint Godard , Fefcamp , Jumieges ,
^oir-Mouftier font autant de monu-
nents de cette édifiante profufion. U
é^noit alors une relideufe émulation
210 HistoiredeFrance.
; a qui fonderoit un plus grand nomb»
'^NN# ^13, de ces faintes retraites. Celles c
font le plus éclater la généreufe pié
de ce temps, font faint Marcel da
la foret de Breffe par le roi Gontrai
faint Martin d'Autun dont la fond
tion étoit pour trois cents religieu
par la reine Brunehaut, faint Dei:
en France , auiîi célèbre par la riche
de fes revenus , que par la magni
cence de fes bâtiments , ouvrage ;
Dagobert î j Corbie par la reine fair
Bathilde 5 Stàvelo dans les Ardennc ,
Malmédy au diocèfe de Liège j fai ;
Martin -aux -Champs près de Mi.
par le roi Sigebert ^ faint Waft d'Ar!
par Thierry lll ; Surgub , Kalefi
Konisbruck êc faint Sigifmond do 1
l'Alfice par Dagobert II.
célèbres ab- Les reines , les princeffes , les fei
leY'dat ^/e'i^^s & les filles de qualité ne témc
feptiemefîe-gnerent pas moins de zèle pour
^ ^' vie monaftique. On voyoit , au tem
dont nous parlons , quantité de céi
bres abbayes , où les filles de conc
tion trouvoient un afyle pour le
vertu 5 les veuves un lieu de refu
dans leurs malheurs , les reines uj
paifible retraite contre les embari
tumultueux de la grandeur. Sain
Clotaire IÎ. 211
_^roix de Poitiers doit fou établifTe-
nent a la pieufe reine Radegonde ^ Ann. 6i^i
lie y prit le voil^ , y vécu| , y mourut
n odeur de lainteté *. Sainte Bathil-
le fonda le f:aneax monaftere de No-
re-Dame de Chelles : elle y fixa fa
lemeure après avoir achevé l'éduca-
lon du roi fon fils. Ce faint lieu fuc
e témoin des vertus de cette grande
-rmcefTe ^ il eft aujourd'hui le théâ-
re de fa gloire. Sainte Irmine fille de
)agobert 11 , fut première abbeife de
ondatricede celui d'Oeren **. Notre-
i)ame de Soilfonsdont plufieurs prin-
! effes ont été abbefTes , doit fon érec-
Lon à la pieufe Leutrude , femme
.'Ebroïn maire du palais du^ roi
i'rhierri 111. GlodeCmàQ on Glofme ,
,ille de Wintrion duc de Champagne,
iiftitua celui de Metz , qui porte en-
cre aujourd'hui fon nom. Fare-Mouf-
ier dans la Brie rapporte fon origine
, l'illudre Fare, fœur de faint Faron
.vêque de Meaux. Begge , veuve
jl'Anchife fils de faint Arnoul, fille
|le faint Pépin, dit le Vieux , fonda
I elui d'Andene , qui eft aujourd'hui
I ■•' Elle étok femme de Clocaire I , qui l'aimoit ten-
llreiT.snt. Elle U quitta pour prendre le voile. On
gnore quels furent les ijioyens dont elle fe fetvU
l)Our fe réparer.
** Horreum.
211 Histoire de Fraï^ce.
un collège de demoifelles féculiere'
Ann. ^i^.^^^^^^ ^^ Maubeuge eut pour fonda
trices deux /aintes foeurs , Aldegond
ôc Vaultrude. Le détail en feroit in
fini. Il fuffit de dire que le fexe 1
plus foible n'eut pas moins de fore
que n'en av oient les hommes poi
cette vie auftere & pcnirente.
chfl-SS I]. y avoir- anciennement plufieu
litâires. clafTes de moines , ou folitaires. Le
uns vivaient en communauté fous ]
conduite d'un fupérieur : c'étoient 1(
Cénobites. Les autres , touchés d
délir d'une plus grande perfedion , 1
retiroient dans les folitudes les pli
affreufés : c etoit les hermites ou an^
coretes. Quelques-uns voyageoiei
de province en province , pour vifït<
les lieux faints , ou pour s'inftruii
auprès dQS perfonnages les plus cél<
bres par leur fainteté : on les non
moit pèlerins. Quelques-autres fe b;
tifToienr des cellules au milieu d«
villes 5 ou s'enfermoient étroitem^
dans les cavernes & les antres les pli
déferts , on les appelloit reclus. O
voyoit auiîî des fociétés de trois c
quatre perfonnes qui vivoient enfen
ble dans l'exercice de toutes les ve
tus, fans chef, fans règle , fans y ce u
Clôt AIRE îl. 213
ous s'occupoient à quelque travail -—— — »
île & pénible. Là plupart diftri- ann. ^ijr
.loient leurs biens aux pauvres. Ils
étoient cependant pas obligés d'y
•noncer. Les loix même ne les en
ccluoient pas lorfqu'ils retournoient
i monde. Mais" ce retour étoit re-
irdé comme une vraie déferdon.
La pieufe profufion de nos ancêtres Privilège^
î brille pas feulement dans la fonda- ? exemp-
, ^ -, . , I tions accor-
3n des monalteres , mais dans les dés aux mo*
éfents dont ils ne ceflfoient de les ac- naftere».
bler , & dans les exemptions fans
)mbre qu'ils leur accordoient. Cha-
le abbaye avoit fon tréfor , que les
is ôc les grands feigneurs s'efFor-
ient à Tenvi d'enrichir de mille ef-
ts d'un grand prix. C'étoient pouc
' )rdinaire de riches ceintures , de
agnifiques baudriers , des vafes pré-
eux , des habits couverts d'or & de
eureries , des meubles enfin plus re-
larquables par leur rareté que par
uu utilité. Les moines fe faifoient
1 devoir de les garder autant pour
gloire du couvent , que pour celle
3S bienfaiteurs. Ce qu'ils confer-
3ienc plus foigneufement encore , ce
a ils ont eu quelquefois la témérité
amplifier ^ c'étoient ces chartjres cpi
AI4 Histoire DE France.
■' " ■ ■ contiennent le dénombrement de lelu
A^îN. ^13. privilèges. Nos rois les exemptoier
de contributions pour leurs terres
d'impofitions pour leurs denrées , d
logements , d'étrennes & de frais 6
juftice. C'étoient certains droits que
payoit aux juges dans tous les er
droits où ils alloient tenir leur féance
Tant de précautions ne leur affuroiei
point encore une pleine pofTelîio
Les évèques pouvoient mettre la ma;
fur tous ces biens Les anciens c
nous leur donnoient la difpofition cl
toutes les offrandes qui fe faifoie]|
aux églifes de leur diocèfe. On lei
devoit tant pour la bénédiction c
faint chrême, tant pour la confécr:|
tion des autels ^ tant pour leurs vil
tes 5 quelquefois même pour les ord
nations. Nos religieux monarques 1
engaeerent à renoncer à tous ces droi
en Éveur des monafteres qu'ils foi
doient : les prélats s'obligèrent mên
de n'y entrer que dans les circonftanC'
où l'abbé n'auroit pas allez de crédi
pour fe faire obéir.
C'étoit toujours l'évêque diocéfair
aflîfté des autres prélats de la provii
ce 5 qui accordoit cette forte d'exen
ption. La première de la plus anciertf
Clotaire il 215
: celle qui fut donnée à Tabbaye de *f
inte-Croix &c de faint Vincent par Ann. ^134
nt Germain , dont elle porte au-
ard'hui le nom *. C'eft fur un pa-
il exemple que faint Denis, Cor-
2 , Lérins , Luxeuil , faint Maurice
Chablais , & faint Vandrille furent
iftraits à la jurifdi6tion de l'ordi-
ire : la hiérarchie prêtant elk-même
1 autorité pour fe détruire. Le pape
îodat reconnoît que ces immunités
it des vrais abus : cependant dans
même bulle où il dit qu'elles font
îitraires aux faints canons ,. il con-
ne tous les privilèges de faint Mar-
de Tours : (i toutefois on peut
seller privilège ce qui donne une
irtelle atteinte à la perfection de
at monaftique , qui eft eirentielle-?
li:nt l'obéilTance ôc l'humilité.
■\ Quoi qu'il en foit , le gouverne- Avantages
int retira de grands avantages de cri^rSîés
.t de pieux établilTements. Ils ont de ces éta-
mé des faints à la religion , c'étoient ^^i^emenûs».
> écoles de vertus j des hiltoriens à
. On ne doit pas difTimuler que cette exemption
fi yîvement attaquée j de même que celle de faine
Mard de Soifîbns , de faint Corneille de Cora-
f ;ne Se de beaucoup d'autres, mai^ il n'en eft
P moins vrai qu'on a prodigue de femblablea
£ iléges à différents monafteres.
2i(> Histoire t>e France.
la poftérité , ce font eux qui nous oi
A>iN. éi3,confervé les faftes de la nation^ d(
citoyens utiles à l'Etat , c'eft à lei
induftne que la France doit une gra:
de partie de fa fécondité. Elle étc
défolée par les fréquentes incurfio
àes barbares. On ne voyoit par-to
que campagnes arides , que vaft
forêts , que bruyères , que marécag-
On crut donner très -peu en céda
aux moines des biens qui n'étoie.
d'aucun rappart. On leur abandon,
autant de terres qu'ils en pouvoir
cultiver» Ces faints pénitents ne .^
toient point confacrés à Dieu pc
vivr^ dans l'oifiveté : ils elTartoier ,
défrichoienr , defféchoient , femoiei ,
plan toient , bâtiffoient : le ciel bé: :
un travail fi pur. L'intérêt n'y av :
aucune part : c'étoit la frugalité mer .
• La plus grande partie de ce qu'ils •
' cueilloient , étoit employée au {ou -
gement des pauvres. Bientôt ces fc -
tudes incultes & déferres devinn:
des lieux agréables Se fertiles. Il /
avoit des abbayes fi riches , qu'eli
pouvoient mettre une petite arir
fur pied. C'eft ce qui fit que par|
fliite les abbés furent invités aux
femblées du champ de Mars,
Clotaire Iî. iij
On date communément du fiècle
le Brunehaut & du Pontificat de faint Ann. 6^..x,
jtégoire le Grand, l'ufage fi familier Origine des
.ujourd'hui de faire des fouhaits en ^^^^'^^'^' "^
aveur de ceux qui éternuent. On pré- ceux qui éter-
end que du temps de ce faint prélat , ^"'^'^'^•
l régna dans lair une malignité fi ^oiyd.virg.
ontagieufe , que ceux qui avoient le "^'^"'"'"'•
iialheur deternuer , expiroient fur-
2-champ : ce qui donna occafion au
sligieux pontife d'ordonner aux û-
èles certaines prières accompagnées
e vœux,^ pour détourner de deifas
ux les effets dangereux de la corrup-
on de lair. C'eft une fable imagi- Mô.oîresde
ce contre toutes les règles de la^''^-'^^. des
raifemblance , puifqu'il eft confiant ^'^^ '*^^''
Lie cette coutume fubfiftoit de toute
îtiquité dans toutes les parties du
londe connu.
On lit dans la mythologie , que le ^F^m.flradi
:emier fîgne de vie que donna l'hom- "'pot-^^-^^^
e de Prométhée, fut un éternument.
e prétendu créateur déroba , dit-on ,
le portion des rayons du foleil , &
1 remplit une fiole faite exprès , qu'il
ella hermétiquement. AufTi - tôt il
vole à fon ouvrage favori , & lui
efente fon flacon ouvert. Les rayons
laires n avoient rien perdu de leur
Tome L K.
21 8 Histoire de France.
adivité ^ ils s'iniîiiuent dans les pon
Ann. 613. de la ftatue, & la font éternuer. Prc
méthée charmé du fuccès de fa mr
chine , fe mit en prière , & fit dt
vœux pour la confervation de cet et
il fingulier. Son élève l'entendit ^
s'en fouvint , &c eut grand foin da;
les occafions femblables de faire l'a
plication de ces fouhaits à fes defce
dants 5 qui de père en fils les ont pc
pctiiés de génération en générati(
jufqu à ce jour dans toutes leurs c
lonies.
Les rabbins , en parlant de cet u
ge , ne lui donnent pas tout-à-fait
même ancienneté. Us difent quap
la création, Dieu fit une loi génér
qui portoit , que tout homme yivî
n'éternueroit jamais qu'une fois
que dans le même inftant il rendr
fon ame au Seigneur fans aucune
difpofition préliminaire, Jacob c
rîrkeR'E- cette manière brufque de fortir
iie^fr, c. 52. j-j-jQj^jg n'accommodoit nullement,
qui defiroit pouvoir donner ordre î
affaires de fa confcience 8ç de fa
mille , s'humilia devant le Seigne
lutta encore une fois avec lui , ôc
demanda inftamment la grâce dN
excepté de la règle. 11 fut exaucé
Glotaire I I. 219
ernua , ôc ne mourut point. Tous les
-inces de la terre informés du fait , Ann. 613.
donnèrent tout d'une voix , qu a
iVenir les éternuments feroient ac-
>mpagnés d'adions de grâces êc de
EUX pour la confervation & pour la
olongation de la vie.
On reconnoît jufque dans œs fîc-
)ns la trace de la tradition & de
liftoire , qui placent long -temps
ant letahliiTement du chriftianifmè*
poque de cette politeffe , qui efl
fin devenue un des devoirs de la
5 civile. Elle écoit regardée comme ^
;s-ancienne dès le temps d'Ariftote,
i en ignoroit l'origine, & ^n a cher- j
i la raifon dans fes problêmes. Il A-if^ot. m
ittnd que les premiers hommes pré- '^''°^^*
lus des plus hautes idées en faveur
la tète qui eft le fiége principal de
ne, cette fubftance intelligente qui
uverne ôc anime route la malTe ,
t étendu leur refpeâ: jufque fur l'é-
nument , qui eft une de fes opéra-
is les plus manifeftes ôc les plus
ilîb;les. De-là ces différentes formu-
le compliments ufités en pareilles
;à(ions chez les Grecs & les Ro-
Iins; Vivç\: Portez-vous bien: Que
Wr vous çon/ervc.
■ 1 -
lio Histoire' DE France.
wwvnammm
"Anfi. Ci^,
C L O T A I R E II.:
Seul Roi des François, j
Cloraire eft V>i L O T A I R E eft le fecoild du llOr ,
la premiere.5^ p^f ^j-ie deftinée fin^uUere , le ;
caufe de la ^^ . -, ^ ' rr • • 1
décadence cond TOI de Rallions qui ait rei
de fa famille. fQpm-Q 1^ moiiarchie Françoife 5 te
jours divifée depuis la mort de Clo
le Grand. Mais fon pouvoir ne
pondit pas à l'étendue, de fa domi
tiôii. Un trône élevé fur tant de (
■mes pouvoit-il fu'bfîfter long-temi
Et la Providence toujours fage , t(
jours jufte , ne devoit - elle pas \
éclatante vengeance a tant de cru
tés ? Aufîî permit - elle que celui \
•qui fembloit avoir commencé la gr
deur dé fa mai fon j, fût la premie
caufe dé fon abailTement , de fa dt -
Frtiig, m lation , de fa ruine entière. Garni' ,
chron. c.4i> j^-j^jj.g du palàis de Bourgogne 5 e
ç;e/î. Franc, s'étoit déclaré contre Brunehaut , < e
«•41. fur la promeflTe qu'il feroit confii é
dans fon emploi pour le refte d(
vie. Radon 5 maire du palais d'A
trafîe , ne s'étoit donné à Clotaire '
fous la même condition. Tous d
C L O T A I R E II. 221
>uvernerent dans leur département
us en rois qu'en miniftres. Gonde- Ann. ^13.
tid , maire du palais de Neuftrie ,
oit rendu de grands fervices : la
compenfe fut la même , & le pou-
)ir prefque aufli abfoki. Le foible
onarque confentit de donner à vie
s grandes charges , qui n'ctoient
iginairement que pour un temps.
5S maires infenfibiement abuferent
î leur autorité. File s'accrut de jour
i jour. Celle des defcendants de
lotaire alla toujours en diminuant ,
fqu à ce qu'enfin ils furent détroncs
.r la poilérité de ces mêmes hom-
es qui avoient favorifé leur ufurpa-
)n fur la famille de Thierri. C'eft
que Pafquier appelle une, ven-
ance véritablement divine. Dieu j
t ce célèbre auteur , en fie une puni-
m à la royale.
Les maires du palais n étoient pas .
/. , , ^ i: • Ann. 614»
s leuls que le monarque rrançois
it à ménager. Les Seigneurs Auftra- ^.,. .'
„ o . D . ^ Sédition en
îris OC Bourguignons avoient égale- Bourgogne.
ent favorifé l'invaiion. Ils s'imagi-
)ient que la moindre récompenfe
ion devoir à leurs fervices , étoit
mpunité de leurs concuflions. Le
•j, a voit nommé le duc Herpin au
K 3
212 Histoire de France.
gouvernement de la Bourgogne Tran-
Ann. ^i4j j^îi'ane. Cetce place 5 l'une des pîi
61 j, confîdcrables de l'empire François
venoit d'être occupée par une femme
Fred. c. 40. cho{e inotiie jufqu'aïors en Franc
Mais cette femme étoit Theudeiar
fœur du roi Thierri : ainfî il n'eft p;
étonnant qu'il ait pafTé par delTus
coutume en fa faveur. Cette princef
fut enveloppée dans les malheurs c
fa famille , arrêtée avec la reine Br
nehaut5& amenée au- victorieux CI
taire. C'eft tout ce que l'hiftoire no
apprend de fa deftinée. Elle rems
que feulement que le duc Herpin f
choili pour lui fuccéder. C'eft d
moins ce qu'on peut conjecturer (
récit de Frédegaire. Après avoir c
que Theudelane fut amenée de la Bol
gogne Transjurane , où Brunehaut s'
toit retirée , fans doute parce qu'e
imaginoit qu'un pays où fa fille coi
mandoit , feroit pour elle l'afyle
plus fur 5 il ajoute que le duc Herj.
fut fubjlïtué à Theudelane dans le gt
vernement de cette même province, <
n'eft cependant qu'une (impie conj( ■
ture hiftorique , qu'on peut admet! :
avec le père Daniel , dans la fupp-
iîtion qu'il n'y ait point faute daî
ClOTAIRE II. 11}
; texte , ou rejetcer avec quelques
Lvaiits, qui lifent Endei-ine au -lieu Ann. .<i4,
e Theudelane. Herpin étoit un hom- 6 15»
le févère, qui aimoit Tordre & la
iftice. II entreprit de réprimer la
cence des feigneurs , qui défoloient
2tte province par leurs exactions»
'être conduite les irrita : ils fe foule-
erent : le duc fut mafTacré dans la
édition. •
Le roi étoit alors avec toute fa cour Le psnire
Matlem , maifon de pkifance en f^^^^^'- ""'''■'
dlace. 11 envoya des troupes contre cictaue,
)S rebelles. On lui amena les plus
•ditieux , qui tous expirèrent au mi-
eu des fupplices. Le patrice Alethce,
ui avoir conduit toute la trame , ne
it pas même foupçonné. L*adroic
Durtifan fit ii bien par fes intrigues ,
u*il obtint le gouvernement vacant
ar la mort du malheureux Herpin.
le pofte important réveilla toute fou
iiibition. 11 avoit de l'efprit, du cou-
ige , de la naiiTance : il fe difoit déf-
endu des anciens rois Bourguignons :
ola porter fes vues jufque fur le
:ône. Le projet étoit infenfé^ mais Idem^^^.
fçut perfuader à Leudemonde ,
vèque de Sion , que le fucccs croit
ifaillible. Le prélat fe chargea de
K 4
1Z4 Histoire de France.
frr:!!!^!^ faire à la reine Bertmde la propofî-
Ann. 614, tion la plus infolente qu'un fujec puiiS||
615. faire à fa fouveraine. Il fe rend au-
près de cette princeife , lui fait con-
fidence d'une révélation qui alTun
que le roi fon époux mourra dan'
l'année ^ lui confeiHe de mettre tou^
fes tréfors en lieu de fureté , lui ofFr<
^ fa ville épifcopale , la main de l'au-
dacieux patrice , de la couronne
qu'une folle préfomption lui fait re
garder comme due à fon mérite de
fa naiilance.
!îeftarrê;c Eertrude étolt naturellement fiin
& condamne p[g^ "^jj-^g prophétie (i bien circonftar
ciee alarma la tendreile pour (.lotam
La douleur l'empêcha de s'explique
fur la témérité du patrice \ elle fe te
tira dans fon appartement pour s abar
donner aux larmes. Le prélat décon
cèrté fentit dans le moment tout
l'imprudence de fon entreprife , t
crut fa perte inévitable. Il fe fauv
d'abord a Sion. La crainte ne lui pei
mit pas d'y relier : il en fortit poi
aller fe jetter entre les bras d'Euftafe
abbé de Luxeuil , qui dans la fuite
ménagea fon pardon. Le monarqu
cependant , inllruit pat la reine qu ^
iethée avoir confpiré contre fa vie
Clotaire II. 125
nvoya promptemenc ordre de l'arrê- "f
er. Il fut jugé dans une aflemblce des Ann. ^14,
eigneurs à MalTokc , maifon royale 6j<.
n Bourgogne. Le crime écoit de ceux Uem, iUd.
uon pardonne rarement : il eut la
ète tranchée.
] Clotaire tenoit fouvent de ces ^^- Ai^yi, éie'
îmblées. On les nommoit placlta : ^'
eft de - là qu'eft venu le mot de plaids.
yétoient des efpeces de parlements clotaire
' inbulatoires , compofés des évcques , •"'^^i^bie un
j rr • 1 1 ^ parlement à
es grands oihciers de la couronne , Bonneuii.
es ducs , des comtes , &: des flirons ,
u'on a depuis appelles Barons. Celui
ue le monarque François alfembla
ïtte même année à Bonneuil fur la
ilarne , fut un des plus nombreux
|uon eût encore vus. Tous les pré- Uem,ïbli,
xs Se feignetH?s Bourguignons sy
; cuvèrent. Le prince ne comptoit
: ue foiblement fur leur fidélité : il
. îur accorda tout ce qu'ils deman-
: erent , leur en fit même expédier des
lettres. Le lieu ordinaire de ces alfem-
lées étoit quelque maifon royale.
es rois , prédéceiTeurs de Clotaire ,
e les convoquoient cp'une fois l'an ,
a mois de Mars : les maires du palais
.^s abolirent : Pépin le Gros les réta-
K5
tum.
116 Histoire DE France. '
^^—' — — blit^ elles ne fe tinrent pendant long-
Ann. 616 , temps que deux fois Tannée.
éi7. Il ne faut pas croire cependant qu-
Admînîftra- Tadniiniftrarion de la juftice fût né
Tiondeiajuf- oligrée. Chaque état , chaque profef
ïaire & les "^n avoit lou triDunal 5 comme le
roîEdeiapre- loix & ks coutumes. L'eccléfiaftiqu
imiere race, / • . / 1 « / » •!• ■
etoit juge par le ci-erge , le milirair
par des gens de guerre , les noblt
Dïicange, pat des gentilshommes , le peuple p;
Giofj'aire.aux jgj centeiiiets dans les bourgs 6c 1<
y/ïVfia, piacî- viiiages 5 pat des comtes dans les vi
les 5 par des ducs dans les métropol
ou capitales. Il ny avoir aucun d
gré de jurifdidion parmi ces tribi
naux : on n'appelloit de leurs fente
ces qu'au roi. Si l'appel étoit fond(
le juge devenoit refponfable d
dommages 3c intérêts ^ fi l'appella
avoit été bien jugé , on le condamne
à un€ amende pécuniaire , s'il' étc
noble y au fouet , s'il étoit roturi^
On ne connoiiïoit prefque point aie
d'autres peines que les taxes pécunii
res. Il n'y avoit gueres que le crini
d'Etat qui fût puni de mort : les autt
ie rachetoient à prix d'argent. La 1
Salique prefcrit ce qu'on doit au r
•pour l'amende, a la partie pour rép
îation i on mettoit la vie d'Un évêqi
C, LOTAIRE îî. 117
i neuf cents fous d'or * , celle d'un
prêtre a fix cents, celle d'un iVïque à Ann. 616 ,
(Ljuelque chofe de moins, fuivant fa 6 17»
qualité. Le centenier n'avoit point Bduie 01-
pouvoir de mort : le comte ne l'avoitP^f- c, i , p.
j • -a 1 587. .
que dans certam-es circoiiltances : le
duc n'en ufoit qu'avec de grandes
précautions. La cour envoyoit de
temps à autres des commifTaires dans
[es provinces, jamais moins de deux^
:oujours un évèque , un duc , ou un
:omte. Leur emploi étoit d'écouter
les plaintes , 6c d'en faire le rapport
lu monarque.
On ne connoinfoit point fous la
I première race ce que c'étôit que gens
jde robe. Les juges , nous ne parlons
îque des laïques, rendoient la juflice,
umés de leur épée , de leur hache,
k de leur bouclier. Leur commilTion ,
qui n'étoit que pour un temps, leur in-
.erdifoit toute acquifition dans l'éten-
due de leur jurifdidion. Elle de-
anandoit une grande connoilTance des
jloix nationales ôc des coutumes lo-
I * Le fou J'or valoir environ quinze francs de notre;
inonnoie On payou deux cents fous d'or pour un
vaïque 'ne;énu , cenr pour un gaulcis pofTeflcur , qua-
jfante-cinq pour un gaaioTs tributaire. On appcÛoic
Gaulois pcflelTeur celui qui avoir des terres en propre j
*& tributaire ,. celui ^ui dévoie certaines redevaoceà
su roi.
228 Histoire de France.
cales. Le François devoit être jugé fui-
Ann. ^UjVant la loi Salique ; le Gaulois au-
61 y. delà de la Loire fuivant le droit Ro-
Fecherches maiiî , ccluî dcs pays feptencrionaux ,
fur hdroitf^^-^y^^^^ [^ droit coutumier. Ils tenoieni
Jet}. n//c. leurs afiifes tous les huit ou quinze
»>p 7i. jours, félon la multitude des affaires,
toujours dans un lieu public, où cha-
cun pût avoir un libre accès. Chaque
particulier pkidoit lui-même fa caufe
Celles des veuves & des pauvres
etoient privilégiées : ils étoient fous L
prote \ion de l'églife : il n'écoit pa;
permis de rien déterminer contre eux
qu'on n'en eût donné avis à l'évcque
Les prélats jouiiToient alors d'une 1
grande confidérarion , que non - feu
lement leur intercelïion fauvoit la vit.
âux criminels , mais qu'on pouvoi
porter devant eux une affaire com-
mencée devant un tribunal féculier
CoL Thec^ Li loi de Conilantin l'ordonnoit ainfi
pe^'y. p. ir- Charlemngne la renouvela ; Louis h
mundi. Débonnaire la coni.rma.. L'évêquc
connoiffoit par lui-même , ou par for
officiai , de tout ce qui pouvoit être
la matière d'un péché , des marchés
faits avec ferment > des mariages .
des teilamens , des facrileges , de.;
parjures , de l'adultère. Ce pouvoiii
Cl-otaïre il 229
•norme étoit fondé fur la dignité de "•
eiir caradere , fur la fainteté de leur Ann. 616 ,
'ie, fur l'étendue de leur capacité. La éiy.
)lupart des feigneurs ne favoient ni
ire ni écrire. Ennuyés d'être fournis
omnie le peuple à la correction des
)rêtres , ils fe mirent enfin à étudier
es loix.
Quelquefois le monarque rendoit
ui-mème la juftice. L'audience fe te-
10 it toujours à la porte de fon pa-
ais. Quand il ne pouvoit pas s'y trou-
ver en perfonne , il commettoit deux
)fliciers pour recevoir les placets , &c
épondre fur-le- champ à ceux qui ne
lemandoient pas une longue difcuf-
1-11 -^ ^ '^ j
ion. U y avoir, outre ces maîtres de
equêtes , un comte juge. Il avoit pour Creg. Tur,
:onfeillers , des eens d'épée comme M' ^' If '
ui 5 qu on appelioit echevins du pa-
ais. Ce tribunal jugeoit de tout ce
■]ui regardoit l'Eifat , le prince & le
oublie. Lorfcpe le roi y préfidoit,
liîifté d'évêques , d'abbés & de ducs ,
l fe faifoit rapporter l'affaire par le
■o-nte-juge ; recueilloit les voix , en-
liite prononçoit. On voit une formule Cha^. z5»
ie ce prononcé dans le feconkl livre
de Marculphe.
\ Quelque temps avant le parlement Vt^tsàtt
1^0 Histoire de France.
de Bonneuil * , il s'étoit tenu à Pari
Ann. ^léjUïi concile compofé de foixante-dix
^17, neuf évêques , de quantité de fei
concile corn- gneurs 5 & d'un grand nombre d'
^ues à'^^dë ^^^'^^'^ ^^ prince , qu'on appelloi
fdgneurs. Icudcs OU fidèles. C'eft le premier d
Tom. I. cette efpece : on en aflfembla fouven
%0Rc. Cdl. jg pareils fous Charîemagne & fes fuc
ceifeurs. Ce fut là que l'on fit ces oi
donnances fi célèbres , qui porteren
le nom de capltulaires _, parce qu'elle
avoienr été faites dans une alfemblée
ou y comme on parloir dans ces an
ciens temps, dans un chapitre génère
de la nation. Ce concile , le qua
trieme de Paris depuis l'établtiTemcii
de la monarchie dans les Gaules , dé
clare nulles toutes les éleétions , o
^moniaques , ou faites fans le con
fentement du métropolitain y du cler
gé & du peule. Le troifieme canoi
défend aux eccléfiaftiques , quelqU'
rang qu'ils tiennent, de fe prévaloi
contre leur évêque du crédit de
grands , ou même de l'autorité di
monarque. On régla par le quatrième
que les Juges féculiers ne pourroien
ni condamner , ni faire punir an cleri
à l'infçu de fon prélau On excora-
* Eu ôij,.
Clotaire II. 231
nunia les religieufes qui auroient qui- ^'
é leur habit. Ennn on renoaveîla UAnn. éitfj
léfenfe des mariages inceftueux. Le roi ^J?»
ir publier une ordonnance, où , en
onfirmant les ftatuts du concile , il
jouta ce qu'il crut devoir aux pré-
lOgatives inviolables de la couronne.
Le monarque déclare par Ton édir, il confirme
1 'I M 1 • r le concile
]ue le prélat élu en la manière prel- ^^^^ ^uef-
rite par les pères du concile , ne q^es modi&.
A /« / ., 15 cations.
)oura être làcre qu en vertu a un or-
Ire du fouverain : que tout clerc qui J'^ Vecmo
•^ 1 -^ reg. Clôt.
.ura recours au prmce pour quelque j^^,. çomiu
aufe que ce foit , fera reçu en grâce 5 GalU
'il fe préfente à l'évêque avec des
etrres de la cour : que l'eccléliaftique
■nfin ne poura être jugé par le laïque,
jue lorfqu'il s'agira de quelque cri-
ne^ & qu'en ce cas les prélats & les
uges féculiers en connoîtront con-
ointement. Clotaire , par la même
)rdonnance5 décerne la peine de mort
."ontre ceux qui auront enlevé de force
es veuves ou les vierges confacrées à
Dieu 3 foit qu'elles demeurent chez
îlles , foir qu'elles vivent dans un mo^
laftere. 11 finit par l'abolition de tous
es impôts nouveaux , ordonnant de
i'en tenir à ce qui éroit en ufage ibus
es rois Contran y Chiipéric & Sige-
i^z Histoire de France.
*" berc. C'eft de tous les anciens édit
Ann. 6i6,qLii font parvenus jufqu'a nous , ce
617. lui où toutes les formalités font 1
plus exactement obfervées. On y voit
avec la foufcriptiqn du roi , celle d
chancelier ou référendaire. i. ,
11 tente înu- C'ctoit ainfi que par d'utiles régie
dépXr Ga?- ^^^^s , Clotaire s'efforçoit de coi
nier. vrir l'injultice de fon ufurpation. Ma:
fî la diminution des impots lui mérit
les applaudilTements des peuples Au
trafiens de Bourguignons, cette grand
réformation ne fut nullement du go{
des grands , qui n'avoient trahi la fr
mille de leurs maîtres , que pour vivi
dans l'indépendance. On ne fçait
Garnier étoit réellement coupable c
quelque crime d'Etat , ou fi la feu
crainte d'un fi méchant homme avo
Uermann. déterminé ce prince à prendre des m<
fures pour le priver de fa charge. U
auteur affure qu'il n'afietnbla le park
ment de Bonneuil , que pour engage
les feigneurs de Bourgogne à confer
tir à cette dépofition. Le fuccès ne r<
pondit point à fon attente. Tous 1
prièrent de recevoir le miniftre en gn
ce, ^ de le confirmer dans fon eni
ploi : il n'ofa les refufer, tant il fento
la domination mal affermie j ôc ce qi
Clotaire il 235
riva l'année fuivante , prouve bien
lie le crédit du maire l'emportoit fur Ann. 616 ,
^lui du monarque. 617.
On fçait que les Lombards , pour
larque de leur fujétion , payoient Ann. 618.
)us les ans aux François douze mille ]} ^^^'^^^ ^^
i> A 1 1 1 1 1 • tribut aux
)us Cl or. Aclaloalae leur roi , envoya Lombards.
QC célèbre ambadàde à Clotaire ,
Dur le prier 5 non -feulement de lui
rmettre ce tribut , mais de lui refti-
ler Aoufhe de Sufe. C'étoient deux Fredeg, in
laces importantes que Contran avoir ^'^''^^* ^* '^^*
jnquifes. Elles ouvroient à nos trou-
es un libre pafTàge en Italie , ôc fai-
)ient de ce côté-lâ toute la fureté du
)yaume de Bourgogne. La propofi-
on ne méritoit par conféquenc que
indignation , le mépris de le refus
'an prince auffi puiilant. Elle ne pa-
Lit pas telle à fon confeil. Garnier 5c
.eux autres feigneurs Bourguignons
voient touché de grotTes fommes
'our faire réuiîîr cette affaire : ils s'in-
riguèrent tellement , que le foible
iionarque confentit à tout , moyen-
lant trente -cinq mille fous d'or une
bis payés. Cette lâcheté , fi deshono-
ante pour le fouverain 8c pour la na-
ion , fut le terme des conquêtes de
1 pollérité de Clovis , de ferma pour
1^4 Histoire de France.
long-temps le chemin de la vidtoîm
Ann. ^ig.aux François. * Il en coûta beaucooj
de iang, pour le rouvrir fous la fé
conde race.
Inquiétude Les inquiétudes Se les chagrins ai
au fujct deii^gentle trône comme 1 humble chau
Chiidebert.^ miète. 11 fe répandit alors un bruit qu
rovéefonfiis^bildebert 5 fils de Thierri , étoi
&deiaieinecaché à Arles dans un couvent de reli
iSertrude. fa • /• - ce ' C /T,
femme. gieuies. Le monarque errraye nt auili
Flor. Praf, ^^^ arrêter l'abbelTe , nommée Rufti
In vira. S, cule. Elle parut devant le roi , & jui
564. quelle navoit pas même eu la pen
fée de donneir retraite à celui que
chercUoit. C'écoit une fainte fille : tou
te la cour fe laifTa perfuader. Clotaii
plus incrédule , parce qu'il ctoit pk
intérelTé, fut le feul qui la foupçonr
de fourberie de de dilTimulation.
la retenoit toujours prifonniere. I
maladie fubite de Merovée , l'un d
fes enfants , lui fit croire que le cit
prenoit en main la caufe de cette fair
te religieufe : il lui rendit la liberti
Cependant le jeune prince mouru'^
La reine Bertrude le fuivit de prè
* Pafquier, Recherches de la France, 1 5 » c 15
pag. ^ço. Car en lui, dit cet auteur dans fon vîei
langage , commenccrent de fe boucLei' les grand
incioires av^aravanc tant familières d fes dîva>
I
C L O T A I R E IL 25^
^e roi fut très-fenfible à cette double
•)erte. Ann. 6ïS,
Il lui refloit deux fils, Dagobert & "
Aribert. Le premier^, quoique l'aîné , ^^^' ^^''
:toit encore fort jeune* On le croit ^^ ^^^^^f^f
ic cl iiaidetruQe , première remme de la royaiuc.
Dlotaire. Le monarque , foit amour
lu repos 5 foit politique ^ foit tendref-
e , lui céda l'Auftrafie avec le titre de Fredeg. in
ci. C'eft le premier exemple que ^'^''^"* '■" "^7*
'hiltoire nous fournilTe de l'airocia-
ion d'an fils de France à la royauté.
1 lui donna pour miniflres deux hom-
nes d'une grande réputation de fa- •
^eiie & de vertu ; Arnoul évêque de
vîetz, 6c Pépin dit le Vieux , ou de
-.anden, La prudence ne permetroit
)as qu'il fe dépouillât de toute (on
lutorité. Ce fut dans cette vue qu'il
, e réfetva une efpèce de fouveraineté
|.ur le royaume qu'il abandonnoit.
uMais outre cela il retint les Ardennes ,
es Vôges , l'Auvergne , toutes les
/illes enhn que les rois Auilrafiens
ivoient poiïedées au -deçà &c au-delà
de la Loire. Ce démembrement man-
qua par la fuite de brouiller le père ôc
le fifs.
Dagobert , accompagné de tous les ^^^^ ^,^^
feigneurs de fa cour , s'ctoit rendu à Diffcreaé
z^6 Histoire de France.
à - .- Clichi , maifon de plaifance auprès de
Ann. (ii6. Paris, pour époufer Gomacrude , fœur
entre les Je la reiiie Sichilde , aduellemenc rc-
ceux rois. _ . ^ n n i
gnante. Le mariage rut célèbre avec
Zifm,c.î 3. toute la magnificence pofTible. Mais
la cérémonie etoit a peine achevée .
que le jeune roi demanda hautement
la reftitucion de tout ce qui avoit été
détaché du royaume d'Auftrafie. Clo-
taire fut vivement irrité d*une pareilk
demande : cependant il diflimula. Se
timide politique Uii repréfentoit fan;
celfe des confpirations prêtes à éclater
Il fe perfuada que fou fils n'eût pas ofi
lui faire une femblable propofition
s'il n'y eût été excité par les grands d(
fon royaume. On convint de choifi
douze feigneurs pour terminer le dif
férend. Les arbitres ménagèrent fi biei
l'efprit du roi , qu'il céda les Arden-
iiQs y les Vôges , Rheims , Châlons
Laon ôc Cambray. Cette condefcen
dance rétablit une parfaite tranquillio
dans l'empire François ; mais elle m
fut pas d'une longue durée.
Révolte des Bientôt elle fut troublée par la ré-
Gafrons Se volte des Gafcons. Cette guerre n'eu
à^s Saxons, ^ucune fuite. Celle des Saxons fut plu:
Ged. Franc, férieufe. Cette fiere nation , méprifan
c. 41. la grande jeunefle du fils <3c l'humeui
Clotaire ÎÏ. 137
pacifique du père , crut qui la circonf- - -
:aiice étoit favorable pour recouvrer Ann. 616.
"on ancienne liberté. Bertoalde leur
lue, après s'être alTuré du fecours de
)lufieurs peuples barbares , envoya
Icclarer au roi qu'il ne payeroit plus
e tribut. Dagobert paffa promptemenr
e Rhin pour aller châtier les rebelles,
w orgueilleux duc vint fondre fur lui ,
ivant qu'il pût être joint par l'armée
le Clotaire. Le combat fut opiniâtre ;
nais enfin le jeune prince François ,
i)leiré d'un coup de fabre qui lui fen-
lit le cafquï 5 & lui coupa quelques
heveux , fe vit obligé d'abandonner le
! hamp de bataille. Il dépêcha au(îî-tôt
. m de fes écuyers vers fon père , pour
' ui porter les morceaux du cafque avec
a dépouille de fes cheveux. C'étoient
ie glorieufes preuves qu'il avoit fait
; on devoir , 6c des marques non équi-
j roques du danger qu'il avoit couru,
i Le roi auHi-tôc fe met en campagne , Les Saxons
<lc vole au fecours de fon fils avec tout ^°^^ ^J^}fi^'
,., rr ^ Ti niencdefaitst
:e quii peut ramalier de troupes. 11
Touva les deux armées en préfence :
îlles n'étoient féparées que par le Vé-
ser. Bertoalde , pour encourager les
taxons 5 avoit irait répandre dans Ion
^:amp le bruit que Clotaire étoit mort;
238 Histoire de France.
!? Le monarque s'avança à la vue de Tin-
Ann. 616. fidèle vafTal , ota fo» cafque , & lui fit
voir fa longue chevelure erife. Le duel
s'emporta jufquà rinfulter. Le roi
vivement ofFenfé, pique fon cheval.
' pafTe la rivière à la nage & fuivi d*ur
grand nombre de François , court droit
aux Saxons. Bertoalde épouvanté , tâcht
de s'échapper par la fuite. Clotaire h
jjourfuit, l'atteint, & d'un coup d'é
pée lui abat la tête , qu'il fait mettn
au bout d'une lance. Ce ne fut plu
alors qu'une horrible boucherie. L'ar
mée fut taillée en pièces , ôc la natioi
prefque entièrement exterminée. Ôi
dit que le cruel vainqueur ordonna d
mafTacrer tous ceux de ce peuple fé
ditieux , qui excéderoient la hauteu
de fon épée. L'ordre ne fut que tro]
fidèlement exécuté,
" C'efl le dernier exploit mémorabl
Ann. ^2.8. J^ f^gj^Q^Q Clotaire, fi toutefois 01
Ciorïïre/^ peut le compter au nombre des adion
de ce prince ; car la fidélité de l'hif
toire ne permet pas de diflimuler qu»
les auteurs les plus graves lerévoquen
en doute. Il n'efi: rapporté que par l'âu
teur dQS Faits des rois de France. Fré
degaire n'en fait aucune mention
Quoi qu'il en fbit ce monarque mou
Cf. OT A IRE IL 139
it a-peu-près vers ce même temps ,
c flic enterré à Paris dans lëglife cIcann. ^18;
lint Germain-des-Prés. Il étoit âge de
uarante - cinq ans. 11 avoit eu pour
animes Haldetrude , >Bertrude &: Si-
bilde. Il laifFa deux enfants. Dagoberc
: Aribert. Il paroît confiant que ce
ernier étoit fils de la reine Bertrud^.
C'efl envain que les hilloriens de soncarao^
m temps, ou trop efclaves , ou tropfé^oçç!"^^^
>mblés de fes bienfaits , repréfentenc
î monarque comme un prince jufte
: débonnaire : fes actions nous le pei-
nent fous d'autres couleurs. Uufur-
ition du trône de Thierri , le malfacre
es petits-fils de Brunehaut , la mort
:uelle de cette reine , celle de Bofon,
die de Godin , fils de Garnier ,, tout
rouve qu'il n'avoit i>i cette inflexible
quité, ni cette incroyable douceur
i lie lui donnent fes panégyriftes. Bo-
nn étoit un jeune courtifan de la fi-
jure la plus aimable.. Le roi le foup- Frf%. \n
onna d'ua commerce de galanterie *^^''^"* ^' 5^'
vec la reine Sichilde : il le fit affalÏÏ-
er. Godin avoit époufé la veuve de
on père : l'incefte , fuivant les nou-
eaux édits , étoit un crime de mort :
21otaire envoya quelques perfonnes Uem.îbid,
.aidées pour le tuer. Le jeune feigneur
240 Histoire de France.
■wnji^iuM Ç21 fat averti , & fe retira dans les Eta
Ann. ^z8. cleDagobert,qui obtint fa grâce ; ma
ce fut a condition qu'il ne retournero
plus avec fa belle-mere. Berte , c'étc
le nom de cette méchante femme,]
ritée de ce que fon amant étoit trop ï
dèle à fa promefTe , l'accufa d'une co
fpiration contre la vie du roi. Ce pri;
ce 5 fur ce rapport didé par le dépi
feignit de vouloir s'affurer de la fid
lire de Godin. C'étoit en apparen
tout l'objet de la commiflion de dei
feigneurs qu'il lui envoya. Mais I
ordres fecrets portoient de le poignr
der, lorfquils en trouveroient l'occ
fion. Le malheureux courtifan s'
douta 5 &: fe fit accompagner d'i '
grand nombre de gens armés. On
promena d'églifes en églifes , de So;
Ions à faint Denis , où il jura fur
corps de ce faint , ce qu'il avoit juré 1
celui de faint Médard , qu'il feroit to
jours fidèle a Clotaire. On lui prop
fa de réitérer le même ferment à fai
Agnan d'Orléans : il y confentit. Ji
que-là il s'étoit tenu fur fes gard(-
Mais enfin furpris auprès de Ch;
très , il fut percé de plufieurs cou
dont il expira , vidime de la diffim
lation , du parjure , & de la barbar'
d'i
Clotaire 11. 141
un prince qui devoir un grand royau- —
le aux intrigues de fon père. Ce font Ann. 6z8*
es taches fi contraires à l'efprit d'é-
iité , aux loix de l'honneur , aux
laximes du chriftianifme , qu'il ed
npollible de les excufer. Il eft hon-
ux pour l'humanité , que le fiècle
î Clotaire n'y ait vu ni injuftice , ni
uautc.
Au refte , on ne peut difconvenir Ses belk^s
I il n'ait été un prince vaillant & ^"^^J^^-
ave 5 habile dans l'art de go u ver-
îr , populaire , affable , charitable
)ur les pauvres , libéral envers les
;lifes , zélé pour l'obfervation des
ints canons , ami ôc protecteur ar-
mt de tous les ferviteurs de Dieu.
avoir exilé faint Loup , évèque de
jns, qui fidèle à la famille de Thier-
, s'étoit oppofé autant qu'il avoir
i à rinvafion de la Bourgogne : il le
ppella au bruit des merveilles qu'il
îéroit 5 l'invita a fa cour , lui de-
anda pardon , le fit manger à fa ta-
e , & le combla de préfents. Il ré-
biit les loix en leur ancienne vi-
leur , ôc mérita , par les règlements
l'il fit , une glorieufe place parmi
s légiflateurs, C'eft à lui que nous
îvons le code des loix Allemandes,
Tome /, L
\
141 Histoire de France.
Elles fiirenc rédigées 3c mifes p:
A.NN. 61Î. écrit dans un parlement de trent(
trois évêques de de trente-quatre duc
aiïemblés fous fes ordres. Il avo
l'efprit orné , aimoit les belles lettre;
fe piquoit de politeiïe & de galanu
rie. Sa complaifance pour le beau fe>
alla jufqu'à l'excès. On lui reprocl
encore qu'il aimoit trop la chaUe.
x'exercice Ce noble amufement , que Plate
'^e la chaiïe ^ppgHg un exetcice divin & l'école d-
aum ancien ii -r • • / / î
que la mo- vertus militaires , a toujours été cel
narchie. ^q j^qj ^q{^ ^^^ [^ naifTaiice de la m<
rffjr ^^ '^^' P^^c^i^» Le maître veneur , qui ,
HUcmar. de l'on en croit Hincmar , étoit un d
ord. paiûtii , grands officiers domeftiques fous 1
Cl ^i4' pj-inces Mérovingiens; le forefti
qu'ils établirent pour la garde du ^
bier de des forets de leurs domaine
les parties de chalfes enfin où tous 1
feigneurs de la cour étoient folenm
lement invités en certaines faifon
forment autant de preuves incontefl
blés de cette vérité. On leur voit,
leur entrée dans la Gaule , un éqi
page réglé, beaucoup de chevaux, d
meutes de chiens , une fauconner
Forcer un cerf ou un fanglier , cd :
alors un divertiflèment auïîi comm i
que de nos jours j mais il nctoit pc^
CtOTAlRE ÏI. 141
\s qu*aux princes , ou tout au plus à
lelques feigneurs privilégiés. On Ànn. 6i8.
iiairoit aufll avec les armes : cécoienc
dinairement l'épieu , le dard , l'arc ,
i larbalète. Il y avoir encore une
pece de chafle fort ufitce dans ces
iciens teinps. Elle confiftoit à créa-
r des folTés que l'on couvroit de
uillages ,• ou à tendre des lacs , des
ets , ou des pièges avec des apats. Ordcnnance
i crainte qu'on ne détruisît indif- '^t^^^'"*^^'
laement toute lorte de gibiçr , n (^ de lovis
: eniîn défendre fous les peines les^^» ^'''^^•
us rigoureufes.
H patoît par tout ce que nos hifloi-
s nous apprennent , que la chafïè
oit alors un exercice libre ; mais fur
s terres feulement , jamais fur l' lié-
cage d'autrui .qu'avec fa permiiîion.
'eft la reftri6tion qu'y apporte le . -t. 5 » ^uoi
Toit Romain. Nos monarques adop- J.^f jf ' rXm
rent cette loi , & la firent obferver domanio,
ms toute fa rigueur. Le roi Gontraii
)ndamna à mort un de fes chambei- Greg. Tur.
ns pour avoir tué un bufïle dans la^*^°* ^'^
)rèt royale de -Vadac ou Vangenne,
)n trouve dans la loi Salique de beaux Le^. Saïkie»
rglements fur ce divertiffement , tou-*^- ^^'
mrs honnête par lui- même , mais
uelquefois infiniment dangereux.
o.
144 Histoire de France,
Elle défend de voler ou tuer un œ
Ann. éiS.privé, qui aura été drefTé pour (||
chaife , aind que cela s'obfervoit alo:
Elle décerne aulîi des peines cont
celui qui tuera un cerf qu'un aut;
pourfuit 5 ou qui dérobera le gibi
d'un chaiïeur , les chiens , ou les oifeai
Vâgolert , Gu'il a élevés. Ges fages difpofitiQ
L 6SO. à 11 ' •
turent renouvellees par nos rois
^g'"''^- '*^'^^* différents temps &: dans les mên:;
termes.
On a prétendu que nos premi(|
monarques avoient manqué de poli •
que 5 en adoptant une loi , qui ne n •
Trm de la ^^Z^ P*^^ afTez les droits de la fou^ -
poi tom. z , raineté. Quoi qu'il en foit , c'eft : *
^;,|'j'^qJJ ' jourd'hui une jurifprudence univ •
Tellement reçue en France , en Efi -
gne , en Allemagne , que le fouver; i
ïeul a le droit primitif de chaife , :
que la nobleffe le tient de lui , ou j :
inféodation , ou par çoncefGon , ou ] c
privilège.
2^45-
DAGOBERT I. ^''^* ^'^•
jA nouvelle de la mort de Clotaire Dagcbertfe
î fut pas plutôt parvenue à la cour ^^^î^j.e^7euî
Auftrafie 5 que Dagobert . fit jouer roi de Fran-
us les reiForts de la politique pour ^^*
faire reconnoître feul roi à l'exclu-
3n d'Aribert fon frère. Il envoya, i^r n^"
ns tarder, en iiourgogne & en Neuf- c. i^..
le ceux de fes miniftres , qu'il con-
nfToit les plus capables de ménager
s efprits , &c d'emporter en fa faveur
fuftrage des grands & des peuples
î ces deux royaumes. La force vint
L fecours de la rufe. Le premier foin
1 monarque ambitieux , fut de lever
le puiifante armée , à la tête de la-
lelle il s'avança jufqu'à Rheims. îl
trouva tous les évêques & tous les
igneurs Bourguignons > qui s'étoienc
ndus dans cette ville pour lui prêter
•rment de fidélité. La Neuftrie imita
ientôt cet exemple. Brunulfe , frère
2 la reine, mère d'Aribert, s'oppofa
lutilement à cette réfolution : il falut
."der au temps : il vint lui-même avec
■ prince fon neveu au-devant du nou-
iau roi pour lui faire hommage.
L3
1^6 Histoire de France.
C'ttoit violer ouvertement les loijj
Ann. ^i8 qui jufcju'alors avoient admis tous f((
Aiiberrob^ ciif; iits dc:. monirqu^s brançois ai
tîedl"Aou5 P^^^^S^ du royaume. Miis le parti
taine à titjc pi US jufte n'ell pas toujours le pli
de royaume, heureux. Cependant les grandes qu
un. c. 16. litcs du jeune Anbert forcèrent enfin
cour à lui rendre juflice. Son méri
attira fur lui tous les regards : les U
gneurs parurent touchés de fon foi
Les plus iâges du confeil craignire!
que cette compalîîon ne devînt f une(
â Da^obert : ils l'engagèrent à céd
a Ion rrere quelques provnices a tit
de royaume. On lui donna le Toi
loufain , le Querci , TAgénois , le P
rigord , la Saintonge , & tout ce q
eft entre la Garonne de les Pyrénéc
Mais on lobligea de renoncer à toi
tes fes prétentions fur le refte de
monarchie Françoife. Le roi dVAqu
raine , c'eft le nom qu'il prit , part
aulîî-tôt pour {qs nouveaux Etats , doi
Touloufe devint la capitale. 11 y véci
avec éclat , fubjugua les Gafcons qi
s'étoient révoltés , & foutint avec gloi;
l'honneur de la royauté.
D.igcfcert Le commencement du règne c
rend juftice r> i • • «^
aux peuples L>agoDert annouçoit un prnice pa
opprimés, fait. La Bourgogne étoit défolée f
Dagobert I. 247
s vexations des feigneurs , qui àbu- "* ""J^
nt de la timide indulgence de Clo- Aun. 6iZ.
ire 5 étoient devenus autant de ty-
ns. Le nouveau monarque s'y ren-
t avec tout l'appareil de la majefté,
r il aimoit l'éclat. îl fe fit voir d'à-
)rd à Langres , enfuite a Dijon , à
int Jean de Lône , a Châlons- fur-
Mie, à Autun , à Auxerre , écoutant ^<^^^' ^*^i^»
s plaintes de la veuve, de l'orphelin,
) toutes les perfonnes enfin que leur
ibleire avoit le plus expofces , à L'op-
elîioh. 11 fit par -tout une exafte
ftice 5 & chacjue crime fut puni
ec une inflexible févérité , fans dif-
idion de riches, ni de pauvres. On
combloit de bénédidlions : on don-
)it mille louanges aux miniftres qui
confeilloient : on ne pouvoit fur-
ut fe laiTer d'admirer un jeune roi fî
cupé du gouvernement de fon Etat ,
l'il fe donnoit à peine le temps de
endre fes repas.
Mais ce même voyage fut déshono- il répudia
par une adion ou l'on voit moins J^j'^' ^"ouf»
î juftice que de politique. Brunulfe, Nauùide.
icle d'Aribert , pour ne point faire
nbrage ,, avoit fuivi Dagobert en
Durgogne. Ce prince le fit arrêter à
int Jean de Lône. La crainte qu'il
L4
248 Histoire de France.
'■ ne brouillât , plus que la convidlioi,
Ann. 618. ^'aucune intrigue nouvelle, dida lo:
dre de le tuer : ce qui fut exécuté p:
trois des principaux feigneurs de
cour. Le monarque revint enfuite
Paris 5 dont il fit fa capitale. Bienc(
il répudia Gomatrude , fous prérext
Jd.FredegdQ flérilité. Nantilde , fille d'honnei
Ge/î Da- ^^ cctze reine , eut le bonheur de li
gob. c*\u plaire : il l'époufa à Rumilîy , maifc
de plaifance proche de Paris. Ce f(
cond engagement ne put fixer i'hi
meur volage de ce prince. Il n'éto
plus retenu par les fages confeils d' A:
noul. Le faint prélat , après des ir
fiances mille fois réitérées , avoir enh
obtenu la permifïion de fe retirer.,
vivoit alors dans la folitude , occut
de la feule affaire de fon falut. Lac
fence de ce grand homme eft Tépc
c]ue des défordres du roi fon 'élèv
Le voluptueux Dagobert , empoft
par la fougue de la jeuneffe , ne mé
nagea plus rien , & s'abandonna fan
pudeur à tout ce que la pallion a d
plus effréné.
%et défor- La vanité , plus que le défir de ren
dre la jufiice aux peuples , avoir fai
réfoudre un voyage en Auftrafie. Il "
parut dans toute la pompe du trône
àïti.
Dagosért L 249
vèal de fes habits royaux , accom-
gné de tous les grands feigneurs deANN. <îi8.
euftrie Se de Bourgogne. Son cœur
fut féduit par l'amour : il ne, put
fifter aux charmes d'une jeune Auf- ^^^^FraUg,
liîenne , nommée Ra^netrude : il en
it un fils fi connu depuis fous le nom
; faint Sigebert. Ce n'étoit là , pour
nfl dire , cjue le prélude de fes dé-
)rdements : ils allèrent toujours en
oilTant. On lui vit en même-temps
Dis femmes 5 qui toutes étoient ho -
|)rées du titre de reines, & prenoienc
qualité d'époufes légitimes. On ne
.rie point de {^es maitrefîes : elles
Dient fans nombre , ôc fes excès en
genre furent portés fi loin , que les
ftoriens ont eu honte de les rappor-
r. Toujours un défordre en attire
1 autre. Les tréfors du monarque
Féminé ne fuffifoient point à l'avi-
té il ordinaire dans les femmes de
îtte efpèce : il fe vit bientôt obligé
accabler fes fujets de nouvea'ux im-
3ts. Ce n'étoit par-tour qu'horribles
2xations : il ne refpeda pas même
:s biens de l'églife.
On ne fcauroit imaginer jufqu'où Magnîfîcea-
1-1 ■* •£ r 1 ^ ^ j^ ce de la COUT
loit la magniticence lous le l'egne de ^^ ^^ j^^^^^
î prince. L'or 6c les oierres précieufe$ •
L5
1
2,50 Histoire de France.
^-'^'"'" ".'■'" brilloient par-tour. Sainr Eloy , qi j
Ann, ^18. ne vint a la cour qu'avec la qualiré ci i
rita S. Eli- limple orfèvre , portoit des ceinrurt
^Z'^^'"'^"^"' enrichies de pierreries. On aflure ciu
rit pour Clotaire un rauteuil d or maiii
Gejî. Di ^ais le comble du fafte eft ce trôn
gob. c. 40. entier du même métal , fur lequel Dn
gobert parut a(ïîs dans une auemblé
générale des feigneurs de fon royai
nie. Les François dévoient ces grande
richeiTes , tant à leur commerce ave
l'empire d^Orient , qu'à leurs conqiu
tes d'Italie. Le peuple cependant g(
miiroi.t fous l'oppreflion. Les miniftre
devinrent refponfables des exadion
du prince. Lé vertueux Pépin fut 1
pemier objet de la haine publique
Frel. e. 62. C'étoit un févère cenfeur plutôt qu'u
lâche adulateur des vices du monar
que. On n'oublia rien pour le perdre
mais fa fageife , fa piété , fa verr.
rendirent inutiles les pernicieux def
feins de fes ennemis.
Aribert, bien différent de fon frère
Ann. 6jo.j^Q s'occupoit que du bonheur de fe
Mort d'A- fujets. Il en étoit adoré. La fageffe , h
Ton^filsf ^ bonté y h douceur de fon gouverne
ment firent repentir les François d(
l'injuftice qu'ils lui avoient faite. Mai;
une prompte mort l'enleva de c(
Dagobert I. 251
nonde , Se remplit fon royaume de
leuil de de trifteffe. Le jeune prince Ann, ^50.
^hilpcricfon fils le fuivit de près, laif- Idem, c. si.
ant à fon oncle de grands tréfors & un Gefl. Dd»
Zcat florifTant. On lit néanmoins dans la^ ^' ^'^*
louvelle hiftoire du Languedoc, qu'A-
ibert eut deux autres enfants qui lui
urvécurent , Boggïs & Bertrand. On
prétend que le premier eft la tige de
^'illuftre famille qui fut éteinte dans la
pei'fonne de Louis d'Armagnac , duc
de Nemours , tué à la bataille de Ce-
rignoles. Ce font là de ces fyftèmes gé-
néalogiques 5 toujours plus aifés à ima-
giner qu'à établir folidement. Quoi
qu'il en foit , la mort précipitée du père
6c du fils donna occanon à mille bruits
injurieux. On crut avoir fujet de foup-
çonner que Dagobert , foit ambition ,
loit jaloufîe , avoit abrégé les jours
d'un frère trop digne de régner fur toute
la France. Mais la fidélité de l'hilloire
ne permet pas de donner pour vrai ce
qui n'eft qu'une pure conjedure.
La France jouifloit depuis long-temps f "^'^1^3
d'une paix profonde. Elle fut troublée EfcUvons
tout-à-coup par un marchand , né fu- Vinides.
jet de nos rois , mais devenu lui-même
roi d une nation puiiTante. Samon ,
cétoit le nom de l'aventurier Fran-
h 6
]
îji Histoire de Franc b.
^ çois , éroic parti de cîiez lui * , accom- j
Ann. ^31. pagne de plufieurs négociants, poiu
aller traiiquer chez les Efclavons. C'ell
Fred. c, 48. ainfi qu'on appeloit les peuples qui
occupoient non - feulement ce qu'on
nomme aujourd'hui l'Efclavonie, mais
la Bofnie , la Dalmatie , la Croatie
de une partie de la Bohême. Les Vi-
nides étoient une de leurs colonies.
Ce font eux qui ont donne leur nom
au golfe Vénadique * '''5 où ils ha-
bitoient anciennement. Ils s'étoient
' 'avancés jufqu'au Danube , Ôc avoient
été fubjugués par les Abares. Les mau-
vais traitem.ens' qu'ils eiTuyoient de la
part de leurs vainqueurs , les forcèrent
enfin de prendre les armes pour fecouer
un joug fi rude. Les marchands Fran-
çois à leur arrivée dans cette malheu-
reufe contrée , trouvèrent la guerre
cruellement allumée. On étoit près
d*en venir aux mains. Samon s'offrit
généreufemenr à eux , & fit tant de
prodiges de valeur, qu'ils l'élurent
pour leur roi. C'étoit un homme né
pour les grandes entreprifes. Il fe con-
duifît avec tant de prudence de de
* Les uns veulent qa'il foit narîf du terrkoire de
Sens, d'autres, du "Brabanr , ou de Sennegau.
♦'■♦' Ceft ain(i qu'on appelloir anciennement l'em»
lioucbure de la Viilule.
Dagobert Î. 155
c irage , qu'il eut le bonheur de déli- •— i
v?r tes nouveaux fujets de la tyrannie Ann. 651,
Me l'opprelTion. Mais oubliant qu'il
ciit chrétien , il vécut parmi eux dans
t ite la licence du paganifme. Il épou-
{ jufqu'à douze femmes , dont il eut
sigc-deux fils de quinze filles.
Ce fut cet homme, auiïl fameux par
[ grandes qualités que par fes aven-
: es & fes excès , qui troubla la tran-
: ilité de la France fa patrie. Le fujec
: la querelle fut une infulte faite à
: slques marchands François , qui idem. e. <r«.
ienr venus chez les Efclavons pour Geji. Da-
rrafiquer félon leur coutume. Ces^°'^'^^'
:bares , au mépris du droit des gens ,
jetèrent fur eux , leur enlevèrent
1rs marchandifes , & tuèrent ceux
i voulurent fe défendre. Ce fut inu-
imenz que Dagobert envoya de-
mder fatisfaéVion : Samon refufa au-
;nce à fes ambalTadeurs. L'un d'eux ,
mmé Sichaire 5 trouva cependant le
)yen de parvenir jufqu'à lui à la fa-
Lir d'un habillement Efclavon. Mais
lui parla avec tant de brutalité qu'il
fit chafier honteufement, La guerre
: auffi-tôt déclarée. Le roi des Vini-
s la foutint avec gloire. On fit mar-
sr contre lui trois armées ^ qui l'at-
1
154 Histoire de France.
■ caqiierent par trois différents endrolti
Ann. 6}i, ce qui l'obligea de partager fes troupg
en trois corps. Le premier fut: déraj
par les Allemands fous la conduis
de Clodobert leur duc. Les Lan,
bards , autrefois t-ributaires , aduell
ment alliés des François . battirent
fécond , ôc firent un grand butin. Mî
le troifieme , où probablement Sam<
fe trouvoit en perfonne , repouffa
vigoureufement les Auftrafîens , qu:
fe virent contraints de fè retirer
défordre. Cet échec entraîna la
fedion des Urbiens ou Sorabiens , pe
pies voifins de la Thuringe. Dervai
leur duc , faifit cette occafion de
fouftraire à l'obéiffance de Dagobet
pour fe donner à Samon, Les Vinide
devenus plus fiers par cette réunioi
firent des courfes jufque dans la Gn
■ manie Françoife , qu ils défolere
pendant quelques années.
MafTacredes |j ^j-j-^y^ y^j-g ^e même temps un év
nement qui y quoiqu étranger , mer:
d'avoir place dans notre hiftoire , p
l'intérêt que les François furent Jorc :
d'y prendre. Les Bulgares & les At •
res n'avoient fait pendant long-tein:
Trei. c. 71 . qu'un même peuple : la mort de k :
ïoi les divifa ; chacun voulut éle^ !
Dagobert L 155
ir le trône un pânce de fa nation. La -'' -'-'**" ' . :!:
lerre s'alluma li vivement, qu'elle Ann. 6^1,
i finit que par la ruine prefque en-
ere des premiers. Neuf mille , écha-
zs à la fureur des vainqueurs , vinrent
lercher un afyle dans la Bavière , d'où
s envoyèrent prier le roi de vouloir
len les recevoir au nombre de fes fû-
ts. 11 leur permit d'y paffer l'hiver
ulement. Mais il leur prometroit en
lême temps de faire examiner leur
;qucte dans fon confeil. Le réfultat fut
li'iI étoit contraire au bien de l'Etat
'accorder un refuge à des gens fans
)i & fans loi. On envoya en confé-
Lience des ordres fecrets aux Bavarois
e les égorger une certaine nuit qu'on
:ur marqua. Il ne s'en fi^uva que fepc
îns, qui fe retirèrent chez les Efcla-
ons Vinides. On chercheroit envain
excufer une aâ:ion de cette natu^re.
'empire François n'avoir rien à ré-
curer d'une poignée de foldats , de
îmmes & d'enfants. On pouvoir
rendre des mefures pour les faire
jrtirde France , fans expo fer les pro-
inces au pillage. Ce malTacre eft un
pprobre & une tache a la mémoire de
)agobert.
On ne voit pas qu'il ait ménagé da- Dagobert
1
1^6 Histoire DE France.
r—" — : vanraee fa gloire dans le double a^ ;
Ann, (Î31. commodément quil tic cette merr^i
aide Si fen and année , l'un avec Sifenand , roi d(
di^G^'thsTn Vifigoths , l'autre avec !es Saxons , tr
Efpagne. butaîres de la France. Il avoir aidé 1
JFrei. C.73. premier à monter fur le trône d'Efp
Oefi. Da- gne , au préjudice de Suintlk qui goi
^oh. c, 30. vernoit cette nation depuis dix ans. U
des articles du traité porroit , qu'on li
donneroit un grand bain a d'or, doi
Ae'tius avoit fait préfent à Torifmonc
Il étoit enrichi de pierreries & pefo
cinq cents livres. Sifenand , proclam
roi, n'ofa le refufer aux ambalTadeu
François , qui étoienc venus le demai
der de la part de leur maître. Mais
apofta des gens , qui le leur enleverer
à leur retour en France. Dagobert i
plaignit vivement de cette violence
&: menaça beaucoup. On mit l'afFair
en négociation. Le foible monarque f
* contenta en dédommagement , de deir
cent mille fous d'or , qui font à-peu-ptè
trois millions de notre monnoie.
îl ccnfie la L'accord fait avec les Saxons , quoi'
âéfenfedela ^ j' > nr :^.
Thurînge ^^ ^ ^^^ autre nature , n orrre riei
îiux Saxons, de plus glorieux , ni d^ plus avanta-
geux. Dagobert avoit levé une puif
faute armée , pour aller châtier le
Vinides , qui défoloient la Thuring(
Dagobert I. 257 ^
p- leurs fréquentes incurlions. Ueja .
i s'étoic avancé Jufqua Mayence , & Ann. 6^1,
{préparait à pafïer le Rhin , lorfque u, Fredeg,
Ij envoyés du duc de Saxe vinrent '^^ '/4.
'faire une propofition qui ne pou- po'?- Da-
it que ioffenfer , s il neut amie le''
)os plus que la gloire. Us fe char-
oient de défendre avec les feules
mpes du pays toute la frontière de
Germanie Françoife , à condition
on leur remettroit le tribut de cinq
nts bœufs , qu ils étoient obligés de
arnir tous les ans à la maifon du
i. U accepta l'offre , leur accorda
xemption qu'ils demandoient , leur
nfia la défenfe de la Thuringe ,^Sc
•ngedia cette belle armée , à la tète
J laquelle il étoit en état de donner
loi à tous les peuples voifms de
^uftrafie.
On ne reconnoît dans ces deux évè-
îtnents , ni cette noble fierté, ni cette
deur martiale , qui rendirent les def-
mdants de Clovis fi redoutables ,
ue même l'empire Romain rechercha
lus d'une fois leur alliance. Ces
raves fondateurs de la monarchie
'auroient lailTé impuni , ni cette lâche
ifradion de traités , ni ces infultes
ûtes à leurs ambaffadeurs. Loin d'af-
15^ Histoire de France.
y franchir du joug des peuples vaincu j*
Ann. 6 3 1 . ils auroient profité de l'occafion d
tendre leurs conquêtes. On, ne les \
jamais préférer une honteufe oi(ive
à la gloire de fubjuguer une nation
perfide ou infolente* Cette foiblei
du gouvernement de Dagobert ai
nonce le règne des fainéants , &
chute prochaine de fa maifon.
* Les Saxons cependant ne fe trouv
Ann. ^^?.î;ent pas aifez forts pour arrêter 1
fa:?^fbn ^fiîs ^xcurfions dcs Viuides. Bientôt i
sigebert roi quittèrent leur entreprife , & la Thi
.dAuftrafie. ^[^-^^q demeura de nouveau expofée
6* 8^5. ^' ^^ ^^ fureur 6c à l'avidité de ces peupl
"Jefi. Da- barbares. Ces mauvais fuccès attri
^° ' ^* ^^* toient le monarque , &: ne le tiroieij
point de fa nonchalance. Il fe détei,
mina ennn à faire couronner Sigebe:
roi d'Auftrahe. Ce jeune prince n's
voit pas encore trois ans accompli
11 lui affigna des revenus fuffifant
pour foutenir la majefté du trône , 5
mit auprès de lui deux hommes célè
bres par leur fagelTe , leur prudence
ôc leurs vertus. C'étoient Cuniber
évèque de Cologne , 3c Adalgife du<
du palais d'Auftrade *. Cette démar
■*• Il paroît que la qualité de duc du palais efr î<
dirtinguée de celle de maire, que Pépin avoit a<
tueileuient & ^u'ii eut encore depuis.
Dagobert I. 1551
€3 eut tout l'effet qu'il en attencîoit.
Is Auftrafiens crurent avoir recou- Ann. 635;
\.' leur liberté , p.irce qu'As avoient
roi 5 & firent h guerre avec plus
vigueur. Les efclavons , ou n'osè-
lit plus paroître , ou furent vive-
mt repouiïcs.
La fitisfadion des peuples d'Auf-
lifîe fut un peu altérée par une au- ^^' ^^"^^
d ' r r ' 2 • Ti * • 1^ déclare
ilpolition du roi. 11 avoir repris c ovîs fon
Tintilde par les confeis de S. Amand Second fds
,11 avoit rappelle de Ion exii. il en f.uj ^ans fes
t un fils 5 qui fut nommé Clovii. ^t^rs de
. • 5 / Bourgogne
L crainte que ce jeune prince n e- ^ ^^ l^^^f.
cuvât le trifte fort d'Aribert , lui ^re-
prendre toutes les précautions que
prudence peut infpirer , pour lui
ftirer une couronne après fa mort,
e fut dans cette vue qu'il affembla a
iris les feigneurs des trois royau- Fred.c. 7/7,
es. Il leur déclara que fon intention
oit que l'enfant qui lui venoit de
litre , lui fuccédât dans tous fes
rats de Bour^oî^ne & de Neuftrie :
confirmoit à Sigebert pour le pré- Vita Sige-
mt tout ce qu'il pofifédoit , de pour ^^'"^- '7^
avenir ce qui avoit toujours été in-^ot/c. îi.
onteftablement du royaume d'Auf-
rafie , une partie de la Champagne,
;s Ardennes 5 les Vôges, toutes les
]
1
2<?o Histoire de France.
r- places Qn^n que fes prédéceffeù';
Ann. ^34. avoient pofTcdées dans rAquitaim^
dans la Provence, & dans les autr*
parties de la France. Il n'en excepte
que le duché de Dantélénus, qui
réunifloit à la Neuftrie , dont il ave*
été détaché par Théodebert II. Ce i'
fut qu'avec peine que les feignen
Auftrafiens confentirent à ce traité 1
partage; mais ils virent bien qu
étoit inutile de s'y oppofer. Le roi
vouloir : les grands des deux autr
royaumes le demandoient : il fall
céder aux temps, Se iigner la renôi
ciation de Sicrebert à la Bourgogne
a la JNeuitrie.
"^ L'affaire de la fucceflîon étoit
& JjL^^ peine terminée , que Dagobert fe \
obligé d'envoyer une nombreufe a
les^cîfc'onî^^^^^ ^^^^^^? les Gafcons. Cette nation
révoltés. toujours incjuiète , toujours ennem
de toute domination , s'ctoit jetée fi
Fred. c.j'-Ao. Novempopuknie "^ , où elle fit c
Gejl. Dd' grands ravages. On porta le fer &C .
goh. c. i6 ,fg^ jufques dans leurs retraites les pli
inacceffibles. Attaqués de tous coté;
battus dans leurs vallées , forcés dai
les' montagnes , ils envoyèrent demai
■^ C'étok ainfi qu*on appelloit anciennement cet
parde de la France, i^u'on nomme aujourd'hui G;
cogne.
D A G O B E H. T I. 2,(^1
r quartier. Ils robtinrent , mais à -^^ — ^'^^
idition qu'ils viendroienc fe jeter Ann. 6}$
i pieds du roi pour implorer fa 6c 6}^,
mence , & fe foumetrre à tout ce
'il exgeroit d'eux. Ils tinrent pa-
e. i£ghinan leur duc , accompagné
tout ce qu'il y avoit de grands fei-
eurs dans le pays , fe rendit à faint
mis. Mais il n'ofa paroître à Cli-
i, où Dagobert tenoit fa cour. La
inte du jufte châtiment que méri-
-t fa rébellion , ne lui permit pas de
:tir de ce refpedable afyle. H dépè-
i quelqu'un pour faire fes foumif-
ns. Le monarque leur fit grâce en
onneur du faint. Tous jurèrent fur
tombeau de l'apôtre de la France,
'ils lui feroient inviolablement fi-
les , 6c aux rois fes fuccelTeurs.
L'exemple des Gafcons avoit fait Les Bretons
volter les Bretons : la crainte du i5 '■^*^°^"*^^^-
eme châtiment les ht rentrer dans leur sei-
devoir. Judicael leur duc , au mé- gi^eur.
is des concordats entre les monar- ^^^'^ ' *
les François ôc les comtes de Breta-
le 5 avoit repris le nom de roi , de
vageoit les frontières de la France,
agobert lui envoya demander fatif-
dion 5 avec ordre de lui déclarer la
aerre , s'il ne venoit promptement
i(ji Histoire de France.
lui rendre les hommages qu'il lui (j
A.NN. ^5j voit. Ce fut faine Eloi qu*il charg
& 6} 6, d'une commiiîîon fi délicate. C*ét(
un perfonnage que fa vertu faifj
aimer de tout le monde , de que (j
génie rendoit capable de tout. Il ay^
appris le métier d'orfèvre , ôc y çxc|
loit. Il a fait pludeurs chaires, celj
de faint Germain de Paris , de fa
Se vérin , de fainn Quentin , de fa
Duch, u i , hucien y Se de fainte Geneviève.
P' ^i^' yoi fe plaifoit fouvent à le voir t
vailler. Il l'honora de la chargç
s monétain , ou furintendant des m<
noies de France. Nous avons enc(
de lui quelques petites pièces d'c
Ducange , qu'on appelloip t^-^nnijes , monno
w:Ës^ ^'^ ^^^^^ ^^ valeur étoit la troifieme par
d'un fou d'or. Sa piété augmenta a^
fa fortune; il devint enfin évèque
Noyon. Ce vertueux envoyé fçut t
lement profiter de la circonftance
la défaite des Gafcons : il ménagea
adroitement l'efprit du prince Bretc
qu'il l'amena à Clichi , où il demar
pardon au roi, & le reconnut pc
Ion feigneur. Le monarque le rçi
avec bonté , l'invita même à fa tabl
mais Judicacl s'en défendit avec r
pedj le conjurant de lui permettre
Dagobert t. i<?3
lîr' la parole ^qu'il avoir donnée de
nger chez le référendaire Audocn , Ann. 6^$
onnu depuis fous le nom de faint ôc 6}^.
len. La fainceté de ce grand hom-
; fut {on excufe : le roi ne fe tint
int ofFenfé d'un procédé qui révol-
oit de nos jours. La vertu avoit
rs de grands privilèges. Judicacl
tit enfin comblé des bontés ôc des
«faits du prince , auquel il venoic
jurer une inviolable obéiirance. .
Dagobert ne jouit pas long- temps Ann. 658.
; ■ douceurs de la paix qu'il venoit Mort de
procurer à la France. '1 fut attaqué ^S®''^"*
lipinai , maifon de plaifance fur la
ne , d'une dylTenterie , dont il mou-
à faint Denis , où il s etoit fait FreiL c* 79.
nfporter. Il fut enterré dans TE-
fe de cette abbaye , qa il avoit rî-
îment fondée. 11 n'étoit âgé cpe
nviron trente -(îx ans. Il eut pour
âmes Gomatrude , qu'il répudia ,
.ntilde , Wlfégonde & Bertilde ,
i régnèrent toutes les trois en mè-
î-temp>. il ne paroît pas que Ragne-
ide , mère de Sigebert , aie jamais
rté le nom de reine. On refpe6ta
rès fa mort le partage qu'il avoit
t de fou vivant entre fes deux filse
Aiiftrafîe denaeura à Sigeberc ; Clo=î
1^4 Histoire de France.
vis fut couronné roL|de Neuftriep(
Ann. <î38.de Bourgogne.
Ses bonnes Les moincs quîl avoir accablés .<
& n^auvaifes j^- £ •j.g |> comblé des olus b .
lancs éloges. On loue leur reconnc,
iance ^ on n'en blâme que l'excès,
commencements de fon règne le fit n
en quelque forte adorer du peuple i
le délivra de l'oppreffion des grais
Mais bientôt il ceiTa d'être l'objet (
fon amour : il le furchargea d'imjt
pour fatisfaire Tinfatiable avidicc
{ts maitrefTes. Il fçut régner avec <i
pire fur fes fujets, il fe fit recherca
de £qs voifins , mais il n'avoir p i
cette valeur adive , qui jufqu'à lui ( î
bloit héréditaire dans la famille 1
Clovis. 11 fit peu la guerre par i
même , beaucoup par fes lieuten.' ;
11 étoit magnifique en tout , gi
aumônier , même au milieu de .
défordres • libéral enfin jufqu'à
profufion envers les églifes & les
nafteres. Mais ce n'étoit point i
faint 5 ainfi que le prétende le nu i
c«j!. Dû- hiftorien de fon règne. La qualité ]
^0 . tf.^s* fondateur ne donne point la faint ;
il faut pour cela des vertus rée :
On admire la générofité de Dagob :
on gémit fur fes dérèglements. Or 4
repro i
al
1 )
1
Dagobert Î. l^j
proche même d'avoir dépouillé les — -^z!^
us belles églifes de France 3 pour en- Ann. 658.
:hir celle de faint Denis. On afluLe
•'il y fit tranfporter jufqu'aux por-
î de faint Hilaire de Poitiers , qui
Dient de fonte-.
Un des plus beaux monuments de iifaîttra-
n rè^ne , eft la colledion des loix "''^^'^T,- ^ ^*
,P^, ' . - .^ ^ correction
S aitterentes nations loumiies a des loix.
mpire François. L'hiftoire ne dé-
rmine point le temps précis auquel
y fit travailler. Elle nous apprend ^n vr^efat>
jlement que ce fut par fes ordres ^^'
elles furent rédigées , corrigées , Se -, ^^''^' ^^S»
Iles dans Fetat ou nous les voyons
ns le recueil qui nous en refte.
îUes des François y font comprifes
.is le titre de loi Salïque ^ ou loi Cliron, Moi/-
puaire. La première reeardoit ceux^^,* -,
S rrançois qui habitoient le pays qui^/if.
tend entre la Meufe ôc la Loire :
féconde étoit pour ceux qui avoienc
ir demeure entre la Meufe de le
lin. La différence étoit peu confi-
rable. On voit par toutes les deux ,
'il y avoit alors deux fortes de per-
mes 5 les libres ou ingénus ^ les ef- . Ae* ^^^tî*
ives ou ferfs. On diltinguoit deux^^'. '''* ^''
liTes de libres , les nobles qu'on ap~ lex Ripuar^
lloit les grands , oy fimplemetic "'^* ^-'
Tom^ I. M
i66 Histoire de France.
perfonnes majeures j fuivant leur qu
'Ann. û:8. Htc j & les roturiers , qu'on nor
^ moic ver forme j mineures* L'antiqui
feule raifoic les nobles. Il n'étoit poii
encore de mode de demander ni i
donner des lettres de noblelTe. I|
grandes dignités étoient celles de \\
trice , de duc, de comte , & de di
meftique ou gouverneur de maifcl
royales. Les François ne payoient t.
cun tribut : il n'y avoit que les na
rels Gaulois , c]ui y fufiTent afTujet
On ne les connoifToit prefque <
fous le nom de Romains. Rarem
on leur conféroit les grands empl
Toutes les grâces étoient pour k
vainqueurs.
La loi des Jamais loi ne fut plus exade
François pe cgHe des Francois. Tout eft pré'
r,t«t.tgêrien n'eft lailTé' à rarbinage du j.
des juges. 11 n'y a point de crimes dont elle
Ux Soi, prefcrive la peine \ point de larci
*'^* ^°' dont elle ne détermine le dédom
gement \ point d'injures , d'indé(
ces 5 ni de mauvais traitements , c
elle n'apprécie fcrupuleufement la
j^jj J.J j paration. Dépouiller un homme
17, 27.* 'dormi, ou un mort , monter fan:
permilïion du maître , fur un ch
que le hazard a fait rencontrer ,
•Dagobert I. i6'y
itanc de ' délits qu'elle punit par de
•oires amendes. Quiconque ofoit fer- Ann. 658.
r la main d'une femme libre , étoit îbii, tit. n ,
mdamné à quinze fous d'or , ainfî
l'on l'a déjà vu j au double , s'il lui
enoit le bras ^ au quadruple , s'il lui
uchoit le fein. On ne peut qu'admi-
r & louer la fageire de cette difpo-
ion. Les François avoient coutume
î mener leurs femmes à l'armée. Il
Dit de la dernière importance de les
ertre à l'abri de toute infulte.
On ne trouvera peut-être ni la me- Ce qu'elle
2 fa^elfe , ni la même équité dans f^^c"c rcn-
qu'elle ordonne touchant ihomi-niicide.
ie. Elle permet alors de compofer ; Xit. 45,^4,
ft trop peu dire : elle met elle-'^î^ *?*
ème le prix à la vie de chaque par-
ulier. Ce font les circonftances de
ftion 5 la condition ou la qualité de
perfonne , qui décident de la fom-
î. Elle entre là-deflTus dans un détail
fini. Si le meurtrier eft infolvable ,
e oblige fes parents jufqu'à un cer-
n degré , de fatisfaire pour lui : s'ils
fe trouvent pas alfez riches, elle
déclare efclave de la famille du
fiint. Cette jurifprudence femble
oins punir le crime, que l'autorifer.
n y découvre cependant certaines
x6$ Histoire pe France.
vues du bien public. Elle confère
Ann. 638. un homme a l'Etat : elle aflTute ai
parents du mort un efclave , ou ui
compodtlon avantageufe : elle m
enfin chaque citoyen dans la néceffi'
de veiller fur tous ceux qui lui font z
tachés par les liens du fang , en le re
dant en quelque forte caution de le
bonne ou de kur mauvaife condui
Tîc. 6$. On pouvoir néanmoins ye tirer de j.
rente par une déclaration juridiqu(
mais celui qui le faifoit , perdoit
droit d'en hériter \ &c s'il venoit à ê
tué , fa fuçceiÏÏon , ou du-moins ce c
raifadin étoic obligé de payer appar •
lioit au fifc.
Ce qu'sîie On trouve encore dans cette mêi ;
règle fur les Jq^ ^q beaux règlements fur cq qui •
mariages. i i»i a / i • o
garde l honnêteté des mariages ex î
repos des familles. Les enfants :
pouvoient fe marier fans le confen ■
Tit. SI, ment de leurs père 6c mère. Le fu i
époux devoir offiir une fomme î £
parents de la fille.. La loi ne la il
point. C etoit un fou .& un denier i
ion en croit Frédegaire & Marcu •,
In cvitam. Si l'époufe futurc étoit une veuve ,
/?. ig , form. préfentoit en juftice trois fous d'or i
^^* un denier , que les juges diftribuoi J
aux parants noa-héritieps du mari
Dagobert L i6c)
jtît.Mais il falloit que cette offre fe
1 dans une audience folemnelle , où Ann. 6^z,
. n eut élevé un bouclier , & où l'on
t jugé au- moins trois caufes : fans
\x le niaria^e était déclaré illésjiti-
e. Cette efpèce d'achat donnoit un Rw.ùu^y,
grand pouvoir au mari , que s'il ve-
)ic à dilîiper Li dot ou les fucceiïions
hues à fa femme , elle n'étoit point
i droit de lui en demander la redi-
:ion. On fera peut-être furpris c]ue
loi exigeât plus pour une veuve que
)ur une tille. La railon ell toute fim-
c. Une fille en fe mariant , ne chan-
oit point d'état : elle palFoit de la
celle de fcs parents fous ^ celle de
n mari. Une veuve au contraire
Oit recouvré fa liberté : cette cir-
)nitance en relevoit le prix. Une fille
ù fe laiiToit enlever , étoit condam-
ne à l'efclavage. Un homme libre
ai cpoufoit une efclave , devenoic
li-mêmeefclave.
L'ordre des fuccelnons étoit réglé L'm-dre de?
/ec la même exa6titude. Les enfants ^^^^^^efTions.
u mort héritoient feuls de tous fes
iens : à leur défaut fes père & mère :
il n'en avoir point, fes frères &
Eurs : après eux les fœurs du père & Saïk. tlt. i *.
ûIqs de la mère : cnEn l'héritier le ^^^- "'*• ^^*
Mi
270 Histoire de FrA>ice.
:^ "^^ plus proche du côté paternel. L'adop
AwN. 63 8.tioii etoit permife. Elle donnoit ton
les droits de iils légitime : de fe faifoi
devant le roi, qui donnoit fes ordre
pour en expédier des lettres. On dii
tinguoit trois fortes de biens : les prc
près y dont on avoit la libre difpofi
tion : les bénéfices , qu'on tenoit d
prince ou de l'églife fous certaine
redevances : les terres falïques , qu o
pofTédoit a condition du fervice miii
taire. Les femmes n'héritoient qu
des propres : les bénéfices rentroier
'^^N^ dans la main du roi par la mort d
polTeiïeur : les terres faliques ne
partenoient qu'aux mâles. Il eft à n
marquer que nos rois, à leur entré
dans la Gaule , laifferent aux Gaulo;
\^^ deux tiers de leurs terres , en k
afTujétiflant au tribut. L'autre fut di:
tribué aux troupes victorieufes. L
portion du foldat dépendoit de cell
de l'officier. Celui - ci ne pofTédo:
qu'avec une certaine fubordination
un plus grand, qui lui-même ne jouii
foit c]ue fous l'autorité du roi. Ain,
tout relevoit du monarque.
^71
Ann. 638,
C L O V 1 S II.
^HISTOIRE du règne des enfants sigebert roi
i Dagobert eft celle de la décadence
i la maifon royale. L'énorme auto-
té que les maires du palais ufur pe-
ut pendant une fi longue minorité ^
Lir fer vit enfin de degrés pour mon-
r fur le trône. Le caprice , l'ambition
: l'intérêt devinrent les feules règles de
Lir gouvernement : ils élevèrent ces
:unes princes dans une honteufe inac-
on ; les tenant toujours éloignés des
ïaires , ne leur infpirant aucuns fen-
ments dignes de leur rang & de leur
allfance ; étudiant leur foible , non
our le réprimer , mais pour le forti-
er ; abufant même de leurs pieufes
iclinations, pour les gouverner plus
bfolument. C'eft ce qui a donné com-
nencement à la fainéantife des rois.
I Ce n'eft pas qu'on puiife rien repro- ^ga maire
|:her à la mémoire d'iEga & de Pépin , ^,î;j;Ve^'e-
ous deux maires du palais, l'un en pin en Auf-
>^euftrie fous Clovis , l'autre en Auf- '"^'^'*
raiie fous Sigebert. On ne voit rien
ians leur conduite qui marque aucun Fredeg. c.
âelTein d'attenter àlapuiffane royale ,*°» *î"*
M 4
X-ji Histoire de Frakce.
ou d'opprimer les peuples. Le promu
/nn. 658. croit un homme d'une rare prudenc
Geji. Da- & d'une fidclitc reconnue. Le roi
en mounmc lui avoir recommande 1
reine Nantilde de le prince fon fils. ]
répondit a latrente de fon maître. L
premier ufage qu'il fit de fon pouvoir
fut de faire rendre à différents partici
liers ce que le fifc avoit ufurpé fur eu:
Pépin j plus recommandable encor
par fes verais que par fon habilet
dans l'art de gouverner , fçut telle
ment faire refpeder l'autorité de fo
pupille 5 que tant qu'il vécut , ni 1
iujet ni l'étranger iji'oferent rien entre
prendre. Il éroit à peine rentré dans le
fondrions de fa cnarge , tp'ii envoy
' demander à Clovis le partage des trt
Ann. 639. Tqj-s f^Q Dagobert. L'ambalTade eut tou;
le fuccès qu'il en attendoit. Les deu:'
miniilres fe rendirent à Compiegnc!
On fit trois lots de tout ce qui fe trou
va d'or , d'argent , de meubles , d'ha-
'bits & de pierreries. Le premier fu
pour Clovis 5 le fécond pour Sigebert
le troifieme pour la reine Nantilde
• TituK ?7, Ainfi l'ordonne la loi des François Ri-
puaires , qui accorde a la remme 1(
tiers des acquifitions de fon mari.
Erchinoalde Pépin ne lurvécut pas long-temps i
C L O V I s ï î. 175^
t:te adion d'équité Se de zèle pour ^
1 intérêts de fon maître : il mourut Ann. 6ao,
Innée fuivante. La douceur de fon & Grimo.iid
juvernement le fit regretter de tous j"!'^''^^''^" ^*''
J; François Auftrafîens : fes vertus Neuîr
ne
en
ln«t fait mettre au nombre des faints. ^'^^jf""^^^ ^
jga le fuîvit de près. Ce fut une dou-
1." perte pour la famille royale. Les
izcelfeurs de ces deux grands hom-
^2S n'eurent ni la m'ême fidélité , ni la
ihiie modération. Erchinoalde deve-
1 maire du palais de Neuftrie , gou-
una plus en fouverain qu'en miniftre. p^^^ c. g, -
l.woit au nombre de fes domeftiques 84.
I e fille d'une rare beauté , nommée
. tilde, il la fit époufer au jeune mo- ^^^* ^^^'
\ rque. C'étoit une femme très-ver-
aufe ôt d'un grand courage. Elle
)it née en Angleterre d'une famille
xone Elle en avoit été enlevée en-
re enfant , & vendue en France par
> ravifTeurs. L'auteur de fa vie lui
>nne une naiffance illuftre. Mais Flm s, 5j-
lovis étoit roi > Batilde étoit efclave: '''^* *- **
vertu feule ne rapproche point les •
nditi'ons.
Grimoalde ^ fils de Pépin , eut aiïez
ambition pour afpirer à la place de
n père , de aifez de crédit pour l'ob--
uir. Il ctoic appuyé par l'évêque à^
Mj
274 HfSTOIRE DE FrAKCE.
Cologne qui l'aimoit j mais il avo.
Ann. ^46. un redoutable concurrent. C'étoit i
jeune Othon , fils d'un feigneur Auji
trafien , qui avoit été gouverneur d
Llem Frei' ^o\, La cour fut long-temps partage
c. 82. entre ces deux rivaux. Le premier l'en
porta par un crime. La mort de fc
adverfaire , qui fut alTaffiné par Le
thaire duc des Allemands , le laii.
paifible poiTeffeur de cette grande c\\?.
ge. Ce fut la première fois qu'elle pa .
du père au fils. On la verra deforni:
héréditaire.
Révolte Les cabales & les brigues de c
âeRaduife,^ jcunes ambitieux divifoient e
duc de ihu- f M K n r i r 5 i
linge, core la cour d'Auitrane , lorlqu e;
apprit que Radulfe , duc de Thuring
avoir levé l'étendard de la rebellic
C'étoit un grand homme de guer
Vainqueur des Efclavons dans pi
/leurs rencontres , il avoit rétabli
tranquillité dans cette province ,
Bid. c. S 7. long-temps défolée» Ses fuccès lui e
fièrent le coeur : il affeda Tindépe
dance fous Sigebert , & prit des m
fûtes pour'fe maintenir dans fon go
vernement. Il y a toute apparen
qu'on parloic alors de le rappeller. T
cherchant qu'un prétexte pour fe d
clarer j.^il faifit cette occaiion ^ &
C L o V I s IL 275 ^^^^
répara ouvertement A la guerre con- 'rr^*'-:^
:e fon fouverain. il s'étoit ligué avec Ann. 646,
il Bavarois nommé Fare , homme de
Lialité & de rilluftre famille des Agi-
)llînCTiens , ducs héréditaires de Ba-
lere. Ce jeune ieigneur , riche , vail-
mt , puiiTant en amis , étoit excité par
ï refTentiment de la mort de Crodoal-
e fon père , que Dagobert avoir fait
ler pour fes crimes. Le défîr de la
engeance lui ht trouver des refifour-
es pour lever une armée confidérable ,
d'il conduifit au fecours de Radulfe.
Un pareil exemple pouvoir avoir
les fuites fâcheufes. On ralfembla
«rompre ment toutes les troupes du
oyaume. Le roi les mena lui-même
entre les rebelles. La vidoire fembla.
l'abord fe ranger fous fes étendards,
^e jeune Fare étoit pofté au - delà de la
orêt Buconie fur les frontières de la
rhuringe ; il fut défiit & tué. Mais la
in ne répondit point à de fi glorieux
:ommencemens. On marcha aulîi - tôt
:ontre Radulfe , qui s'etoit retranché
ivec un aiïez grand nombre de trou-
pes fur une colline au bord de la ri-
vière d'Unftrut. 11 y fut invefti. On
tint un confeil , où les fentimens fu-
rent partagés Les uns étoient d'avis
^^^^ 17^ Histoire de Franck.
-— " ' qu on donner l'alTaut fur-le-champ : le .
Ann. 64^. autres vouloient qu'on laiffât repofe
les troupes jufqu'au lendemain. Le
premiers l'emportèrent. Les autres qi:
prévoyoient une déroute , demeuré •
rent auprès du roi , réfolus de le fau
ver 5 ou de périr à fes pieds. L evènc
ment ne jufHfia que trop leurs fage ,
cox^jeûures. Le duc de Thuringe fon
dit fur ceux qui montoient à l'attaque
les repoUiTa , les rompit , les accabk
Le carnage fut Ci horrible , que Sige
bert voyant toute la montagne cou
verte de morts 8c de mourans , ne pu
retenir fes larmes.
Cet horrible échec mit la confterna
non dans l'armée Auftrafienne. O
commença à craindre pour la perfon
xie du roi. On entra en négociation
avec îe fujet vainqueur. Radulfe re
connut qu'il ne tenoit la Thuringe qu
fous, l'autorité de Sigebert. Mais ei
même temps il le fupplioit de le con
firmer dans un emploi qu'il avoit mé
rite par tant de viàoires fur les Efcla-
vons. La cour voulut bien fe conten
ter de cette efpece de foumifïîon. Oi
ie rétablit dans fon gouvernement , 01
depuis il vécut plus en roi qu'en itijet.
Caraacre Q'ç£^ |ç fç^^ (^Ycnement mcirijjrabl^i
C L o V I s IL 277 ^
Il règne de Sigebert. Ce fut un bon T=zz:zd!^
rince, mats peu adif: plus occupé de Ann. 64^»
)ndations que d'affaires militaires :
n roi plein de religion , mais très-
lauvais politique : né pour obéir plus
ue pour commander. On compte juf-
u a douze monafteres qu'il bâtit ÔC
ota très -richement. On a cependant
e lui une lettre , où l'on voit qu'il fçut
lain tenir fon autorité contre les en-
eprifes des eccléiiaftiques. Elle eft
dreifée à Didier , évêque de Cahors :
lie contient des vives réprimandes au
ijet d'un fynode convoqué fans fa
articipation : elle fait très - expreffes
éfenfes aux prélats de s'aiTembler en
iicun lieu , fans en avoir obtenu la
ermiiîion. On prétend que, quoique
rès- jeune Se marié depuis peu , il
doptâ le fils de Grimoald. Quelque Vha Si^e-
emps après , la reine Imnichilde eut q^jI^cluc*
m fils qui fut nommé Dagobert.c. 4j.
^'adoption fiic auflî-tôt révoquée.
La naiffance de ce prince redoubla Sa aiort.
a dévotion du monarque & le crédit
lu maire du palais. Sigebert ne s'occu-
)oit que d'œuvres pieufes : Grimoald
aifoit toutes les affaires du royaume i
: etoit le canal à^s grâces : il difpo-
foit de tout, La confiance du roi eu ce,
lyS Histoire de France.
miniftre ambirieux , étoit fi aveuele
Ann. ^;4, qu'ctant tombé malade, il lai recom
manda fon fils , Se le laiifa en fa gard
Il mourut à Metz , ôc fut enterré dai
la magnifique églife qu'il venoit d
faire bâtir fous l'invocation de faii
Martin. Dagobert lui fuccéda fans ai
cune contradidion. Mais il étoit
peine fur le trône , qu'il en fut rer
verfé par la trahifon la plus lâche. O
ii'ofa porter le crime jufqu'à attente
à fa vie : on fe contenta de le faire ei
lever , après lui avoir fait couper 1(
cheveux. Didon , évèque de Poitiers
quoique du fang royal de Clovis
n'eut pas honte de fe charger de ceti
Vira fané in&mQ commifiion. Ce fut lui qui 1
Vuifriiu conduifit en EcofTe , où il vécut lon^
temps ignoré.
• On fit au(îi-tôt répandre le bru]
y\NN. ^5 5, que le jeune Dagobert étoit mort. O
^5^' affeda même de lui faire de magnifi
Chiidebert ^^^^^ funérailles. L'hiftoire de la pré
fils de Gri tendue adoption fut renouvellée ; o
proclamé roi ^o'^'^li^ ^'^^^ po^r en conltater la ve
d'Auftrafie. rite. Grimoald avoir tout crédit , Chil
Vita S. Si' debert fon fils fut proclamé roi. Mai
i'^^j^ji reg- igs François Auftrahens eurent horreu
ào^^ de cet attentat. Ils prirent les armes
détrônèrent ce nouveau monarque ^ f
aiaMW.rakiimiag
C L O V I S 1 î. 279
ifirenc du Maire du palais , de le con-
.liiirent au roi de Bourgogne ôc deANN 65 j,
euftrie. On ne fçait ni quel fut le ^5^-
latiment de fa perftdie , ni ce que ^'ft ^'•^'^^•
evint le jeune ufurpateur \ nos An- '
des nen parlent plus. Dagobert , foit
Li'on le crût mort , foit qu'on ignorât
,' lieu de fa retraite, ne fut point rap-i
elle. L'Auftrafie fe fournit à Clovis ,
ui réunit pour la quatrième fois rou-
ies les parties de la monarchie fran- . >
Le rèp-ne de ce prince n'eut: rien., ^^\^^?^
le plus brillant que celui de bigebert
on frère. Il eft peu de rois , dont on
,k dit plus de mal & plus de bien.
ke morir de l'éloge & du blâme tait ^
roir quel étoit le juo;ement de l'efprit
les écrivains de ce temps-la. il lur-
ent une grande famine en France.
31ovis pour nourrir les pauvres , fit
enlever les lames d'or & d'argent qui
:ouvroient les tombeaux de faint De-
nis 6c de fes compagnons. C'étoir une
adion charitable &c àïmQ d'un roi
chrétien ^ mais en même temps c'etoit
toucher au tréfor des moines. Ce fut ,
dit le continuateur de Frédegaire ,r,,-^T'^^
un prince abandonne a toutes Jones de c, 1.
yïces ^ débauché 3 yvrogne , brutal de
iSo Histoire de France.
— — _ — fans cœur. Quelque temps après , il ob- j
Ann. ^57. tint 5 en dédommagement pour cetctJ
même abbaye , une exemption de toute"
jurifdidion. Landry , évèque de Paris
y confentit. L'ade en fut dreffé dan;
une afTemblée générale des prélats ik
des feigneurs de la nation. Alors 1;
fcene changea. Ce ne fut plus ce mo-
narque , qui pendant toute fa vie navoï
pas fait une feule action d'homme dt
i#î/73o.'n , hien : ce fut un grand roi, dit Aimoin.
fage , vaillant , brave , équitable , pleit
de religion, très agréable à. Dieu.
^ Les moines lui ont encore fait un
' crime d avoir détaché un bras de faint
Sa mort. Denis pour le mettre dans fon ora-
toire. Ce n'étoit tout au plus qu'une
piété indifcrète. Elle ne parut point
telle à des g^ns qui cBaignoient de voir
diminuer le concours de la dévotion au
tombeau de l'apôtre de la France. Ce
. fut un attentat que le ciel prit foin de
venger : Clovis perdit l'efprit. C'eft à
cette démarche impie , ii Ion en croit
ces bons folitat-ires , qu'il faut attribuer
tous les maux qui défolerent la France
fous les fucceiTeurs de ce prince^ Il
mourut âgé de vingt-un ans : U en avoit
régné quinze ou feize. 11 fut enterré à
^ (àint Denis.
Ann. 66^,
C L O T A 1 R E 1 1 I.
'i L O' V I S laiiroit crois fils , Clotll-- Sageffe du
, Childéric , & Thierri. L'aîné fut |;;";^'^"/^a.
: il couronné roi , fous la conduite ûide.
la reine Batilde de d'Ebroïn maire
[ palais en Neuftrie, C'était un
imme adroit, vaillant , capable des
as hautes entreprifes , mais ambi-
iux &c cruel. Il feue cacher fes vices,
r la crainte de déplaire à la pieufe
^ente , & répondit parfaitement à
s fages dedeins. On peut dire que
gouvernement de cette princefTe fut rha BaùiL
lui de la douceur , de la prudence , <^- »^7.
î la juilice & de la vertu. Les Gau-
is, fms diftindtion dage , ni de fexe ,
lyoient une forte capitation; ce qui
s empèchoit de fe marier , ou les
3ligeoit d'expofer , ou même de ven-
te leurs enfants. Ils portèrent leurs
laintes aux pieds du trône. Batilde
ii fut touchée , leur remit cet onéreux
ibut , & racheta tous ceux que cette
ure exadlion avoit faits efclaves. L'in-
jrèc de l'églife ne lui fut pas moins
lier. Elle fit travailler à la réforma-
.on des moeurs : les brigues pour l'épif-
i8i Histoire de France.
^"T— * copat furent réprimées , & la lîmoi t
Ann. 660. exterminée.
Chiidéi-iceft Les Auftrafiens cependant foi-
S'AiXafie?^ froient impatiemment le joug
Neuftriens : ils demandèrent un r(j
La reine leur donna fon fécond fi
Wlfoalde fut créé maire du palais
déclaré tuteur de ce jeune prin<
Imnichilde obtint la permidion de-
fuivre. On voit dans cette condefce
dance de Batilde plus de bonté q
de politique. Imnichilde étoit aimé
Kid. c. z}. Dagobert vivoit : le féjour de ce-
princeiTe dans un royaume qui app:
tenoit à fon fils , pouvoit avoir
fuites fâcheufes. La vertu , toujoi
occupée du bien , fçait rarement fou
çonner le mal. Childéric fut reçu
couronné avec de grandes démonidi
lions de joie. Tout parut tranqui
dans les trois ^ royaumes.
— - — — Tous les foins de la vertueufe r
Ann. ^^y.gente étoient pour la religion , l'Eta
La reine fe ^ l'éducation de fon fils. On ne voyc|
retire dans ' '
l'abbaye de à fa cout que des perfonnages recon|
Cheiles. mandables par leur fagefle Ôc leur pi '
té. Mais elle y donna trop d'accès an
évèques. L'églife en fouffrit : fa prci
pre réputation en fut décriée. Elle
avoit appelle ent'autres deux homm
C L O T A I R E I l î. 283
'sbres par leurs grandes qualités ,
Dilque d'un mérite très- différent. An n. 6 rît .
■m fage , pieux , favant , d'une dou- Vita s Uo-
fir qui captivoit les coeurs, d'une "'^' ^' ^'
vtu qui lui attiroit tous les refpeds,
i'it l'illuftre Léger, allié à la famille
J'aie. La reine le fit nommer à l'évê-
Ml d'Autun: la fainteté de fa vie juf-
;|a un fi beau choix. L'autre étoit Si- Vite. fân6la
|)rand évêque de Paris, prélat d'une ^'"^^' ^' ^•
iduite jufque là irréprochable ,• mais
me vanité qui le perdit. L'orgueil-
IX favori , pour fe donner plus de
ifidération , laiffa mal interpréter
bonté que Batilde avoit pour lui.
s feigneurs jaloux de fon crédit,
mmencerent à murmurer : la haine
a jufqu'â l'aiïaifmat : Sigebrand fut
é. Les alfaiîîns coururent auffi-tôt
ez la reine pour lui confeiller de fe
nfermer dans un monaftere. Elle /^ii.c.7,So
piroit depuis long -temps après la
litude : elle entra fans peine dans
ur delfein, & fe retira dans l'abbaye
i Chelles qu'elle avoit fondée. Elle
vécut & mourut dans l'exercice de
lUtes les vertus. L'églife l'a recon-
ae pour fainte. *
La retraite de Batilde laiffa le royau- ^^^' ^\ *
V \ rr ce I Mort de
;-e en proie a toutes les pallions ertre- cioiaUe.
184 Histoire de France,
— nées du maire du palais. Ebroïti , d
Am, 668. venu maître de tout, parut ce qu
étQÎt 5 un monftre d*avarice , de cruai!
té , de perfidie , d orgueil. On ne v
pendant fon adminiftration qu'injuft
ce 5 que tyrannie y que vexa tion <
Vîta s. leO'OppreiVion, il fufEfoit d'être rich(
eg, e. X, p|ji(f^i-jf ^ Q^j a^^-jj ^Q \^ vertu 5 pour
voir expofé a périr vidime de fon av
dite 5 de fon ambition , de fa mécha
ceté. Détefté de tous les gens de biei
il éloigna de la cour tous les feigneur
& leur fit défenfe d'y paroître fans
être mandés. Les chofes étoient da
ce trifte état, lorfque Llotaire mour
âgé de dix-neuf ans , dont il en ave
régné quatorze. Il ne laifTa aucun e;
faut. On ignore s'il a été marié. L
Ibil diplom. uns veulent c|u'il ait été enterré da;
f • -^'7. l'égiife ae l'abbaye de Chelles , d'ai
rres à faint Denis.
Thiern eft L'ambitieiLx Ebroïn , haï de toi
de Ncuftrie ^^ monde, n eiperoit pas être conler^
& di Rour- dans fa place, fi on obfervoit la forn
gogne. ufitce dans 1 élection du maire du p;
lais. C'eft ce qui fit que , fans appetl
les grands du royaume à la délibéra
tion , il éleva Thierri fur le trône , t
le proclama roi de Bourgogne & d
Xbîi. Neuftrie. Ce coup d'autorité étomi
Clotaire II I. 1S5
I; feigneurs , fans cependant leur in-
irei* aucun éloignement pour le ann. 66^»
luveau monarque. Déjà même ils
toient mis en chemin , pour venir
i rendre leurs hommages , lorfqu on
nr renouvella la défenfe de paroître
la cour fans ordre. Ce procédé les
ira : ils s aflemblerenc & prirent les
mes de tous côtés. La couronne Geji.Frami
une voix unanime fut déférée à ^' P' . „^,
nilderic 5 qui vmt aulli-tot les jom- frcd. ^.^4.
:e à la tète d'une puilTante armée.
1 confpiration fut fi générale , il fu-
té , qu Ebroïn , abandonné de tout
monde , n'eut que le temps de fe
fugier dans une églife. Une com-
liTion qu'il ne méritoit pas , lui fau-
i la vie 5 mais tous fes biens furent
mfifqués. On le fit rafer , & on le
Dntraignit de fe faire moine dans le
Duvent de LuxeuiL
Thierri reçut a-peu- près le même
raitement. On lui fit couper les che-
eux 5 mais fans aucun ordre de la
art de Chilpéric , qui en eut pitié.. Il
ai témxoigna même qu'il étoit prêt à
ui accorder tout ce qu'il pou voit dé-
irer. Je ne demande rien _, répondit ce rîtaS.to^»
»rince , on ni a détrôné injujiement :
\Jpere que le ciel prendra foin de ma
1Î6 HiSTOiRî DE France.
vengeance. Il fe retira à l'abbaye
Ann. ô^^.fainr Denis , non pour y prendre 1'
bit de moine , mais pour laifTer croi
fes cheveux. Il avoir régné près d'un ;i
CHILDERIC II.
léger évê- L E S commencements de ce nouve
tu^neft^dédâ ^^g^^^ furent confacrés à la reconno
ré principal fance & au maintien des loix. Ch
miniftre. (J^nc fe fit un devoir de récompen:
ceux des feigneurs qui l'avoient
pelle à une double couronne. Légc
évèque d'Autun , avoit le plus com
bué à cette grande révolution : il
le premier objet des bienfaits du pr
ce. 11 lui confia TadminiUration
toutes les affaires , de le déclara £
r^MS.Lco- principal miniftre. Le grand crédit
a*^. c.^. pr^^lat a fait croire à quelques -u
qu'il le créa maire du palais de Nei
trie Ôc de Bourgogne. Ils n'ont j
fait réflexion fans doute qu'une char
qui emporte le commandement d
armées avec le pouvoir de juger
mort , eft incompatible avec la qu
lité de prêtre &c d'évêque. Quoi qu
en foit 5 ce fut par les fages conieJ
de ce grand homme , qu on réforn
C H I L D E R I C II. 187
É.antité d'abus qui s'étoient gliffés dans --!
i gouvernement: de l'Etat. On régla Ann. 66^.,
ce les juges fuivroient dans leurs
céments les anciennes loix ôc les an-
înnes coutumes de chaque province. ___^___
n fit fur-tout une loi , qui pouvoit ^^^^ ^-q
'er les rois de fervitude , s'ils euf-
nt eu afTez de fermeté pour la main-
tiir : elle défendoit que les enfants
ccédaffent à leurs pères dans les
ands emplois.
Mais bientôr on vit évanouir tant chiidérîc
; belles efpérances d'un règne fage s'abandonne
T r ' • . à toutes for-
vertueux. Les leigneurs , qui ju- ^^, ^-e^^ès.
:oient que cette réformation alloit
abattre leur puilTance , n'épargnèrent
m pour corrompre les mœurs du
une monarque. Devenus maîtres de /j/^.
•n efprit , ils le plongèrent dans rou-
is fortes d'excès. Il palTa de la dé-
iuche à la fainéantife , & de la mo-
:ire à des cruautés inouïes. 11 laifîa
ifreindre impunément les ordon-
ances qu'il avoir fi fagement renou-
elées : il autorifa lui-même le mé-
tis des loix par un mariage incef-
aeux. Le fage miniftre n'oublioit rien
our le ramener à la vertu. Il lui re-
»téfenta , avec une fainte hardieffe ,
[ue l'obfervation des loix étoit l'appui
2.S8 Histoire de France^
du trône , & leur violement ia peri
Ann. 670. àes rois : il lui peignit, fous les pli
vives couleurs , Thorreur du fcanaai
qu'il donnoit à tous fes fujets par d
alliance avec fa coufine germaine :
ofa même le menacer de la colère <
ciel , s'il ne mettoit un frein à i
paffions. La vertu a toujours fes droi
iiir le cœur humain. Childéric par
touché ; mais il étoit obfédé par d
efprits brouillons , qui s'efForçoie
par toutes fortes de moyens de d
truire ces pieufes impreflions. La i
vérité du cenfeur commença enfin
devenir infuportable. On ne chercl
plus qu'un prétexte pour le perdre : (
, ne fut pas long-temps faiis le trouva
. - Les evèques dans ces anciens tem
Ann. 57 1. ^voient coutume d'inviter ks rois
Léger eft venir célébrer les fêtes de pâque da
dîfgracîé 5r leurs égUfes^ Léger pria Childéric c
confine dans 1 • r • 1 t
an monafte-*iii ^aire cet honneur. Le monarque
'^» par un refte de confîdération , n'ofa
refufer ; il fe rendit i Autun. Il
trouva Hedor, patrice ou gouvernai
xle Marfeille qui avoir quelque gra«
à demander. Ce feigneur dont le m
rite égaloic la haute naifTance , éro
grand ami du miniftre : il connoillo
ïh'C,5f 6 Son crédit ; il eut avec li^i de fréquei
Childéric il 285
'S conféretices fur Tafîaire qui l'avoit «^^^^^^^
■nené. On ht entendre au roi qu'il y Ann. 6ji,
roiz du myftere dans cette entrevue ,
: que ces deux hommes prenoient
3S mefures pour brouiller l'Etat. La
éiiance l'empêcha de fe trouve-r à la
ithédrale pour la nuit de pâque , que
s chrétiens de ce temps- là pailoient
ms la prière. 14 alla célébrer cette
inte veille dans l'églife de faint
anphorien , où il communia de la
ain de i'évèque Préjeclus. Le ma-
1 , après un grand repas d'où il for-
à demi-yvre , il courut à la cathé-
aie, fuivi de toute fa cour, jurant ,
ifphémant, appeîlant le faint prélat
me voix menaçante. De-là il pallà
:'évèché , où Léger vint le joindre ,
rès avoir achevé l'office. Childéric
ccabla de reproches & d'injures,
ger fe défendit avec cette noble
erté , c]ui iied fi bien à l'innocence :
lis il comprit que fa perte étoit iné-
able,s'il demeuroit plus long-temps
ns Aiitun. Il fit partir fon ami , Se
retira lui-même , tant pour confer-
: fa vie, que pour épargner un cri-
î à Childéric. On fit courir fur eux :
'âor fut fué , après une vieoureufe
^nle : Léger rut pris de amené an
Tome L N
190 Histoire de France, ]
ritmm^«ji^. j-Q^ ^ q^i ]g coniiiia dans le monafterei
Ann. 571. ^^ Luxeuil. Le faint pontife y trouvJ
l'.broïii qui lui demanda fon amidé
C'étoit la colombe & le vautour i
mais un vautour dompté par la dif
grâce.
_ Childéric privé des confeils de le
AîJN. 672. ;, i> A r V V 1
,..,,,. vcque dAutun, le livra a toutes le
eft airaflTiné. horreurs du Vice 5 ëc tomba dans 1
G'.}, frinc. H'iépris. Un feigneur , nommé Bodil
€. 4î. Ion 5 ofa lui repréfenter le dangc
Cominvdt. d'une impofition cxcellive qu'il médi
fred.c.9s- j-Q^ç d'établir. Le monarque furieu
ordonna de l'attacher à un poteau,, £
le fit batti'e de verges. Les grands, iij
dignes d'un tel outrage , confpirerei
contre lui. Il croit alors avec toute
famille royale dans une maifon c
plailance , lltuée dans la forêt de Li
conie , que l'on croit être la forêt c
Livri près de Chelles. Les conjuri
forcèrent fon palais , de leur furei
alla jufqu'à le mafifacrer, lui, la reir
Bilichilde qui étoit enceinte, & Dag(
bert leur fils , qui étoit encore enfan
Il en reftoit un autre, nommé Daniel
qui eut le bonheur d'échaper au cai
nage. On le verra régner fous le no;
de Chilpéric IlL Ce prince étoit daj
la vingt-trçifieme année de fon agi
Childéric II. 291
On n'eft point d'accord fur la dnrce
de fon règne. L'opinion la plus pro- Ann. (.-jx.
babie e(l qu'il fut d'environ dix-neuf ^. >4/i/e/,'rr ,
: Ainli périt ÇKilderic II , pnnce fans r. i . p. 10.
:ouragre & fans conduite, qui n'eut ni , ^^" ^^"^:
,«- <^, . . ^ beau tiouve
liiez de lumières pour gouverner un en i^jô.
Trand royaume , ni afTez 6f& difcerne-
nent pour diftinguer & fiiivre les fa-
res confeils d'un miniftre prudent &
vertueux. Il fut enterré , non à faine
?ierre de Rouen , comme l'afFure l'au-
eur de la vie de fainr Ouen , mais à ipred. în vha.
'abbaye de faint Vincent, aujourd'hui ^- ^^"'^''^'^*
aint Germain des Prés. Il y a quel-
ques années qu'en travaillant aux ré-
parations de cette églife , on trouva
leux tombeaux , l'un d'homme , l'autre
le femme. L'infcription qui portoit
e nom de Childéric ^ quelques orne-
■ftents royaux , un diadème d'or , un
)etit coffre qui enfermoit le corps d'un
infant , ne laifsèrent aucun doute que
;e ne fût la fépukure de ce monarque ,
ïe la reine Bilichilde fon époufe, &c
lu prince Dagobert leur fils.
On. lit dans quelques auteurs, que D.igobert eft
hildéric vaincu par les prières d'im- rappelle d'F-
iichiide pour laquelle il eut toujours ^li furie trô-
fl'eaucoup de confidération, lui permit i^eti'-^"^^"^»
Nz
292. Histoire de France.
de rappeller Dagobert , & lui abaii-
Ann. ^73. donna une partie de l'Auftrafie. Quel- ;
ques autres au contraire affurent que i
cetre habile princefTe profita de la cir- j
confiance de l'interrègne qui fuivit la |
mort de ce monarque , pour gagner les
Auftrafiens dont elle étoit tendrement
aimée. Elle*fçut tellement ménager les
efprits 5 que fon fils fut proclamé roi
d'un ccnfentement unanime. Quoi
qu'il en foit , il eft confiant par quan-
tité de monuments non équivoques,
que ce jeune prince remonta fur le|
trône d'où il avoit, été renverfé , ôc,
qu'il régna plufieurs années.
Jjenfchenrus L'alfaifiiiat de Childéric fut fuivi
lib. de tribus d'une cfpece d'anarchie , qui mit le
lyjgohertïs. trouble & la confufion dans tout l'em-
pire François : il devint le théâtre de
mille brigandages. Le roi , quelques
jours avant fa mort , avoit envoya
deux feigneurs pour arracher l'évèquÊ
Léger du monaftere de Luxeuil , Si
l'immoler à la fureur de fes ennemis
La douceur de ce faint prélat, relevée
par l'éclat de tant d'autres vertus , dc-
larma leur férocité. Ils lui demandè-
rent pardon , fe déclarèrent {qs protec-
teurs , le conduifirent à Autun , où le
peuple ^ les grands jurèrent unani«i
CniLDéRic II. 29^
iiement de prendre fa défenfe , fi Von
Dfoin attenter à fa vie. Ebroïn , qui ann. 575.
. avoir accompagné jufqtie dans fa ville
^pifcopale , lui lit aulli mille protefta- ^
ions de zèle ; mais toutes ces démonf-
rations d'amitié n'étoient que difÏÏ-
nulation. Ce feigneur , avec riiahic
eculier , avoir repris toutes fes idées
l'ambition : exemple trop fenfibie que
'adverfité peut humilier l'homme fans
:orriger fon cœur. La crainte d'un con-
:urrent tel que Léger, lui fit concevoir
e noir projet de raiFaiîiner. Il i'auroic
;xécuté fur la route , s'il n'en eut été
:mpêché par Genèfe évêque de Lyon ,
[ui étoit de fa confidence. L'extérieur
ependant annonçoit une parfaite in-
elligence. Ils partirent de concert pour
e rendre auprès de Thierri. Ebroïn
.yant appris en chemin que ce prince
.voit été proclamé roi , quitta la com-
)agnie , de fe retira chez lui , fuivi
l'une foule de mécontents.
Nj
J'reLe.9 6,
194 Histoire de France.
a mil nwmaaemtm
Ann. <î73.
T H I E R R I III.
révolte ccn- ^^ COUR de I hieiTi reçiuLeget
tieTliierii. comme LUI aiige tutclaire. Le premier
foin du prélat tiir de faire élire un mai-
Fra^cJl^'. ^^ 4^ palais. Le choix tomba, fur Leu-
• defie 5 nls d'Ercliinoalde. La nouvelle
Continuât. i\^ cecte élcdion déconcerta Ebroïn ;
il fe redra en AuHrafie , où il avoii
beaucoup d'amis. Wlfoalde, qui goa-
vernoic ce royaume fous Dagobert II .:
lui accorda c]aeiques trouoes : une
hanie commune les animoit conm
l'iivêcjae crAutun. Ebroïn , à la tête de
cette petite armée , s'avança jufqu'à
Nogent-ies- Vierges , proche de Ver-
neuil , où le monarque tenoit alors fa
coar. L'alarme fut fi vive , que tout
I)rit la fuite. Le roi , le maire du pa-
ais, & tous lei; feigneurs de leur fuite
fe fauverent d'abord à Baiiieu, entre
Amiens & Corbie , enfuite à Crécie
dans le Ponthieu. Le tréfor royal fut
pillé, les églifes dépouillées , le pays
ravagé : tout fut mis à' feu & à fang.
Le vainqueur cependant défefpéroit
de pouvoir réulïîr par la force : il eut
recours a la rufe, U fit propofer une
' Thierri II î. 2.95 _«„«^
iirrevue , le crédule Leudefie laccep- '^"°"^"^-
i : il fut rifrailiné. ^ Ann. 675 ,
Un aiiiîi horrible attentat ne fervit ^76.
u à ralumer plus vivemei>t^^ la liaîne ^^^iji^Y^''^^!
e Thierri contre Ebroïn : il conçut tau e m, c'<
mt le danger de biffer rei>rendre >^^ r-
autorité à un homme capable de tant
e noirceurs. Le téméraire fujet vit
ien que la circonftance n'étoit point r^hnS Uo-
worable : il fe retira de nouveau en ^'i- '■ *^-
iuflrafie , mais fans renoncer à fes
leileins ambitieux. 11 eut l'audace de
uppofer un fils à Clotaire III , & le
redit de le faire couronner roi de
rance fous le nom de Clovis III. Il
ut appuyé dans ce projet par deux
célérâts que Téglife Gallicane- aVôIt ^
lépofés pour leurs crimes : c'ctoient
Didier évcqae de Châlons-fur-Sone ,
k: Bobon évèque de Valence. On ra-
^ageoit, on pllioit , on faccageoit tou-
es les provinces qiû ne vouloient pas
econnoirre ce phantôme de monar-
que. Léger fut le premier objet de leur îiu. c» 5.
rureur. On détacha Vaymer , duc cie
Champagne , pour Tafliéger dans fa
l'ille épifcopale. La place rdbic ctre
emportée d'alTaut. Le faint prélat fit
rompre fa vaillelle d arf^ent , la didri-
bua aux pauvres , de pour lauver ion
N4
!
i^é Histoire de France.
1!^ peuple, fe livra géncreurement a i'i
Ann. ^75. ennemis. Didier porta rinhumanlt
^7^' jiirqii'à lui faire crever les yeux. Oi
t, 10. dit que cet illuftre martyr ne ceiTa d
chanter des pfeaumes pendant cett'
cruelle opération.
" La cour, en perdant Léo;er , perdi
^ ^ Ion plus terme appui. Le roi le vi
679' ^- j ^V r r '
„ ft contraint de compoler avec ion luiet
nii îîiahe du libroin lut reconnu maire du palais , 6
p;)iais, &fah |p pî;^tendu fils de Clotaire rentra dan
mourir famt . i , j' n -i i^ • r • r • t
Léger. le néant Ct ou 11 iavoit rait lortir. L
/^fi. c. iz, nouveau miniilre fit d'abord publie
'^' une amniftie générale fur tout ce qu
s'étoir paifé. Mais aftectant enfuite 1<
plus profond refped: pour la majefté
il -ordonna une exaâe recherche fu
la conjuration tramée contre Childé-
rie. Le crime étoit abominable & di-
gne des plus cruels fupplix:es. On m
blâme que la principe qui fit agi
Ebroïn, Ce fut pour ce méchant hom-
me une raifon fpécieufe d'immoler 'i
fa hame les feigneurs qu'il n'avoit ptm
encore pu facrifier à fa fureté.. Le com-
te Guérin , frère de Léger , quoique
toujours fidèle au feu roi , fut lapidé.
Le faint prélat eut la langue 8c les lè-
vres coupées : on lui déchira la plante
dQS pieds , on l'expofa prefque nud à
n
T H r f. R R I I ÏJf» 2,97
vue de tout le monde : on le mit
iFwi far un méchant cheval , qui le Ann. ^78.
)ndui(it au monaftere de Fécamp. Le <^'7^.
ran alfembla quelques années après
1 concile d'efclaves plutôt que d'é-
;ques 5 où la robe de ce refpeibable
Dutife fut mife en pièces : c'ctoit la
)rme de la 'dégradation. On le livra
ifuite à Chrodobert 5 comte du pa- ^•M»i^jï7*
is , qui lui fit trancher la tête dans
forêt fituée dans le diocèfe d'Arras
ir les confins de celui d'Amiens , oii
n lieu qui porte le nom de faint Lé-
^r , conierve le fcuvenir de fa fépul-
ire. Deux ans après , fon corps fut
ansféré dans le Poitou , Se dépofé
onorablement dans l'églife de laint
laixant.
C'eft vers ce même temps que Da- l ~
obert II , roi d'Auftrafie , fut ailafiîné
ans une ledition. On ignore & ie lu- ed afTaffiné.
it de la révolte & le nom de fes au- Fred. Aagi-^
îurs. On fcait feulement que les [Qi-[nviraj:inm:
f l • . V 1 * Vuufri<L c»
neurs le piaignoient de lui eon^me ^,
.'un tyran. Il ne paroît pas cependant EMmzr , m
(ue ce prince ait mérité ce titre odieux. ^^' Vuûfriir
l prenoit fi peu de part aux affaires ,
[ue les amialiiles ne l'ont pas même
lommé. Il refte encore des preuves
le fa pièce dans quantité de religieux
19^ Histoire de FRANC^g»
écabliiTemens. On lui donne fepc, ;;
Ann. 680. ^^^^^ ^^"^^ <^^ règne. Il fat enterré à fain,
Pierre de Rouen. H avoit cpoufé M^
thilde , dont il eut Sigebert qui mou,
rut avant lui , de quatre filles , Irmiçi
ôc Ad elle , que l'églife a reconnu|
pour faintes , Rotilde 8c Ragnetru4e
y^puJ Su- Il y a toute apparence que c'eft de f
4ugujh i^agobert qu on célèbre encore au
jourd'hui la fête à Stenay , fous le ti»
de Martyr. C'étoit la coutume alpi
de révirer comme tels , ceux qc
etoient tués , après avoir mené uni
vie chrétienne de exemplaire.
Pépin eft La mort de Dagobert devoir réuni
£fciareduc, ÇQ^,^^^ la monarchie fous l'empire d
eu gouv-r- ■ . . . r , A j ^ ^
neur d'Auf- 1 hierri ; mais la name du Gouverne
xraiîe. ment d'Ebroïn fit que l'AuHrafie n
voulut point reconnoirre ce monai
que. Martin & Pépin furent déclaré
ducs ou gouverneurs du royaume. O;
Cefi Franc, prit auffi-tôt les armes. Les de^ix nou
4 46. veaux princes , battus près de la fore
de Leucofao fur les frontières d
Netidrie , fe retirèrent , le premier
^ecuni.con- Laon OU il périt par la perfidie di
^. ^7^ maire au palais , le lecond au rond d-
TAullrafie, où il employa tout ce qu
L^ nature lui avoit donné d'efprit
d'habileté ^< de courage pour décruir<
Thierri TIÎ. 299
puilTaiice royale, il aefcendoir du
ké paternel, de faint Arnoul évêque ânn. 680
e Metz , de du côté maternel , de re-
in dit le vieux , ou de Landen. L'hif-
)ire l'appelle tantôt Pépin le Gros ,
arce qu'il ctoit fort replet , tantôt Pe-
in d'Hériftal , du nom d'un palais
u'il avoir fur le bord de la Meufe un
eu au - deifiis de Licge , quelquefois
*epin le Jeune , par rapport à fon
ïeul , d'autres Pépin le Vieux , par
apport à {on petit - fils , qui fut roi
ous le nom de Pépin le Bref.
Le maire du palais , Ebroïn , ne jouit Akn. 6S%
•as lone-temps du fruit de la vidoire J^li^omeft
le Leucoîao. Un leigneur , nomme
irmenfroi , l'attaqua comme il alloit
.l'églife, lui fendit la tête d'un coup
l'épée 5 & délivra la France d'un mont-
re à jamais digne de fon exécration»
\infi périt 'd'une mort violente , le Cejî.'Franc.
:yran de fo;i roi & de fa pattie. Les^* ^7'
iiaires qui lui fuccéderent firent à
iiverfes renrifes la guerre au duc Ea'Jsmcon^
repm , mais ians aucun lucccs. cer-^ ^g,
taire , le dernier de tous , homme
dont l'io-nobîe figure annoncoit la
balfeiTe du cœur, avare , injufte, fans
efpritj fanstalens, préfomptueux jui-
qu'au ridicule ^ fut le témoin 6c la
500 Histoire de France.
victime de l'clcvation du viciorieu:'
Ann. 687. Audrafien»
Pépin c^é- "^^^ grand nombre de fetgneurs , mc'
fait 1 armée coutens. dii gouvemcment de Neuf'
tue, setoienc retires dans le royaiuiK!
d'Auflrafie. Pépin , autant par politi-
que que par généro<itc , les appuya'
H dépura mcme au roi , pour le prie
de recevoir en grâce tawr de malheu-
reux, que la violence de la perfécu-
tiG-n avoit forces de quitter leur patrie
Cefi, Franche monarque mal eonfeillé , affecbî
**'^^* une hauteur déplacée : ii répondit ave>
fierté , qu'il pouvoir fe difpenrer ai
les renvoyer j qu'il iroit lui - m*tm<
les chercher à la tète d'une puiiT;iiit(
Ea^em con^ armée. On fe prépara aiiiTi - tôt à h
iinuat. Fred- guerre. Les troupes des deux royati-
mes le |oignirent a 1 eltn , viil:ige luî
îa petite rivière de Daumignon entr^
faint Quentin & Péronne. Le eombâi
foc opiniâtre j mais enfin la vidtoirc
demeura aux Auftrafiens. Le roi
obligé de prendre la fuite, fe fauva
avec précipitation dans la capitale de
fon empire. Bertaire eur auiîi le bon-
heur d'échapper à la fureur des viéio-
jfieux * mais il ne put fe fo uftraire
à î'épée de fes propres foldats qui
raiïaiiin-eieiiu Le vainqueur s'empara
Thierhï ÎIL joï
î tïéfor royal , força Paris à lui ou- -^*"'"*^'*'
ir iés portes , fe faiiiî: de la perfonne Anh. 6Sj,
^Jine de Tliierri ^ de (q Rt déclarer
i-ure du palais de Neuftrie ôc de
OLirgogue. Ainii l'heureux duc eut
ture la France en- Ion pouvoir ou fous
nom de priiice, ou fous celui de
laire.
Pépin , dans ce haut deo;ré d'éléva- .^^ modéra-
^/. 1 -r I r 'T non dans ufti
on, le conduilit avec tant de lageile , a hautdeeré
2 douceur & de modération , qu'il <ie i^uiiTaace.
itiira i'ad;niration des cours écran-
;res , qui Thonorerent de plufxeurs.
arques de- leur eftime ^ le refped des
itions tribut-lires , qu'il fcur contenir
1 f lire rentrer dans le devoir ^ les
niédi:^ions enHn de toute la France ,
i il Ht celfer la tyrannie .'^ l'oppref- Idem, ilïà^
m. Il ritibîit les évèques dans leurs
igQs & dans tous leurs biens ; les
igneurs , dans leurs dignités, 3c dans
urs terres ; h veuve &: l'orphelin'
ms leurs droits ; les loix dans leur
Lciemie vigueur ; l'ordre dans les
lances j la difcipline parmi lés trou-*
is'y h police d.m^ le gouvernement.
ant de belle:» chDfes, e.itreprifes &
:écutées en (i peu de te-nps pour la
oire &z l'utilité delà nation, ébloui-
iit tous les efpiics. On palTa. de l'ai-
501 Histoire de France.
! ' ! miration à la perfiiafion cjue l'ambi
Ann. 687. tieiix duc navoit pris les armes qmi
pour le bien commun de l'empi^rir
François.
— — 11 avoir dompté les Bavarois , le
Ann. 689. Saxons & les Suéves , lorfqu'il n étoi
11 fubjugue encore que duc d'Auftrafie. Il propofii
les Frifons j^j^5 ^^q affemblée de feisneurs , d'ali
Paul. Diac. 1er au plutôt foumettre les autres re
' ^ ' ^* belles de Germanie. On applaudit- :
ce généreux defTein. Mais avant d«
I partir pour cette expédition , il mi
auprès de Thierri un homme de con
fiance , nommé Norbert , auquel 6
donna toute autorité. La vidtoire 1
fuivit par -tout. Radbode , duc de
Frifons , ofa lui préfenter la bataille
il fut défait & mis en fuit^. Pépin k
enleva une partie de fes États , & ren
dit tributaire celle que fa clémenc
lui laiiToic. 11 revint enfuite en Neuf
trie 5 où fon premier foin fut d'airena
bler un concile. On y fit de beau:
règlements pour la réformation de
mœurs , pour la défenfe des égîifes
pour le foulagement des pauvres , pou
la protedtion de la veuve de de l'or
phelin. C'étoit ainfi que cet habile po,
li tique , par mille actions de piété , d'
juûice de de valeur , s'efFor^oit d'
7' H ï E R n r I I L 505'
bjuguei: l'eftime du peuple , qui re-
ir
doit coiTime un crime de recon- Ann. 689.
3Îcre d'autres maîtres que les defcen-
mrs de fes anciens rois.
Tel ctoit l'état de la France, lorfque . '
1 • • 1 , ' ^ Ann. 692.,
hierri mourut dans la trente -neu- ,,
, j - ^ -. . Mort de
eme année de Ion règne, il avoit xhicrri.
loufc Clorilde , qu'on nomme aulli
'oda 5 dont il eut deux fils-, Clovis
: Childebert. I] fut enterré a faint c?ji, Tr,
J^Çi a Arras , qui le reconnoit pour <^. ^5.
ni fondateur. On découvre à travers
Dbfcurité affedlée de l'hiftoire de ces
mips-la , que 'ce prince avoir de gran-
es qualités. La confiance dont il ho-
ora faint Léger , prouve qu'il fçavoit
3uter ô^ fuivre de fages confeils. C'eft
eaucoifj3 pour fa gloire , que les au-
;urs contemporains n'en difent aucun
lal. Toutes les plumes d'alors étoient
endues à la famille de Pépin. C'eft ce
ui a fait dire à quelques fçavants , que Le psre le
0U3 n'avons que des mémoires fort^^^"^^-
ïfidèîes fur les derniers rois de la pre- Monfie
liere race , & que c'eft très - injufte- Obrecht.
aent qu'ils font appelles fainéants. * -
♦M. Qbrecht prétend que les véritables fcurces
e leur hiftoire fe trouvent d ms les titres des anciens
hapitres ou monafteres J'Alface , qui prefque toos
sconnoiflent ces princes pour iems fondateurs.
IK
I
5^4 Histoire de France;
■ Q'^îpi qu'il en foie , malheiireiix , fani
Ann. 6^1. avoir mérité de l'être , Thierri fii
tour-à-roLir le jouet du caprice du for
& de l'ambition des grands de foi
royaurne. Exclus dès le berceau de l
fucceiîîon du roi fon père , renveirf
du trône par un frère ambitieux , il n.
rentre* dans fes droits que pour êtri
l'efclave- de ceux» .dont le ciel l'a fai
naître fouverain. La vidoire de Tei
tri décida enfin de l'empire : elle n
/ lui laifTa que l'ombre de la royauté. S'i
eut des gardes , ce fut moins par bon
neur que pour s affurer de fa perfonnc
Renfermé à Maumaques , maifon d
plaifance for l'Oife , entre Compiegnl
àc Noyon , il n'en fortoit que pou
fe rendre aux affemblées publiques
monté fur un chariot traîné par de
bœufs. C'éroit un équipage de diftinc'
tion , deftiné pour les reines , mai !
inconnu jufqu'alors aux défendant
du grand Clovis. Ce fera déformais l
fort de ies fuccelfeurs , jufqu à ce qui
le petit -fils de Pépin , plus hardi ci
. plus . heureux , ofe franchir l'efpac.i
• immenfe qui eft encre le trône ôç l'é'
tat de fujet* ♦
505
. y^-aoeMaiMMiMiu ■■«■'»!
C L O V 1 S III.
AnN. 6^z*
(iLOVis, raillé des enfants de ciovîs
lieiTi, fat couronné roi de Neudrie ^^c couronné
/ de Bourgogne. UAuftrade » ton- '^'^^'
iirs détachée de la couronne , ne re-
cinoiiroit d'autre autorité que celle secuni.con^
t Pepiii, qui continua de régner fous tonnât. Frei.
1 nom du nouveau monarque. Ce
r ne , dont la durée eil: afîez incer-
r le , n'offre aucun événement re-
r rquable. Il nous re(te quelques aéVes Ceji. Franc.
prouvent qu'il fut au - moins de-* ■^^» î^»
itre ans. L'un de ces anciens mo-
nents eft une relation du cérémo-
l obfervé dans une alTemblée des Am. Metenf.
ts du royauiiTe à Valericienn^s*
.'ft une pièce précieufe , où l'on voie
lom Se le rang des prélats & des fei-
^urs qui compofoient cette diète.
^lovis y préfidoit , revécu de l'ha- Ann. 69U
royal. G etoit un manteau en for- il préfixe
de dalmatique, quelquefois tout ^ ^''^^'^^^^1^
ne 5 quelquefois mi-parcie de bleu , crennes.
i-court fur les côtés , long jufqu'aux
ds par- devant, traînant beaucoup
derrière. On ne dit point s'il étoit FideficxU ja
s fur un trône, b couronne- fur la ^^«•?^c'-v
30^ Histoire de France.
tcte 5 le fceptre à la main : mais il <:
Ann. 6^3. certain par quantité de moniimeis
qui nous reftent de ces tem.ps- là , q^
les rois de la première race ne paro -
foient point autrement dans ces gra-
des aiïernblces de la nation. Leur ti -
ne ou fiege royal étoit une efpèce ^
tabouret fans bras ni dofïier, comiî
pour avertir le monarque qu'il dcv i
fe foutenir par lui-même , & ne s: -
puyer fur perfonne. Leur couronii ,
ou plutôt leur diadème , étoit un c -
de d or , enrichi de deux rangs t
pierreries *, leur fceptre , tantôt i e
fimple palme , tantôt une verge d'« ,
de la hauteur du prince , 3c couri
i:omine une croife.
Les ades de raffemblce de Val(
ciennes , après Clovis , nomment cl .-
ze évêques ou feigneurs : on leur c .
ne le titre à^Lllufires , comme au i .
qui n'étoit di{lino;ué des grands de - ]
royaume , que par les qualihcf.iK 5
de très-gloneux , très-pieux _, très * -
ment y très-excelknt. On voit enfijc
huit autres feigneurs , qui font fim[:!-
ment appelles comtes ; huit grafioi h
cetoient des magiflrats prépofés p<n
juger les affaires du tifc , ou de Fin •
ce j quatre domeiliques , ou gouv -
Ctovrs III. 307
i:urs des maifons royales ; quatre ré-
i:endaires , dont la fondion étoit Ann. 69J.
(ippofer le fceau du roi aux ades
iblics^ eniin quatre fénéchaux, c'é-
ient alors de fîmples ofïiciers , fub-
donnés aux maires. Us n'avoient que
dminîftratioii des revenus de . la
aifon du roi. Ce fut par la fuite la
emiere dignité du royaume. Le
mte du palais n'eft nommé que le
?rnier. Il avoir peut - être une place
part aux pieds du roi ; ou ce qui eft
us probable , étant obligé de rendre
mpte de fes jugemens ; il i^étoit
tint affis parmi les juges, h^arrà de
ffemblée eil foufcrit par un chan-
lier. C'eft ainfî qu'on appelloit ceux
ii écrivoient ou iignoient les ades
te le référendaire devoit fceller.
eft aujourd'hui le nom du premier
:s magiftrats.
H ne paroît pas que Pépin ait alîifté î-es armées
ce jugement: les ades n'en P'^i"lent ^^'g""'!^' p'^.
)int. Il étoit fans doute occupé à miere race.
lelque expédition : on ne le vit guère
aiiquer a ces cérémonies cl éclat. Ce
t dans une de ces affemblées fous
hierri , qu'il fit ordonner au nom du
i, qu'au premier ordre du maire du
.lais 5 chaque duc fe tiendroit prêt à
mm
308 Histoire de Franci.
■— ' marcher , & qu'au fécond il condi-
Ann. 69^.^^^^ ^^^^^ aucun retardement les hci
mes qu'il devoit fournir en temps U
guerre. On ne connoijOToit point a!«
ce que c'étoit que troupes régi s.
Chac]ue province avoit fa milice, tn
m commandoit d'ordinaire celle li
étoic plus voiline des lieux où T
£aiv^ecâpïu-pïre portoit fes armes. Ceux qui :
,^'j^'^;^^^^^' noient des bénéfices du prince ou ;
i'églife , ceux qui pofTédoient des ".
res Salïques ^ tous les François ei
étoient obligés de fervir le roi
perfonne. Les évêques même r
étoient pas exempts. Ceux d'entre
cjui avoient l'humeur guerrière , st
xnoient de toutes pièces , &: fe prd
pitoient dans la mêlée. Ceux quil
îaifoient fcrupule de répandre le fa;f
fe contentoient de lever les mains \
ciel pour l'heureux fuccès du com'i^
Ceux qui étoient plus fages & \\
religieux, fe rachetoient • pour de 1:
gent de cette fanguinaire obligati^
Alors ils envoyoient leurs valfaux f j
la conduite d'un avoué _ ou vïda\
C'étoit un noble , vaillant ^ bra^
puiflfant ^ que les églifes choifilfoi
pour défendre leur patrimoine. '
donuoic des lettres de difpenfe à et
C L O V I s I I L 309
; l'âge rendoic incapables de fervi- *^
On condamnoit à de grofTes amen-ANN. ^^3.
, ceux qui manquoient au rendez-
is général de l'armée.
1 y avoir dans les provinces , par-
ilieremenr fur les Frontières, des
^afins deftinés pour l'entrerien de
troupes. Il ne paroît pas qu'elles
'ent d'autre folde que le butin. La
tume étoit de l'apporter en com-
n 5 & de le partager de même. Les
'oilniers devenoient autant d'efcla-
» Les otages * fubilLoient le même
:, lorfque ceux qui les avoient
inés venoient à manquer à leur en-
ement. Les armées rrançoifes , fous
règne des Mérovingiens , n'étoient
apofées que d'infanterie. S'il y avoit
ilques cavaliers _^ c'étoit pou*r el-
ter le général , &c pour porter fes
1res. On ne connoirfoit fous la pre-
ere race, d'autre bannière de France
2 la chape de faint Martin. C'éçoit
voile de tafîetas , qui portoit
fipreinte du faint, &: qu'on alloit
indre en grande pompe fur fon
nbeau. On la gardoit avec refpedt
is une tente. On la promenoir en
Dmphe autour du camp , lorfqu'on
>i; près de donner le combat. Nos
310 Histoire de France.
rois avoient tant de confiance à la p^
Ann. 6^3. tedtion du faint prélat, qu'avec
étendard ils fe croyoient alfurés de
vidtoire.
•L'afTemblée de Valenciennes efte
Ann. 6p4 , Jgj;niej- événement mémorable du
x4 j sne de Clovis. Il mourut dans la qi
Mort de fc» . . . ,2
Clovis. torzieme ou quinzième année de ii
âge. 11 fut enterré à Choif y-fur- Pi^"-
ne 5 près Compiegne. Les hiftcrii >
de ce temps-là, trop occupés dePep .
ne nous apprennent aucunes particu -
rites de ce jeune prince. On igné
ce qu'on en pou voit efpérer. On «
lui donne ni vertus ni vices. '
CHILDEBERT 111.
Ann. é9^. V--*"^!' ITERER r fuccéda aux Etat5
Chîidebert ^ la captivité de Clovis fon frère. .1
eft^ proclamé n'avoit qu'onze ou douze ans , lorfq il
monta fur le trône. Le pouvoir k
Pépin j à la faveur de la minorit'
Ceft. rranc^Moiz toujours en croifTant. Il avo':
'' ^^' fa cour tous les grands officiers ,u
comte du palais , le grand référendai
ôc rintendant des maifons royales 1
ne laifïa auprès du jeune toi , qu'f
Seccnl ton- pQiit nombre de domeftiques , gi
Childeuert Ilî. 311
Àés 5 6c deftinés moins pour fervir •w»^'»*^
monarque , que pour examiner (es j^^^^ ^'77
ions. L ambitieux régenr avoir deux ^inuat. Fred,
., Drogon Se Gjimoald. 11 fir le pre- ^' ^ ou
er duc de Bourgogne , nomma le ^^"'^^^"•^ '^^^-
j • 1 1 • 1 -fcT n • tenfes ai an-
ond maire du palais de Neuftae. „u,72 7 1 1,
.îné ne fur vécut pas long-temps à fa
ivelle dignité. Le cadet lui fuccéda
is fa principauté. C'eil: l'expreiiion
l'auteur des Annales de Metz. Ce
fait voir que ce duché étoit moins
gouvernement qu'une efpèce de
iveraineté.
L'ambition n'occupoit point tous p^^^^ ^^
moments de Pépin : il en donna 707.
îlques - uns à l'amour. Il y a des Amoms de
eurs qui prétendent qu'il répudia r^^'^" î^^'^"
ictrude , pour epouier Alpaide , dont Chaaes Mar.
;ut un fils 5 fi connu depuis fous le ^^^*
m de Charles-Martel. Il nous refre
)endant pluiieurs a6bes qui prouvent
s la première n'a jamais été féparée
fon mari. Ainli ou la féconde n'a uem, contîn,
que le titre de maitrelfe, ou le duc<^* ^'^''•
iftrafien, à l'exemple de quelques-
s de nos premiers rois 5 Ôc fuivant
iicienne coutume des Germains , jj,^^^ Meunf.
i deux femmes a la fois. Ce com- .
erce , ou (i l'on veut ce mariage fcan-
I leux excita le zèle de faiat Lambert ,
e(
312 Histoire de'France.
évcque de Liège. Le pieux prélat ci
Ann. 706 5 s'élever contre cet adultère public
707- il fut aHafliné par Odon , frère d'i^-
païde. On affure que Pépin autorii
ce parricide. La vengeance fut prom-
te 5 difent les hiftoriens. Le meurtri:
fe fentit tout-à-coup rongé de ver,
& déchiré par des douleurs il vive,
qu'il en devint furieux , & fe pré
pita dans 'la Meufe. Cette maladie
vers étoit alors fort commune ,
^ comme épidémique.-
Expédition Qq rè^ne eft célèbre par quelqu
militaire , ,. . ^ i-- n 1
fous le règne expéditions militaires. U y eut guer
de Chiide- contre Egica . roi des Vifieoths. L'h
toire ne marque point quel en rut
Cejl. rpg. fuccès. Radbode , duc des Frifons ,
e. 49 . $0. j.^^^|j.^ ^^Q féconde fois : il fut i
nouveau baxcu & alTujéti au tribi
Les Allemands , unis aux Sueve:
avoient fecoué le joug. Pépin marc)
contre Williare leur, duc , le défit,
le foumit. Mais il ne put le dompte
^nn. Metenj. Bientôt le fier vafTal reprit les arme:
il fut encore vaincu. Ce fécond éch
ne lui abattit point le courage. C
fut obligé d'envoyer contre lui uf
froifiemç armée. Déjà elle étoit ei
trée fur les terres d'Allemagne , prê
â y porter le fer & le feu , lorfqua
mo
Ghildebert ÎII. 313
mort de Ghildebert la fit rappeller.
Ce prince mourut âgé d'environ Ann. 70^,
vin^t-huit ans, dont il en avoit ré^né 7'^7-
leize a dix - lept. Il rut enterre avec chiideberc.
fon frère à Choif/ - fur - Aifne. On
ignore le nom de la reine fon époufe.
[1 laiifa un lils , qui lai fuccéda fous le
lom de Dagobert III. Ses bienfaits Idem, ihii,
nivers les égiifes , font l'éloge de fa
)iété & de fa géncrofité : l'exaéle juf-
ice qu'il rendit à fes fujets prouve la
blidité de fon efprit&: la droiture
le fon cœur. 11 nous refte quantité de
neuves 5 qu'il exerça par lui- même
ette fondion , la première , quoique
eut -être la moins brillante de la
Dvauté. C'eit ce qui lui a méritjé le
lorieux furnom de Jufte. Il y en a
ui lui donnent un fécond fils , fur-
ommé Daniel. C'eft une erreur. Ce
lince dans une charte que nous avons
elui, reconnoît qu'il eft fils de Chil- UP.LdUa
éric II , petit-fils de Batilde , & neveu A^"^-'^?^^"-
e Clôture iii.
PAGOBERT II L
'agoeert, en montant fur le trône ^^^^^ ^^
i fon père , étoit deftiné à y faire le Dagobert
lême perfonnage. On le montra aux eft couionré
Tome I, O
314 Histoire de France.
w»,— w— peuples , dont il reçut les hommages
Ann. 711. <Sc les préfents. On le renferma enfuite
dans une maifon de plaifance , pour
y vivre dans une indolence indigne
de fon rang de de fa naiffance. Il avoi)
Second- con- tout au plus douze ans. Pépin gouver-
t"'io4.^'^^'^' ^^ toujours avec la même autorité. 1
reprit le dellein de dompter les Aile
mands & les Sueves. On en fit un i
horrible carnage , qu'on les mit pou
quelque temps hors d'état de remue!
■4nn.Metenf, }^^[^ Radbode, duc des Frifons , con
tinuoit de lui caufer de vives inquic
Cejî. reg. tudes : il rechercha fon amitié. Ce fi
fr. c jo. ^^^^ cette vue qu'il lui fit demanda
Theudelinde fa fille , pour Grimoal
fon fils. Le mariage fut conclu. Le di
Auftrafien cependant n'en retira auci
avantage.
' Quelciue ^emps après , Pépin ton
Grîmoaideft^^ dangeteufement malade a Jupi
affaffiné. Son Une de fes maifons de campagne 1
îlf n'."?" le bord de la Meufe, vis-à-vis de C
entant lui ^ utt/ 'ni /^ • i i /•
fuccèJe. château dHeriftal. Grimoald le n
aufïî-tôt en chemin pour fe rend
auprès de lui. C^ jeune feieneur p;*
faut par Liège, entra dans léglife t
faint Lambert. Il y faifoit des vcef
pour la fan té de fon père , lorfqu'j
icélérat nommé Rangaire le perça.
Dagobert II t. 315
plufîeurs coups , dont il expira fur le 1
tombeau de celui qu'il invoquoit. 11 ann. 714^
lailfoit un lils encore enfant , appelle yjnn. Metenf.
Theodâld : Pépin le fit maire du pa-^^^'^^7'4»
lais de Dagobert. C'étoit une entreprife
injurieufe aux feigneurs , qui avoienc
toujours eu le droit d'élire ce premier
officier de la couronne ; à l'Etat , au-
quel on donnoit un enfant pour gou-
verneur ; & au roi , que l'on mettoit
îbus la tutelle d'un enfant au berceau.
Vlais le duc avoir toute autorité : per-
sonne ne remua.
Ce fut le dernier attentat de l'am- Mort âe
)itieux Pépin : fa maladie augmenta : J^^l ^^*
1 ^\ T -1 N ^- grandes ^m^
1 mourut a Jupil , après avoir gou-lités.
'erné plus en fouverain qu'en minif-
re 5 pendant vingt - fept ans ôc iix
aois. On ne peut lui refufer les gran-
les qualités qui forment le héros , un
fprit vafte , mais fage ôc réglé ; une
.ardieiïe au-delTus des obftacles , mais j^i^
ui ne l'emporta jamais trop loin j une
itrépidité fupérieure à tous les dan-
ers 5 qu'il fçut toujours prévoir ôc
armonter j un talent admirable pour
ouverner les efprits les plus inquiets,
erfonne ne polleda plus éminemment
î grand art de les ménager ôc de les
ccuper à propos. Utile à la France ,.
Oi
^i6 Histoire de France;
y '^' ' il y rétablit l'ordre , la piété & la jufr-
Ann. yi^.tice : zélé pour la religion, il la fit
prêcher aux peuples enfcvelis dans lei
ténèbres du paganifme^ mais il ne pui
éviter le blâme inféparablement attache
à toute ufurpation» Il opprima fes lé-
gitimes maîtres : c'eft un tyran , non-
toujours odieux.
Egîa.învîTi 11 avoit eu quatre fils , Dro2on &
Carol. M sn, •-> • i j • i •
^ (anmoald, qui moururent avant un
Charles - Martel à qui , fuivant Egi
nard , il laifia la première charge di
palais, & Childebrand que quelques
uns prétendent être la tige de la troi
fieme race. Il ne paroît pas que c
dernier ait eu aucun partage. On ignc
re quel ^u.t celui d'Arnoul , fils d
Drogon. Théodald ayoit fuccédé
Grimoald fon père dans la charge d
Ge^. reg» maire du palais de Neuftrie de d
France, ji. Bourgogne : il en fit les fondions foi
la tutelle de Pledrude fon aïeul
Cette femme ambitieuf^, pour réuni
toute la puiiïance de fon mari , fit ai
rêter Charles , & le fit prifonuier
Cologne 5 où elle faifoit fon féjoi
ordinaire.
"^ ^^— - Mais bientôt les fei^-neurs de NeuJ
uaeobert ^^^^ ^ ennuyèrent du gouvernemer
prépaies ar-jj'une femme. Ils vinrent trouver D.'
i^fiSf gobert qui ayoit alors dix - fep: aiv
Dagobert II Î. |i7
êc rexciterent à la guerre. Ce jeune -:
prince , animé par leurs difcours , A.nn. 71 y.
prend la conduite des affaires , lève ^^"^■
une armée 5 s'avance contre les Auf-
trafiens , les furprend dans la forêt de
Guife * , & les taille en pièces* Le
carnage fut (i grand , que le petit-fils
de Plénitude eut peine à fe fauver*
Le foible monarque ne fçut point pro-
fiter de fa vidoire : il laiffa créer un
nouveau maire du palais ': c'étoit fe
remettre dans les fers. Cette charge fut
donnée à Rainfroi l'un des plus confi-
dérables & des plus braves feigneurs
de la cour de Neuftrie. 11 porta la
guerre jufque dans le fein de TAuf-
trafie où il mit tout à feu & à fan^, fe
li^ua avec les Frifons & les Saxons
pour les engager à reprendre les armes ,
& tout-à-coup ramena Dagobert dans
ùs Etats.
Ce fut pendant ces troubles , que
Charles-Martel échappa de fa prifon. Ann. 716:
11 fut reçu en Auftrafie comme un More ie
ange tutelaire. Il avoir toutes les bril- Dagcbert.
lantes qualités de Pépin, Les peuples
crurent voir, revivre ce grand homme :
ils le reconnurent pour leur duc d'un
* In Codd fylva : c'efï ce qu'on appelle aujoui-
^Jiui U forêt de Cçinpiegae,
03
^i8 Histoire de France.
f— ""^^ confentement unanime. Tel étoit l'état
Ann. 'j\6. des chofeSj lorfque Dagoberc mourut
C7e/î. re^. dans la dix-feptieme année de fon âge,
^ranc. c jz. ^ [^ Cinquième de £on règne. Il fat
enterré au monaftere de Choify-fur-
Aifne. Le nom de fa femme eft ignoré.
11 laiiToit un fils nommé Thierri : Rain-
froi le trouva trop jeune pour porter
une couronne. Il alla chercher Daniel,
fils de Childéric II y 8c le tira du mo-
naftere où il étoit en habit de clerc,
pour l'élever fur le trône. On le nom-
ma Chilpéric.
vKvmWiMeis^sMSBdisaBs
CHILPÉRIC III.
Charles- V-^ ^ nouveau monarque ne doit point
Cartel eft être confondu parmi les rois fainéants.
défait par le -n • • ^
^c de Frife. Ai avoit environ quarante - cinq ans .
lorfqu'il monta fur le trône : il eut
Ceji. Frdn«. prefque toujours les armes à la main^
*• 5»« pour en foutenir les droits. Rainfroy
féconda fes grandes vues. Us marchè-
rent en Auftrafie pour s'oppofer à
Charles - Martel. Radbode , duc de
Secuni, con- Frife , de concert avec le Roi , avoit
cl'ZV''^' ?^^^ le Rhin, 3c s'étoit avancé juf-
qu'aux portes de Cologne. Charles ré-
folut de commencer par cet ennemi.
Chilpéric III. 319
5c de l'attaquer avant qu'il fe fut joint
a l'armce royale. Le combat fut desANN, 716.
plus fanglants. La valeur du prince
Auftrafien ne put fixer la victoire ; il
fe vit forcé de céder au nombre. C'eft
le feul échec que ce grand homme ait
jamais reçu.
Les Lrifons , après cette victoire , fe n furprenl
loif^nirent aux Neuftriens , ravagèrent ^Wl'réric sc
enlembie tout le pays depuis les Ar- ,r,ée eu dé*
demies jufqu'au Rhin, 3c vinrent met- ^'^"^^*
tre le fîége devant Cologne. Ple6trud.e
fçut conjurer l'orage , en leur donnant
une groiTe fo mm e d'argent. Chacun
ne fongea plus qu'à fe retirer , Rad-
bode en Frife , Chilpéric en Neuftrie.
Charles cependant avoit ramafié les
débris de fon armée : il fe jetta dans la
forêt d'Ardenne avec cinq cents hoin-uem^c^^i
mes , en attendant quelque occafion '<^7» .
favorable d'agir. Elle fe préfenta bien-
tôt. Le roi avoit aflis fon camp à Am- ^tin» Metsnfi.
bief , maifon royale fur la petite ri-
vière de ce nom , près de l'abbaye de
Stavelo. Un foldac Auftrafien fe charge
âe mettre cette armée en défordre ,
il on lui permet de l'attaquer feul. Il
marche droit aux Neuftriens , qu'il
trouve fans fentinelles , fans armes ,
ians défiance , fans crainte. Il mec
04
MBeBaBE3BB9KS
320 Histoire de France.
auiTî-tôc l'épée à la main , criant d'une \
Ann. y 16. voix terrible : F^o'xl Charles avec fis j
troupes j & perce tous ceux qu'il i
rencontre. L'épouvante fe répand 1
4ans tous les cœurs. Le prince d'Auf-i
trahe , témoin de la confternation ,<!
fond fur ces gens effrayés , & le^
met en déroute, ils prirent la fuirc
avec tant de précipitation , que Chil-
■ péric tk Rainrroy eurent peine à s'é-
chapper.
■~ Cette victoire iUuftra le nom de
A>îN. 717 Cl^^rles , & releva les efpérances de
vinchi , où ^^^'^ parti. Les Auftrafiens venoient en
Cmipénc eit foule groilir fon armée. Bientôt il fe
vit en état de porter la guerre chez feî
ennemis ; il fe mit en campagne , dèî
que la faifon le permit^ paifa la forêt
Charbonnière , & défola tout le pays
Uem» ïbid, jufqu'à Cambray., où Chilpéric vint à
fa rencontre. Les deux armées fe joi-
gnirent au village de Vinchi. La ba-
taille fut des plus fan^lantes. Charles
quoique intérieur en nombre , remporta
une vi61:oire complette , & pourfuivit
Mn.Mmn[. le monarque jufqu'à Paris. Mais voyant
**** ^^' ^-'''* que cette capitale fe préparoit a une
vigoureufe défenfe , il tourna tout-à-
coup du côté de Cologne, qui lui ou?-
jvrit fes portes. Ple6lru4e fut forcée.. dj^
liaM.aJ^,^nJ||^^.■^aBW
ChilpÉric IîL 31Î
ui remettre les tréfors de Pépin , de !
le lui livrer fes petits-fils, Thcodald, kim. 71
lugues , & ArnoLil qu'il retint fous
jonne garde. Ainfi l'heureux duc fut
naître de toute cette partie de l'em-
ire François * & fe fit de nouveau
Toclamer prince d'Auftrafie.
Charles, malgré tant d'avantages , ne
toyoit pas encore fon autorité afifez Ann. 718.
ffermie* Il connoifToit l'inclination des Charles fait
Luftrafiens pour le fang de Clovis : aotah-eYv,
n interiègne de trente-fept-ans com- roi d'Au&^
lencoit à les ennuyer : il leur donna
n roi de la famille de leurs anciens
laîtres, 11 fut nomm.é Clotaire IV*
)uelques-uns le, difent fils de Thierri
l : quelques autres lui donnent C lo-
is II pour père. Cette démarche du GsJi.Fratïsi
uc effraya Rainfroy : il en prévit cou- ^' ^ ^'^
îs les conféquences. Il ne poavoit
lus compter fur le fecours des Fri-
)ns , que le voifinage de Charles
bligeoit de vivre en paix : il chercha
lui fufcirer daucres ennemis. Les
îafcons fortis de leurs montagnes
)us les règnes précédents , s'étoient
nparés du pays qui porte aujourd'hui
;ur nom. Ils étoient commandés par
CK duc 5 nommé Eude , ho Aime très^
abile , qui f^ut profiter des t roubles ^
^11 Histoire de France.
pour étendre fes conquêtes. Maître de
Ann. yis.prefque tout le pays au-delà de la
Loire , il ne vouloit reconnoître ni le
Secun'd.con- voi, ni le L'oyaume de France. Ce fi.it
unuit Fred. ^ ^^ rebelle audacieux que la cour de
NeuRrie eut lecours. On lui conhrmî
tous les droits de la fouveraineré qu i.
avoir ufurpce : à ces conditions f
avant.: geufes pour lui , mais il hon-
teufes pour TÊtat, il am^na un gram
ferours.
U âé^^h Chilpéric , avec ce renfort , march
l'armée roy3- c(3^^j-fe [^5 ^uftrafiens. On ne parloi
le anpies de ^ ^ , . 1 o J *
SoifToos. a la ccur que de triomphes de de vie
toires. Mais bientôt toutes ces belle
efpérances s'évanouirent. On apprit qu
Charles s'avançoit vers SoifTons. Cett
nouvelle mit la confternation dan
Idem , ihîd, l'armée royale. La terreur étoit Ci grar
de dans tous les efprits , que paroîtt
&; vaincre , ne fut qu'une même chef
pour le duc d'Auftrafie. Eude repr
avec précipitation le chemin de TAqu:
taine : Chilpéric le fuivit avec ce qu;
put emportter de fes tréfors : Rain
froy fe lauva dans Angers , où forcé
quatre ans après , de capituler , il pli
fous l'auroriré de Charles , qui pî
grâce lui laifla ce comté pour le reft
de fa vie.
Chilpéric III. 52^
Le vainqueur pourfuivit les fuyards '■"- '.'"!"'?
jufqu'â la Seine, qu'il pafTa fans oppo- Ann. 719.
ficion , fe préfenta devant Paris qui Mort de
lui ouvrit fes portes , s'empara de^^°^^"^
rOrléanois Se de la Touraine , força
les feigneurs de proclamer Clotaire
roi de Neuftrie de de Bourgogne , 3c
fe fit reconnoître maire du palais de
ces deux royaumes. Mais le nouveau idemjhîd»
monarque ne jouit pas long-temps de .
la double couronne qu'on venoit de
lui conquérir. Il mourut la même an-
née ou la fuivante , dans la quarante-
neuvième année de fon âge , fuivant
,e père le Cointe , qui lui donne trois
ms ôc demi de règne. Le plus grand
nombre eft de ceux qui prétendent
qu'il ne porta la couronne que dix-fept
mois. On voit fon tombeau à Coucy
5n Vermandois. Cette mort fut fui vie
de quelcjues mois d'interrègne. C'é-
toit un artifice de Charles , pour fon-
der les efprits de la nation. Mais bien-
tôt il s'apperçut que le nom de roi
étoit toujours cher de refpe6table aux
François. Il envoya des ambaffadeurs
au duc d'Aquitaine , pour lui rede-
mander Chilpéric : Eude le lui ren-
voya avec de magnifiques préfents.
iGe prince fut couronné roi de toute
06
314 Histoire de France.
la monarchie , &c le duc d'Auftrafie
Ann. 715?. reconnu maire du palais des trois
royaumes.
Tout étant paifible au- dedans J
^^' ' Charles marcha contre les Saxons ,1
qui perfccutoient avec une violence
extrême, les Bruâ:eres, les Attuariens ,
les^ Gattes ,. & les Thuringiens , peu-
ples toujours fidèles a la religion chré-
tienne éc aux François. Il les attaqua ,
l-es défit, les repouiTa bien avant dans
leurs terres, où il porta le fer &c le feu.
C'eft tout ce qu'on fçair de cette expé-
dition. Nos anciens auteurs fe con-
tentent de dire qu'il alla , qu'il com-
battit 5 qu'il vainquit , qu'il revint
triomphant. C'eft le dernier exploit
Giï règne de Chilpéric. Ce prince
Mort d« tomba malade & mourut à Noyon ,
Chiipéiic. _Qîj ii g(^ enterré, il ne régna que cinq
ldem,ibid.kfix ans. Il eut toutes les qualités d'un
grand roi , fageiTe , bonté , valeur y
adtivîté , prudence. S'il fut vaincu;
dans trois batailles , où il fe trouva eit
perfonne> c'eft un malheur qu'on ner
doit pas lui imputer. Le mérite fur
toujours indépendant de la fortune.^
Il ne laifToit point d'enfants : Charles"
éleva fur le trône Thierri 1 V,. fils de'
Dagobert 111 , qui fut furnommé d^^
T K I É H R I IV. ^^2^
^tielles, parce qu'il avoit été élevé
m ce lieu. Ann. i^^-^
T H I E R R I IV.
1 HiERRi é toit âgé de fept à huit
ns
lorfqu'il fut couronné roi de '^^^- 72-2..
"ïeuftrie , de Bour^gne & d'Auftra- Thîeni eft
r^' n. 1 1- ' J • proclamé roi
le. C elt la qualité que prend ce jeune ^e toate la
nonarque dans deux chartes qui nous monarchie,
eftent de lui, toutes deux faites en ^f^^^^^*
Uiftrafie, l'une à Zulpic , Se l'autre ^Jy^^p' 4,9.
u château d'HériftaL Charles conti- Gefl. reg.
lua de régner fous le nom de ce prince ^''- ^' "^"^'^'
nfanr. Le refte de la vie de ce Secnnd. con*
;rand homme n'eft qu'un enchaîne- ^'""'^'' ^""^î'
nent de guerres , de batailles , de vie- los.
Dires & de triomphes. Il avoit à
eine dompt-^ les Saxons , & recon-
(uis tout le pays jufqu'au Véfer , qu'il
e vit obligé de marcher contre les
Ulemands , qui s'étoient révoltés II —..«.-«««
is déht 5 les poufïa jufqu'au -delà du Ann. 715»
)anube , & revint chargé d'un riche -
'utin. Cette féconde guerre flit fui- Ann. 'n^^
le d'une troiiieme contre les Bava-
•3is 5 qu'il fubjugua. Le duc d'Aqui-
dne , qui rompit lapaix vers ce même
gmps 3 fubÏE aufli le même fort. Charles
^i6 Histoire de France.
le Vainquit dans deux batailles , dé
Ann. 750. fola toutes les provinces de fon gou
vernement , Ôc le força de recoutii
à fa clémence. Il ne fembloit pas pou-
voir fuffire à tant d'ennemis toujour
battus 5 mais toujours prêts à fe révol
ter, lorfque les Sarafins entrèrent er
France avec une puiiTante armée.
^ ^^'. ^"^'' Ces peuples , vainqueurs de l'Orien
fins dAfri- ^ j v\à' ' ' ' 11'
que font la ^ cle 1 Atrique , avoient ete appelle
conquête de en Efpagne par le comte Julien. C»
i'm^7it* J^eigneur brùloit du dédr de fe venge
de Rcxlrigue , roi des Vifigoths , qu
avoir déshonoré fa fille, d'autres di
fent fa femme. 11 fit demander un
entrevue à l'émir Muza , lieutenant d-
Valid , calife ou prince des Sarrafins
Hadtric. i. 3, & lui offrît de lui livrer fon pays , s'i
^* *'* vouloir l'afTurer d'un prompt fecour;
Ces barbares ne laifferent point écha
per un fi belle occafion d'étendr»
leurs conquêtes : ils vinrent fondre fu
les Etats de Rodrigue , où ils mires
tout à feu & à fang. 11 fe donna un
fanglante bataille fur les bords à\
fleuve Guadalette : le roi fut vainci
& périt dans la fuite. Cette vidoir
décida de l'empire. Le royaume de
Vifigoths 5 après plus de trois cent
ans , fut éteint , èc la nation pref<]|i«
Thiêrri ÏV. 317
îiîticrement exterminée. Une partie
lependant fe fauva dans les monta-A>îN. 7îo»
;nes des Afturies , de la Galice & de
a Bifcaye , où ils fondèrent un noii-^
'eau royaume , fous la conduite de
^élage : c'eft de lui que les rois de
^aftille font defcendus. Plu (leurs fe
étirèrent en France : ceux qui fe fou-
nirent aux Maures , conferverent leur
eligion , fous le nom de chrétiens
Mozarabes,
La conquête de l'Efpagne fut fuivie Leurs pro.
le celle du Languedoc & des autres f^^ ^""^^ ^*
1 \7"r L rr' -i • Languedoc.
erres que les Viligoths poliedoient
ncore en France. Les Sarrafins pri-
ent d'abor4 Albi , Rhodes , Caftres ,
5c alîîégerenr Touloufe. Ils furent
:ontraints de lever le fiege. Mais ils
evinrent quelques années après, fous
a conduite d'Abdérame , entrèrent
lans l'Aquitaine , palTerent la Garon- nern, îbii»
le 5 prirent Bordeaux & Poitiers ,
>riilerent l'églife de faint Hilaire ,
nenaçant de traiter de même celle de
aint Martin de Tours , dont le tréfor
îtoit en grande réputation, Eude ,
épouvanté de ces rapides fuccès , im-
îlora le fecours du prince des Fran-
;ois. Charles n'ignoroit point les def-
Hns du duc. 11 favoit que , pour fe
3 2,-8 Histoire de Franc ï».
"• ' '""!^ rendre indépendant , il avoir fait al-
ANiN. 730. liance avec Munuza , gouverneur de
Cerdagne , de lui avoir donné fa hlle
11 facriiia fon relTentiinent parriculiei
au bien public , 3c marcha contre
ces barbares avec toutes les force
d'Auftrafie , d« Bourgogne de d(
Neuftrie.
-■■ La bataille fe donna entre Tours S
NN. 7V~''^q[^[qj^2. On combattit un jour entier
faits à la ba- Mais enfin le nombre céda à la valeur
taille de Poi- Abdérame fut tué ,. dc (on camp pillé
On y trouva des richelTes immenfes
c'étoient les dépouilles des province
qu'il avoir ravagées : Charles les fi
diftribuer à fes troupes. On ne trouvi
IKem, ibid. ^^i^s les auteurs contemporains aucu-
nes particularités de cette célèbre jour-
née : ce n'eft que dans Paul Diacre
qui écrivit fous Charlemagne , qu'oi
voit trois cent foixante ôc quinzi
îjiille Sarrafins étendus morts fur L
champ de bataille. Charles ne perdi
que quinze cents hommes. On di
que cette vidoire lui mérita le "furnon
de Martel , parce qu'il avoir, com-
me un marteau , écrafé les Sarrafins
Ce fut le terme fatal de la grandeu:
des Arabes, l'affermiffement de l!au;
rorité du duc Auftrafien , la confec-
T H 1 E R R I ï V. 32,9
îtion de la France , le fa fat de l'Eu- 2
ype & de toute la chrétienté. Ann. 7; 2..
On raconte qu'après cette célèbre Ordre delà
idoire , Charles inftitua l'ordre de
levalerie , fi connu fous le nom de
: Genette. Il n'étoit compofc que de Théâtre
, ,. . *■ • ^ d nonnetir ce
îize chevahers , qui portoient un ,je chevaie-
)liier d'or a trois chaînes entrelacées >:'«•
rofes , au bout duquel pendoit une
enette auffi d'or maflif. Favin &
ibbé Juftinlani affurent qu'il étoit Juflînîanî,
•rt en vogue fous la féconde race: '^* ^* ^^*
ne paroit pas cependant que les or-
:es militaires aient commencé avant
douzième fiècle. C'efi: ce qui a
)nné lieu au père Méneftrier de re-
lier l'inditution de celui de la Ce-
tte jufqu'au règne de Charles VI. Il
t que le collier étoit de deux gouifes
i Genêt , l'une blanche , l'autre verte , Diaion.au%
^^ ,y mots Oenec-
ec ce mot jamais. C elt une erreur , ^g &coflede
l'on en croit Moréri , qui prétend Geaette.
lè le critique a pris pour la . devife
î l'ordre le nom de James roi d'An-
eterre , qu'il a trouvé dans la def-
iption du collier deftiné pour ce
ince.
L'ordre de la Genette &c celui de la , ^'^'^ f
cr j n n c ., , la coje de
ye de Genejte ne rorment-ils qu un cenefie,
ul de même ordre, ou font-ils deux
3 30 Histoire de France.
} ordres réellement dlftingués ? C'eft (
Ann. 7Î1. qni n'efi: nullement décidé. On d
que ce dernier fut inftitué par fai
Louis , qui le reçut le premier de
main de Gautier archevêque de Sen
la veille du couronnement de Ma
guérite de Provence , fa femme. I
devife des chevaliers étoit ce mo
exaltât humïles : l'habit , une cotte
damas blanc avec le chaperon viole
le collier , un compofé de coiTes
genefle émaillée au naturel , entre
cées de fleurs de lis d'or , renferme
dans des lozanges clcchées ou perc^
à jour 5 au bout duquel pendoit u
croix fleurdelifée. S'il eft vrai , coi
me quelques favants le prétenden
que faint Louis n'inlHtua aucun orc
militaire , il en faut conclure que ce
de la coQc d& Genejîc eft plus anci
que ce monarque.
Dîverfesex- La Boureo^ne n'avoir point encc
Charles- vouiu reconnoitre les ordres de Ch
Aiartei. les : il s'y rendit à la tète de fon arn:
vidorieufe : tout plia , tout fe foun
" De-là il marcha contre Popon , d
'^^^'de Frife, qui s'étoit fo uleve : fa fei
f ecwn^?. con- préfence réduilit ce rebelle. Une n<
'y"^^' ''^''^^' velle révolte fut pour lui une ne
velle moiflbn de lauriers, U ren
Thierri IV. 351
ins ce malheureux pays , délit les
ifcrns 5 tua leur duc , renverfa leurs Ann. 7h»
oies, abattit leurs temples, fit con- Ann. Metenf.
iï leurs bois facrés , brûla leurs villes
leurs villages , pafïa au fil de l'épée
ut ce qui lui réîifta , êc réunit à la .
luronne toute la Frife , qui défor- ann. 75 f.
ais n'eut plus de ducs de fa nation,
ramena enfui te fon armée en Neuf-
ie. Bientôt il fut obligé de la con-
lire contre les Aquitains. Leur duc
ibliant fes fermons , avoir repris
s armes. Mais il n'ofi paroître de-
nt Charles , qui mit tout le pays à
u & à fang , éc revint chargé de ri- _.^
.es dépouilles. Eudes étant mort , ann. 75^*
unauld fon fils refufa d'obéir : la
ife de Bordeaux de de Blaye le mit
la raifon. Il eut fa grâce , on lui ren-
t fes villes , & il prêta ferment de
lélité 5 non au roi Thierri , mais au
ic d'Auftrafie & à fes enfants. On a
îine à fuivre le héros François dans
cours de fes victoires. L'Aquitaine
umife 5 il pafTa en Bourgogne où
)n commençoit a remuer , fournit
fon , entra dans la Provence , prit
ries & Marfeille , établit par - tout '"-
îs gouverneurs fidèles , & difîipa le Awn. 7^7-
vrti des rébelles. De-U , fans pofer
^3i Histoire he France.
T****^ les armes , il vole en Saxe , dont L
Ann. 757. peuples s'étoient de nouveau révolte
Tout rentre dans le devoir à fon aj
proche : on lui otFre des otages avt
un tribut annuel*
Il marche Dans le rhême temps les Sarafinî
Sarraf^ns 3c P^^ la ttahifon de Mauronte , gouve
les défait, neur de Marfeille , furprirent Av
gnon 5 ôc défoferent la Provence &
Lyonnois. Charles y marcha avec fc
Idem, îbid. frère Childebrand. Les barbares n <
ferent tenir la campagne devant lu
Avignon fut emporté d'afïaut , to
les Maures égorgés , & une partie
la ville brûlée. Le vainqueur fa
perdre de temps , pafïa le Rhône , ti
Tavi Longo- verfa la Septirnanie , pillant , ra\
géant 5 laccageant tout ce qui ola j
léfifter 5 6c vint mettre le (iege devs
Narbonne. Les Saraiins d'Efpagne -.
coururent au fecours de la pL
Charles vole à leur rencontre , les joi
entre la petite rivière de Berre &
val de Corbière , les enfonce , les ir
en déroute , ôc les pourfuit jufqi
leurs vaiifeaux , dont il s'empa:
Tout fut pris 5 tué ou noyé. Cet éch
n'abatit point le courage du bra
Athim , gouverneur de la ville afli
gée ; il refufa de fs rendre. Le. duc q
hardi c, î -f.
T H I î R a I IV, 53 3
; sopiniâtroit jamais à une entre- ■— — ■
ife où il trouvoit trop d'obftacles , ^^^, ^j^.
liia Ion trere pour continuer le fié-
■ 5 de alla fe faiiîr de Béziers , d'Ag-
ios de Maguelonne , de de Nîmes ,
l'il démantela. C'étoit la politique
I ce prince. 11 ne fouffrit jamais au-
ne place forte dans le pays qu'il
oit conquis : il ne vouloir pas que
:n fût capable de l'arrêter. Quelques
teurs couronnent cette expédition
r la prife de Narbonne ; mais notre
cienne hiftoire garde un profond
3nce fur le fuccès de ce fîege.
Une nouvelle guerre contre les --
içons , qui' furent de nouveau afTu- Ann. 738.
is au tribut , termina le règne de ^o" ^c
lierri IV. Ce prince , que la jeunelTe "^^'""^
lifie pleinement du reproche de
néantife , mourut dans la vingt-
ài^eme année de ion âge , Se la du^
)tieme depuis fon avènement à la
aronne. On croit qu'il fut enterré
(àint Denis. Charles voyant fon au-
rité fi bien établie par tant de yic-
res , ne crut pas avoir befoin de
mbre d'un roi , 8c ne fe mit poinf
peine de remplir le trône vacant,
interrègne fut de fix à fept ans ,
pH l'opinion commune 3 de cinq ,:
^34 Histoire DE France.
— *— ^ fuivaiic la chronique de l'abbé Cor,;
Ann. 738. rad j de quatre ou cinq, fi l'on c^
croit M. de Valois.
L^ Interrègne.
Charles rè- V^ h A R L E S , après tant de fervic
lom de 'duc i^endus à k religion & à l'Etat , croyc
des Franjois. avoir mérité qu'on lui offrît la co
ronne. Il dépendoit de lui de s*(
emparer : il avoir en main toute Ta
Eaiem coml- torité. Mais il connoilToit l'amo
nuat. Fredeg. naturel des François pour la maif<
^' *^^' royale : il n'ofa prendre de lui-mer
AnruMetenf.i^n titre, qui ne pouvoir manquer •
lui faire des envieux j de les feignei
qui ne l'auroient vu qu'à regret fur
trône du grand Clovis , n'eurent poi
affez de fermeté pour lui demand
un roi de cette augufte famille. Il
en a cependant qui prétendent qu
refufa le diadème. Quoi qu'il en foi
il continua de gouverner avec un po
voir abfolu , fous le nom de duc d
François. Le pape Grégoire 11 , da
une de fes lettres , l'appelle due
maire du palais de France ; ce q
femble donner à entendre qu'il s'(
toujours regardé comme officier c-
Interrègne. 535
yaume ôc non du roi. Grégoire 111
i donne la qualité de viceroi. On Ann. 758,
; voit cependant aucun a6te daté des Sirmond,
nées de fa principauté. Toutes Iqs calL p. i^t^
.artres , durant l'interrègne, font dif-
iguées par les années d'après la mort
; Tliierri IV. ^^
Cette mort avoir fufpendu toutes ^^^^ ^^^^
5 affaires. Mauronte , gouverneur de jj -^^ ^^
[arfeille , profita de cette circonf- paîx du fruic
tice pour rappeller les Sarrafîns en "^^ ^"'^ ^*'^^'
ovence. Ces barbares s'étoient em-
.rés d'Arles : Charles n'eut befoiii
le de paroître , &c tout rentra dans
devoir. Cet exploit rétablit la tran-
lillité dans toute la monarchie. L'eni-
re François étoit augmenté de pref-
le toute la Septimanie , les Maures
Efpagne n'oferent plus rien entre-
endre : les nations tributaires oih
ierent leur indocilité : l'heureux duc
uit en paix de fa gloire , honoré au-
îdans 5 redouté au-dehors , adoré des
DUpes , refpedé des grands, recherché
î fes voifins. Les troubles d'Italie
urniiTent une preuve éclatante de la
lute confidération où le bruit de fa
ileur l'avoit mis dans toute l'Eu-
»pe.
L empereur Léon s'étoic déclaré con-
'^^6 Histoire DE France.
!ti:e le culte des images par un édij
AN'N.-740,qui ordonnoit de les enlever de toute|
741- les églifes , de de les brifer coinml
les troubles ^^^ idoles. Les papes l'excommunie
d'Italie par rent : une partie de l'Italie fe foulev:
toricé" ^ *" ^^^ Lombards , profitant de l'occî
fîon, s'emparèrent de Ravenne, & me
nacoient Rome. Grégoire 111 , hoir
me ferme & inflexible , tenoit aie
le fiege de cette capitale du monc
chrétien, C'eft le premier des fouv(
]^ademcontî-ïû.ïns pontifes , quî fe foit mêlé hai
e!^'i fo!^^^' tement des intérêts des princes : exetr
pie pernicieux , qui eut des fuites bîe
funeftes pour le facerdoce & l'empir
11 écrivit plufîeurs lettres touchantes i
duc des François , pour lui demaî
der fa protedion. Charles , foit p
confidération pour Luitprand roi a
^rf/înMeren/: Lombards , foit qu'il voulût amea
& an. 741. |^^ Romains à des offres plus avant
geufes, ne fe prefla point de répond
à des inftances Ci vives. Cette négl
gence affectée ne rebuta point Gii
goire. Il lui envoya une célèbre ah
baffade * , avec les clefs du tombes
de faint Pierre , ôç quelques parti
* Nos anciens auteurs remarquent que cette a
^4ÏÏade eft la première que les papes ayent envçy
à la Cour de France»
ai
I
Interrègne. 537
s chaînes du bienheureux Apôtre. ^^ — •--■---^■----^
es députés avoient ordre de lui pro- Ann. 740,
)fer le confulat de Rome , s'il vou- 741,
it les aifurer d'un puilfant fecours.
n ne dît point ce que Charles pro-
it de fon côté j mais il eft certain
l'il accorda la protection qu'on lui
îmandoit. Il paroît cependant qu'il
î voulut point rompre avec Luit-
and. il lui fit repréfenter qu'un prin-
chrétien ne pouvoir en honneur ,
en confcience , tourmenter 1 eglife
ufurper fon patrimoine. Le roi des
Dmbards , fcit crainte , foit retour
r lui-même , recira fes troupes , «5^:
ndit au faint iiege toutes les terres
)nt il s'étoit emparé. C'efl; a cette
marche hardie de Grégoire , que
Dme doit fa grandeur temporelle ,
la maifon de Charles , fon éléva-
Dn à l'empire.
Ce prince , plus accablé de Eitigues il pacage la
le d'années, étoit attaqué depuis îl"^-"°^*''^
lelque temps d'une maladie qui con-
moit infenilblement fes forces : il
ngea à établir fa famille, il avoir eu
î fa première femm^e Rotrude trois
ifants , Carloman , Pépin , &c la prin-
ife Hildetrucle. Il eut d'un fécond
àriage avec Sonnichilde , nièce d'O-
Tome L P ,
55S Histoire de France.
dilon duc de Bavière , un troifieme fil
Ann. 740, nommé Grippon, ou Grifon. Il affem
y^i. 'bla les feigneurs à Verberie , maifo
de pLiifance près de Compiegne , t
de leur confentement partagea de ceti
forte tout le royaume de France. Ca
loman eut l'Audrafie , l'Allemagne l
la Thuringe : Pépin la Neuftrie , '.
Eouro;osne & la Provence : Giifc
n'eut qu'un petit nombre de place
Il eft difficile d'en deviner la raifo
Eî^inard le met au nombre des enfan
légitimes de Charles , Se la qualité (
fa mère ne permet pas d'en dout^
Ce partage caufa quelques troubl
dans la Bourgogne ^ mais Pépin de
prince Childebrand fon oncle les a
paiferent aulTi-tôt.
_ Ces arrangemens ainfl faits , Chî
Ann. 74 t. les ne fongea plus qu'à mourir. Il vi
Sa mort & à Paris , ôc alla prier fur le tombe
fon carabe- jg f^int ]3enis. De-là il fe fit port
''^* à Ouerfi fur Oife, oii il mourut.
Uemy ibid. étoit âgé de cinquante ans , dont il
avoit régné vingt - cinq fur toute
France. Il fut enterré avec gran
pompe dans l'églife de l'abbaye
faint Denis. On trouve peu de héi
qui lui foient comparables. Gra
prince 3 grand capitaine , il réunie te
SJ3ftB?!M.U »i HHt
Interrègne, 539
s les vertus qui forment le politique f?^^!!
le guerrier: fagelle dans le projet, Ann. 741»
pén étroit d'un coup - d'oeil toutes
5 fuites d'une «ntreprife , toujours
et a prendre le parti le plus conve-
ble aux circonftances : célérité dans
â;ion 5 on le voyoit d'un moment
'autre traverfer avec une armée , la
(le étendue de la monarchie , Se
roître fur les rives de l'Elbe , lorf-
'on le croyoit encore fur les bords
Rhône : courage dans l'exécution ,
'Ht toujours le premier à combattre ,
ijours le dernier à fortir de la mè-
, toujours frappant dejt rudes coups j
il mérita le furnoni de Martel:
dération dans le fuccès , il parvint
a fouveraine puiflance fans meur-
, fans afTaflinats , fans exils. Son
>rit , fa valeur , fon adtivité corn-
ncerent fa fortune : fa conduite ,
douceur , fon habileté la fixèrent.
Quelques enfants naturels qui lui Ses enfants
vécurent , prouvent qu'avec les ^*^"'^^*'
dites du héros , il avoir les foi-
:fres de l'homme. Il en eut trois ,
my évèque de Rouen , Jérôme père
Fulrad , fondateur & abbé de faint
lentin , & Bernard qui lailTa trois
, Addard^ Vala Se Bernier, tous
P3.
540 Histoire de France.
■w'W'BiJi'^'»» trois religieux au monaftere de Co
Ann. -^41. ^^^ ' ^ ^^^^ filles, Gondrade,
Théodrade. La première prit le voii
au couvent de fainte Croix de Pc:
tiers : la féconde , devenue veuv ]
imita l'exemple de fa fœur , ôc \}
abbeiTe de Notre-Dame de Soiflb^!
Elle avoir une fille nommée Imm,
qui lui fuccéda dans fa dignité.
Le pape Grégoire 111 , dans tî
lettre a faint Boniface , attribue i
zèle de Charles la converfion des I -
fons, des Thuringiens, de de divj
peuples de la Germanie. La Fra.s
doit a la journée de Poitiers la c -
fervation , ou du moins l'exer. e
libre de la religion chrétienne : i s
le bras de ce prince , fans cette ni >
pide adivité qui écrafa les Sarraii
elle fe feroit peut - être vue foi
d'embraffer le mahométifme. Les n
nés , cependant , & les prêtres fe. \
efforcés de noircir fa mémoire,
lit dans une lettre fynodale attrit
à Hincmar , que fon corps fut •
porté dans les enfers , & qu'à l'ou f
ture de fon tombeau on n'avoir ni
vé qu'un dragon affreux & ^
puanteur horrible. Ce conte riat
eft fondé fur une révélation de.i
I Interrègne. 341
[cher d'Orléans ^ mais il eft certain
e ce prélat étoit mort avant Charles Ann. 741.
artel : ce feul anachronifme démon-
la faiiiïeté de l'hiftoire. On voit
e c'eft une fable inventée pour inti-
der ceux des princes qui feroient
ités de porter la main fur les biens
réglife.
Les guerres continuelles que Char-
eut à foutenir , foit contre les ido-
:es de Germanie , foit contre les
ihométans d'Efpagne , avoient épui-
le tréfor royal : il fe vit obligé de
ourir aux biens eccléfiaftiques. Ils
ient devenus immenfes par les in-
crètes libéralités des fidèles, qui fe
îouilloient eux-mêmes pour enri-
r les miniftres des autels ; par les
tis induftrieux du clergé , qui avoit
> en valeur les terres incultes qu'on
avoit abandonnées ^ par la dixme
in cjue les laïques payoient depuis
s de deux cents ans. Ce ne fut
bord qu'une impofition volontaire ,
. devint par la fuite un tribut forcé.
nt Aliguftin la recommande com-
une œuvre de charité : le concile
Tours la propofe à tous les Fran-
s fous la même idée : le fécond de
Icon en fait une obligation. Charles
P3
342. Histoire de FrakciÎ.
* crut pouvoir difpofer de tant de i>|
.A]«N. 741. cheifes. U combatroit contre les enn'>j
mis de 1 eglife : il étoit jufte qu'elj
contribuât aur frais des expédicioa
qui fe faifoient pour fa défenfe. Mcl
3ion content de prendre pour lui 1
bénéfices les plus confidérables ,
diftribua les évèchés &c les abbay
aux principaux feign^urs de fon j
inée , & donnai les aires aux officie
fubalternes. Cette difpenfation ouv;
la porte à de grands défordres^
Bientôt les grands neges , comr
Rheims , Vienne 6c Lyon , fe vire
dépourvus de pafteurs. Les eccléfiaf
qiies pour n'être point dépouillés,
fe firent point fcrupule de porter
armes. Les bénéfices devinrent hé;
ditaires. On les fit entrer dans
commerce : on les partageoit comi
Concile de les autres biens de famille : on a
limons, j^^^ certains inventaires vendre
églifes 5 les autels , les cloches , .|
ornements , les calices , les croix ,
reliques. 0\\ a porté l'abus plus Ic]
encore.^ Lorfqu'on marioit une fill
on lui donnoit pour dot une car 1
dont elle afFermoit la dixme & le ci
fuel. 11 y a des jurifconfultes qui
gardent cette libéralité de Char
Interrègne. 343
( ters les gens de guerre , comme la
nitable époque des dixmes inféo- Ann. 741.
« es , c'eft-à-dire , tenues comme en
par les feigneurs , ou autres per-
j i^ics laïques. On ignore s'il prévit
( s fuites fi fâcheufes , ou fi les ayant
l'vues, il fe mit peu en peine de les
(ipêcher. Lorfquon repafie fur les
(accents traits de fa vie , on voit
r-rout le grand homme : on cherche
.ivent le prince chrétien.
La mort de Charles caufa de grands Tj^^.''^^"
ubles* Hildetrude fa fdle fe déroba r^ 'mort.'
la cour , pjfia le Rhin , & fe ren-
en Bavière, où elle époufa le duc
iilon Carloman & Pépin compri-
it que cette imprudente démarche
la princeiTe étoit une fuite des in-
dues de Sonnichilde , qui n'étoit
; contente du petit partage de Gri-
i : ils crurent qu'il falloit s'alTurer idem , ihid
l'un ôc de l'autre. Elle en eut avis ,
fe retira dans la ville de Laon. Les
nces alTemblerent aulTi-tôt leurs
upes 5 & formèrent le fiege de cette
ce. Sonnichilde fut obligée de fe
idre à difcrétion : on l'envoya à
)baye de Chelles , dont on lui don-
les revenus pour fa dépenfe. Gri-
. fut mis en lieu de fùrecé , & en-
P4
544 Histoire de Fraî^ce.
ferme au château de Neufchâtel proch
Ann. 741. ^ss Ardennes. Théodald fils de Gri
moald ne fut pas traité avec tant de
gards : il avoir de trop grandes pré
tentions j il fut facrifié à lintérèt &
l'ambition.
Les deux princes marchèrent enj
fuite contre Hunauld duc d'Aquitaine |
qui malgré fes ferments, refufoit dj
les reconnoître pour maîtres. Us 11
défirent , raferent le château de Lcr
ches 5 place alors très-forte , défol(
rent fon pays , & le forcèrent de i
foumettre aux anciens hommages. C
fut pendant cette expédition , en u
Jhid, lieu appelle le f^ieux- Poitiers , qu'i
fixèrent à l'amiable les limites de leu:
Etats. Cette grande affaire terminée
Carloman paîTa le Rhin , pénétra ju
qu'au Danube, de contraignit les A.
lemands de demander la paix. Ils n
l'obtinrent qu'en fe foumettant a
tribut 5 & en jurant la même obéiji
fance qu'a Charles {on père. Dans Ij
même temps naquit au château d'In
gelheim près de Mayence , Charki
fils aîné de Pépin , qui par fes grani
des aétions mérita le furnom de Chaii
lemagne.
Tant de profpérités ne mettoier'
Interrègne. 345
lint les deux frères à couvert des
voltes. 11 reftoit un prétexte aux Ann. 743,
ftieux. Les ducs tributaires ne refu- FindeHn-
lent point lobeiiiance aux rois de
ance : mais ils ne vouloient point
ier fous le joug des deux princes
li abufoient de leur autorité , di-
ient - ils , pour opprimer les fei-
leurs 3 après avoir anéanti la puif-
•ice royale. Les François de leur
té , accoutumés a avoir un roi , ne
jLï obéiiloient qu'avec peine. C'efl ce
li détermina Pépin à faire cefTer
[iterrègne. Il éleva fur le trône un
ane prince , aufli propre que fes
Tniers prédéceflTeurs , à ne porter
le le vain titre de roi. Il fut nommé
bildéric IIL
Py
54^ HïSTOIRE DE FrANC.
Il III I. , 1 ,
Ann. 743. ,
C H 1 L D É R I C 1 I I.
chiidcrîc VjhildÉric , fiilvant unc ancienn»
cft proclame généâologîe de iios rois * 5 étoit fils d
Concile de Thierri de Chelles. Il ne régna qu»
Lepcinc fur la Neuftrie , la Bourgogne , & î;
Provence. L'Auftrafie redevint mv
principauté féparée du refte de la mp
narchie. Carioman la gouvernoit ei
fouverain. On en voit la preuve dan
la préface du concile qu*iî convoqu;
cette même année à Leptine. Il y dé-
clare c^d avec le confeil de fa noblejfe
il a ajjemblé les évêques qui font dan.
fes Etats : exprefiîons qui marquen
un pouvoir abfolu. Ce concile eft re
marquable par plufieurs beaux règle-
ments pour la réformation des mœurs
C'eft l'époque de la manière de comp
ter les années depuis l'incarnation
On datoit auparavant des. années dt
monarque régnant.
Différentes Les princes tributaires de la France!
révoltes. n'obéij[ïoient qu'à regret aux enfantî
de Charles-Martel : tous fe liguereni
de nouveau contre les deux frères
* Chronique de Fontenelle. Voye* p. 752 dij
prcmiei: tom. 4es Hift. Franc, de Dachefae.
ChildÉric III. 347
Ailemands furent les premiers
lâtiés. Odilon duc de Bavière, Fucann. 743*
Julie & forcé de demander la paix ,
l'ii n'obtint qu'en fe foumettant a
lommage, Théodoric duc des Sa-
^ns 5 afiiégé par Carloman dans le
lâceau d'Hochfibourg , fe vit con--
aint 5 pour fauver fon pays , de fe
Dnner lui-même en ôtase. Hunauld ,
Lie d'Aquitaine , obligé de recourir Ann. 744*
la clémence de Pépin , donna de
ugent, & jura une fidélité inviolable-
e prince, fur quelques fo upçons , fit
"£ver les yeux à fon frère Haton. Les
.mords vinrent auffi-tôt troubler fa
onfcience : il entra dans un monaftere,
i femme dans un autre , & fon fils
7aïfre lui fuccéda.
Les Saxons cependant Se les Aile- .
j f. , V Ann. 747.
\inas ne pouvoient s accoutumer a
'orter le jouç : une nouvelle révolte carlonianfe
i ^-t r 11 retire dansun
Lit pour les deux rreres une nouvelle monafteie.
)Ccahon de triompher. Mais bientôt
es Allemands reprirent les armes*
Carloman marcha contr'eux , les fou- Fgînari. in
nit ; Se pour retenir par la crainte ^"'^•^'^•7-^<^'
les fuplices ceux que tant de défaites
l'avoient pu abattre , il fit de fanglants
exemples de tous les auteurs de la
îebellion. C'ell: le dernier exploÎE
P 6
54^ Histoire de France.
^!^ milkaiie de ce prince. Dégoûte di
Ann. 747. monde an milieu de fes viÔroires , i,
^nn. Metenf. :ill:i a Rome trouver le pape Zacha
& une place dans l'abbaye du Mont
Callin 5 où il vécut dans toutes ie:|
pratiques de robéilTânce religieufei
il laiiToit des enfants , entr'autr©
Drogon, qu'il recommanda à fon ft&
re. Aucun ne lui fuccéda dans fa prin-
cipauté. Une ancienne hiftoire rap-
porte qu'ils furent tous rafés & ren-
fermés dans des monafteres par ordrt
de leur oncle.
'. ~~ Pépin, devenu maître de toute -le
Ann. 748. r ^ j 1 ri / V r r
Pépin af- -^^^"^^^^ y ûoima la liberté a Ion rrer(
pîieouverte- Grifon, le combla de careiTes , le k)-
ment a la ^^^ ^^ palais , lui aflig-na de f^rolTe;
couronne. ^ ^ r ' - rr • >
penlions. Il ne paroifloit occupe que
du foin de rendre les peuples hett-
reux. 11 avoir établi par-tout des trin
bunaux pour faire rendre juftice aiii»
perfonnes opprimées. L'églife trou-
voir en lui un protedeur , le mérite
un rémunérateur , Tinnocence un dé-
fenfeur , le crime & la rébellion uni
févere vengeur. Dans cet état dei
grandeur, de gloire. Se de puifTance,
il fongea férieufement à fe faire dé-
clarer roi. Il travailloit à l'exécution
Childérîc îIL 54^
e ce grand projet , lorfque tout-à-
OLip Grifon s'échappa de la cour avec Ann. 74&*
lulieurs jeunes feigneurs François ,
: fe retira chez les Saxons qu'il fie
^volter. Pépin accoutumé à vaincre,
larcha contre le rebelle, faccagea la
xe 5 & força ce nouvel hôte à l'aban-
onner. Le malheureux fugitif paiîa
ans la Bavière qu il eut bientôt con-
uife. Elle étoit gouvernée par Tafd-
m , enfant de fix ans. Le duc dQS Am.Metenf.
rançois l'alla chercher dans cette
oifieme retraite , le furprit , le battit ,
ht prifonnier. Le vainqueur tou- Eginard. in
>r.rs modéré dans fes fuccès , traita ^"^
'H captif avec beaucoup d'humanité,
ramena en Neuftrie , lui donna la
lie du Mans & douze comtés. Ce
ndreux procédé ne fut point capable
i toucher le cœur de Griton : il fe
Liva une troifieme fois , & alla fe
cer entre les bras de Gaïfre duc
Aquitaine. Cette fuite n'entraîna
cune fuite fâcheufe. La tranquillité
; l'empire François n'en fut point
)ublée. Alors Pépin reprit fon pre-
ier delTein.
Le feul obftacle à fon élévation n eft pr*-
'• 3it le ferment de fidélité que les ^^^*^*^ ^'^^'
-ançois avoient prêté à Childéric :
35»^ Histoire de France.
-*" ' ! il trouva moyen de le lever. On ra-
Ann. 748. conte la chofe d-iverfement. Les uns ,
c'eft le plus grand nombre , préten-
dent quaiïliré de l'eftime, de l'incli-
nation , ôc du fufFrage de la nation ,
^ il lui fit propofer de confulter le pape.
Ann. 7fo. ^^charie répondit que celui qui avoii
en main l'autorité , pouvoit y joindre
le titre de roi» On avoir bien voulu
croire que Childcric étoit devenu
fou : on fe laiifa perfuader avec h
même facilité , que cet oracle déli
vroit de l'obligation du ferment : Pe-
Jdem , îlid. pin fut proclamé roi. Les autres ai
^dan.jio, contraire affurent que Childéric , tou
ché du défit de fe donner entiéremen
à Dieu , abdiqua de {on plein gré &
du confentement de fes grands vaf
faux. Les François , par cette retraite
rentroienr dans leurs droits de f
donner un autre maître : ih éluren
Pépin tout d'une voix Ce fentiment
s'il n'eft pas le plus vrai, eft du-moin
le plus glorieux au pape , au nouveai
Le père le monarque , à la nation. Zachaiie dan
Cointe dans^,^ fy^ême neft plus un ptévaricateu
les Annales -iriii*- 1 1
fcciéf^afti qui abule de la religion des peuple
saes fui l'an pQ^j. ^,Q,-^(:^^j.gj. ^^^q inj^ftice Criante
Pépin ceife d'être un ufurpateur odieu
qui opprime fes légitimes maîtres
"f^
Childè'ïIïc II Î. ^jt
les François enfin demeurent plei-
nement juftiiiés du crime de parjure Amn. 7s'0'-
dc de félonie. Quoi qu'il en foir, Chil-
dcric defcendit du trône , fut rafé ,
& enfermé au monaftere de Sithieu *.
li ne furvécut que trois ou quatre ans
1 fa dépofîtion. Il avoit un fils nommé
Thierri , qui vécut 3c mourut ignoré
i l'abbaye de Fontenelle . aujourdhui
faint Vandrille. .
Ainfî finit la race des Mérovin- Ann. 75^-
^lens , après trois cent trente - trois Fm de la
ms de règne depuis Pharamond , &c P^^"^^^^^ ^®^
leux cent foixante Se dix depuis le
jrand Clovis. Elle a donné trente-fix
ois à la France , dont vingt Ôc un ont
égné fur Paris. Les quatres premiers
toient païens ; les autres furent chré-
iens 5 mais la plupart de nom plus
jue de mœurs. On ne voit jufqu'à
I^lotaire lî , que cruauté , férocité 5
)arbarie. Ceux qui l'ont fuivi firent
)aroître plus de douceur , de religion 5.
ic de bonté» C'eft cette bonté même
\ai les a perdus. L'ambition a fçii
■n profiter pour les renverfer du trône»-
3n doit fe défier de ce qu'on a écrit
le ces princes fous le commencement
* C'eft aujourd'hui Tabbaye de feint Bertin 4
aînt Omer,
55^ Histoire de France, Sec.
"""""^ de la féconde race, il faloic juftihet'
Ann. 7n« l'ufurpation. On chargea les Mérovin-
giens de tous les maux qui avoient dé-'
folé l'empire François : on attribua aux|
Carlovingiens tout le bien qui s'étoit
fait du temps qu'ils gouvernoient feui
le nom de maires du palais^
Fin de la première race*
HISTOIRE
D E
A N C E.
SECONDE RACK
PEPIN,
j A fin déplorable de la race des Me- .
ovingiens elt un de ces exemples aiiiii
:ommuns que terribles de l'inflabilité
le chofes humaines. L'antiquité de
"on origine qui fe perd dans les iiècles
.es plus reculés , l'éclat de fes exploits ,
le nombre de fes victoires , la gran-
deur de fes conquêtes ^ le refpedl de
la nation qui étoit comme pafTé en ha-
'âitude , l'amour naturel du François
pour fes légitimes maîtres , rien n'a
pu la fauver d'un trille naufrage.
Leçon utile , qui apprend aux rois
554 Histoire de France.
Amn. 751. brife , quand il lui plaît, les fceptie
& les couronnes , & qu'un trône oc
cupé par un prince livré à l'inaâiioi
Se à la moleire , eft toujours exjpofé :
être ébranlé. Une nouvelle familh
s'élève fur les ruines de la niaifor
royale de Clovis : elle rèjne ave<
gloire : elle fembloit par mille belle:
adions avoir effacé Tinjudice de for
ufurpation , lorfqu'à fon tour elle ef
renverfce par les mêmes pallions qu
avoient concouru à fon agrandifie-
ment. Tels font les grands évène-
îTients que préfente cette féconde par-
tie de notre hiftoire.
Peprn eft Q^ £^^ ^ Soilfons dans une aflem-
fons. blée générale de la nation , que Pépin
reçut la couronne 3c les hommages
tlmlt.^fr^l de tout l'empire François. Un auteur
€. 117. contemporain obferve que fuivant
l'ancienne coutume , la reine Berthe
fut élevée avec lui fur le trône. Il eft
cependant remarquable que jufque-là
on ne trouve dans l'hiftoire aucun vef-
tige de cet ufage. Il y a toute appa-
rence que c'éroit une nouveauté ima-
ginée 5 foit pour rendre (on inaugura-
ration plus mémorable , foit pour inf-
pirer aux peuples plus de vénération
pour les enfants quil avoit eus de
cette princeiïe. CeO: par le même Ann. 75 i»
principe qu'il voulut recevoir l'onc-
tion facrée de la main de faint Boni-
face 5 Icgat du pape & archevêque de
Maïence : trait de politique autant Egînnrd. m
que de religion. C'étoit un moyen ^Q-.-^nn.adann.
faire regarder fon éledtion comme
un ordre du ciel : fa perfonne en de-
venoit plus augufte ^ ion pouvoir plus
refpedaDle. Cette cérémonie jufqu'a-
lors inufitée en France, fe fit dans la
cathédrale de Soiilons, Elle fut trou-
rée fi avantageufe , que tous les fuc-
celleurs de Pépin imitèrent fon exem-
ple. On nen excepte que Louis le
Débonnaire. Ce prince , par ordre
de Charlemagne fon père , alla pren-
dre la couronne fur le grand autel de
réglife d'Aix-rla-C hapelle , fe la mit
fur la tête , 3c fans autre confécra-
cion 5 fut reconnu roi de toute la mo-
narchie.
Le facre fe faifoit anciennement Depuîscind
par le métropolitain de la province J^l^P^Q^t^rst.
où l'on s'aiTembloit pour couronner crés à
le nouveau monarque, Philippe pre- ^^^"^s.
mier du nom , eft aulli le premier de
nos rois qui ait été facré à Rheims.
On admire la hardielTe de Gervais dç-
55^ Histoire DE France.
?— ^— — ' Belème , archevêque de cette ville ,
ANtr. 7;r.qiii ofa foutenir devant la cour de ce
prince , que lui feul avoit ce droit
comme fuccelfeur de faint Remy , à
qui le pape l'avoir donné. On pou-
voir lui répondre cjue cette pieufe céré-
monie étoit abfolument inconnue fous
la première race. Cette concetîion d'ail-
leurs excédoit le pouvoir des fouverains
pontifes. C'eft en effet de nos rois que
l'églife de Rheims tient cette glorieufe
prérogative. Ce fut Louis le Jeune qui
la lui accorda aux inftances de la reine
Alix fa femme ,; fœur de Guillaume
de Champagne , qui tenoit alors cet
iliuftre fiege. Ainfi l'époque de ce pri-
vilège ne remonte pas plus haut que le
douzième fiecle.
" Le commencement de ce nouveau
NN, vr^-'j-Qg^Q fj^^ fignalé par la défaite des
Pépin défait S-jxons qui s'étoieut révoltés. On dé-
les Saxons & /• i t ^ • ^^ • i
les Bretons, lola l^urs provinces. Contraints de
demander la paix , ils ne l'obtinrent
qu'en fe fou mettant à un tribut an-
nuel de trois cents chevaux. Les Bre-*
tons fubirent le même fort. Le roi
n'eut qu'à fe préfenter : tout rentra
^n,Mctenf. à2ins l'obéilTànce. Il étoit en chemin
pour cette glorieufe expédition , lorf-
qu'il apprit que Grifon fon frère avoit
Pépin. 357
été tué dans la vallée de Mauiienne.
On ignore fi ce fut par les émifTaires Ann. 751.
du duc d'Aquitaine 5 qui pouriuivoit ^^rf^m conri-
la vengeance des galanteries de c^ ""^f- ^'■e^^e^"*
prince avec la duchelfe fa femme , ou
par les gens de Pépin même , qui ap-
préhendoit qu'en palFant en Italie il
n intéreifât les Lombards dans fa que-
relle.
Aftolphe régnoit fur cette belli- Le paps
queufe nation. Maître de l'Exarcat de ? ^'^^^'^^ ^"
D ., • j r 1 • France.
Ravenne , il entreprit de lubjuguer
Rome. Il fit fommer cette ville de le
reconnoître pour fon fouverain , me-
naçant de porter le fer 3c le feu fur
fon territoire , fi chacun de fes habi-
tants ne lui payoit tous les ans un fou
d'or. Etienne 111 étoit alors fur la
chaire de faint Pierre. Digne fuccef-
feur des Grégoires & des Zacharies ,
il pourfuivoit vivement leur projet
de iQ faire un Etat indépendant. L'en-
treprife d'Adolphe déconcertoit cet
ambitieux defiein. Mais dans la né-
cefiîté de fubir le joug , il comprit ^ „ . :
vi 1 • • 1 / ■ ^^ Anafi. invita.
qu il valoit mieux obéir aux Grecs sie^h. pap,
dont l'éloignement faifoit moins {en-
tir le pouvoir , que de tomber fous la
domination des Lombards , peuples
trop voifins, & trop impérieux. C'eft
5 5^ Histoire DE France.
ce qui l'obligea de recourir à l'empé*
Ann. jii.^^^^^y pour reii?;iger à prendre les ar-
mes en faveur des Romains. Gonftan
tin , occupé contre les Bulgares , crui
qu'il fufHfoit pour la mr.jellé de l'em-
pire , de mettre l'affaire en négocia
tion. Le pape , au-lieu d'une armée
ne vit arriver qu'un envoyé , nomme
Jean le Silenciaire. Les repréfenta-
tions de la cour de Conftantinoplt
n'eurent pas plus de fucccs que le;
ambaiïades , les préfents 3c les prière:
du fouverain pontife. Etienne m
voyoit plus de relfource que dans L
protection du nouveau monarqu»
Prançois. 11 lui fit demander la per-
million de palTer en France : Pépin 1;
lui accorda , & Aftolphe n'ofa lui re*
fufer le paftage. Le prince Charles
fils aîné du roi , alla au-devant de lu
plus de trente lieues , & le conduifi
a Pont-Yon , maifon royale dans 1<
Pertois.
Comment Le fouverain pontife fut reçu à h
il eft reçu, ^q^j, ^^ France avec tous les honneun
dûs à l'éminence de fa dignité. L<
bibliothécaire Anaftafe parle des cho-
fes anciennes fuivant les préjugés d<
lien , ibld. fon fiècle , lorf qu'il dit que Pépin j
l'arrivée d'Etienne fe profterna juf
Pépin. 3^9
[u'eii terre .. lui jura une entière obéit '""* """*;
ance , ôc l'accompagna comme un Ann. 7ç?»
impie ecuyer , marchant a pied pen-
lant quelque temps , & tenant fon
:heval par les renés. On ne recon-
loit dans ce récit ni la majefté de nos
jiciens rois , ni la modeftie des pa-
»es 5 lorfqu'ils n'étoient encore que
£s premiers fujets de l'empire. Les
annales de Metz racontent la chofe
ien différemment : on y voit qu'E-
ienne parut à Pont-Yon fous la cen- Ann. Metenf,
te & le cilice ; qu'il fe jetta aux pieds <»^û«'7s«.
u monarque , le conjurant par les me-
ttes de faint Pierre de délivrer Rome
e la tyrannie des Lombards , & qu'il
e fe releva qu'après que ce prince
eut afTuré d'une puiffante protedion:
lecdote où avec plus de vraifem-
lance on ne trouve guère plus de vé-
té. Un auteur contemporain garde un
rofond filence fur ces circonftances ,
'ailleurs Ci intérelTantes. Il rapporte Contin. Frei*
mplement que le pape fit de grands'^* ^^^*
réfents au roi j qu'il fut reçu avec une
)ie extrême , & qu'on lui promit un
rompt fecours.
Quoi qu'il en foit , Pépin avoit eu l'epin fe &ît
îs vues en lailTant venir le fouverain fon°"ufurpa!
ontife en France. La cérémonie de tJon.
5^o Histoire dk.Frakce.
fon facre , en adoucilTant aux yeux de
Ann. 753. peuples ce que fon entreprife avo
d'inJLifte &c d'odieux , n'avoit pu ca
mer les remords de fa confcience.
fe voyoit à couvert fous le mantea
de la religion , des attentats auxque
les ufurpateurs font prefque toujou
expofés ; mais il ne pouvoit fe difi
niuler à lui-même qu'il n'étoit mon
fur le trône que par un parjure. C'(
Théc-phin. l'expreflion de Théophane. Il fe jet
tàron, éiir, ^^^ '^^ ^^ p^pg ^ il le pria <
labfoudre du crune qu il ayoït cor
mis 5 en manquant de fidélité à f
légitime fouverain. Etienne ayant t
foin de lui pour l'oppofer aux Lo:
bards , lui accorda fans peine ce qt
demandoit.
Le monarque cependant ne trou
Ann. 754. pas la même facilité pour un au
Pepinfe fait projet qu'il méditoit. Il avoit delTc
facierparie^ig répudier fa femme ; on ne fç
^^^^* pour quelles raifons : le pape l'en d
fuada 5 &: fit tant que Pépin oublL
fes mécontentements , ou fes nouv
les amours , ne penfa plus qu'à doni
fes ordres pour les préparatifs de i
i4«a/?. iMcî. nouveau facre. 11 voyoit rimprefli
que la préfence d'Etienne faifoit
Eginanl, tous ks efprits : il crut qu'étant ce -
ron '".
Pépin. ^61
tonné de fa main , il en deviendroit ^
encore plus refpedable a la nation, ann. 754.
L'cglife de faint Denis fut ckoiiie
pour le lieu de cette folemnité. Pepiii
y reçut une féconde fois l'ondbion fa-
crée des rois , & avec lui la reine Ber-
the &c {qs deux fils , Charles & Car-
loman. Le fouverain pontife termina,
cette cérémonie par une excommuni-
cation qu'il fulmina contre les fei-
gneurs qui à l'avenir fongeroient i faire
palfer la couronne dans une autre
Famille ; Se pour engager plus efficace-
ment les princes François à faire la
guerre aux Lombards , il les déclara
publiquement patrices de Rome. C'é-
:oit ani-il que ces deux hommes habiles
iifoient jouer tous les relforts de la
politique , l'un pour affermir fon trône
i l'ombre de la puiifance des chefs,
autre pour acquérir une domination
emporelle à la faveur d'une autorité
mrement fpirituelle.
Le premier foin du monarque Fran- carkman
•©is 5 après la nouvelle cérémonie de vient en
:on facre , fut d'aflTembler un pade- ,';;Te' fef ï«
nent à Crecy-fur-Oife, pour y faire négociations
réfoudre la guerre contre les Lom- " ^^^^*
Dards. Ce ne fut pas fans une extrè-
,îie furprife qu'on y vit paroître le
Tome I, Q
j^ji Histoire de France;
même Carloman , frère aîné de Pe-
Ann. 754. pin 5 qui après avoir abdiqué une
couronne , s'étoit enfeveli fous l'habit
de moine dans l'abbaye du Mont-
/înn. Meren/. Caffin. Le roi de Lombardie , qui
craignoit qu'Etienne ne fît déclarer
les rrançois contre lui , avoit envoyé
ce prince pour traverfer fes négocia-
Eginari in tions. Le faint religieux obéit a for
AnnaU fouverain contre les intérêts du pape •
exemple d'autant plus admirable
qu'il eft plus tare. Le fouvenir di
rang qu'il avoir tenu dans la monar-
chie 5 fa naiiïance , fes vertus , toui
jufqu'à l'humiliation de fon état
donnoit un grand poids à fes raifons
11 parla pour Aftolphe avec tant d<
force de d'éloquence, qu'il fut arrêt<
qu'avant de prendre les armes , on lu
enverroit des ambaffadeurs pour L
porter à la paix. Cette marque d\
Crédit de Carloman fit ombrage à Pe
pin. Il en conféra avec le fouveraîi
pontife : tous deux de concert le firen
enfermer dans un monaftere à Vien
ne y où il mourut la même année
Secmd. con- L'enlèvement de fes enfants qui furen
tinuat. fred, aulÏÏ-tôt rafés de confinés dans l'obfcu
rite d'un couvent , fit naître d'étn
ges foupçons fur cette mort fi proi
^^
Pépin. 3^3
te : on imagina qu'il avoir été immolé
à la crainte & à l'ambition du roi fon Ann. 754.
frère.
Le prince Lombard reçut les am
baifadeurs François avec tous les Ann. jss-
égards dus aux miniftres d'un puiflfant ^^?}"- ^^-
Etat. il confentif de facriiier les pré- re^aux^foSl-
tentions fur Rome : il otfroit de ne bards,
plus incjuiéter fes habitans j mais il
. ne voulut rendre ni l'Exarcat , ni la
Pentapole , que le pape réclamoit
• comme la dépouille d'un hérétique.
Pépin ne laifTa pas de lui envoyer une . 1 r- u
leconde ambaiiade : elle n eut pas plus ai an, 7^0*
de fuccès que ja première. La guerre
fut enfin réfolue. Ce fut alors que le
roi &c les deux princes fes entants ,
du confentement des feigneurs , firent
à l'églife de faint Pierre cette célè-
bre donation , qui a donné commen-
cement à la puilTance temporelle de ^"^-/^•^*"''^*'*
la cour de Rome. Elle comprenoit "^^'^^^
fous le nom de l'Exarcat , Ravenne,
Adria , Ferrare , Imole , Fayence ,
Forli & fix autres villes avec leurs
dépendances ; & fous celui de la Pen-
tapole 5 Rimini , Pefaro , Fano , Sini-
gaille &c Ancône , avec plufieurs au-
tres petites places. Le monarque fe
mit aulli-tot en marche pour conque-
5^4 Histoire DE France. '■
l'ir par la force des armes une princî-
^ pauré qu'il venoit d'accorder par pure
'^^ gcncrolite. Les Alpes ne lui oppole-
rent qu'une foible barrière. Le Pas dej
Suze fut forcé, l'armée des Lombards^
taillée en pièces, la Lombardie défo-i
lée , & Pavie affiégée. |
■ Pa'x entre Aflolphe s'y étoit enfermé avec fesl
pépin & Af- meilleures troupes. La crainte de fuc-^;
comber à la fin fous l'effort des Fran-f
cois , lui fit promettre tout ce qu'on
voulut. Il donna pour fureté de fa pa-'
rôle quarante otages choifis parmi les
principaux feigneurs de fes Etats , &i
confentit que le pape fe mît en pof-^
Uzm , ibii. feiïîon de Narni. Pépin crut qu'avec!
de tels gages le Lombard n'oferoic?
violer {qs ferments. La faifon étoitf
avancée : il' appréhendoit que la neige^^
ne lui fermât le paflage des Alpes : û
reprit au(ïi-tôt le chemin de le Fran-
ce , ne lailTant en Italie que l'abbé
îulrade , avec ordre de recevoir d'Af-
tclphe toutes les villes de l'Exarcat
&i de la Pentapole, pour les remettre
entre les mains du fouverain Pontife.
Mais bientôt l'éloignement du vain-
queur ranima toute l'audace du vain-)
eu.
Le roi de Lombardie , outré qu'E-*,
Pépin. 3^5
tienne lui eut attiré de fi piiiiTants en-
nemis 5 recula fous différens prétextes , Ann. 75^*
l'évacuation des places qu il devoit _ . -
rendre , ht lous main des preparatirs fe les Alpes
pour fe mettre en état de réiifter aux ^"^^^^5?;'?"
f • „ 1 ri y- en pofleflTion
rrançois , 5c levant enhn le malque , de l'Exarcac
recommença ouvertement fes courfes «J'^^^.^^J,^^^
^ , • • j r> '-1 • àdelaPen-
lur le territoire de Kome, quil in-tapole.
veftit le premier jour de Janvier. ^Q- Ann.Mete^f-
pin , fur cette nouvelle , repalTe les
Alpes avec la même célérité &: le
même fiiccès que l'année précédente ,
défait les Lombards , délivre Rome >
forme le fiege de Pavle , & le poulfe
fi vivement, que le malheureux Af-
tolphe , pour fauver fa couronne , de-
mande la paix aux conditions qu'il
plaira au vainqueur de lui impofer.
11 fe reconnut vaiTal du m.onarqueff'';^f ^^*
rrancois , le loumit a un tribut an-
nuel de douze mille fous d'or , ôc
jura de rendre au pape l'Exarcat &
la Pentapole. L'abbé Fulrade fut en-
core commis pour l'exécution de ce
traité. On lui livra vingt -deux pla-
ces 5 dont il remit les clefs fur le
tombeau de faint Pierre , avec la do-
nation qui en avoit été faite à l'églife
par le roi Pépin , quoique toujours
. . Q3
'^è(j Histoire de France;
fous la louveraineté de la couronne
Ann. 7 5(J. de France.
Concile de Le monarque François , au retour
Veinon. ^q çq^^q glorieufe expédition , convo-
qua un concile à Vernon-fur-Seine : il
étoit compofé de tous les prélats des
Gaules. 11 y fut ordonné que tous les
ans on tiendroit deux fynodes natio-
naux , l'un au printemps devant le
roi , l'autre en automne en telle ville
qu'il plairoit aux évêques. On y fie
^^'"•''"'•^•plufieurs beaux règlements fur la dif-
cipline. Le cinquième fur -tout eft
très - remarquable ; il eft conçu en
ces termes : ?? Si les abbés ou les ab-
35 beifes mènent une vie peu édifian-
5) te 5 l'évêque diocéfain doit travail-
as 1er à leur corre6»:ion : s'il ne peut
3> les réduire, le métropolitain eft tenu
3) d'y mettre ordre : Ii on lui réfifte,
35 l'aftemblée publique en ordonnera ;
35 fi les coupables méprifent le juge-
35 ment de l'alTemblée , elle pourra les
33 dépofer , ôc en choifir de plus di-
35 gnes par l'ordre du roi , ou du con-
33 fentement des religieux <«. Ce dé-
cret eft une preuve non équivoque de
l'autorité qu'ont naturellement les rois
pour la manutention de la difcipline
ôc Tobfervation des faiuts canons. On
P E P I' N, 3 •'^7
y voit encore que , malgré tant d'e-
xemptions accordées aux monafteres, Ann.7j6#
la hiérarchie ne fe croyoit point dé- -
pouillée du droit d'infpedion fur la
conduite des moines : droit qu'elle
tient de fon inftitution : droit par con-
féquent imprefcriptible & inaliéna-
ble. On croit que ce fut cette même
année que Pépin transféra l'affemblée
générale du premier de Mars au pre-
mier de Mai. La cavalerie fous {on.
règne commençoit à s'introduire dans
les armées Françoifes : la nécelTicé de
trouver des fourages fit mettre la diète
à une faifon plus commode.
Pépin au plus haut point de la gloi- ■
re , iouiOToit en paix de l'admiration ^^n. 757.
de toute l'Europe. Didier , à l'ombre de^cimpk'
de fa proteétion ; venoit d'obtenir la gne.
couronne de Lombardie : le pape lui
devoir un grand Etat : l'empereur bri-
guoit fon alliance , &c n'oublioit rien
pour le mettre dans fes intérêts. Ce
fut ce moment de triomphe qu'il choi-
fit pour convoquer un parlement à
Compiegne. On y fit quelques règle-
ments fur les mariages. La lèpre fut
jugée une caufe de difiblurion. Mais Continuai*
on permit à la partie faine de fe rema- ^'^^•^'c*
rier* Ce qui fait voir que cette mala-
Q4
3^S^ Histoire de France. -
elle éroit alors très-commune. Le yeuné
Ann. 757. TaiTiilon, duc de Bavière & neveu da
roi , parut dans cette afTemblée pour
faire hommage de fon duché. 11 prêta
ferment de fidélité, non-feulement au
monarque régnant , mais aux deux
princes fes enfants , qui avoient reçu
Jondion facrée des rois. La diète étoit
fur le point de fe féparer , lorfqu'on
y vit arriver de nouveaux ambaffa-
deiirs de Conftantinople. Ils appor-
toient de magnifiques préfents , en-
Jj:n.Maenf, tr'autres, une orguer C'eft la première
qui ait paru en France. Pepm en - fîî
don à Téglife de faint Corneille de
Compiegne. Toutes ces atteiuions de
Conftantin Copronyme ne produifi-
rent aucun effet : le prince François y
répondit par de grajides civilités ,'mais
il perfifla toujours à maintenir le pape
dans la poiTeiTion de l'Exarcat de de la
Pentapole.
Pepîn La mort d'Etienne arrivée fur ces
laTor.°,'k.^""ef^i«^', »'apP^"^ --^"""i change-
Efciavons , Hieut daiis les affaires. Le diacre Paul
tÀt ^°^' ^?'' ^'^'^ ' ^^^ fuccéda dans fa digni-
té, de dans l'application à en augmen-
ter le pouvoir. Il ne fe vit pas plutôt
fur la chaire de faint Pierre, qu'il écri-
vit au roi pour l'alfurer de fa fidélité
Pépin. 3<^9
Sz lui demander fa protedion. 11 ne
fut pas long- temps fans avoir befoin Ann. 757.
du fecours qu'il réclamoit. Les Saxons
s'éroient révoltés. Pépin marcha con-
tr'eux, leur donna plufieurs combats, •
les battit par-tout , & en fit un fi hor-
rible carnage , que pour éviter leur
perte entière , ils fe fournirent à tout
ce qu'il voulut. Le bruit de cet exploit Egmarâi:
porta Jia confternation dans les cours
trangeres. Le roi des Efclavons offrit
an tribut , de fe reconnut vafral de la
î^rance. Le prince Lombard imita fon
exemple. 11 s'étoit prévalu de la cir-
:onfi:ance , pour fe jetter fur les terres
du pape. La nouvelle du retour de
?epin 5 une ambafiade , de fimples
menaces fuffirent pour le réprimer. Il ç^^^jg^ ^i'
i^eftitua au fouverain pontife tout cQrolE^ijl.it.
qu'il avoit ufurpé fur lui, le dédom-
magea des ravages qu'il avoit faits fur
e patrimoine de faint Pierre , &c lui
remit encore quelques places cédées
îàr le traité de Pavie. La reconnoif-
fance égala le bienfait. Paul ne négli-
geoit au'-une occafion de plaire au roi^
11 fçavoit que Pépin fe faifoit une af-
faire férieufe des plus petites chofes
qui concernoient le culte extérieur de
la religion : il lui envoya- des chantres
Qs
37^ HrsToip.E DE France:
^^ de l'égUre romaine , pour inftruire
Ann. 757. ceux ou palais. 11 joignit à cet envoi
Epiji. Pauii quelqi\es livres de géographie , d'or-
ad Pippin. thograplie & de grammaire , la dia-
%i, CaroL^ ledique d'Ariftote , & les (Euvres de
S. Denis l'aréopagite. C'étoient les
curiofités de ce temps -là. Un autre
préfent , qui ne parut ni moins.rare.i
ni moins extraordinaire, fut une hor-
loge noéturne , c'eft- à-dire , qul»ne dé-
pendoit point du foleil. L'hiftoire n(
dit point fi elle avoit des roues comm<
les nôtres , ni fi le fable ou l'eau h
faifoit aller.
- Tout fléchifToit fous le joug du vie
-Ann. 759. torieux monarque. Narbonne , aprè
60, 61. un blocus de trois ans, venoit de f
Guerre ^ounietzvQ à fon empire , fans autt
contre le duc condition que de pouvoir vivre fui
dAaiviuine.^^j^^ fes loix , c'eft-à-dire, fuivant 1
droit Romain qu'on avoit toujour
fuivi , 3c qu'on fuit encore aujour
d'hui dans la Septimanie. Le feul Gai
fre 5 duc d'Aquitaine , ofa lui réfiftei
iSgînari, în Ce prince avoit ufurpé les biens d
4nnal, plufieurs églifes qui étoient fous 1
protection de la France. Le roi le û
îommer de les reftiruer , Se fur {on re
fus palTa la Loire à la tête d'une puii
fance armée. Il n'eut befoin que d<
CJlUWI|ili|IIIJIHi.. 'J1
Pépin.' 371
paroître , tout plia. Le duc fe fournit ;
donna des otages, de Pépin fe retira. Ann. 75^,
Mais bientôt Gaïfre oublia fes fer- ^0,61.
ments. Humbert , comte de Bourges ,
& Blandin comte d'Auvergne , fe jeté*
rent par {qs ordres fur la Bourgogne,
où ils mirent tout à feu & à fang.
Le monarque François tenoit un par- Commuât,
lement à Duren près de Juliers. 11 raf- ^^«'^•c- ^^5-
femble promptement fes troupes , fond
fur les Etats du rebelle, enlevé le châ-
teau de Bourbon , prend Chantelle ,
emporte Clermont en Auvergne , de
après avoir ravagé tout le pays jufqu a
Limoges , repalTe la Loire , chargé d'un
riche butin, ôc mène fon armée en
quartier d'hiver.
La faifon permet toit à peine de fe '
mettre en campagne , qu'il marcha ^^' "^^'
droit à Bourges , dont il forma le iié-
ge. La place , quoique très-forte , ne
put réfifter à l'ardeur de fes troupes:
elle fut prife d'alfaut. Mais le vain-
queur ufa de clémence 5 fit réparer
promptement les murailles de la ville ,
ôc y mit une nombreufe earnifon. Le „..
château de Ihouars paiioit alors pour
imprenable. Pépin l'attaqua avec tant
de vigueur , qu'en peu de jours il fut
emporté , brûlé de rafé. Le duc d'A-
37i Histoire de France.
quitaine , forcé de s'enfuir devant un
Ann. 76z.fi redoutable ennemi , effaya de l'o-
bliger à faire diverfion , en envoyant
divers dctachements pour porter le fec
c. 1^7- & le feu fur les ten-es de France. L'un,
fous la conduite du comte Maucioa
fon parent , fe jetta dans la Septima-
nie : l'autre , fous le commandement
du comte d'Auvergne , entra dans lai
Bourgogne : un troifieme , fous les
ordres du comte de Poitiers, s'avança:
jufqu'à Tours. Ils furent tous défaits y
6c leurs commandants tués.
_ Le malheureux Gaïfre fembloic:
^j^-.^.^ g, toucher à fa perte. Pépin, rentre pour
704. la quatrième fois dans Le duché d'A-^
quitaine , avoit pénétré jufcp'à Ca-
hors ; mais la défertion du jeune Taf^
fîllon fon neuveu , lui fit fufpendre le
^shwrd in ^^^^^ ^^ ^Gs conquêtes. Ce duc folli-
jiwuL cité par Didier , s'échapa de l'armée:
de fon oncle ,, & fe retira en Bavière yi
où il époufa Luicberge , fille du prince
Lombard. Cette fuite précipitée , cette:
alliance , les difcours féditieux du fu-
gitif, ne pouvoient manquer d'être
fufpedbs. Le roi craignit une ligue fe-
crête , Se crut que le meilleur moyen:
d'empêcher quelque grand mouve-
ment 3 étoit de ramener fon armée en
9
Tance. Cette démarche eut tout le iuc-
ès qu'il en attendoit. Talfdlon s'ima- Ann. 7^5,
;ina que le deifein du monarque écoit 764-
le venir fondre x l'improvifte fur fon
luché. Il s'humilia t Pépin, à la prière
u pape 5 lui pardonna. Il reprit alors
on premier projet. Se repaiTa la Loire
our la cinquiem.e fois , réfolu de
ourfuivre le duc jufque dans fes der-
iers retranchements.
Gaïfre manquoit de troupes pour .
arder toutes fes places. 11 prit le Ann. 76^
arri de faire démanteler les plus con- ^6 , 67
dérables , ne fe réfervant que les ^^'
tiâteaux iitués. fur les montagnes les
lus efcarpées & fur des rochers inac-
^ffibles. Pépin fe faifit de ces viUes ^, ^J^f^^,^^^
bandonnées , en releva les murailles , c, iso.
: y irdt de forces garnifons. C'étoic
ae nouvelle manière de faire la guer-
î : le duc comprit tout ce qu'elle lui
imonçoit de funeftev U fortit enfin
e fa retraite , Se vint préfenter la ba-
lille au roi. Mais il fut défait , 8c
"échapa qu'à peine à la faveur des
fnèbres de la nuit. Dès-lors tout flé-
liit fous la puiffance du vainqueur. J^^^^^iJ^' "^
"ouîoufe , AIbi ^ Nifmes , Maguelo-
.e , Béziers lui ouvrirent leurs por-
îs. Toutes les villes du Gévaudan ,
'574 Histoire de France.
tous les forts de la Garonne > Turenn^
y\NN. 7^5. dans le Limofin, Scoraille 3c Peiraa
^^ y ^7 , dans l'AuverOTe , imitèrent cet exem-
pie 5 ôc fe fournirent à fes loix. Re-
miftain , oncle de Gaïfre , après s'ê-
tre donné aux François , setoit jet<
de nouveau dans le parti de fon ne
veu : il fut pris & amené au roi qu
le fit pendre. Les Gafcons , fur I<
point d'être forcés , implorèrent fi
clémence , lui donnèrent des étages
jurèrent de lui être fidèles & aux detfi
princes fes enfants. L'infortuné du<
cependant , abandonné de tout h
monde , erroit de caverne en caverne
il fut rué dans fa flûte par fes pro-
pres foldats 5 qui s^ennuyoient de h
guerre. Ainfi finit la principauté d'A
quitaine , qui de ce moment fut réuni»
à la couronne.
Ftrange ré- La mort du pape Paul caufa dans ce
voiution à même temps une étrange révolutior
à Rome. Un laïque , nomme Conftan-
tin 5 fut élevé fur la chaire de S. Pier-
re. Le peuple fe fouleva contre lui
'^nijî. In vi- il eut les yeux crevés. On s'alfembb
taSte^bUV' pour procéder à une éledtion canoni-
que 5 tous les fufFrages fe réunirent en
faveur d'Etienne IV , homme d'un^
grande érudiciou, mai§ ion peu verfé|
r:
Pépin. Jy^'
b,ns la fcience du monde , avec le-
quel il n avoir eu jufqu'alors aucun Ann. 76^ ,
rommerce. On lui confeilla de fe ^^ > ^7 >
nettre fous la prote6tion de Pépin :
politique qui avoit 11 bien réufTi à {qs
jrédéceffeurs. Il fui vit ce faluraire avis,
k lui députa Sergius , tréforier de
'églife romaine , pour l'afTurer de fa
îdélité 5 &c lui demander la continua-
:ion de fes bontés pour le S. (lége.
/ambafïadeur a (on arrivée , trouva la
France dans un grand deuil : elle ve-
loit de perdre fon roi.
Ce monarque , plus épuifé de fati- --■*--
^ues que de vieilleiTe, fut pris de la Ann. 7^8.
Bèvre a Saintes. On le conduifit au Mort du
tombeau de faint JMartin , fur lequel ^'^^ ^^^^^
il fit d'ardentes prières. De - là on le
tranfporta à faint Denis , où il mou-
rut d'une hydropiiie , la cinquante-
quatrième année de fon âge , la dix-
feptieme de fon règïie , la vingt - fi-
xieme de fon gouvernement. Il fut
enterré au même lieu à la porte de
l'églife , ainfi qu'il l'avoit ordonné ,
le vifage contre terre , de dans la ii--
tuation d'un pénitent : pour expier,
dit l'abbé Suger , les ufurpations de
fon père fur les eccléiiaftiques. 11
avoic époufé Berthe ou Eertrade 5
\
^57<^ ^Histoire de France.
- " ~ fiimommée au grand pie j fille de CIia-,j
Ann. 7^8. ribert comte de Laon. 11 en eue qua-l
annales de ^^^ fils : Charlemagiie qui lui fuccédci
S. Bmia. au royaume de Neuftrie : CarlomarJ
qui régna fur l'Auftrafie : Pépin qu:;^
mourut âgé de trois ans: Gilles qui fc,
fit religieux au monaftere de faint Syl
veftre j & trois filles , Rothaïde , Ade*
laïde Se Gifele. Les deux première;
moururent très - jeunes : la troifiemc
prit le voile à l'abbaye de Chelles
L'empereur la fit demander pour fou
fils aîné , & le roi de Lombardie poui
l'héritier préfomptif de fa couronne
Tous deux furent reflifés : celui-ci pai
des vues de politique , celui-là pai
principe de religion. Il y en a qui lui
donnent encore cinq ou fix autres filî
• 3c autant de filles : entr'autres Berthe ,
qui fut mariée à Milon comte d'An-
gers j père de l'invulnérable Roland.
ôc Chikrude femme de René comte
de Gênes , digne mère du fameux Oger
le Danois.
scîrcaïaae- Ce fut un prince grand en paix
* , , comme en guerre» // efi le premier qui
f, 3 5 7, joit devenu roi des rrancois autrement
que par le droit de la naiifance. C'efî
la réflexion de Théophane. Elle pré-
fente l'idée d'un ufurpateur ; idée tou-
r
Pépin. 377
)urs odleufe , mais effacée par tant
e belles actions j qu'il n'eft prefqueANN. 7^2,
lus permis de le regarder que com-
ie un des plus glorieux monarques
ui aient jamais régné fur la France. Il
fa détrôner fon roi : c'eft une tache à
i mémoire. Mais de tous les moyens
ui peuvent conduire un particulier
Il trône , il employa les moins vio-
înts : il parvint à la couronne, fans
leurires , fans adafïinars , fans exils : ^
eil l'éloge des grandes qualités de
m efprit 3c de fon cœur. Il eut à
)mbattre tout à la fois la fierté des
rands , l'orgueil des princes tributai-
)s , l'amour naturel des François
Dur la m.aifon royale^ & fur-tout ce
:ligieux fcrupule où les retenoit le
;rment prcté à Childéric. Il fçut
lincre toutes ces difficultés. Il fub-
igua les premiers par l'admiration de
)s vertus : il^réduifît les féconds par
. force des armes : il captiva les der-
iers par la douceur ôc la fageffe de
m adminiftration.
Monté fur le trône , il s'y foutint
ar les mêmes voies qui l'y avoient
tevé. Il eft peu de rois qui aient
onné à la noblefTe plus de part dans
î gouvernement : foit politique , foit
37^ Histoire de France."
■ convention , il lui communiquoit Ua
Ann. 7^8, aftaires les plus importantes de l'Etal
Mais plus il affedoit de paroître d(
pendant , plus il acquémit d'autorit
Maître abîblu de toutes les délibéra
lions 5 fa volonté fut toujours la rc
• gle des décidons. L'éclat de fes vii
toires , celui de fes conquêtes , fo
application confiante à rendre fes fi
jets heureux , la protedion qu'il a<
corda à l'églife, le zèle qu'il témoigr
toujours pour la propagation ôc l'a;
fermilTement de la vraie foi , hrei
tellement oublier l'injuftice de fc
ufurpation , qu'on ne vit durant toi
fon règne , ni fn'jlèvement , ni fa'
tion. Ce tableau , fidèle portrait ci
règne de Pépin , eH: en même-temj
celui du génie le plus fublime , d
courage le plus intrépide , de h nn
dence la plus confommée, de '.wUtt
les vertus enfin civiles & militaire
Il eût pu pafTer pour le plus gran
roi du monde , s'il n'avoit eu pot
père un Charles - Martel , Se pour fi
un Charlemagne. Il égala le premit
dont il fut le fidèle imitateur : il n
fut furpaffé que par le fécond , auqui
il eut la gloire de fervir d'exemple.
On lui donna le furnom de Bref
le
Pépin. ^ 379
ce qu'il écoit d'un petite taille,
elques courtifans en firent le^ fujet Ann. 7^8.
leurs plaifanteries. Il en fut infor-
, ôc réfolut d'établir fon autorité ,
quelque coup extraordinaire. L'oc- Monach
ion ne tarda pas a s'en préfenter. Il Sangai, l, i ,
nnoit a l'abbaye de Ferrieres le di- ^* ''^*
tiirement du combat d'un taureau
îc un lion. Déjà ce dernier avoit
iverfé fon adverfaire , lorfque Pe-
i fe tournant vers les feigneurs :
i de vous ^ leur dit-il , fe fent ajfe^
courage pour aller ou fcparer ou tuer
furieux ^ La feule propofuion les
frémir : perfonne ne répondit. Ce
a donc moi , reprit froidement le
)narque. Il tire en mème-tem^^s
1 fabre , faute dans l'arène , va droit
lion , -lui coupe la gorge , & fans
rdre de temps , décharge un fi rude
up fur le taureau , qu'il lui abat la
:e. Toute la cour demeura étonnée
: cette force prodigieufe & de cette
rdiefTe inouïe. Les auteurs de la
illerie furent confondus. David éto'it
lit , leur dit le roi avec une fierté
iroïque 5 mais il teiraffa Ir'oroueilleux
•ant qui avoit ofé le méprifer.^ Tous
Prièrent qu'il méritoit l'empire du
loude.
3^0 Histoire de France.
- On voit par ce trait d'hiftoire , q
Ann. 7<58.1e combat des bêtes féroces étoin
divertiffement commun fous nos a
ciens rois. Non-feulement ils le de
noient au peuple , mais fouvent ils
prenoient en particulier dans l'encei
te de leur palais. Les cours pléniei
faifoient auiîî une partie de leurs anj
fements. C'eft ainii qu'on appelle
ces fameufes afTemblées , où uir H
vitation du roi , tous les feignei
étoient obligés de fe trouver. On '.
lenoit deux fois l'an , à Noël & à ï
que. Le fujet étoit pour l'ordinaire
mariage , ou quelque grande réjou
fance ^ la durée , une femaine ;
lieu , tantôt le palais du prince , tant
une ville célèbre , quelquefois u
pleine campagne , toujours un e
droit vafte , ôc capable de loger coî
Ducan^e i"^odément toute la noblefTe du roya
Diji\n. 4 , me. La cérémonie ouvroit par u
^l'Ar^,"' melfe folennelle. Le célébrant ava
de s» Louis, .,, ^ r \ f
1 epitre mettoit la couronne lur la t(
du roi 5 qui ne la quittoit qu'en
couchant. Le monarque durant to
le temps de la fête , ne mange(
qu'en public. Les évêques & les du
les plus diftingués avoient l'honne
d'être aflîs à fa table. Uy en avoir Ui
Pépin. 381
onde pour les abbés , les comt.es ^-^^*-^ -^*
les autres feîgneurs : la profufion , Ann. 76Z,
is que la délicateffe , régnoit fur
lie ôc fur l'autre. Chaque fervice
it relevé au fon des flûtes ôc des
itbois. Lorfqu'on fervoit l'entre-
:ts 5 vingt hérauts d'armes , tenant
icun à la main une riche coupe ,
|)ient trois fois , Largcjfe du plus
ffant des rois , èc femoient l'or &
2;ent , que le peuple ramafloit avec
grandes acclamations. Mille fan-
îs annonçoient &c célcbroient cette
:ribution.
^es divertilTements de l'aprcs-di-
étoient la pêche , le jeu , la chafle,
danfeurs de corde , les plaifantains
farceurs, les jongleurs ou vielleurs,
les pantomimes. Ces derniers fiu:-
t excelloient dans leur art. Ils
ient un talent admirable pour inf-
re des chiens , des ours , des fin-
. Us les formoient à imiter toutes
:es de gefles , d'à Plions , de poftu-
, & leur faifoient jouer une partie
leurs pièces. Ces fpedacles tou-
rs très-coûteux pour le prince, n'é-
înt pas un des moindres ornements
ces alfemblées. La fête fans eux
paru peu agréable. Tel étoit le
582 Histoire de France.
>g,i.^;^.uau»i gQ^j. ^Ij^.^ temps. . On peut dire qmj
Ann. 7^8. r^giie des Carlovin;5ieiis fui: celai |
cours plcnieres. Elles écoienc ma^j
fiques fous Chirlemagne. On y vo)j
arriver de toute la vafte cteudue
fon empire , des ducs &z des comij
qui eux-mêmes étoient fuivis d'
cour brillante , Se faifoient une
penfe égale à celle des rois.
Cette magnûicence alla toujç
en décroifTant depuis Charles le S
pie. Louis d'Outre-mer fon fils ;
Lothaire fon petit-fils , avoient fi
de revenu qu'ils ne fe trodverent
en état de donner ces fuperbes fê
Hugues Capet les rétablit : Roberi
continua ; faint Louis , tout moc
qu'il étoit , y portoit la fomptm
jufqu'à une efpèce d'excès : Ch:
VU les abolit. Les guerres contre
Anglois lui fervirent de , prétexté
vraie raifon fut qu'elles étoient e:
mement à charge à l'Etat. La nob
s'y ruinoit au jeu : le monarque y é
foit fes tréfors. Cliaque fois il <
obligé d'habiller fes officiers , ceu2
la reine &c des princes. De-là eft \
le mot de livrée : parce qu'on Iv
ces habits aux frais du roi. Cette
penfe , celle de la table de des é
Pépin. 583
'.ges 5 les libéralités enfin qu'il écoic *«w*imi*»^_
rcé de faire au peuple ôc aux grands ^^^^ y^§^
i royaume , montoic a des fom-
es immenfes. S'il fe trouvoit fur
n buffet quelque vafe de prix , s'il y
oit à fa couronne quelque diamant
:e de curieux , l'ufage exigeoit qu'il
. fît préfent à quelqu'un. Une fage
onomie ft fupprimer ces ajGTem-
ées plus faflueufes qu'utiles. Il y eut
pendant toujours des fêtes à la cour :
ais avec plus de galanterie , plus de
•liteife, plus de goût^ on n'y retrouva
cette grandeur , ni cette richeife ,
cette majefté qui éclatoient dans les
ciennes cours plénieres.
CHARLE MAGNE.
»'e M p I R E François étendu jufqu'à la
er Baltique en Allemagne, jufquà
'.bre en Efpagne , jufqu'au Volturne
i Italie : la couronne impériale d'Oc-
dent affermie dans la maifon royale
ï France : le royaume illuftré pen-
uit c]uarante-fix ans par un glorieux
ichaînement de victoires : la nation
^licée par les loix les plus fages : les
îttres reffufcitées , les arts rétablis ,
3(^4 Histoire de France.
- cultivés 5 procédés : c'eft en peu d
, ^^►^ 1 2_:_ o- vil 1 ^v
Ann. j62. mots le précis , ôc l'éloge du règne
jamais mémorable de Charlemagne
ou Charles le Grand.
- Pépin , par un preffeatiment d
Ann. 7^5. cette grandeur 5 lui avoir iaiffé i'Au
Partage de trafie, 11 ne falloir rien moins qu'u
lamonarchîe •! L ' i 1 •
entre Charles P^^^i^ neros pour dompter les 'natioi
&carioman. Germaniques, toujours indociles a
joug , ôc pour donner ordre aux affa
res d'Italie , où il prévoyoit de granc
mouvements. Carloman , fuivant ceti
difpofition , devoit avoir la bourgc
Continuât, g^e , la Provence , la Gothie , aujou
Fredeg. a'}^^i 1^ Languedoc , l'Alface , l'Ail
magne ôc une partie de l'Aquitain
^ On ne voit dans tout ceci aucune mei
tion de la Neuftrie , l'une des pli
belles portions de l'empire Françoi:
Egin. invita iqWq efl la négUeence des auteurs c
^ ce temps. Mais cette dernière voloil
du feu roi ne fut point exécutée. L
feigneurs , fans y avoir égard , s^affer
blerent pour procéder a un nouvel
partage. On donna à Charles la Neu
trie , la Bourgogne Ôc l'Aquitaine. ,Ca
loman eut l'Auftrafie Ôc toute la Franc
Germanique. Les deux frères furei
couronnés en un même jour j l'aîne
l^Qyon y le cadet à Soiflbns.
BientJ
JRftl^-^UL-T l «W-^
C H A K L E- M A Ô N E 385
Bientôt l'ambition brouilla les deux
jeunes rois. On voit dès cette même Ann. 770.
année Charles en poiTelîion d'une par- Révolte
tie de l'Auflrafie. Il feroit difficile de d'Aquiuîue.
donner aucune raifon de cette infrac-
tion au dernier traité d'accommodé- Hairîan, r .
ment Les hiftoriens n'ont pas jugé ^[^^-li'caroll"^
propos de nous en inftruire Mais il pa-
roit que Carloman en conçut le reiïen-
timent le plus vif. La guerre paroifToit
inévitable. Un ennemi auquel on ne
[devoir pas penfer , fut pour eux un
preiïant motif de réconciliation. Le
père du malheureux Gaïfre , Hunauld,
qui s'étoit fait moine après avoir ab-
diqué fes Etats , fortit tout-à-coup de
fa retraite , fe mit à la tête de quel-
]ues troupes , fouleva toute l'Aquitai-
le 3 & engagea les Gafcons dans fa
'évolte. Charles qui avoir eu cette pro-
ânce dans fon partage , prit des me-
sures pour étouffer promprement la
ebellion. Il ménagea une entrevue
Lvec fon frère. Carloman confentit
le le fuivre dans cette expédition.
VLais foit jaloufie , foie mauvais
onfeil , il le quitta brufquement , ôc
amena fon armée en Auftrafie. Cet-
e défertion ne ralentit point la mar- ^ .
:he de Charles. Le rebelle , au £quI Annal,
Tome /. R
^8^ Histoire ©e Franc«.
bruit de fon approche , alla fe cacher
Ann. 770. ^n fond de la Gafcogne : il ne put y
trouver un afyle. Les Gafcons enrayés
des menaces du vainqueur , fe fourni-
rent à fa domination , ôc lui livrèrent
Hunauîd , qui fut étroitement enfer-
mé. Charles pour afTurer fa nouvelle
conquête , fit bâtir fur la Dordogne ce
fameux fort ou château qu'on appel-
loit autrefois Franciat, qu'on nomme
aujourd'hui Fronfac.
, Charles Didier cependant brouillolt enlta-
fe'de Didier! ^^^ 5 & Tafïillon en Bavière. Le bruii
de cet exploit les fit trembler. Le jeu-
ne Charles leur parut aufïî redoutable
que Pçpin. Le duc , malgré fon indo<
cilité , prit le parti d'une humble fou
miflion. Le prince Lombard , malgn
des nœuds indiffolubles , mit tout er
ceuvre pour s'attacher le jeune conqué-
rant par une double alliance. Il avoi
un fils de une fille : il réfolut de marié
le premier à laprinceffe Gifele, fœu
des deux rois , &c de faire époufer 1
féconde au vainqueur d'Aquitaine. C
monarque étoit engagé avec HimU
trude 5 dont il avoit eu un fils. Mai
le divorce n'étoit point une afFair
dans ces anciens temps. Rien de plu
relâché que la morale du concile d
C H A R L E M A G N I. 5S7
''erberies * fur une matière fi impor-
tante. On y voit des maximes & des Ann. 770.
décidons qui donnent de mortelles Co.icz'/. Ver-
atteintes à l'indifTolubilité de l'union ^^''^^^ • f- ^ >
la plus facrée dans les idées de la poli-"""^* ""'^
tique Se de la religion. Quoi qu'il en
foit 5 la reine Berthe fe mit en tête de
faire réuffir le projet du Lombard.
Elle n'ignoroit pas que fes confeils in-
fluoient beaucoup fur l'efprit de Carlo-
"nan. Elle crut qu'en le mettant dans
es Intérêts <le fon fils aîné , elle con-
iendroit tout à la fois , de le duc de
Bavière , qui abandonné à lui-même
î'oferoit rien entreprendre , de le roi
l'Auftrafie , qui n'ayant plus cet appui ,
e trouveroit hors d'état de troubler la
ranquillité de l'empire François.
Le pape inftruit de cette négocia- Lepape s'op-
ion , n'oublia rien pour la trayerfer. ^?[^ ^ ^""®
■% T , • r» • aliiance»
\ailon , prétextes , invectives , mena-
es , tout fut employé. Il écrivit aux
leux rois une lettre au(Ti longue que
>athétique , où il iniifte beaucoup fur Fpi/î. 4ç ,m
'indiiïblubilité dQS nœuds du maria- ^^^' ^^'^^^"
;e. Il y peint les Lombards comme
me nation méprifable , infe6te , cou-
'efte de la plus horrible lèpre , fans foi,
■^ Verberjes étoit une maifon royale auprès 4e
lompiegue, Ce concile fut tenu fous Pépin, l'an 751,,
Ri
^88 Histoire de France.
"--"•'*'^"*^^ ijtiis loi 5 fans religion. De-la il conclut
Ann. 770 que cette alliance clebhonoreroit l'illuf-
tre ôc noble maifon de tiance. Q^ut/Ie
fociété jy dit-il _, entre la lumière & les
ténèbres f^ Quelle liaifon du fidèle avec
V infidèle ? Si on ne fçavoit d'ailleurs
que depuis plus de cent cinquante am
la Lombardie étoit catholique, on croi-
roit qu'il s'agit ici d'un peuple barbare;
ennemi de Dieu & de la vraie religion
Mais toutes ces applications étoieii
ajuftces aux intérêts du pontife : elle
lui paroifToient folides , pourvu qu'el
les puirent fervir à empêcher une unioj
qu'il prévoyoit devoir être funefte
la grandevir Romaine. Il finit fa lettr
par mille anathêmes lancés contre qui
conque entreprendra d'y contreveni
La cour de France fit peu .d'attentio
aux prières & aux remontrances d'E
tienne. On fe contenta , pour adouc
fon chagrin , de lui faire reftituer que
ques places , que Didier lui avoir ei
levées. La princeiïe de Lombardie fi
amenée en Irance . &c Charles l'époui
MonachSan- Mais bientôt il la répudia pour des i
^A. 1, ^- £j-j^^ij-^5 fecrètes, qui la rendoient i:
capable d'avoir, des enfants , «Se doni
le nom & le rang de reine à Hildega
de 5 qui étoit d'une très - noble famil
d*e la nation des Sueves.
Charlemagne. 389
Carloman , au milieu de ces mou-
vements , mourut à Samancy près de Ann. 771.
Laon , Se fut enterrée à l'abbaye de ùÂnt ucit de
Rémi de Rheiuis , qu'il avoit comblée CaJoman.
de fes bienfaits, il laifToit deux lils ,
Pépin 3c Siagre : aucun ne lui fuccéda.
Les Auftrafiens , enchantés des gran-
les qualités du roi de Neuftrie , vinrent
e trouver à Carbonnac où il renoit
in parlement , & le reconnurent pour
eur fouverain. La reine Gerberge 5 ^iî-'"- ^''^^ ''•'^•'î
y r 1 A CaroLMttt-ii,
:raignant pour les entants le même *
raitement que Pépin avoit fait autre-
ois à ceux de fon frère , s'enfuit avec
'ux chez le roi de Lombardie. Ce prin-
e la reçut avec tout l'emprefTement
['un homme qui ne cherchoit qu'un
•rétexte pour venger l'aiîront fur à fa
lie. Bientôt fa cour devint i'afyle de
DUS les ennemis du monarque Fran-
cis. Hunauld , échappé de fa prifon ,
y retira vers le même temps. On y vit
uiîi arriver plufieurs feigneur3 d'Auf-
rafie , entr 'autres Anchaire , que quel-
ues-uns , avec alTez de fondement ,
rétendent être ce fimeux Oger , Il
antc dans nos anciens romans. Didier
ommencoit à former de grands pro-
•' -1 r ^ V -1 •
its ^ mais il trouva la perte ou li avoïc
tu trouver fa grandeur de fa fureté.
mam
590 Histoire de France.
Charles n'ignoroit pas les intrigue»
Ann. 771. du Lombard ^ mais un ennemi plus re^
Guerre ccn- dcu table lui en fit fufpendre la ven-
tre les Sa. geance. Les Saxons, tant de fois vain-
eus 5 jamais domptés , l'obligèrent ;
porter fes armes au-delà du Rhin. L<
deflein du monarque ctoit moins d<
les foumettre à fon empire, que de le
réduire fous l'humble joug de l'évan
gile. Il n'en vint à bout qu'après un
guerre de trente -trois ans : guerre 1
îiemtihîi plus fauglante 5 mais en même-temp
une des plus glorieufes qu'ait jamai
eues la monarchie. La Saxe qui en fi
le théâtre , comprenoit en ce temgs-1
toute cette étendue de l'Allemagne
qui eft bornée à l'occident par l'océa
Germanique , au nord par la mer Sej
tentrionale , à l'orient par la Bohême
au midi par cette contrée qui s'éten
depuis riuel jufqu'au Mein. Le voiï
nage de l'ancienne France , l'avidité è
piller 5 la multitude de fes ducs , toi
également indépendants l'un de l'ai
tre y un peuple aulTi brave que notï
breux , la haine du chriftianifme de c
ceux qui le profeiïoient , l'amour cl
la liberté , l'inquiétude , la férocité :.c
la nation , tout rendoit fes révolç<
plus fréquentes de plus redoutable
Charlemagne. 3^1
Une nouvelle incurfion de ces peuples
fur les terres de l'empire François fut Ann. 771.
Je fujet de cette première guerre.
Le roi entra dans leur pays , où il
mit tout a feu ôc à fang. Leur fierté
n'en fut point ébranlée : ils oferent lui
préfenter la bataille : ils furent entière-
ment défaits. Dès-lors tout plia fous le
joug du vainqueur. Le château d'Eref- idemfiHi*
bourg 5 l'une de leurs plus fortes pla-
ces , ne lui oppofa qu'une foible refif-
tance. On y voyoit un temple bâti en
l'honneur d'Irminful : Charles le fit dé-
molir , Se l'idole fut brifée. Elle repré-
fentoit un Dieu élevé fur une colon-
ne. Il avoit le corps armé , à la main
droite un étendard où étoit peinte une
rofe 5 à la main gauche une balance ,
un ours fur la poitrine , un lion fur
fon bouclier. On n'eft point d'accord
fur fon nom. Les uns prétendent que
c'étoit Mars ; les autres , que c'étoic
Mercure , quelques - uns , que c'étoit
le fameux Arminius , ce généreux dé-
fenfeur de la liberté Germanique. On
fut trois jours à détruire ce célèbre
monument , où l'on trouva des richef-
fes immenfes , fuperftitieufes offran-
des d'un peuple crédule ôc aveugle.
De-Ià le monarque s avança jufqu'au
59i Histoire de Francï.
Véfer 5 où les vSaxons vinrent implorer
Ar,N. 77Z. fa clémence, il leur pardonna. Se fe
contenta de douze otages pour sûreté
de leur foumiflîon. L'Italie l'appelloit
a une nouvelle conquête.
Le p?.pe Etienne étoit mort : Adrien^
>^NN. 773- homme d'une fermeté égale à fa naif^
tuik "^ '^'^" "^^"^^ ' venoit de lui fuccéder. il ne fuc
pas plutôt élevé à cette grande dignité,
qu'il envoya redemander à Didier les
places qu'il retenoit encore du patri-
moine de faint Pierre. Ce prince , au-
lieu de lui répondre , s'avança du côté
de Rome à la tête d'une puifTante ar-
mée. 11 menoit avec lui les enfants de
Cari Oman , & vouloir obliger le pape
â les facrer rois d'Auftrafie. Mais
Adrien , perfuadé que le feu! m-oyen
d'échapper à la domination des Lon>
"î bards , étoit de ménager la protection
du monarque François , refufa conf-
tamment de couronner les deux jeunes
princes. Il fçut en habile politique fe
prévaloir auprès de Charles de cette
ma^rque de Ion zèle ôc de fon attache-
ment. Il lui écrivit lettres fur lettres
pour lui demander un prompt fecours.
Le roi avoir peine à fe déterminer à
cette guerre, il fir faire à Didier des
proportions fi avantageufes , qu'il
^dïuxn.
«aarr ïTBTiBswai
Charlemagne. 393
sliiiagina qu'on le craignoit. îl n'en de-^^
' vint que plus fier. Charles alors marcha Ann, 775.
contre lui , mais avec un fi puilTant
corps de troupes , qu'on put bien juger
qu'il s'agidbit moins de fecourir Ro-
me 5 que de conquérir le royaume de '
Lombardie.
Les Alpes l'arrêtèrent quelque temps :
il en trouva tous les paiTages étroite-
ment gardés. Mais enfm il s'ouvre une Paul, Duc.
entrée par où l'ennemi craignoit le(; ^> hift*
moins, rond .1 1 improviite lur les Lom-
bards 5 & les met en déroute. Didier
fe fauve dans Pavie qu'il croyoit im-
prenable : Adalgife fon fils s'enferme
dans Véronne avec la veuve de Carlo-
man & les deux princes fes fils : Char- Ef^în.(:^alii,
les forme en même temps le fiege de
ces deux importantes places. Celui de
Véronne ne fut pas de longue durée.
Le jeune Lombard, dans la crainte de.
tomber entre les mains des François ,
s'échapa de nuit , monta fur un vaif-
feau , & s'enfuit à Conftantinople. Les
ailîégés fe voyant abandonnés du fils
de leur fouverain , ouvrirent leurs por-
tes aux François. & livrèrent au roi la
reine Gerber^e 3c fes deux enfraits.
On les conduifit en France : c'eft tout
ce qu'on fcait de leur deftince. L'aîné ,
R5
3«>4 Histoire de France.
nommé Pépin , ne paroît plus danî
Ann. 77 ^ notre hiftoire. Le cadet, appelle Siaere,
avoit aufll difparu : il doit fa renaiifan-
ce a un ancien manufcrit de Tabbaye
de faint Pons de Nire, envoyé au cé-
lèbre M. EolTuet évêque de M eaux.
11 contient la vie de ce prince, écrite
par un auteur du temps. On y voit
qu'il obligea Ton oncle à fonder cette
abbaye , où il fe fit religieux. 1 1 y vécut
û faintement , que le pape Adrien ,
touché de la pureté de fes mœurs , l'en
retira pour le faire évêque de Nice. Il
a été mis au nombre des faints.
" ■ Didier témoigna plus de courage i
Ann. 774. la défenfe de fa capitale. La force de
la place , l'abondance de routes les
y cKofes néceiTaires pour une vigoureufe
réfiflance , le nombre &c la valeur des
troupes qui s'y étoient enfermées , la
préfence enBn du fouveram qui com-
battoît pour fa couronne , rout fit ju-
; ger au roi , que le temps feul le ren-
<iroit maître de Pavie. C 'eft ce qui U
détermina à changer le fiege en blcH
eus. il profita de cette efpece d'inacr
tion , pour farisfûre â fa dévotion , 8ù
vifiter le tombeau des faints Apôtres.
PaulVhcAl Inlfa le commandement de fon ar-
ibid, mée à fon oncle Bernard , 6c prit If
Charlemagne. 595
tliemin de Rome , accompagné dun
grand nombre de coiirtifans , d'évê- Ann. 774.
ques , de ducs de de comtes. Son équi-
page étoit magnifique , mais tel qu'il
convient à un grand monarque dans
une paix profonde : il n'avoit qu'une
garde fort médiocre. Cette confiance
lui fubjugua tous les cœurs.
Tout Rome fortit au-devant de lui,'
les magiftrats avec leurs étendards ,
marques de leur dignité, les femmes
Bc les enfants avec des palmes &c des^^mi/î. îHû?.
rameaux d'oliviers, le clergé avec les
croix de les bannières, qu'on ne por-
toit que devant les patrices Romains.
" Chacun s'empreflfoit de voir fon libé-
rateur. Il avoir alors trente ans , la
taille haute , le port majcflueux, la.
démarche noble , libre , aHurce , le
vifage fort agréable , le nez un peu
aquilain , les yeux grands , pleins de
feu, la chevelure très-belle, l'air riant,
6c dans toute fa perfonne mille grâces
naturelles, il mit pied à terre, à la vue
de réglife de fiiiit Pierre , de fut reçu
dans le veftibule par le p^pe , qui l'y
atrendoit en habits pontificaux. Ils
s'ei.ibraflerent tendrement. Le roi
prit la. droi':e , de préfentant la maîn
au fouverain pontife, ils entrèrent dajns
T»
39(5 Histoire de France.
l'cglife aux acclamations de tout I«y
Ann. 774. peuple, tout le clergé chantant à hautœ
voix ; Béni foït celui qui vient au nom
du Seigneur.
Adrien ne perdoit pas de vue fes in---
térêts : il fçut profiter de la circonftance
pour afTurer fa domination naiffante. Il
conjura le roi de fe fouvenir de la do-
nation faite par fon père à l'églife de
Egln. m v'im faint Pierre. Charles fe la fit lire , &
'" * la confirma de fa main , c'eft- à-dire >
de fa marque : car il eft à obferver que
ce prince , l'un des plus favants hom-
mes de fon fiècle , ne favoit pas écrire.
Le généreux m.onarque , pour prix
d'une fi riche offrande , ne remporta de
ce voyage que le code des faints ca-
nons dont fe fervoit l'églife Romaine.
11 comprenoit tous ceux que Denis le
Petit avoir recueillis dans le fixieme
fiècle 5 c'eft- à-dire , les cinquante pre-
miers de ceux qu'on attribue fauife-
rnent aux apôtres , ceux de Nicée ,
d'Ancyre , de Néocéfarée , de Gan-
gre , d'Antioche , de Laodicée , de
Conftantinople , de Calcédoine , de
Sardes , & de quelques conciles d'A-
frique. Il y avoir ajouté les épîtres des
papes 5 depuis Sirice jufqu'à Hormif-
das. Ce code, avec les lettres de Gré-
C î-î A R I E M A G N 1. 397
golre II , & les faufTes décrétales que *'*'^"""''"^'-
ht un nommé Ifidore , fut julque bien Ann. 774'
avant dans la troiiîeme race , tout le
droit eccléfiaftique François. Il eft dé-
dié au libérateur de Rome. L'épître
préliminaire 5 ouvrage d'Adrien , eft un
poëme à la louange de Charles : chaque
vers commence par une lettre de foh
nom.
Le roi 5 de retour devant. Pavie, Fin du royau-
,t • \ r' TA''* 1 r me des LoiTi-
preila vivement le liege. Déjà ia ta- ^.^^^^^
mine & les maladies qui en. font les
fuites , excitoient de furieux murmu-
res dans la ville. Hunauld étoit re-
gardé comme l'auteur de la guerre :
il fut tué dans une fédition. Didier ,
dans cette crife violente , commen- Egînard, în
çoit à craindre pour fa perfonne : il fe
vit contraint de fléchir. Il fe remit
avec fa femme, fa Elle , &c fes tréfors
à la difcrétion du vainqueur. On l'en-
voya en France , où il fut forcé de fe
faire m.oine. Ouelques-uns prétendent ^ ^, ,,
qu 11 rut relègue a Liège, oc qu il mou-dienf.
rut depuis à l'abbaye de Corbie. Tout ^- ^j^^jj^^^
fe foumit , à l'exemple de la capitale.
Charles fe ht couronner roi de Lom-
bardie ; titre qu'il prit toujours dans
les adles publics , ôc fur quelques-unes
de fes monnoies.
J9^ HisToiRfc DE France.
Ainfi finit le rèc^ne des Lonibafds ]
AwN. 774, après avoir duré oeax cents fix ans.
Nouveau ^^ nouvelle monarchie s*éleva fur
royaume d'i- fes ruines : on lui donna par la fuite le
ét^ndue!^" nom de royaume d'Italie. Il compre-
noit non - feulement ce qu'on nomme
aujourd'hui le Piémont , le Monfer-
rat, l'Etat de Gènes, le Parmefan, le
Modénois , la Tofcane , le Milanès',
le BrefTan , le Véronnefe & le Frioul j
mais encore tout ce que le roi Charles
avoit abandonné au pape , c'eft-â-dire .
TExarcat de Ravennes , la Pentapole .
la Sabine , Terracine , les duchés de
Spolete &c de Bénévent , la Marche
d'Ancone , le Ferrarois , le Bolonès .
ôc fi Ton en croit Anaftafe fe Biblio-
thécaire, r.'fle de Corfe, les provinces
de Venife & d'iftrie , le Mantouan 3
de le duché de Reggio. Il efl: à remar-
/in, epi,^. 5 lamentant le domaine utile des pipes
^"'^^' avoit fçu en refréner l'autorité tempo-
relle dans les jaftes bornes qui con-
viennent à une puitfance fubrJterne.
Tout fe paiToit dans Rome par les or-
dres abfoîus du roi. Les monnoies y
croient frappées à fon coin : les ades
publics s'y datoient des années de fon
règne : on appçlloit à fes oiEciêrs d4»
C H A R t E M A G N E. 399
'iigements que les fouverains ponri-
^es rendoient a l'égard de leurs yaf-ANN. 774»
faux : les p:ipes eux-mêmes avoient
recours à la juftice du monarque Fran-
çois dans leurs affaires perlônnelles.
On en voit un exemple frappant dans
ce qui arriva à l'égard de Léon lll. ^
Tel étoit l'état des affaires d'italie , ^j^^,^^^-
lorfqu'une nouvelle révolte des Sa- '
xons rappella Charles au fond de la-saxoas? ^^
Germanie. Cette indocile nation ne
le vit pas plutôt occupé au-delà des
Alpes , quelle vint fondre fur la HelTe
où elle fit de grands dégâts , ruina
Buria bourg fur l'Oder , pilla De ven-
ter fur rifTel 5 furprit ôc rafa le châ-
teau d'Eresbour^. Le roi , fur cette
nouvelle , marcha avec tant de dili-
gence , qu'il étoit à Ingelheim fur le
Rhin , qpJon le croyoit encore à Pa-
vie. La viâroire fuivit conftimment
fes étendards. Le fort de Sigebourg ^ginard. îa
fut emporté , le château d^Eresbourg - W. (s- «•
relevé '& de nouveau fortilié , les"'
Saxons défaits 3c poulfés fi vive-
ment jufqu au-delà du Véfer , qu'ils
vinrent à leur ordimire implorer la
clémence du mom.rque. Charle ni-
gnoroit pas que cette fou nurion ne
tendoit qu'à l'éloigner de leur pays y
^400 Histoire de France.
~ mais les nouvelles qu'il reçut de Lom
Ann. 77;. hardie , le déterminèrent à fe conten-
ter de ces hommages ÔC de ces fer-
^^ ments forcés.
Ann. 77^. ^ ^^^ ^^ Didier s'ctoit retiré aConf
'tantmople. L'empereur lui fit l'accueU
Conjuration l 1 1 i- -^i,, , , "^'-"^*»
des .Lom- ^^ plus obligeant , 1 honora delà dignité
^eufd'LaT.'^^^^^'^^'^f' ^ ^"^ P^^^^^^ une flotte &
gire, fils dêy^^^ armée, s'il pouvoir engager dansfeî
Pidier. intérêts quelques puiffants feigneurfc
de Lombardie. Le jeune prince entre-
tenoit des liaifons en Italie : il eut Ik
fecret d'attirer à fon parti Rotgaud^
duc de Frioul. Charles fut inftruit d«
Idem. îhîd. f ^^^"J^^-f ^e par les lettres du pape ,
a qui le bâtard 1 avoit fait découvrir.
L'importance de la chofe ne permet-
toit aucun retardement. 11 part mal-
^nnMetenj.aré la rigueur delà faifon, fond fur
les Etats du vafî^il rebelle , le défait en
bataille rangée , le prend prifonnier ,
lui fait couper la tête , 8c diflipe tous
les mouvements d'Italie. Le duc de
Spolete , celui de Bénévent , & le gou-
verneur de Chiufi étoient entrés fe-
crètement dans la conjuration : ils pro-
tefterent hautement de leur fidéhté.
Charles , content de cet exemple de
févérité , voulut bien les croire inno-
cents. Le Frioul étoit un pays d'une
Chaklemagke. 401
extrême conféquence j parce qu'il te-
nait en fujécion rAUemagnë , la Lom-ANN. 77^.
hardie , & la mer Adriatique : il donna
ce duchc à un feigneur François , nom-
mé Henri , à qui il fe iioit beaucoup -y
de après avoir établi des gouverneurs
& des juges de la nation dans toutes
les villes de fon nouveau royaume , il
repalfa en Germanie , où fa préfence
étoit devenue nécelTaire.
Les Saxons le fcurent à peine eno-ase Troifieme
J 1 4 1 ■' ' ur .P ^ tévohe des
clans les Alpes , qu oubliant tous leurs taxons.
ferments , ils coururent aux arir^es, em-
portèrent le château d'Eresbourg , le
raferent j & vinrent mettre le liège de-
vant Sigebourg. Ils en furent repouf-
{és avec un horrible carnage. On les
pourfuivit jufque fur le bord de la
Lippe. Ce fut là que Charles les joi-
gnit. La préfence du héros répandit Idemtîlîd*
la conflernation dans tous les cœurs.
Ils s'avancèrent au-devant de lui , non
avec la contenance d'un ennemi qui
veut réfifter , mais dans l'humble pof- "
ture d'un coupable qui foUicite fcii
pardon. Dès qu'il parut , ils fe profter-
nerent , demandant miféricorde de le
baptême. C'étoit ce qu'il déiiroit le
plus ardemment. Cette apparence de
converfion défarma fa colère : ii leut
401 Histoire de Fr.akce;
fit. grâce. Il s*étoit emparé de Pader-
Ann. 777. born en Weftphalie. Il deftina cette
ville pour le lieu de l'aflemblée géné-
rale, qu'il avoir réfolu de convoquer au
mois de Mai de l'année fuivante. Tous
les feigneurs Saxons y furent mandés.
La plupart s'y rendirent : plufieurs y
reçurent le baptême, tous y jurèrent
une fidélité inviolable : les uns de lei
autres fe foumettant a la perte de leurs
biens , à l'efclavage même, s'ils vio-
loient les ordcmnances du prince , 00
les engagements facrés qu'ils venoient
de prendre. Le feul Witikind , cet in-
flexible défenfeur de la liberté de fon
pays , refufa de s'y trouver. C'étoit
un des plus grands capitaines de fon
fiècle 5 & l'ennemi le plus irréconci-
liable des François : il fe retira en Da-
nemarck , d'où bientôt nous le ver-
rons revenir pour foulever de nouveau
lajSaxe. ' I
Ce fut dans cette même aïTemblée
Ann. 778. que Charles donna audience à plu-
Charlespaffe fleurs émirs, ou princes Maures . qui
venoient lui oftrir une nouvelle occa-
fion d'acquérir de la gloire, 8c d'aug-
menter fes Etats. Les Sarrafins d'Efpa-
gne avoient fecoué le joug du califô
d'Orient. Chaque gouverneur s'étoic
Charisma ON I. 405 .
fait foLiverain dans fa province. Ab- - " . ■'.
dérame le plus puififant d'enti-'eux y me- Ann, 778»
naçoit de les fubjuguer tous. Ibinak-
rabi qui régnoit dans la SarmgofTe , &
plufieurs autres petits rois voilins, crai- ^^«"^ » ^^^^*
gnant de tomber fous fa domination ,
paiïèrent en France pour implorer le
fecours du monarque , & fe donnèrent
à lui avec toutes les villes de leur dé-
pendance. Charles douta d'abord (î ces
iniidèles méritoient qu'il prît les armes
en leur faveur ^ mais il efpéra qu à
cette occaflon il pourroit procurer de
grands avantages à la religion. Cette
confidcration l'emporta. Il anemble
fes troupes, palTe les Pyrénées, alîié-
ge & prend Pampelune dont il fait
abattre les murailles , s'empare de Sar-
ragolfe , délivre les chrétiens du tri-
but qu'ils pay oient aux Maures , re-
çoit les hommages 5c les otages de
tous les petits princes Sarrafms qui
avoient réclamé fa protedion 5 & re-
prend le chemin de la France , comblé
d'honneurs & de gloire.
Il marchoit avec la confiance d'un journée de
vainqueur dans les défilés des monta- Roncevaux.
gnes. Déjà il étoit pafïé avec toute l'ar-
mée, &: il ne reftoit plus qu'une par-
tie de fon arriere-garde. Elle avan*;
404 Histoire de Frakce.
çoit avec la même afTurance , lorfquq
Ann. 778. les Gafcons qui s'étoient mis en em^
bufcade dans le haut d'un bois , la cl
Idem , ibid. gèrent G brurquement & avec tant
furie , qu'ils la mirent en pièces. Lé
bagages furent pilles , 6c plufieurs brar
ves feigneurs tués. Le fameux Rolani
y périt. Lqs romans racontent de liïl
des chofes merveilleufes : l'hiftoirç
nous dit limplement qu'il étoit gouver-
neur des côtes de la mer Britanniquer.
C'eft ce qu'on appelle la journée de
Roncevaux , journée fi célèbre dans
les fifles de l'Efpagne. Elle triomphé
de cette défaite : elle fe vante d'avoir
vaincu Charlemagne & fes douze pairs.
Mais x^uelle viâ:oire , que celle où le
vaincu impofe la loi ? La crainte de
fon jufte relTentiment répand la ter-
reur dans tout le pays : on lui fait
d'humbles foumiiîions : on lui livre
une partie des coupables , qu'il fait fé-
vèrement punir :1a Navarre , F Aragon,
tout ce qu'on appelloit alors la Mar-
che d'Efpagne , demeurent fidèles au
tribut : Gironne , Ampias , Urgel
êc Barcelone obéiiTent ûonftamment
aux gouverneurs François qu'il y a éta-
blis pour veiller fîir les démarches des
Sarrafins. On reconnoîc à ces traits un
C H ALLEMAGNE. 405
>riîice conquérant dont les équipages
mz pu être volés par des brigands : on Ann. 778.
' cherche envain ce malheureux roi ,
iont on fuppofe la gloire flétrie pac
m ignominieux échec. Quoi qu'il en
oit , ce fameux voyage a fervi de ma-
iere aux contes de l'archevêque Tur-
>in. Les Sarrafins font les géants que -
Jharles défit : les grands exploits de
loland fon neveu , & mille autres
aits fabuleux ont leur origine dans
:ette glorieufe expédition des Fran-
çois.
Tant de fatigues fembloient deman- Quatrième
ier du repos. Mais il étoit de la defti- ':^^°^'^ *^"
, . ^ . ,, . - taxons.
lee de ce prmce d avoir toujours les
irmes à la main , ôc de iignaler chaque
"aifon par de nouveaux triomphes. Vi-
:ikind , de retour dans fa patrie , avoic
;"alumé toute la fureur des Saxons. Us
^'avancèrent jufqu'au Rhin , ravageant
cous le pays depuis Duitz vis-â-vis Co-
logne , jufqu a Coblents , pillant les
églifes , brillant les monafteres , vio-
lant les vierges confacrées à Dieu , &
paifanc au fil de l'épée tout ce qui fe
rencontroit fur leur palfage , fans dif- Idem^ ihîd*
tinction d âse ni de lexe. Charles étoit
à Auxerre , lorfqu'il apprit cette nou-
velle révolte : il détacha promptement
'40^ Histoire de France.
* les François orientaux ôc les All«*î
Ann. 778. mands , avec ordre de marcher à gran-^
des journées pour couper l'ennemî
avant qu'il fe fut retire. Ils ne purent
le joindre que fur les bords de TEder
dans la HefTe , en un lieu appelle Lihe-
fi. Le combat fut des plus meurtriers.
Mais enfin les Saxons furent menés fi
rudement , que n'ayant ni la force de
rcfifter , ni la liberté de fiiir , ils de-
meurèrent prefque tous fur le champ
de bataille. On ne fit point de quartier:
les excès qu'ils venoient de commet-
tre fur le Rhin , ne méritoient aucun
ménagement.
" La faifon ne permit pas de les pout
Ann. 779* fer plus loin. Le monarque, en atten-
Capituiaire Jant qu'il pût les aller châtier en per-
fonne , alfembla un parlement dans
drâlii^^'^'^on palais d'Hériftal llétoit compofé,
fuivant la coutume , d'évèques , d'âb-
bés 5 de de feigneurs. On y fit plufieurs
beaux règlements y ou capitulaires , pour
la police tant eccléfiaftique que fécu-
liere. Les plus remarquables regardent
les franchifes des églifes & le vol. Le
droit d'afyle étoit lujet à mille abuî.
On n'ofa pas autorifer la violence^
pour arracher le coupable du lieufaintj
Kiais on défendit de donner aucune
C H A R L E MAGNE. 407
touriture à ceux qui , pour crime ca-
lital viendroient fe réfugier aux pieds Ann. 779.
les autels. G etoit donner une furieufe Can. 8.
tteinte au privilège de l'immunité
ccléfiaftique : privilège dont les évê-
[ues étoient extrêmement jaloux. Us
irent de vains efforts pour parer ce
oup. La raifon foutenue de l'autorité
'emporta fur le préjugé fortifié de Ta-
nour-propre : on régla qu'un premier
arcin feroit puni de la perte d'un œil: Cûn.9, n»
m condamna pour un fécond à avoir le ^ ^ ' ^***
lez coupé : la mort fut décernée pour
eine du rroifieme.
L'afTèmblée étoit a peine féparée , Charles
(ue Charles paffa le Rhin à la rête p^,'/s\^^"4^^
l'une nombreufe armée. Les Saxons
iferent l'attendre fur les bords de la
âppe : il les tailla en pièces , &c s'a-
ança jufqu'au Véfer , où les députés
le la nation vinrent lui réitérer des
erments qu'ils avoient mille fois vio-
és. Il leur pardonna de nouveau ; mais An, Moifioc-
l exigea qu'ils recevroient chez eux
les évêques & des prêtres , ôc leur fit
promettre qu'au printemps prochain
is fe trouveroient tous à la diète qu'il
indiquoit dès ce momgnt à Horheim
fur les bords de l'Onacre. Us furent
fidèles à leur parole. On y prit toutes
4oS Histoire de France!. |
les mefiires que la prudence peut iiif-
Ann. 779. P^^^^ pour arrêter toutes les rcvoltesii
& pluiieurs y reçurent le baptême. Ge
n'étoit qu'une converfion iîmulce : le
roi affecta de s'en contenter. Quel-
que brouilleries & de grands deflein
fur fes enfants le rappelloient dans fei
Etats d'Italie.
Les Grecs arrêtoient depuis long.
Ann. 781. temps les revenus de quelques patrl
Charles paf- moines de faint Pierre, qui étoien
feenitahe. ^^^^^ ^^ province de Naples. Le papi
ufa de repréfailles. Se s'empara de Tet'
-^ racine. On mit l'affaire en négocia
tion. Les Impériaux dans cet inter
valle reprirent tout ce qu'on leur avoi
enlevé. Dès - lors les conférences fu
rent rompues. La cour de Gonftanti
nople ne voulut plus entendre parle
ni de reftitution , ni d'accommodé
£;ij/î. tf4.mnient. Le fouverain pontife pria le rc
coi. Carolin- ^q Jui envoyer un de fes généraux
avec ordre de lever une armée de
milices du pays, pour lui faire rendr
juftice. 11 l'avertiffoit en même temç
que le duc de Bénévent entretena
toujours des liaifons avec le princ
Adalgife. Gharles qui projetoit à
grandes chofes pour l'établiffement À
la famille , lui écrivit qu'avant la &
C H A R L F. M A G N E. 4©^
de l'année il fe rendroit lui-même en ^^ ^^"^
Italie. 11 avoic quatre fils. Pépin neANN. 7S1,
d'un premier lit , Charles , Carloman
^ Louis, tous trois enfants de la reine
Hildegarde. La Neuftrie , la Bourgo-
gne &c l'Audrafie dévoient être le par-
tage des aînés : il fongeoit à prendre
des mefures pour aihirer aux deux ca-
dets une partie de fa fuccefîîon. Ce fut
dans cette vue cp'il les mit de ce
voyage. Il partit de Vorms , fuivi
d'une cour auiîi nombreufe que bril-
lante , & arriva en Lombardie fur la
fn de l'automne. Sa feule préfence
dilîipa les mouvements des fadtieux ,
^ tous les démêlés avec i'empire fu-
rent terminés à la fatistaction d'A-
drien.
Le monarque avoir pafïc Tiiiver à ï^^pin eift
^avie: il alla célébrer les fêtes cie Pâ-roi d\T?jie,
lue à Rome. 11 y fut reçu avec tous f^ ,^°"^s '^^i
es honneurs que des lujets doivent a
eur fouverain, & avec toute la joie
u'infpire la préfence d'un libérateur,
.e pape à fa prière baptifa Carloman ,
î nomma Pépin, le couronna roi de
.ombardie , & facra le prince Louis
ai d'Aquitaine. Le premier de ces ^^^"^^ * ^s^-
eux: royaumes s etendoit , comme on
a dit , depuis les Alpes jufqu'à la ri-
Tome I. S
41 o Histoire de France.
viere d'Ofante : on y ajouta Je duché
Akn. 781. de Bavière. Le fécond comprenoit le
Poitou, l'Auvergne, le. Pcrigord, lô
Limofin , le Languedoc , & la Gafco-i
gne. I>e nouveau roi d Italie demeura
dans fes Etats. Milan devint le fieee
de fon empire , & Ravennes fon fe-
jour le plus ordinaire. Le jeune Louis
fut ramené en France, porté dans un
berceau : il n'avoir alors que trois ans,
On lui fit faire à Orléans des armes
& des habits proportionnés à fon âge
ôc à fa raille. On le mit a cheval , &
dans cet écpipage on le conduifît en
Aquitaine , où il reçut les hommagei
des grands & du peuple.
Charles éta. Ce fut daus ce voyage d'Italie qu€
biitirneaca- Q-^^j-les ^m; Jg lon^ucs conférencc'
dém:e clans ai* a 1 • m 1 r
fon p"^his. avec Alcum , Anglois célèbre par loi
fçavoir & fa vertu. Les grandes qua-
^ lités du monarque l'attirèrent en f ran
ce j de les bontés dont il l'honora , 1';
fixèrent. Le roi par fon confeil étabh
dans fon palais une académie qui de
vint le modèle de plulieurs autre;
/jL£pi/J. Âl' Elle avoir pour objet l'étude des bel
mm. tom. i. les-lettres , & pour fin de les fait
fleurir dans toute l'étendue de l'em
pire François. Ce grand prince fe fei
foit honneur d'çtre mem^bre de cm
C H A ïl L F, M A G N E. 4Î I
fbcicté auiÏÏ utile qu'agréable. Il aiïif--
Mt^MaauuiusniÊt
toit à toutes les aifemblces , &c don-ANN. 781.
noit (on avis fur toutes fortes de ma-
tières. Le fujec le plus ordinaire de
leurs diilertations étoic la dialedtique ,
la rhétorique , de l'aftronomie. Le
monarque fur- tout aimoit à étudier le
ciel ôc le cours des aftres. On trouve
dans fes annales dei obfervations
agronomiques fort curieufes. Tout
ce que la cour avoir de beaux efprits
ëc de fcavants , fut admis dans cette
illuftre compagnie. Chacun des aifo-
ciés prit un nom particulier , qui ca-
radtérifoit ou fes inclinations , ou fon
goiit pour quelque auteur fimeux
dans l'antiquité : le roi choilit celui de
David. Je fuis demeuré feul à la mai-'
fort j dit Alcuin dans une lettre à l'ar-
chevêque de Mayence: Vous ^ Damé- £pL*, i«. -
tas j vous voilà en Saxe y Homère ejl en
Italie _, Candidus en Angleterre
Dieu veuille nous ramener bientôt Da-
vid y & cous ceux 'qui fuivenî ce prince
vlclorleux,
La France retira de grands avanta- H fait on-
ges de ces fçavantes conférences. EUeJ'er-pubn-'^'
leur doit la renailTance des arts & des lues,
fciences. La tyrannie des maires du
palais les ayoit relé-^ués d^ns une hou-
Si
^11 Histoire de Fr;\nch.
1.IJ fi. >■■■..■ tcufe obi'cuntc : Charles les mppella
Ann 781 P"^ ^^^ bienfaits 5 les iit monter avec
lui fur le trône , & par la protediou
confiante qu'il leur accorda , il mérita
le glorieux titre de Reftaurateur des
lettres. Il avoit amené d'Italie des
maîtres d'arithmétique Se de gram-
Tn cflpind. "maire : il les difperfa en différentes
j9<^uroraii. villes de fes Etats. Bientôt on vit pa-
roître un capitulaire qui ordonnoic
d'ouvrir des écoles dans les églifes
T^m. iT , cathédrales & dans les abbayes les
Coiuii. Gaii. plus riches. On y vint en foule pour
apprendre la théologie & les humani-
tés. Les eccléfiafliques alors commen-
cèrent à entendre l'écriture - fainte &
les moines leur pfeautier. Il y en a qui
regardent cet établiffement comme
l'époque de la fondation de l'univer-l
iîté de Paris , la première & la plus*
célèbre de toute l'Europe.
îlinrroduit Charles ne trouva pas tout-à-fait la
chantGrïei''- i^^^enie dociUté pour quelques ufages
lien & ia~ii- qu'il voulut établit en France. La
raafne. ^°' pf^hiiodie efl très-ancienne dans l'é-
glife ; mais jufque bien avant dans
le quatrième liècîe , c'étoit moins un
chant , qu'une prononciation plus pa-
thétique ôc plus ferme. Le pape faint
Grégoire , qui avoit quelques notions
Char lem:ag ne. 415
de mu/ic]ue , reforma ce chant trop
uniforme , trop lourd , 8c par-là me- Ann. 781.
me très-ennuyeux. Toutes les cglifes MoriachJin-
d'Italie avoient adopté cette nouvelle .^^-''i-'- ''^ '^'-'^
méthode : celles de rrance sobitine- '
rent à conferver l'ancienne. On s'y
piquoit de chanter aulîi-bien qu'à Ro-v
me. Les chantres du roi le mo-
quoient de ceux du pape : ces derniers
à leur tour fe railloient de ceux du
palais. On en vint à un défi : Charles
prononça en faveur des Romains , &
ordonna que dans toutes les égUfes
de fon royaume 5 on fuivroit le chant
Grégorien. Quelques-unes obéirent :
d'aarues ne prirent qu'une partie de ce
chant, & le mêlèrent avec le leur.
Ce mélange fub^fta long- temps , &c
l'on continua de s'en fervir à lordi-
naire pour les pfeaumes d>i les antien-
nes. Le monarque entreprit auiTi d'in-
troduire dans fes Etats la liturgie ou
la melTe félon Tufage de R.ome : il y
trouva de grandes difiicultés. Le cler-
gé de France , jaloux des anciennes
coutumes _, s'y oppofa d'abord com-
me à une nouveauté^ mais enfin l'au-
torité du roi prévalut fur quelques-
uns : les autres firent un mélange des
deux liturgies, delà Gallicane & de
s^
IL! .ijj mimii
414 Histoire DE France. /
la Romaine , & le calme fut rctablL
Ann. 781 , Ce prince, après avoir donné or-
7*3' dre aux affaires d'Italie, revint en
Saxe 5 où il avoit rcfolu de convoquer
fon parlement. 11 le tint dans fon
camp far les bords de la Lippe. Ce
fut là qu'il donna audience aux am-
Annal. Egliut^^fc^^ç^^:.^ ^^^5 Danois, des Kuns &
^Qs Abares. Ils venoient le compli-
/ jnenter , ôc lui demander la paix ôc
fon amitié : il les leur accorda , à con-
dition qu'ils n'inquiéteroient point fes
fujets. On s'appliqua fur - tout dans
cette alTemblée à chercher les moyens
d'éroulïer toute femence de révolte.
T^cuvelîe C)n croyoit avoir pris les mefures les
ïévt^ire des plus elEcaces pour réprimer la férocité
de ces peuples indomptables ; mais
l'armée de France avoit à peine repaf-
fé le Rhin , que Vitikind les fouleva
de nouveau. Charles , occupé à d'au-
' très affaires, envoya contre eux trois
de fes lieutenants. Ils furent joints par
le comte Teuderic , feigneur Fran-
S'iJ. cois , allié à la maifon royale. C'é-
toit un capitaine de grande réputa-
tion. Mais fon mérite , par la jalou^
fie qu'il infpira , devint funeile aux
armes Françoifes. Les trois gcnéraïut
craignant qu'on ne lui atrnbu'jx ïhoiTr
C H, A R L E M A G N E, 415
neiir de la vi6boire , réfolurent ■ de
donner fans l'avertir. Ils décampent Ann. 782..
avec précipitation 5 s'avancent vers les 7^5'
Saxons qui étoient campés au pied de
la montagne de Sintal proche du Vé-
ri 1
ler , Se les attaquent avec toute la con-
fiance que peut in foirer l'iiabitude de
vaincre. Les rebelles cependant fou-
tiennent vigoureufement le premier
choc, s'étendent prom.ptement â droite
& à gauche , prennent les François en
flanc, les rompent , & en font un hor-
rible carnage. Lepeu qui fe fauva, ne
trouva de retraite que dans le camp
de Teuderic. 11 y périt quantité d'olîi-
ciers & de perfonnes de marque , en-
tre autres Geilon , connétable du roi.
Cette charge cornmeîicolt à deve- DTj;n-:té du
nir coniîderable , quoicpelle ne rut
point encore parvenue à ce haut point
de grandeur & de puillance , ou elb
a été é-levée dans la fuite. Le conné-
table étoit originairement ce qu'eft
aujourd'hui le grand écuyer , il avoic
foin de l'écurie & des chevaux du
roi. 11 y avoir fous lui deux officiers,
qu'on appelloit maréchaux : leurs fonc-
tions répondoient à celles du prsniiôi'
ëcuyer. Quelques - uns d'eux fe font
tellement diftingaés par leur valeur
S 4
41^ HiSTQiRE DE France.
& leur prudence , que nos rois les ont
Ann. 781. employés dans les affaires les plus ini-
7«3- portantes de l'Etat , ôc leur ont confié
le commandement de leurs armées Se
de leurs flottes. Mais ce n'étoit qu'une
commiffion pa{ragere. Ce fut Mathieu
Il du nom , feigneur de Montmoren-
cy , qui mit la dignité de connétable
au premier degré des honneurs mili-
taires , fous 'les règnes de Philippe
Augufte 5 de Louis VIII , & de faint
Louis. Celles des maréchaux s'efl: il-'
luftrée à proportion ; elle eft même
devenue , par l'extindion de la pre-
mière , le plus haut grade où l'on puifife
parvenir par la guerre. Le connéta-
ble étoit le chef des armées de de tous
les confeils. 11 avoit le pas fur le chan-
celier, même au parlement. C'étoit
lui qui nommoit les officiers , qui
donnoit l'ordre aux troupes , Se qui
décidoit de toutes les bataittes. Le
roi même , fî l'on en croit un ancien
titre de la chambre des comptes de
Paris, ne devait ordonner de nul fait
d€ guerre fans fon confentement. Cette
charge étant venue à vaquer par la
mort du connétable de Lefdiguieres ^
fut fupprimée par lettres du roi LoiiiJ
XIIL '♦
C H A R L E M A 0' K E* 4x7
Charles n'apprit la défaite de ^ fes ^^^^!r^
géncraax , qu'avec un extrême cha- Ann. 7^4^
grin. 11 étoit peu accoutumé à de pa- 7S^
reilles nouvelles. Il marcha fans tar- y.on^ei^
1 \ t A ij j reine Kilds.—
cier a la tête d un nouveau corps de gardc^
troupes ^ (Se les Saxons avoient encore ,
pour ainfi dire , les mains teintes du
lang des François, lorfquils le virent
arriver chez eux pour en tirer une mé-
morable vengeance. le feul bruit de
fon approche diilipe l'armée des re-
belles» Tous les feigneurs de Saxe Uemy^ïïîiU,
viennent lui protefter qu'ils n'ont au-
cune part à la dernière révolte. On
lui livre quatre mille des plus mutins ,
à qui il fait couper la tcte pour fervis
d'exemple aux autres. Le monarque,,
après un fi terrible châtiment , allai
pader l'hiver à Thionvilie. Ce fus;
îà c].u'il eut la douleur de perdre
la reine Hildegarde , princefTe aima-
ble , qui emporta les regrets & dui
roi & de la nation. 11 époufa quelque
temps après Faftrade , fille d'un f^i-
gneur Françoisr
La condernation fat le premier ef- x^rdicf.iJ
fet de l'horrible carnaee des Saxons : reçoit Te b;it?''
mais Dientot elle le changea en rage fouœeî^
^ en défefpoir». Vitikind , ce fier ccsi-
îage. (^iie sieii tie pouvoir abbaasey
4^5 Histoire DE Vrancï,
reparut en Saxe avec un autre duc ^
Ann. 784. nommé Albion, Qc réveilla toute la?
78j» fureur de la nation. Le foulèvement
fut fi général -y ôc lopiniâtretc (i vio-
lente , que trois fanglantes défaites ne
Ucmtïbii' purent les £iire rentrer dans le devoir.
Alais ce qui n'avoit pu être l'ouvrage
de la force , devint celui de la clé-
mence. Le vainqueur rempli d'eftime
pour la haute vaillance de Vitikind ,
lui fit offrir le pardon de fa rébellion ,
&c des otages pour sûreté de fa parole..
Ce trait de générofité fubjugua le fier
vSaxon. Il fe rendit à Faifemblée de
Paderborn, & de-là au palais d'Attigny
fur la rivière d'Aifne. Charles le re-
çut avec tant de bonté , qu'il en fit uns
conquête a l'Etat & à la religion. Fvé-
généré dans les eaux du baptême , il
vécut depuis fi chrétiennement , que
quelques-uns Pont mis au nombre des
fainrs. Il y en a qui prétendent qu'il eft
la tige de l'augufle famille qui règne
aujourdhui fur la France. Albion imita
fon exemple. Tous deux de retour dans
leurs pays , maintinrent les peuples
dans la foumiflion , & moururent ii--
dèles a Dieu & au roi.
€cniuration L'expédition de vSaxe manqua d'crre
fcnntcuroi. xuneite au roi. il pouriuiV'Oiîi Viulciiia
C :^ A k t É M A G !>{/ E. 419
-6i: Albion qui s'ctoienc reî:irés aii-cleU ^
de l'Elbe, lorfqu'il reçut l'avis d'une Ann. 784,
conjuration tramée contre fa perfonne. 705^
On a cru que la nouvelle reine y avoir
' donné occaficn ; Eginard parle de Faf- Es}n^rrd:.pD.
trade comme a une remme cnieile , ,,jj^ CanU
pour laquelle Charles avoir trop de Ma^r.^
condefcendance. Quoi qu'il en fbir ,.
♦ la confpiration paroilToit à craindre
j>ar le nombre & la qualité des canjm-
lés ; mais elle n'eut d'autre fuite , que
de faire éclater la grandeur d'ame-' .
du monarque. Il ne fit mourir aucun
des coupables. Le comte Hailrade ,
chef de la conjuration , eut les yeux
crevés r les autres furent envoyés en
exil. Il eft à remarquer que c'eft la
première fois que le fupplice de crever
les yeux fe trouve ufité en France. Ce
genre de châtiment eO: emprunté des
Orientaux y chez qui il étôit alors très-
commun. •
Les plus jultes éloges . fuccéderent il mand'e fer
x plus vives ail armes. L'énormiré du ^"'"''.' ^;'^4''^'"
aux
crime avoir exciré une indignation derbcin.
générale : la modération du monarque
devint le fujet de la plus profonde
admiration, L'acttvje du roi d'Aqui-
ïame acheva de diliîper routes les idées-
é^ ad-HeiTi^ ^ dliotr^^ir^ Chaiies , pouir
4io Histoire de France.
'■' - examiner par lui-même les progrès de
Ann. 784. foii éducation , l'avoir mande a Pader-
785. born. Le jeune prince y fit fon entrée
Idem , m à cheval 5 vêtu à la manière dQS Gaf-
à Piu ^°^^ ^ '-^^^ pourpomt rort étroit 5 por-
tant un petit manteau rond , ayant les.
manches de la chemife très-amples , le
haut de chauffes très-large, & de peti-
tes bottines , où l'éperon étoit enfoncé»
11 tenoit un javelot à la main \ 3c quoi-
qu'il n'eut que fept ans , il manioit foit
theval avec tant de grâce , qu'il fit l'ad-
miration de toute la cour» Il avoit pour
Menins quantité de jeunes feigneurs
du même âge , & pour cortège toute
la noblefTe d'Aquitaine. On M'y avoit
laiiTé que les marquis» C'efl: ainfi qu'on
appelloit les commandants à^s mili-
ces 5 dont la deftination étoit de veil-
ler à la garde des marches ou frontiè-
Fes- Ce nom ii commun de nos jours ,.
cfî celui des feigneurs qui tiennent
rang après les princes , les ducs j & les
comtes &, pairs» Le jeune Louis de-
meura quelque temps auprès du roi y
ëz ne retourna dans k^ Etats que fur
la ^n de l'automne.
— L'empire François joui (Toit d'une
/nn. j%^. paix profonde : elle fat troublée tout-à-
7^'* coup par k révolte des Eietous , qui
C H A R 1 E M A G N Ï-. 42 T
refLiferent de payer le tribut qu'ils
dévoient à la France. Le roi envoya Ann. 78 tf.
contre eux une armée , qui les fou- 1^1*
mit après avoir rafé leurs plus fortes
places. Ils donnèrent des otages; ^^1^2^"^
leurs princes , obligés de céder à la
grandeur de Charles , vinrent lui ren-
dre d'humbles hommages. Le mo- Ji'-^^r^ , »
narque , raiiure de ce cote-la, parut
pour l'Italie , laifTant à Vorms la reine
& les princeifes fes filles. Ce voyage
imprévu déconcerta les projets de fes
ennemis» Arcgife duc de Bénévent ,
commencoit à brouiller : il s'humilia ,
êc donna fon fécond fils pour otage»
La cour de Confuntinople ne cher-
choit qu'un prétexte pour rompre avec
la France : elle envoya des ambafla-
deurs au roi pour le complimenter ^
& Taiïurer d'une amitié conftante. Taf-
fiUon , duc de Bavière , gémillanc
fous le poids d'une foumifiion forcée ,,
étoit toujours prêt à fe révolter : il
vint fe [eter à fes pieds , lui prêta un
nouveau ferment , & Fui remit fon fils
aîné pour garant de fa fidélité. Mais il
prit enfuite de mauvais confeils , re-
noua fes intrigues , de excita les Huns
à faire une irruption dans k Germanie..
Chsade5. inilruitde ce^ aiences ,, cour
'421 Histoire de Finance.
voqua un parlement à Ingelheini, o4
Ann. 788, il manda tous les feigneurs ào France y
Ta/Tiiionefi: ^^ Lombardie , de Saxe Se de Bavie-
dépooîiié de re. Taffillon fe croyant alfuré du fe-
cret 5 s y rendit lans aucune dehanee.
Mais dès qu'il parut , il fut arrêté ; 5€
le monarque remit au jugement dé l'af-
femblée le châtiment de Tes perhdie^^
Les preuves étoient fi claires , qu'il fut
Uem, ihid. déclaré criminel de bfe-majefté , &"-
condamné à mort d'un commun con-
sentement. 11 la méritoit 5 Se la puni-
tion paroiiToit néceffaire ; mais il étoit
coufin-germain du roi : cette confidéra-
tion engagea ce prince à commuer l'a
peine. Le malheureux duc fut rafé , Se
xelégué d'abord au monaftere de faint
• Goar fur le Rhin ; enfuite à celui de
Lauresheim : Théodon fon fils amé fut
enfermé dans celui de fainr-Maximiii
de Trêves ^ Se Theudebert le cadet
dans un autre , dont l'hiftoire ne dit
point le nom. Elle garde un égal filence
îur le fort de la ducheiTe Luitberge. Elle
avoir deux filles : l'une prit le voile i
Chelles , l'autre à Notre-Dame de Soif-
fqns. Alors le Duché de Bavière fut
réuni à la couronne : le roi y mit des
' êomtes pour le gouverner comme Is^
autres provinces de France^
C H A R L Ë M A G N E". 41^'
Le châriment du duc de Bavière ne ^.
pue fiirpeiidre l'effet de fes incrigues ann. 788*
avec les ennemis de l'Etat. L'es Huns ou Les Huns ^
Abares , fuivant leur promelTe', avoient J^^s <3recs &
' ^ 1 ' iesLombards
mis deux années en campagne : 1 une prcnac-ntdes
marcha vers la Bavière, pour faire le i^^^^/^^P^"»^
> ■*■ ensiler les
dé^at fur les terres de France : l'autre François d'^
s'avança vers le Ftioul, pour foutenir ^a"^'
le parti du prince Adelgife , qui fe pré-
-paroit à fondre fur le duché de Bcné-
vent. L'empereur , depuis la ruptu-rs
de Ion mariage , ne gardoit plus au-
cune mefure avec la cour de France. Il
s'étoir ligué ouvertement avec le Lom-
bard , & lui avoit donné les meilleu-
res troupes de l'empire pour l'aider à
recouvrer les Etats de fon père. La^^^'^» ^^^f^*
clarté de l'hiftoire exige qu'on reprenne
la chofe d'un peu plus haut. L'impéra-
trice Irène , dans la crainte que Char-
les n'enlevât aux Grecs ce qui leur ref-
toit en Italie , lui envoya une célèbre
ambaiTade, & lui lit demander Rotrude
l'aînée de fes hlles pour le jeune Conf-
tantin. Le mariage fut arrêté , & la
princeifé fiancée. On mit auprès d'elle
de la part de l'empereur un eunuque,
nommé Elifée , pour lui appiendre la
Lmgue grecque, & la former aux ma—
nieiei; d^s- peuples fur c^ui elle d-evcsit
424 Histoire de France^
régner. Mais cette grande alliance ne?
^NN. 788. fiibiida que dans le projet : la politique
l'avoit formée : la politique la fit dif-
foudre. On ignore quel fut l'auteur de
la rupture. Théophane , hiftorien con-
temporain , prétend que ce fut Irène ,
qui craignoit que cette union ne ren-
dît fon tils trop fier», & ne lui fît naî-
- tre l'envie de gouverner. Eginard , fe-
crétaire de Charles , affure que ce fut
ce prince lui-même , qui aimoit fes fil-
les Jufqu à la foibleile , Se ne pouvoir
fe réfoudre à les voir éloignées de lui..
Quoi qu*il en foit , Abares , Grecs Se
Lombards , tout confpiroit à chafTer
les François d'Italie. Le monarque
averti de tout , donna ordre à tout , ôc
fans fortir de Ratisbonne , diilipa cette
horrible tempête*
îîsfonten- Les Huns furent entièrement défaits^
^erement ^ ^^^ Bavière Se dans le Frioul. Ils
revinrent une leconde rois : ils éprou-
vèrent le même fort : on en fit un hor-
rible carnage. Tout ce qui échappa i
l'épée des vainqueurs ^ alla fe noyer
dans le Danube. Les Grecs n'eurent
pas un meilleur fuccès. Ils comptoient
fur Grimoald fils d'Arégife , à qui le roi
înalgré les fâcheux préjugés de. la cour
duice dç. fou perC;, Se fes vives remou)-
Charlemagne. 4^5
trances du pape , venoit d'accorder *!^ï^r?T5
rinvefliture du duché de Bénévent. Ann. j.^K
Mais le jeune duc fenfible à la vecon- lUm , ilid*
jioifTance , demeura iidcle aux Fran-
çois. Il fe joignit à Vinigife , l'un des
lieutenants de Charles , & au duc Hil-
debrand. Tous trois marchèrent de con-
cert 5 6c chargèrent ii vivement les en-
nemis 5 qu'ils les rompirent ôc les mi-
rent en déroute. Telle fut la fin de cette
grande entreprife. Les Abares, outre
trois fanglantes défaites, s'attirèrent un
ennemi qui leur forgea des chaînes
qu'ils ne purent brifer : les Grecs perdi-
rent une grande &c belle armée : le prince
Lombard, obligé de prendre la fuite,
retourna à la cour de Conftantinople
mener une vie longue Se méprifce.
Le rèi^ne de Charles n'eil qu'un en- , 7"
t A ^ j, n- T • Ann. 729.
chainement d actions militaires : tou- ^, ,
jours une expédition eft fiiivie d'une étend fa do-
autre , & une première victoire prépare i^^j.!^'^;^^^'^
à une féconde. Les Vilfes ou Véléfi- l^^T Baiû-
bes , peuples Rfclavons qui s'étoient ^i"^*
établis entre l'Elbe & l'Eider , l'obligè-
rent à porter fa réputation ôc fes armes
jufc^ue fur les bords de la mer Balti-
que. Ces barbares faifoient de erands
ravages dans le pays qu'on nomme au-
jourd'hui Meckel bourg. Les Aboiii»
fvwvasn
42^ Histoire de France,
tes qui l'habitoient étoient alliés otx
Ann. 78^. tributaires de la France. Ils portèrent
:Eginard. in ^^^^^^ plaintes au roi , qui leur promité
j^nn b- in uti prompt Sc puilTant fecours. 11 partit!
tag^H''^' en efFet à la tête d'une nombreufe ar-^
mée , paifa le Rhin à Cologne , traverfa
- toute la Saxe , fît jeter deux ponts fur
l'Elbe 5 pénétra bien avant dans les ter-
res des Vilfes, battit les troupes qui
voulurent s'oppofer à ia marche , ôc
mit tout à feu &: a fang. Déjà il appro-
choir de la capitale , lorfque les chefs
de la nation , épouvantés de tant de
iuccès^ vinrent au devant de lui pour
fe foumettre. Tous lui firent hommage
&: lui jurèrent fidélité. Charles leur
pardonna > prit des otages , de revinr X
Vorms y où la foumillion de tous les
peuples de fon empire lui permit de fe
repofer quelque temps de fes longs
travaux.
1 ~" Cette année de tranquilité fur con-
ANN. 790. r r \ ^ 1 • ' ' T
lacree a ces œuvres de piete. Le mo-
• U protège • / i r i r i
le? égiîfes marque avoir établi des magatnis de
d'Orient , «3c blé dans différents endroits* de fes
reçoit des t? 'i i r i v i
préfc-iics du ^^ats : il le ht donner aux pauvres a ia
eaiifeAaron, moitié du prix fixé par les ordonnan-
ces. Sa charité ne fe bornoit poini à
fes feuls fujets ; elle s'étendit juiqu'aa-
dQii des mers. U envoya en Afric^uep
C H A R L E M A G N E. 427
en Egypte , Se en Syrie des perfonnes
de fa cour , pour diftribuer des fom- ^j^,^^^^ ^^^■
mes confidérables aux églifes qui gc-
iniifoient fous la tyrannie des ini^dèles.
Ces envoyés avoient ordre de porter
de maeniliques préfens au calife des . .
f^ • '^ ^ 1, \ • 1 Esm in vit'
Saraznis , pour 1 engager a traiter nu- (^^^oi Ma^ac
mainement les chrétiens de fa domina-
tion. Il fe nommoit Aaron : cétoiî le
héros de l'Orient comme Charles étoit
celui de l'Occident. 11 avoit conçu une
fi haute idée du monarque François ,
que pour mériter fon amitié , il lui fa-
criiia la fouveraineté de la Terre fain-
te 5 ne fe réfervant que le titre de fon
lieutenant. On remarque entr'autres
préfents qu'il lui fit , un pavillon de fin
lin 5 rarié de diverfes couleurs ^ fi éle- . ^'^^'^ ' ^*
vé , qu'un trait décoché par le bras le
plus vigoureux ne pouvoir aller jul- ^ iv:ei/iac.
qu'au fommet : ii vafte , qu'il contenoic
autant d'appartements que le plus fu-
perbe palais. Mais ce qui attira fur-
tout les regards des curieux , fut une
de ces horloges qu'on appelle clepfy-
dres, parce que l'eau les tait aller. Le Po'craSaxm*
cadran etoit compoie de douze petites
•portes 5 qui repréfentoient la diviiion
•des heures. Chaque porte s'ouvroit à
l'heure qu'elle dévoie indiquer , ^^
4^^ Histoire de France.
-— ■■- ' (ionnoit pafTage à un nombre égal de
Ann. 7^0. petites boules, qui tomboient en diffé-
rents temps égaux fur un tambour d ai^
fain. L'oeil jugeoit de l'heure par la
quantité de portes ouvertes , 8z l'oreiU
le 5 par celle des coups que les boules
frappoient. Lorfque la douzième heure
fonnoit , on voyoit fortir tout à la fois
douze petits cavaliers , qui en faifant
le tour du cadran , refermoient toutes
ces portes.
Dérordres Ce fut vers ce même temps qu'An-
ge lafamiUe -11 ^ , 1, S/ ^- 1
ïoyale. gilbeit , Il connu dans 1 académie du
roi fous le nom d'Homère , fe retira
de la cour , pour prendre l'habit de
moine. C'éroit un jeune feic^neur ai-
^^lll^!^' ^^^^ble. Il ne le parut que trop à la prin-
celTe Berthe , iilk de Charles : il en
eut deux enfants , Nitard , qui a écrit
une partie de l'hiftoire de fon temps >
ôc Harnide , dont on ignore la deftinée.
On a prétendu, mais contre toute vé-
rité 5 qu'il y avoit un mariage réel.
Eginard afTure en termes précis , que le
monarque ne put jamais fe réfoudre à
Mat ^^^'^^' ^^^."^^' aucune de fes filles. Cette con-
duite 5 quelque nom qu'on verdile lui
donner , lui attira, félon le même au-
teur , quelques difgraces , qu'il fçut pm-
demmeiit diilimuier. Il y a toute appa-
C H A R L E M A G N E. 42-9
rence que cette aventure & le fcdiidale ^ """"'■"-
que donna Hiltrude par {qs galanteries Ann. 750.
avec un feigneur nommé Oclilon , doi-
vent être comptés au nombre de fes
chagrins domeftiques. On en peut dire
autant de l'intrigue de Rotrude avec
le comte Roricon , dont elle eut un
fils nommé Louis , qui fur abbé de
faint Denis ôc chancelier de France.
On veut néanmoins qu'il ait fait épou-
fer Emma à ce mcme Eginard , fon
fecréraire & fon hiftorien, dont il avoit
découvert le commerce avec cette prin-
ceiTe. Cette hiftoriette a tout l'air d'un
roman. 11 n'eft guère probable qu'un
fujer ait diiîimulé un fi grand honneur
de la part de fon fouverain.
Tout étoit foumis. Charles crut la
drconftance favorable pour porter \^^^^' 79^'
guerre chez les Huns , qui ne ceiloient ^
À C ' j r r 1 1 Guerre con-
ae raire des courtes lur les terres de treUsH^un*.
leurs voifnis , pillant les églifes , &
màiTacrant les prêtres , les religieux ,
Se les vierges confacrées à J. C. Cette
nation barbare habitoit cette partie de
la Pannonie , qu'on nomme aujour-
d'hui l'Autriche & la Hongrie. Elle
étoit divifée en neuf cantons ou cer-
;les féparés les uns des autres, & en-
vironnés de tous les côtés d'une haute
430 Histoire DE France.
*" levée , &c d'une forte pAïiTàdt, qi|Ji
Ann. 7^1. leur fervoienc de rempart. Ce retran-
chement forcé , on trouvoit quantité
de villes , de bourgs & de villages',
tous revêtus de bonnes murailles , &
il peu éloignés entr'eux , qu'un honv
me en élevant la voix fe pouvoit faire
entendre de l'habitation la plus proche.
On communiquoit d'un cercle * à lau^
tre par des chemins pratiqués^ dans de;s
taillis peu élevés & plantés exprès. Il y
avoir plus de deux cents ans que cette
république fubfiftoit , redoutée des em-
pereurs à qui elle avoir rendu de grands
fervices , ménagée des François quj
jufqu'alors avoient recherché fon ami-
dé, puiiïante en hommes, riche enfin
I des dépouilles qu'elle avoir enlevées à
*' ' l'empire & à la Germanie. Elle n'étoit
féparée de la Bavière que par la rivière
d'Ens , qui fe jette dans le Danube un
peu au-delTous de la ville d'Ens. Lç
voifinage de la France fit naître quel-
ques difficultés fur les limites. On mit
l'affaire en négociation ; mais on ne
put convenir de rien. Les Huns né
Voulurent point fe relâcher de leurs
; -itU y a toute apparence quele nom de cercle que pofr
tenc aujourd'hui quelques provinces de Teirpire , clf
wris de c&t endroit de l'ancieBne hiftoire Germani^!»»
C H A R L I M A G N* E.' 45 1'
prétentions. Cette opiniâtireté , leur """ '"*
ûernieue ligue avec Taliillon , ôc fur-ANH. 791^
tout leur haine invincible pour le
chriftianifme , furent les vrais motifs
qui déterminèrent le roi à leur décla-
rer la guerre.
Il alfembla pour cette expédition h idem,m Anti^
plus grande armée qu'il eût encore
lîiife fur pied. Le rendez-vous géné-
ral fut à Ratisbonne. Le jeune roi
d'Aquitaine y conduifit lui-même {es
troupes. Cétoient fes premières armes :
Charles fit la cérémonie de lui ceindre
l'épce. Ce fut depuis la manière d'ar-
mer les chevaliers , & c'eft probable- Vîta Lai-
ment l'époque de l'inllicution de cet''^"^'^'
ordre. Déjà les François étoient en
marche , de le monarque fe préparoit à
palTer la rivière d'Ens , lorfqu'il reçut
la nouvelle que le duc de Frioul , après
un horrible carnage des Huns, avoit
forcé un de ces grands retranchements
qui défendoient l'entrée de chaque cer-
cle , pillé une partie du canton , & fait
un prodigieux butin. Il s'avance aufli-
tôt avec fon armée, pafTe au fil de l'épée
tout ce qui ofe lui réfifter, pénétre juf-
qu'à Vienne qu'il abandonne au pilla-
' ge , afliege les deux plus fortes places
2u pays 3 les emporte , ôc les réduit m
451 Histoire DE France.
cendres. Les barbares épouvantés fc
Ann. 7^1. ^iiuverenc avec précipitation fur les
montagnes & dans les bois. Les uns y
périrent en fe défendant courageufe-
iiient : les autres fe rendirent fans don-
ner de combat. Le vainqueur perça juf-
qu a l'endroit où le Raabe fe jette dans
le Danube. Ce fut le terme de cette
expédition. Le défaut d'ennemis ÔC
l'approche de l'hiver lui firent repren-
dre le chemin de la France, réfolu de
pourfuivre au printemps prochain une
conquête qu'il avoir fi fort avancée
dans une feule campagne. Mais ce qui
arriva fur ces entrefaites, l'obligea de
' prendre d'autres mefures.
Pepîn fcti Ce prince , le meilleur de le plus
pl're'cGnti^^' g^^^^^ ^'"^^ ^^^ jamais régné non-feule-
lui. ment en France , mais en Europe , vit
^ fes jours expofés au plus noir des atten-
tats. Pépin , dit le Boflfu , l'aîné de fes
enfants , fut le chef de cette horrible
confpiration. Il étoit fils d'Himiltrude,
fort beau de vifage , mais extrême-
ment contrefait. Quoique né d'une
concubine , il prétendoit avoir droit à
la couronne , fuivant l'ufage établi de-
puis la fondation de la monarchie. H
llm , U'U.Yoyoit tous fes cadets avantageufe-
^m. ^''•^''-^' ment partagés : Charles avoir été fait
duc
Charlemagne. 43 5
duc du Maine. Pepiii roi d'îcalie, Louis
roi d'Aquitaine : lui feul étoit fans au- Ann. 75^.
cun commandemeni: & fans emploi.
La jaloufîe lui infpira des idées de ré-
volte. Les feigneurs , mécontents dQs
hauteurs de Faftrade , ne cherchoient
qu a irriter fon reiTentiment. Les Huns
ôc les Saxons La promettoient leur
afîîftance. Les Lombards toujours prêts
à remuer, les Grecs toujours jaloux de
la grandeur du monarque François, tous
les ennemis de la France dévoient pren-
dre les armes pour l'élever fur le trône.
Mais il connut bientôt qu'il ne réuf-
fîroit pas à force ouverte : il forma
l'exécrable delTein de faire afTalîîner
fon père ôc fes trois frères. Le jour
étoit pris pour l'exécution de cet hor-
rible parricide. Mais la Providence
permit qu'un Lombard , nommé Far-
dulfe , s'endormît dans un coin de l'é-
glife où les conjurés s'affemblerent ;
pour prendre leurs dernières mefures.^
11 entendit tout le fecret , & en avertit
le roi. On fe faifit aulH-tôt de Pépin
fc de tous fes complices. Le parlement
fut alfemblé , & les coupables jugés
dans toute la févéçité des loix. La clé-
mence étoit la vertu favorite du prin-
ce, il y en eut peu d'exécutés ; le^ autres
Tome I, X
454 Histoire de France.
wuH,,«j...^— furent envoyés en exil , & leurs bieii$
Ann. y^i.confifqués. Le nouvel Abfalon fut rafè
de confiné au monaftere de Prum danj
l'évèché de Trêves. Fardulfe pour ré--
eompenfe eut Tabaye de faint Denis, |.
", Les deux rois , fils de Charles , ai|
NN. 793- ^^QYniQï bruit de la conjuration, fe ren-
dirent à Ratisbonne , où ils eurent U
fatisfadion de trouver tout tranquile
par le châtiment des coupables. Ils y
furent reçus avec la tendreffe que mé-
IginarL in ritoit leur zèle empreflfé , & avec tous
^maU Yq^ honneurs dus à de jeunes héros , qui
venoient de /ignaler leurs armes par la
défaite des rebelles du duché de làénè-'
vent. Pépin n'y féjourna que fort peu
de temps \ la jaloufie des Grecs rendoit
fa préfence nécefTaire en Italie. Louis
y paffa tout l'hyver : il devoit être
d'une féconde expédition contre les
Huns. Mais les nouvelles qu'on reçue
de Saxe & d'Efpagne , fufpendirent
l'exécution de ce grand projet. Le com*
îe Theuderic avoir eu ordre d'afTem*
bler les troupes de Frife. 11 les condui-»
foit en Saxe où il croyoit tout fournis ,
lorfque cette infidèle nation l'attaqua
à Ruftringen proche du Véfer, & la
défit entièrement. Les Sarafins de leuf
côté avoieiu furpris Barcelone ^ forcé
Gharlemagne. 43 5
le palTage des Pyrénées , brûlé les faux- ^
bourgs de Narbonne, battu le duc deÂNN. 7^3.
Touloufe qui étoit venu à leur ren-
contre , de ravagé tout le Languedoc.
Les révoltes des Saxons , lorfqu ils Ç'^''^"* '^■^^'•^"
ctoient abandonnes a eux-mêmes , ne
furent jamais regardées comme une
affaire fort importante : i'excurlion des
Maures caufa plus d'inquiétude.
Charles renvoya le jeune Louis en ^^ entre-
Aquitaine 5 avec ordre de fe mettre fjîndre l'o-
promptement en état de marcher con- céan au^
tre les Sarafins. 11 aflembla lui-même °"^ "^^"
fon armée. Mais il ne crut pas devoir
s'engager fî-tôt dans la Saxe : les trou-
pes cependant ne demeurèrent pas 01-
îives. Il avoit formé un grand projet
pour la eommunica.ion de l'Océan Se
du Pont - Euxin. L'entreprife eût été
d'une grande utilité, tant pour le com-
merce des provinces , que pour l'ex-
pédition qu'il m.éditoit contre les Aba-
res. Elle ne paroiiToit pas de difficile
exécution : il ne s'agiffoit que de join-
dre le Rednitz à l'athmul. La première
de ces deux rivières mêle fes eaux vers
Ramberg à celles du Mem , qui fe
jette dans le Rhin près de May ence,
& le Rhin dans l'Océan. La féconde
va fe décharger dans le Danube à Kel-
T 2
r
4^6 Histoire DE France.
"^ heim , &c le Danube dans la mer noire,
Ann. 7p3.au Pont-Euxin. Le canal devoir avoà
rrois cents pieds de Lirgeur fur envi»-
ron deux lieues de longueur. Tout^
l'armce fut employée à le creufer. Déjjji
elle avoit pouffe le travail jufqu'à deuj:
mille pas. Mais le peu de confiftanqe
du fol , les pluies continuelles , l'éboii-
lenient des terres , &c le défaut de millç
inventions fi communes de nos jours,
le firent interrompre : le peu d'efpé-
rance de réulîir contraignit enfin d^
l'abandonner totalement.
" On reçut dans ce même temps la
Ann. 7^4. nouvelle qu'lffem , roi de Cordoue,
Concile de après avoir perdu une fanelante ba^
Francfort, ^.,, ^Airr r /»
taille contre Alronle , lurnomme le
Chafte 5 avoir rapelé les Sarafins du
Languedoc. Charles , raffuré de ce côté-
là, fe difpofa fcrieufement à la guerrç
de Saxe. Mais avant de Tentreprendre,
il affembla ce concile fi fameux darw
Egînard. în nos Annales fous le nom de Francfort:
Annal. ^'eft un des plus célèbres de leglif^
d'Occident. Il s'y trouva plus de trois
cents évèques de France , de Germa-
nie , de Lombardie , d'Angleterre &
d'Efpagne. Le monarque y parut fui
fon trône , avec toute l'autorité quar
voient autrefois les empereurs chr4r
^ Charlemagne. 437
tiens dans ces religieufes aflemblées.
Je me fuis rendu à vos prières , die ce A.nn. 7i)4.
prince dans une lettre adrefTce aux Epil Ca.
églifes d'Efpagne : J'ai- pris place par-'-^^^X
mi Us évêques comme auditeur <y comme
arbitre ; nous avons vu j & par la grâce
de Dieu , nous avons arrêté ce quilfa^
hit croire fermement. L'iiéréfîe de Félix ^
cvêquc d'Urgel , avoir fait convoquer sirmonh
ce concile : ce rut auiii la première call. can, i,
affaire qu'on y traita. Ce prélat , foute-
nu d'Elipand métropolitain de Tolède,
enfeignoit publiquement qae Jélus-
Chriil 5 coniidéré félon la nature hu-
maine, n'étoit.que le fils adoptif de
Dieu j ce qui étoit admettre deux iils ,
par conféquent deux perfonnes. Cette
dûéirine , déjà foudroyée à Epliefe , fut
profcrite tout d'une voix à Francfort.
On examina enfuite la décidon du
fécond concile de Nicée fur le cultç
des images. Elle portoit qu'on ne de-*-
voit pas leur refufer le falut,ni l'ado-
ration , non de latrie , qui n'appartient
qu'à Dieu , mais d'honneur , tel qu'on
le rend aux faints , comme à des amis
de Dieu. Ces paroles étoient claires ;
mais foit intérêt de nation Se pour faire
fa cour au prince , foit ignorance de la
langue grecque , foit eniin ce qui eft
Ti
^43^ Histoire de France.
T— — ^** plus probable , qu'on eût produit dô.
Ann. 754 fauxaâres de ce concile, on crut y voit
un anathême lancé contre quiconque
ne rendroït pas aux images desfaints le
" culte & r adoration quon rend à la di"
yine Trinité, Les pères de Francfort,
fur ce faux expofé , le rejetterent d'un
confentement unanime , & défendi-
rent de le regarder comme écuméni-
que. On envoya ce décret au pape ,'
avec un ouvrage théologique ou l'on
réfutoit fort au long la doétrine de
Nicée. C'efl ce qu'on apelle les livres
Carolins, parce que Charles les adopta,
& s'en déclara l'auteur. Adrien y ré-
pondit avec force , mais en même-
temps avec douceur, agiffant en cette
occafion comme un homme fage , qui
foutient hautement la vérité , mais qui
ne veut rompre ni la paix , ni l'unité.
11 fe contenta de la proteftation qu'on
faifoit en France de fuivre le fentiment
de faim Grégoire le Grand , qui dit
^ue ceux qui voient les images j ne doi^
vent adorer que la fainte Trinité ; mais
quil faut les honorer par rapport à ce
qu elles repréfentent. Cette prudente
conduite produiiit tout l'effet qu'on en
devoit attendre. Les vrais adtes du
concile parurent ; la prévention fe
I
C H A R L E M A G N E. 439
xliflipa : le concile fut reconnu pour ,_
écuménique. Ann. 704.
Le malheureux TafliUon parut dans Mort de la
cette affemblée en habit de moine , ^;^^^ ^^^""-
pour implorer la clémence du monar-
que. Il avoua publiquement toutes fes
infidélités , demanda humblement par-
don , Se renonça authentiquement
pour lui &: Tes enfants , à tous les droits
qu'il pouvoit avoir fur le duché de
Bavière. Le Roi lui affara une penfion,
êc le fit transférer au monaftere de
Jumiege , où il palTa le refte de fa vie ^^^^' can. j,
avec les deux princes fes fils. La reine
laftrade mourut fur ces entrefaites.
Charles l'a voit aimée jufqu'à la foi-
bleile : il la regretta de' même. La fierté ^^^ï- ^«^w-
de cette princeife , fes hauteurs , fes
cruautés, l'ont rendue odieufe à la na-
tion. Deux fois le monarque vit fes
jours expofés pour fes trop grandes
complaifances aux volontés de cette
femme impérieufe.
Dès que le concile de Francfort fut ^^ marche
ri I \ ' 1 1 c contre les
lepare , le roi marcha contre les taxons, saxons.
La préfence d'un monarque tant de
fois vainqueur , répandit une telle
confternation , que ces peuples au lieu chron, Moif;
de courir aux armes, vinrent s'humi-i^^c*
lier devant leur maître, Ce bon prince
T4
440 Histoire DE France.
• ^eur pardonna de nouveau , &: fe con^
Ann. 794- tenta pour cette fois d'enlever un ciera
^«n. i^uid. Je leur armée, qu'il fit tranfporte^
dans différentes parties de fon royaui-
^^^- Mais cet exil ne put contenir ceut
Ann 79Î ^"'^^ ^/?^^ ^^^^^^ ^^"^ ^^ P^y^- ^^ ^^^^^'^^
avancé à la tête de fes troupes jufqu aux
bords de l'Elbe pour donner audience
au roi des Abodrites , lorfqu'il apprit
que ce prince , ami de tout temps &
Mêle allié de la France , avoit été tué
dans une embufcade que les Saxons
^.^nn. F^zn. j^û tendirent. 11 en fut fi irrité , qu'iî
abandonna toute la Saxe à la fureur
du foldat. Elle fut ravagée , & vit
périr plus de trente mille de fes ha-
bitants.
~~~ Charles , durant le cours de cette
ANN. 796. ^ / !• • 1 ,.
1. , f • ^^P^"ifion 9 donna audience aux am-
honm'JTe'au^^'^^^^eurs de Theudon , l'un des plus
fei *^off°''^" gî^a^^^s feigneurs de Ja nation des Aba-
Zns°, ^^' ^^^' ^}s venoient alfurer ce prince de la
fournifïion de cette partie de la Pan-
nonie qui obéifToit à leur maître. On
apprit de ces envoyés , que les Huns
éroient extrêmement affoiblis par leurs
difTenlions domefliques. Le monarque
fçut profiter de la conjondure : il donna
ordre à Henri duc de Frioul , de mar-
cher de ce cote -là avec une armée.
C H A R L E M A G N E. 44T
Le fuccès fat des plus heureux. Le gé-
néral François força la capitale du Ann. 7p<J.
pays , ou il trouva des treiors ineiti-
mables. C'étoient les dépouilles de
tous les peuples de l'Europe , que ces
barbares ne ce(ïoient de piller depuis
plus de deux (iècles. Il les envoya au rai, , ;■;
qui en fit de grandes largelfes aux fei-
gneurs , aux foldars &c à toutes les per-
fonnes qui l'avoient bien fervi. 11 en
deftinoit une partie à Téglife de Rome
& au pape Adrien , lorfqu il apprit la
mort de ce tendre ami. 11 pleura cette Egîn. în vha
perte comme celle dun fils ou d'un ^''"'^^"^''^'
frère : c'eft l'expreilion d'Fginard. Il Tom t r.
ordonna par - tout des prières , fit de ^''"^'^' ^"^^^
grandes aumônes pour le repos de fon
ame , compofa en vers latins fon épi-
taphe qui eft gravée fur fon tombeau.
à la porte de l'églife de faint Pierre»
Le nouveau pape, c'étoit Léon, troi-
fieme du nom , lui dépêcha des légats
pour lui faire part de fon exaltation,
lui porter les clefs de la confeiîion de ^ H
faint Pierre avec l'étendard de la ville
de Rome , & le prier de députer
quelqu'un de fa cour pour recevoir le '
ferment de fidélité des Romains. Ce îhdem.
qui prouve qu'en cédant aux fouve-
îains pontifes le domaine utile de
gP I.1J JHiKWWfca
'441 Histoire t>E France.
! l'ExarcAt & de la Pentapole , nos roîs
Ann. -]^c. n'ont jamais prétendu fe dépouiller
de la fuzei::aineté.
Conquête Les Abares , cependant, oubliant
de la Panno- 1 • / ^ • ^i- r
;nie. leurs mtcrcts particuliers pour ne lon-
ger qu'au bien de la cauie commune ,
avoient élu un cham ou un prince,
6c fous fa conduite étoient rentrés dans
leur principale forterefTe. Charles , fur
cette nouvelle , ordonna au roi d'Italie
de marcher avec toutes les forces de
Lombardie & de Bavière , pour com-
battre le nouveau monarque , avant
Qu'il put fe mettre en état de recom-
Fgin.^rd. în menccr la guerre. Pépin ralTembla
MnaL promptement toutes fes troupes , tra-
verfa cette partie de la Pannonie qu'on
nomme aujourd'hui P Autriche, 6^: pafïà
le Danube vers l'endroit le plus proche
de la capitale du pays. Le cham à la
tête d'une armée compofée de tout ce
qu'il y avoit de plus grands feigneurs
parmi les Huns , lui préfenta la batail-
fittn, Fuîd, ^^ ' ^^ ^"^ défait ôc tué ; la ville de Rin-
ga forcée , pillée , rafée ; la garnifon
pafTée au fil de l'épée , ôc les vaincus
p,Qufirés jufqu'au - delà de la Teiife.
Cette vidoire fut le terme fatal de la
puiiTaace de cette fameufe république
,j ufqu'alors fi peuplée , fi vaillante , ôc
ChàrlemAgne. 445
fi riche. Toute fa nobleiTe périt dans
les différents' combats qu'elle eut à A.nn. 7^^-
foutenir. Ceux qui échaperent au vain-
queur 5 fe fournirent au joug de k
France, ou fe retirèrent chez les na-
tions voifines. S'il y eut par la fuite
quelques révoltes , on doit moins les
regarder comme les efforts d'un Etat
qui cherche à fe relever , que comme
les dernières convuKions d'une liberté
qui expire. Elles furent prefque auffi-
tôt réprimées qu'excitées.
Pépin , chargé des dépouilles de la d>Aix!^'"''
Pannonie 5 prit le chemin d'Aix-la-
Chapelle 5 où le roi fon père , après
avoir ravagé la Saxe , s'étoit rendu . ^
avec Lutgarde qu'il avoit époufée de-
puis peu. La marche du jeune prince
re(fembloit à un triomphe. On ne
voyoit qu'or & argent fur fes habits &
fur ceux de fes foldars. Jamais tant de
magnificence n'avoit paru en France.
Tout retentiffoit des éloges du héros ,
qui à vingt ans venoit non-feulemenc
de dompter , mais en quelque forte
d'exterminer une nation , qui depuis
plus de deux cents ans étoit la terreur
de toute l'Europe, il paffa le rçfte 'de
l'hiver à Aix , où il célébra les fèces de
Nocl &c de Pâque dans la fuperbe cha-
t 6
444 Histoire de France.
pelle que Charles venoit d'élever en
i\Nv. 7^6 riionneiir de la fainte Vierge , & qui
Egin. in lùta à donné le nom à cette ville , dont il
(jaroL. Mug, £^ depuis le fiege de fon empire. C'é-
toit , dit Eginard , un édifice admira-
ble, & pour le travail ôc pour la
ftrudure. Tout ce que Rome 6c Ra-*
venne avoient de plus beau marbre;
fut employé à le décorer. Le dôme
étoit furmonté d'un globe d'or maflif.
Les portes & les baluftres étoient de
bronze ; les vafes Ôc les ornements
d'une richefîè dont on n'avoit pas en-
core vu d'exemple.
Palais dAîx- T 1 • 1 r r
la- Chapelle. -^e paiais que ie monarque ht conl-
truire au même endroit, n'annoncoir
ni moins de grandeur , ni moins de
magnificence. 11 y avoir , difent les au-
teurs du temps , des portiques fi valles >
que tous les foldats de routes les per-
fonnes de fervice pouvoient s'y met-
rre a couvert. Les leigneurs avoient
leurs logements au-defilis de ces fu-
Sc:i'[^uL P^i^bes galeries. L'édifice fe trou voit
difpofé de façon , que le roi , fans for-
tir de fa chambre , éroit à portée de
voir tout ce qui entroit dans les au-
tres apartements. On y avoit pratiqué
différentes falles , les unes pour les
conférences des eccléfiaftiques du pa-
Charlemagne. 445
lais & des prélats qui venoient à la
cour pour les affaires de leurs églifes y Ann. 796.
les autres pour les diètes des grands y^puitim-
vallaux j d autres enhn pour ces allem- ^, ^^^
blées mixtes, qu'on appelloit indiffé-
remment fynodes ou plaids , parce que
le concours du clergé & de la nobleffe
les rendoit en effet , & des conciles ^
& des parlements. On y avoit égale-
ment ménagé divers endroits pour les
audiences , foit de l'apocriHaire ou du
grand aumônier, qui jugeoit alors tou-
tes les affiires eccîéfiaftiques , excepté
celles dont le roi s'étoit réfervé la con-
noi/îance,foit du comte du palais, qui
décidoit de tout ce qui regardoit la
maifon du prince , foit du grand réfé-
rendaire 5 qui avoit l'anneau royal , il-
gnoit \qs grâces, & expédioit toutes les
lettres. On y voyoit auili quantité d'a-
partements deftinés aux officiers do-
meftiques, Il y en avoit pour le cham-
bellan , dont la principale fondlion
étoit de prendre les ordres de la reine
pour les préfents qu'on faifoit aux étran-
gers , aux ambaffadeurs & aux troupes j
"pour le fénéchal , pour le grand bou-
teiller , pour le connétable , pour le
grand maréchal , pour les quatre ve-
neurs 5 pour le fauconnier , pour le
'44^ Histoire de France.
confeiller d'état, pour les députés de
Ann. 7<)^. tous les pays, fujets de la France, pour
tous les vaiïaux enfin qui fuivoient
leurs feignenrs à la cour. Cette defcrip-
tion copiée fidèlemer>r des anciens au-
teurs 5 donne une haute idée , &: de lou-
vrage , 6c du monarque qui l'ordonna.
Us amufe- Mais parmi tant de grands objets
mènes du • r • i i i •
Hionaf-iue. 9^1 hxoient les regards des curieux >
on admiroit fur-tout un portique d'un
travail incroyable & d'une magnificen-
ce extrême , qui conduifoit du palais à
la bafilique. On y voyoit aufli des ther-
mes , ouvrage tout à la fois de l'art ôc
c.Ù'm'''' ^e la nature , fi fpacieux , & fi abon-
clant5 en eaux chaudes , que plus de cent
perfonnes pouvoient y nager enfem-
ble. C'étoit l'un des exercices les plus
ordinaires du monarque. 11 le prenoit
jion-feulement avec les rois fes enfants,,
mais fouvent avec les feigneiurs de fa
cour 5 quelquefois même avec les offi-
ciers de les foldats de fa garde : & l'au-
teur de fa vie remarque qu'il y excel-,
loit par-defTus tous. Les courfes à che-
val èc la chaflTe faifoient encore une
partie de fes amufements*, mais le plus
cher de le plus frcc]aenr étoit la ledbu-
re. Il fe f.ifoit lire â table , tantôt les
puvrages de faiuc Auguftiia , fur-tout;
Charlemagne. 447
la ciré de Dieu , tantôt Thiftoire des
rois {es prédéceflfeurs : cette le<5ture lui ann. 796.
paroilToit le plus doux aiTaifonnemenc Idem^ ihîd,,
de fes repas , où régnoit une grande
frugalité. Il lifoit auflî fort fouvent
l'écriture fainte , ôc les écrits des faints '
pères qui fervent à la bien entendre.
Par-là, il devint très-bon aux pauvres ,
jufte, équitable, grand obfervateur àes
loix de du droit public.
On voit 5 en fiûvant l'hiftoire de fon Ses occ«<f
règne , qu'il partageoit fes foins entre P^"^*^*
deux fortes d'affaires , félon les dif-
férentes faifons. L'été ôc l'automne
étoient deftinés aux expéditions mili-
taires 5 ou a quelques voyages fur les
frontières : l'hiver Se le printemps
étoient employés à difpofer les affaires
du royaume, auxquelles il vaquoit fore jv/^^ i^i^;
foigneufement. Mais il n'y avoit pas
un inftant dans Tannée , pas un mo-
ment du jour, où il ne fut prêt à ren-
dre la jufiice. il regarda toujours cette
noble fondlion comme la plus grande
affaire & le propre devoir des rois.
Par-tout Se à toute heure , il étoit prêt
à donner audience. Souvent interrom-
pant fon fommeil , il fe levoit quatre
ou cinq fois la nuit , ordonnant d-e
faire encrer non-feulemenr fes amis.
44^ Histoire de France.
- mais encore ceux qui avoient quelque
Ann. -j^g. procès que le comte du palais n'avoir
.Jiii. pu terminer. Le tems même de s'ha-
biller étoit occupé utilement. 11 écou-
toit alors les plaintes de fes fujets , &:
jugeoit leurs différends avec autant
d'équité que de fageffe. C'étoit auffi
dans ces moments qu'il donnoit fes^
ordres à fes miniftres & à fes officiers»
Telle étoit la fagacité de fon efprit,
que parmi tant d'affaires , on ne remar-
qua jamais en lui ni embarras , ni in-
quiéaide. Ce portrait eft tracé de la
main d'un" témoin oculaire, hiftorieii
aufîi fidèle qu'éclairé.
— La faifon écoit avancée , & le mo-
Ann. 7^7narque fe difpofoit à partir pour la
11 envoie Saxe , îorfqu'il vit arriver Fémir Zara,,
au-deJ\^"dr ^^^^' après s'être emparé de Barcelone,
Pyrénées, venoit lui en faire hommage & fe re-
nonnoître fon vaffal. Charles le reçue
avec bonté *, & fur les avis qu'il lui
donna des troubles qui agitoient l'Ef*
pagne , il envoya ordre au roi d'Aqui-
taine d'y paiïer avec une armée &r
d'afïiéger Huefca. 0\\ ignore le fuccès
UtmAn Ann, ^Q ce fiége. 0\\ fçait feulement que
l'émir qui commandoit dans le pays
dépendant de l'Aquitaine , fe fournit ^
que Louis fit relever [les murailles de
Charlemagne. 449
Il quelques places avantageufement fi-
ïJtuces , & qu'il y laiifa un nombre de ^nn. 797,
1 troupes fuftîfant pour les garder. Ve-Vita Ludoi^,
xemple de Zara fut imité par Abdal- '^"*
la , oncle du nouveau roi de Cordoue.
Ce prince impatient de fe voir poifef-
feur de la partie qui devoir lui appar-
tenir dans la fuccelîion de fon père,
eut recours à la prote6tion du monar-
que François, que prefque tous les peu-
ples tant chrétiens qu'infidèles regar-
doient comme l'arbitre de l'Europe.
11 fut reçu avec tous les égards qu'on
doit aux malheureux. Charles qui étoit ^nn*FuU^
alors à Aix-la-Chapelle , le combla de
bontés 5 & le mena en Saxe où il avoit
réiblu de pafTer l'hiver.
Il affit fon camp fur les bords du '
Véfer, le fortifia, y fit bâtir des mai--^^^- 79^*
lonstTi n grana nombre ^ avec dnt n châtie Iq
de diligence , que bientôt on vit s'éle- Saxons,
ver une efpece de ville, à laquelle on
donna le nom d'Hériftal , qu'elle porte
encore aujourd'hui. Mais rien ne pou-
voir dompter la férocité des Saxons,
ni les châtimens , ni les bienfaits. Il n'y
avoit point d'années qu'ils ne fignalaf-
fent leur perfidie par quelque adion
barbare. Le roi leur avoit envoyé à^s,
commiffaires pour rendre la juftice à
'45© Histoire de FRANCît
y***""***^ ceux qui la demandoieiit : ils furent, 1
AvTXT ^«o cruellement mafTacrés. La vengeance:'
Ann. 758, ^ . . . -^v r
7^9. luivic de près le crnne. On mit a rea
Jiginard in Sc à fang tout le pays qui eft entre le
'^nnau y^ç^^ ^ y^^^^^ ^^ châtiment , loin
de les contenir, ne fervit qu'à irriter
leur fierté : ils fe jetterent fur le Mec-
kelbourg qu'ils ravagèrent. Le duc qui
y commandoit pour les François , vint
i leur rencontre , en fit un grand car-
nage 5 & plus de quatre mille demeu-
rèrent fur la place. Tant de pertes les
mirent enfin hors d'état de remuer. Le
vainqueur , dédaignant de les pouffer
plus loin 5 fe contenta de prendre un
grand nombre d'otages , 6c revint dans
fa capitale.
Les foins du gouvernement ne l'em-
lî mande le pèchoient pas de veiller à la conduite
tînt' pour' ^^ ^^^ enfants. M avoit mandé au roi
lui faire reri- d'Aquitaine de le venir trouver à fon
%\.TJdl ^^^^^P ci'fiérill-al pour lui faire rendre
te. compte 5 non-feulement de fon expé-
dition d'Efpagne , mais de l'adminif-
uToXiit ^^-^^^^ ^^ ^'^s finances. Ce jeune prin-
ce , vidime de l'avidité de fes courti-
fans 5 s'étoit vu obligé dans le dernier
voyage qu'il avoit fait à la cour de
France , d'emprunter les préfents qu'il
ctoit de coutume de faire au roi. Char-
Charlema gne. 451
les qui en tut informé , lui repréfenta
vivement que les prodigalités des rois Ann. 798.
étoient la ruine des peuples , de que 7^^*
la majefté du trône ne pouvoir s'allier
avec • la dépendance , fuite néceffaire
de l'emprunt. Ce rendre père eut la
farisfa6tion d'apprendre que Louis ,
docile à fes avis , avoit enfin retiré ,
fes domaines , Se vivoit avec dignité ,
fans fouler fes fujets. 11 avoit quatre
maifons royales ; Doué fur les confins •
de l'Anjou ôc du Poitou , CaflTeneuil
en Agénois , Andiac dans le diocèfe ^i^-^tert.ie
de Saintes, & Ebreuil en Auvergne. Il ^^ ^^ ^'^'
s'étoit impofé la loi de paifer fuccefll-
vement une année dans chacune. Cat
il eft à remarquer que nos anciens rois
ne féjournoient prefque jamais dans
Iqs villes. De - là il arrivoit qu'elles
n'écoient chargées que de auatrç ans
en quatre ans de l'entretien du monar-
que de de fa cour. Les revenus bien
adminiflrés , étoient mis en réferve»
Louis par ceito fage économie , fans
rien tirer du peuple , trouvoit des fonds
fuffifants , non - feulement pour dé-
frayer fa maifon , mais encore pour
payer la folde aux troupes. C'eft pour-
quoi il leur défendit d'exiger le droit
de four âge qu'elles avoient toujours.
45^ Histoire de France.
- levé fur les gens de la campagne. Char- :
Ann. 7^8 , les fut Ç\ touché de cette conduite,
7^^- qu'il la prit lui-même pour modèle,,
.& ordonna que déformais la paye du
foldat feroit prife fur fes revenus.
qu" rmen'-''' j ^^ >" ^ ^^^^^ apparence que ce fut
garde ait le dans ce voyage que Louis obtint M
titre de rei- çermiflion de donner le titre de reine
à la fille du comte îngramne , l'un des
plus grands feigneurs d'Aquitaine. Ce
religieux prince , fi l'on en croit deux
auteurs contemporains , craignant de
fe lailTer emporter à des plaifirs dé-
fendus prit , par le confeil des fiens ,
Or4c. Theg, Ermengarde , reine future , mais qui
n'eut cette augufte qualité , que du
confentement du roi Charles. Ce qui
femble indiquer deux temps , l'un où
il s'allia à cette princeffe pour fe fouf-
îrairs m^ pièces de la volupté , l'au-
tre ou avec laprobatioii ae hju père,
il réleva avec lui fur le trône. Telles
étoient les mœurs de ces premiers liè-
cles de la monarchie. Les jeunes prin-
ces pouvoient prendre une femme à
leur choix , fans demander l'agrément
de leurs parents , mais alors cette fem-
me ne portoit que le nom de concubi-
ne 5 nom qui marquoit un vrai maria-
ge , moins folennel à la vérité , ap*.
€, 4.
Charlem a gne. 455
prouvé cependant par les faints ca- ' ,■ !
nons , quoique fuivant les loix civiles Ann. 758,
il ne donnât aux enfants aucun droit 799«
de fuccéder.
Charles fe préparoit à retourner en Le pape ^
<y 1 /• 3- 1 11 1 Léon 111 re-
oaxe , loriquil reçut des lettres au dame fa pro-
pape , qui lui demandoit fa protedion , teûion.
Ôc juftice du plus noir des attentats.
Deux neveux d'Adrien , Pafcal ôc Cam-
pule , l'un primicier ou grand chantre,
l'autre facellaire ou tréforier , tous
deux également jaloux de l'élévation
de Léon , formèrent le delTein de le
faire périr. Ils l'attaquèrent dans une ^nn, Egin»
procellîon folennelle , ôc s'efforce- Theophan^
.rent de lui crever les yeux & de lui
arracher la langue. Mais il eut le bon- Anajîaf^
heur d'échaper de leurs mains meur-
trières , fe fauva pendant la nuit du
monaftere où ils l'avoient enfermé,
ôc fe réfugia chez les ambalTadeurs de
France , qui le conduifirent à Spolette.
Ce fut de cette ville qu'il écrivit au
roi pour le prier de lui. procurer les
moyens de palfer dans fes Etats avec
fureté. Ce prince très bon ôc trèb reli-
gieux , fut fenfiblement touché des
malheurs de Léon , &c envoya promp-
tement ordre au roi d'Italie de le fsre
accompagner honorablement jufquen
454 Histoire de France.
^ '^ France. Il dépêcha en même - tempa
Ann. 75)8 , l'archevêque de Cologne avec le duc
7^^' Anchaire pour aller au-devant de lui,
ôc l'amener à Paderbc^rn , où il. avoir
réfolu de l'attendre , après avoir tenu
un parlement à Lipenheim fur les bords
de la Lippe. Le jeune Charles , fils
aîné du roi*, s'avança à la tête d'une
partie de l'armée jufqu'à l'Elbe , reçut
les foumiiîîons des Nordluides , Se ac-
commoda tous les différends qui étoient
entre les Abodrite^.
Il envoie des Le pape fut recu avec de grands
resàRome. noneurs. Le roi l embraiia tendrement,
ëc ne put retenir fes larmes en voyant
les marques de la cruauté de fes enne-
mis. On prit des mefures pour fon re-
tour & pour fa fureté. Charles nomma
des prélats ôz des comtes pour l'accom-
pagner jufqu'à Rome , & examiner les
différents chefs d'accufation portés
contre lui. Car Pafcal & Campule s'é-
toient plaints les premiers par une re-
quête dans laquelle ils chargeoient
Léon de plufieurs grands crimes. Les
commiflaires après les recherches les
plus exadtes , afïurerent le monarque
de l'innocence du fouverain pontife.
Les deux coupables furent arrêtés de
conduits en France fous bonne garde»
C H A R L E M A G M E. 45 5
Dès-lors le voyage de Rome fut rcfolu. z
Les brouilleries de cette ville , où les ann. 79^ y
ennemis du pape entretenoient tou- 7?9-
jours de fourdes pratiques ^ le châtiment
dû à un attentat des plus énormes ^
l'humeur toujours inquiète de Gri-
nioald duc de Bénévent , tout rapeloit
Charles en Italie. La tranquilité donc
jouifToit l'empire François acheva fili-'
fin de le déterminer.
La Pannonie étoit parfaitement fou- Ann^ Egln*
mife, & les Abates tellement domptés,
qu'ils ne furent plus en état de repren-
dre les armes. Les troupes qu'il avoit ^
détachées au fecours des Ides de Ala-
jorque & de Minorque , en avoient
chalTé les Maures après un horrible
carnage. Les feigneurs Bretons , pour
marque de leur fidélité , venoient de
lui envoyer leurs armes , où le nom
de chacun d'eux étoit gravé : trophée
d'autant plus agréable à fes yeux,
qu'il n'étoit teint du fang ni des- vain-
queurs ni des vaincus. On vit arriver
dans le rnème temps des envoyés de
l'émir Azan , qui lui aportoient les
clefs d'Huefca , proteftant de la lui
remettre entre les mains, lorfqu'il le
pouroit faire avec fureté, Ainfi rafiluc
45<» Histoire de France.
—!■ ■■■■■■■ ^Q j-Qm- côté, le monarque prie le che-
Ann. Soo.niin d'Italie.
11 va lui. Le pape vint au-devant de lui i»
même en ita- douze milles de Rome. Le peuple fortï
- gn foule , chantoit les louanges du
prince , de comme il y avoir toujours
dans cette ville des chrétiens de tou-
tes les nations du monde , elles fu-
rent célébrées en toutes fortes de lan-
gues. Ces cantiques étoient fouvenc
interrompus par mille cris de joie. Les
Romains lui avoient de fi grandes
obligations : les étrangers en avoient
entendu publier tant de merveilles : il
avoir je ne fçais quoi de fi grand & de
fi aimable dans fa perfonne , que les
uns 3c les autres ne pouvoient conte-
nir ni leur reconnoiflance , ni leur ad-
'Anajl. miration. Les acclamations ne œiÎQ^
rent que lorfqu'il defcendit de cheval
à la porte de faint Pierre. Le fouve-
rain pontife , accompa né des évèques
ôc de tout le clergé , le reçut ave chu-
milité , difent les Annaliftes , & le con-»
duifit dans l'églife , où il commença
un cantique qu'un million de voix
continuèrent: ce qui dura tout le temps
que Charles demeura dans la ballli-
que. ,
Quelques
C H A R L H M A G N E. 457
Quelques jours après, le monarque
afièmbla le clergé éc les feigneurs des Ann. 800,
deux nations dans 1 eglife de faint n déclare
Pierre. Là il entendit les accufations ^^P'^p^i^^'^-
ôc les accufateurs. Pafcal de Campule
furent reconnus pour des calomniateurs
& des méchants : le pape demeura plei-
nement îuftifié. Mais le roi lui témoi-
gna qu'il feroit à propos qu'il fe pur-
geât lui-même par ferment : il fuivit
ce fage confeil. On indiqua une fe- ^^^- ^^^''JT*
conde' alTemblée pour le lendemain.
Léon y parut , prit le livre des quatre
évangiles, monta à la tribune, procéda
devant Dieu & devant tout le peuple ,
que les crimes qu'on lui impucoic lui
étoient inconnus. Charles alors pronon-
ça fon jugement , le déclarant innocent,
3c condamnant fes ennemis à mort.
Le faint pontife , touché de compaf-
fion , obtint par fes prières , que non-
feulement on ne les feroit point mou-
rir , mais encore qu'ils ne feroient
point mutilés : fupplice fi commun
dans ce temps-la , c]ue les abbés mêmes
l'exercoient fur leurs moines Us furent
envoyés en exil.
Les Romains , pour s'afTurer la pro- il refufe
teétion du monarque François , réfo- !''' ^f^^' -^"f^e
lurent de le proclamer empereur d Oc- ibid.
Tome I, V
4$^ Histoire de France.
cident : titre éteint depuis plus de trois
Ann. 800. fiècles , & qui n'ajoûtoit rien à la
puifTance d'un prince qui étoit maître
non- feulement de toutes les Gaules,
d'une partie de l'Efpagne > de la Ger-
manie , de la Pannonie , de la Lom-
bardie , mais de Rome même , an-
cienne capitale des premiers Céfars.
Le pape afTuré des fumages du clergé,
^ -M 1 un 1 ^e la noblefle & du peuple, en fit la
mishurg 1. 1, propolition au roi. Mais ce héros , loit
deGeJi.Angi* p^j- fa modération naturelle , foit qu'é-
tant engagé en tant de guerres , il crai-
fnît de fe jeter dans de nouveaux em-
aras , refufa conftamment cette di-
gnité 5 & défendit de lui en parler da-
vantage. On feignit de n'y plus fon-
ger. Les fêtes de Noël aprochoient,
& Ton fit de grands préparatifs poiu^
les célébrer avec magnificence. Le roi
d'Italie s'y rendit , accompagné des of^
liciers de l'armée , qui venoit de fou-? j
mettre les rebelles du duché de Béné-
vent. Le jour venu , Charles fut prié
de prendre , pour y aflifter , l'habille-
ment des patrices : il ne voulut point
refufer cette légère fatisfadion au^
Romains. MÊ
11 eftpro- Quelque répugnance qu'il eût à por-
clamé cmpe- ^^^ ^'autte habiç que celui des Franr
C H A R L E M A G N E. 45^
çois 5 il prit une longue tunique avec^
un grand manteau traînant , dont un Ann. 800..
des côtés étoit rataché fur fon épaule .eur malgré
droite. Tout Rome en le voyant entrer !"»•
dans l'églife fe répandit en acclama- UemtHid^
tions. Il s'aprocha de l'autel , Se fe mie
' a genoux, il s'inclinoit pour adorer ,
lorfque le pape qui alloit célébrer la
inefTe , lui mit une couronne fur la tcte.
Tout le peuple en même-temps s'écria
à cris redoublés : l^ive Charles _, tou^
jours augujle _, grand & pacifique empe^
reur des Romains j couronné de Dieu , &
quilfoit à jamais vicloricux. Aulîî-toc
Léon fe profterna & fut le premier à
l'adorer , difent nos annaliftes , c'ed-à-
dire , à lui rendre les refpeds Se les
hommages qu'un fujet doit à fon fou-
verain. Le jeune Charles , fils aîné du
nouveau Céfar , étoit préfent à cette
cérémonie : iç fou verain pontife lui
préfenta la couronne royale , & lui
donna l'ondion facrée des rois. Telle
eft l'époque du renouvellement de l'em-
pire Romain en Occident. Il avoit fini
dans Auouftule : il recommença dans
Charlemagne ; il dure encore aujour-*
d'hui dans le corps Germanique.
On ne peut exprimer quelle fut la II Ait de
fm-prife de Charlemagne , ( c'eft le ",St?''a«
V 2. églifcs.
4(^o Histoire de France.
r:ij^':nr^ nom que nous lui donnerons dcfor-
A»JN. 8oô. mais avec toutes les nations du mon-
de ) lorfqu'il fe vit proclamer & faluer
empereur. Elle alla , (i l'on en croie
les auteurs de ce temps , jufqu à une
efpèce de colère. Il protefta haute-
ment, que s*il avoit été inftruit de cô
qui de voit fe palfer , il ne fe feroic
point rendu ce jout-là à l'églife , quoi-
que ce fût une fête très- folennelle. Tout
, . ^ le monde , dit E^inard, demeura per-
Tn viîx Car. r \ ' j r i^ r ' r\ V
hu^a. luade de la bonne - roi. Un ne ! en
jugea que plus digne de l'empire. La
manière dont il en foutint les droits,
confirma cette haute opinion. Il palïa
tout l'hiver a Rome , ovi il fignala fa
fagefTe par les plus beaux règlements
pour le gouvernement de la ville , &:
ift magnihcence par les plus riches pré-
\Anajl. ïn vi- fents aux églifes. C'éto.ient , au rapport
'''^ ^° V * d'Anaftafe , quantité de vafes d'or ,
une croix de même métal , enrichie
'd'hyacinthes , un livre d'évangile tout
couvert d'or & de pierreries , Se deux'
tables d'argent maffif , l'une pour le
fervice de la balilique , l'autre pour
être mife devant la confellion de f\int
Pierre. Les princelTes fes filles firent
aulîi de magnifiques offrandes : elles
coniiftoient en plufieurs vafes de prix ,
C H A R L E M A G N E. 4^1
avec une couronne d'or , ornce de
pierres prccieufes , & du poids de deux Ann, ïoq»
cents livres. Dès-lors tous les a6tes fu-
rent datés à Rome de l'année de l'em-
pire & du confuLir de Charlemagne ,
^luivant l'ancien ufâge des premiers
Céfars. On y battit des monnoies , où
l'on voyoit d'un côté le nom du nouvel
empereur , 8c de l'autre , celui du pape,
ou la figure de faint Pierre.
Quel étoit le tempérament de ces
deux autorités ? C'eft ce qui a toujours
été 5 ^'^^ ce qui eft encore de nos jours
lin grand fujet de difpute. Terrible ef-
fet du préjugé ! on ne peut rien voir V.Epiji.j'^
de plus foumis , ni de plus refpedueux [^^l^if^lllf^]
que les lettres de Léon à Charlema- over. Henrk.
gne : elles nous aprennent que ce prin- ^^^^P*
t:e envoyoit dans l'Etat ecclédaftique
des officiers pour y rendre la judice ,
& pour y faire exécuter fes ordres. Que
veut-on de plus ? La queftion eft déci-
dée»
- L'empereur , de retour en France , — —
^ 1' ' i_i 11 I • Ann. 8oï,
reçut la2:reable nouvelle que le roi
d Aquitauie , après avoir pris Lerida, ^j^é ou craint
étoit entré triomphant dans Barcelo- <3e^ t<^"s les
ne. Les armes Françoifes ne furent pas P"*^^^*'
moins heureufes en Italie , où la ville
de Riéti s'écoit révoltée. Pépin y mar-
V3
4^^ Histoire de France.
""^ ^— q\^^ ^yQç fg5 troupes , emporta tous les
Ann. Soi. forts qui la défend oient, de la réduific
en cendres , pour fervir d'exemple aux
Vîta Lud, autres. Tous les princes de la terre ,
^"' . ou recherchoient l'amitié de Charle-
magne, ou craignoient de s'attirer foii
^pj,^;]^^';;; indignation. Le roi des Afturies fai-
* foit profelîion d'être fon homme ou
vailal : c'efi le titre qu'il prenoit dans
toutes fes lettres. Les rois d'Ecoflfe le
nomnioient leur feigneur , 6c fe di-
foient fes ferviteurs. Les princes Sa- "
rafins le redoutoient , & ménageoient
refpedueufement fa proteévion. Le roi
de Perfe , Aaron , ce fier conquérant
de l'Aiie, i'honoroit feul entre tous les
potentats , t< entrerenoit commerce de
_ lettres avec lui.
• . ^ Y)?n'i ce haut deg;ré de puiiTance &:
n ««ro <^e rortune , il lui eut ete racile de luo-
11 accepte , i i i>- i- t i
la propoli- juguer le refte cie rîtalie. Irène le crai-
fcrUen?^""^^-^^^''^ & n'oublia rien pour détourner
ce malheur. Elle avoir eu le crédit de
faire tomber l'empire en quenouille,
par la mort de fon fils , à qui elle fie
crever les yeux : crime Ii affreux , di-
fent les Grecs , que le loleil s'éclipfa
d'horreur , & refufa fa lumière pen-
dant dix-fept jours. Elle eut encore
ladrefTe d'amufer Charlemagne pax
Charlbmagne. 4^5
refpérance de lepoufer : alliance qui— "— ?!!S
eût réuni l'Orient Ôc l'Occident. La Ann. 8oz#
propofition fut reçue favorablement :
déjà les ambalTadeurs François étoient
à Conftantinople pour ménager cette
affaire , lorfque cette princelfe fut ren-
verfée du trône pac Nicéphore , qui fe
fit couronner empereur , &: la relégua
dans rifle de Lesbos.
Le premier foin de rufurpateur fut H <3onne
dj ^ j 1 /-r 1 r? audience aux
envoyer des ambaliadeurs en rrance,^iT^b^fl-^_
pour alfurer la paix entre les deux em- deursde Ni-
pires. Ils trouvèrent l'empereur en Al- ^^^ '^^^*
face dans fon palais de Seltz. Ce prin-
ce , pour leur donner une idée de la
magnificence Françoife & pour rabattre
l'arrogance (Iqs Grecs , voulut qu'on les
introduisît à fon audience d'une maniè-
re qui leur causât autant de furprife que
d'embaras. On les fit paffer par quatre -^omch.
grandes fales magnifiquement parées , rlhus heliids
où l'on avoir distribué les officiers de la Car. Magn,
maifon du roi , tous richement vêtus ,
tous dans une soutenance refpeâ:ueufe ,
de debout devant celui des feigneurs
qui les commandoit. Dès la première ,
où étoit le connétable , afîis fur une ef-
pèce de trône , les envoyés fe mirent-
en devoir de fe profterner. On les en
empêcha , leur repréfentant que ce n é-
V4
'4^4 Histoire de France.
"'" toit qu'un officier de li couronne. Mè-
Ann. 802.. me erreur dans la féconde , où ils crou-
verenc le comte du pal.\is avec une
Cour encore plus brillante. La troifiè-
me ou étoit le maître de la table du
rdi , & la quatrième où préfîdoit le.
grand chambellan , en redoublant leur
incertitude donnèrent lieu à de nou-
velles méprifes , le degré de magnifi-
, cence augmentant à proportion du
;iombre des fales. Enîin deux feieneurs
vmrent les prendre , &c les introdui-
sirent dans l'apartement de l'empereur.
Le "monarque tout éclatant d'or Se de
pierreries , étoit debout auprès d'une
fenêtre , au milieu des rois fes enfants ,
des princelTes fes filles , & d'un grand
nombre de ducs de de prélats , avec lef-
quels il s'entretenoit familièrement.
Il avoit la main apuyée fur l'épaule
de l'évêque Hetton , pour lequel il
afFeâ:a d'autant plus de confidération ,.
qu'il avoit elTuyé plus de mépris dans
fon ambafïade à la cour de Conftan-
tinople. Les ambalîàdeurs faifis de
crainte , fe profternerent à fes pieds.
îl s'apperçut de leur embaras , les re-
leva avec bonté , de les raffura , en leur
difant qu'Hetton leur pardon noit Se
que lui-même , à la prière du prélat ,
C H A Pv L E M A G N Ë. 4^f
vouloir bien oublier ce qui s'étoit
paffé. Ann. 8oi.
La nég-ociation ne foufFric aucune H conclut
J'ûZ l'oi ' I C L* f^ r '-la paix avec
dimcuite , & le traite rut bientôt ligne. i^iJéphoie.
Il portoit que Chariemac^ne & Nice-
phore auroient également le nom "^
cI'Augufte ; que le premier prend roit le ^p^^''^*
titre dJimpereur d Occident , le le- 41,
cond , celui d'empereur d'Orient : que
tout ce qui étoit en Italie depuis l'O-
fante & le Volturne jufqu'à la, mer de
Sicile 5 demeureroit fujet à l'empire
d'Orient , ôc que tout le refte feroit
de l'empire d'Occident , avec les deux
Panncnies , la Dace , l'Iftrie , la Libur-
nie ôc la Dalmatie. Cet accommode- ■ '
ment fut fuivi de la foumilîion de Gri- ^nn. 803,
moald 5 duc de Eéncvent. U s'ctoit
révolté à l'inftigation des Grecs : il lit
fa paix a leur exemple.
Tout 5 excepté les Saxons , plioit e^fin^ieTsa-
fous la puilFance de Charlemagne. Ces xons.
peuples opiniâtres , tant de rois vic-
times de leurs révoltes , reprirent les ~ '
1 /[• / r AnN. 804,
armes avec un courage obitine , lous
la conduite de Godefroy , roi de Da-
iiemarck , prince puitfant de fur terre
& fur mer. L'empereur fe mit auffi-tôt
en campagne , s'avança jufqu'à l'Elbe 5,
ôc les força dans leurs retraites les plus
V5
4(^6 Histoire de France.
inacceilibles. Le Danois ctoit fur les
Ann. 804. frontières de fes Etats , avec une nom-
^nnal. Egîn. breufe Cavalerie. Il fit propofer un ac-
commodement, promit de venir trou-
ver le monarque François : mais il
changea fubitement d'avis , & fe retira
avec beaucoup de précipitation. Les
rebelles , privés de cet apui , eurent
recours à la clémence dun prince qui
fçavoit également pardonner & vaia-
cre. Cependant de peur qu'ils ne fe
révoltaifent encore , il les tranfporta
les uns en SuiiTe , les autres en Flan-
dre, 6c donna leur pays aux Abodri-
tes qui lui avoient toujours été fidèles.
JacohMeyen. M^Lis rarement le changement de cli-
u4nnal. re- 1 • 1 r^
rum tiani- ^'^^^ opere celui des mœurs. Ces co-
lonies , au nombre de dix mille fa-r
Joan>Jfaac. milles , loin de s'adoucir fous un noU-
■' veau ciel , communiquèrent a leurs
nouveaux alliés cet efprit de révolte
dont ils fiirent toujours animés. Il
étoit palTé en proverbe , durant les
troubles qui defolerent la Flandre fous
le règne de Philippe de Valois , qu'en
mêlant les Saxons aux Flamands y
Charlemagne d'un diable en avait fait
deux.
Le remède cependant fut efficace
pour arrêter un mal qui avoic duré
Charlemagne. 4^7
autant que la monarchie. Clotau'e 1 — — ^— -
les âvoit aflujétisau tribut : Clotaire II Aj<n. ^c^.
fe vit obligé de les en affranchir. Le
duc Pépin remporta fur eux de grands
avantages : Charles-Martel les défit en
plufîeurs rencontres : le roi Pépin les
atterra : aucun d'eux n avoir pu les
dompter. Charlemagne lui-même leur
faifoit inutilement la guerre depuis invhaCdr^
trente-trois ans : elle n'auroit pas eu^^^^n.
de fin 5 s*il ne les eut arrachés de leur
patrie , pour les répandre en différen-
tes parties de fon royaume. Le moyen
étoit violent , mais néceflaire. Depuis
ce temps-là il n'y eut plus de révolte
en Saxe. Cette fiere nation , jufqu'a-
lors indomptable , fe fournit enfin , 8c
moitié gré , moitié force , fabit tout à
la fois le joug du chriflianifme de de
la France.
Charles , après la rédu(5tion de toute "~
la Saxe, fe rendit à Rheims pour y W-^"
attendre le pape , qui lui avoit tait
demander la permifilon de pu-ffer en
France. Le prétexte de ce voyage étoit ïl r^ie
d> • 1 i> • 1 tout ce qiiî
entretenir le monarque d un miracle re^^arde r f.-
arrivé à Mantoue , bu le bruit courut tat de \c-
qu'on avoir trouvé le fang de Jefus- ^''^'
Chrift : le véritable motif fut de con-
férer avec lui fur les affaires de Ve-
Y 6
4^B Histoire de France.
''!'^!^ nife. L'hiftoire ne dit point quel fut
Aks, 805 , le rcfultat de ce pourparler. Mais le
^<^ • retour du fouverain pontife par l'Exar-
'th't^^^flii'- ^^^ ^'^ Ravennes , la grande armée que
fiucC^alii. Wilhaire mit auifi-tôt fur pied , effort
qui paiïbit le pouvoir d'un particu-
lier 5 l'irruption fubite de ce tribun
fur l'ifle de Malamauc qu'il fubjugua,
la prife d'Heraclia fur Maurice & Jean ,
qui favorifoient le parti de Nicéphore ,
le rétabliiïement du patriarche Fortu-
nat 5 qui malgré la prote6tion de Léon
avoit été chané de fon églife de Grado ,
tout femble annoncer que tant de chan-
gements arrivés dans le même-temps,
furent les fuites de cette entrevue de
l'empereur 5c du pape. Rien de pli
embrouillé dans nos Annales , que ce
qui regarde le gouvernement de l'Etat
de Venife. Il paroît cependant à tra-
vers leur obfcurité 5 que le canton de
la terre ferme qui eA fur la côte fep-
tentrionale du golfe , relevoit de l'em-
pire d'Occident , & que les ifles qui
bordent ce continent , étoient foumi-
fes en apparence à l'empire d'Orient,
^Je/,7iiij in 1112.ÏS indépendantes en effet. On voit
par plufîeurs monuments hiftonques ,
que ces Ifles , à l'exemple de quelques
places maritimes de la Dalmatie , fon-
C H A R L E 311 A e N E» ^(j^
gèrent à fe réunir aux villes de la terre ^'■^■^-" -^-:!
Ferme fous la domination de Cliarie- Ann. 8oj»
magne , & que ce fut pour ce fujet ^°^»
que leurs envoyés , de concert avec le
gouverneur de Zara , vinrent le trou- "
ver à Thionville. Fginard en parlant
de cette députation, dit formellement In Annal
que ce prince donna /es ordres Jur tout:
ce. qui regardoLt Us ducs & ks peuples de
Venïfe à de Dalmatie ; expreflion qui
marque l'autorité d'un maître, & dé-
truit le fyftême de ceux c|ui foutien-
nent que dès - lors Venife étoit une
république parfaitement libre.
La tranquilité dont jouiifoit la Fran- }^ ^^'^ ^^^
ce, ht naître a 1 empereur la peniee de
p tager fes Etats entre les rois fes
entants. Ce fut dans cette vue qui!
afTembla un parlement à Thionville :
il y lut un teftament qui fut approuvé
par les feigneuis ^ Se envoyé au pape
qui le figna, non pour lui donner plus
de validité , mais pour le rendre plus
authentique. Les trois princes étoient
prcfents , ils jurèrent de l'obferver
dans tous (es points. 11 règle à chacun /^^^ ^ :j-^^
les limites de fon domaine, augmente Ann.Metmr9
de quelques provinces les royaumes ^ a^'J»
dltalie Se d'Aquitaine, Se laiiTe tout
le relie à Charles îon fils amé , cp'il
47<5 Histoire de France.
— ■— iM deftinoit a l'einpire. 11 y prévoir 8i
Ann. Sojjprefcrir rour ce qui peut entrerenir la
80^- paix de l'union parmi les frères. 11 01:-
donne que s'il furvienc entr'eux quel-
que différend qui ne puifle être décidé
par le témoignage oes hommes , on
aura recours > non a la bataille ou à la
preuve du duel > mais au jugement de
la croix. Tel étoit Tufage d'alors , ufa-
Via. Giof' ge bizarre , mais qui ne laifToit pas
verio crux. û être apele le jugement de Dieu. Dans
les affaires douteufes on choi(i(foit
deux hommes que l'on conduifoit à
r^glife , où ils fe tenoient debout , les
bras élevés en forme de croix , pen-
dant qu'on célébroit l'oiEce divin.
On donnoit gain de caufe à celui des
deux partis dont le champion demeu-
roit le plus long-temps immobile. Le
religieux monarque , après avoir re-
commandé aux jeunes rois de protéger
conftamment l'églife de faint Pierre,
déclare QvAn que les difpoiitions qu'il
vient de faire, n'empêchent point qu'il
ne conferve, tant qu'il vivra, la puif-
fance qu'il tient de Dieu fur le royau-
me & fur l'empire : enforte que fes
trois fils & tous fes peuples lui ren-
dront toute l'obéiiïance que des en-
fants doivent à leur père , ^ des fu-
C«ARLEMAGNÏ. 47!
jets a leur empereur Se à leur roi.
Cette grande affaire terminée, IcsAnn. Soj,
trois jeunes princes partirent pour dif- 80^.
férentes expéditions. La vidoire cou- ^^J"^"
ronna par -tout leurs entrepriles. Un des rois fcj
eût dit que Charlemagne leur avoit ^^^a^^s.
partiîgé fa fortune avec fes Etats. Le
prince Charles dans fa dernière cam-
pagne avoit défait les Efclavons de y4mial. Egw\
Bohême dans un combat , où leur duc ^^^' ^ ^^''-"
fut tué: il fubjugua dans celle-ci les
Efclavons Sorabe§ c]ui habitoient fur
l'autre rive de l'Elbe , de porta le. fer
èc le feu chez les Bohémiens qui s'é-
toient révoltés de nouveau. Pépin de JUdt
retour en Italie équipa promptem.ent
une flote contre les Sarraiins qui
avoient fait une defcente dans l'ide
de Corfe. Le feul bruit de fon apro-
che les fit remonter fur leurs vaifTeaux :
ils fe rembarquèrent avant qu'il eût
pu les joindre. Le roi d'Aquitaine fe
ilgnaloit de fon côté au-delà des Pyré-
nées. Il prit Se brûla tous les forts qui VîtaZuio^>
couvroient Tortofe , détacha quelques^"'
troupes 5 qui après avoir pillé Villa-
Rubia 5 défirent un corps de Sarafîns
qui vouloient leur couper le retour,
prit enfuite le chemin de Navarre , .
pic le fiége devant PaiTipelime qui fe Ann. 807.
472^ Histoire de France*
rendit , Se rentra triomphant dans fes
Ann. 807 Etats.
Nouveaux ^^^ ^^^ ^^^^^ année un phénomène
avantages extraordinaire , s'il eft vrai qu'Eeinard
furJesenne- ^^'PP^^^^ tidelement les obfervatioiis
mis de TE- des ailronomes de la cour. Mercure ,
dit cet auteur , fut obfervé pendant
huit jours entre le foleil & la terre ,
paroilTant . dans le difque du foleil
comme une tache noire. Il y eut aufli
quatre ëclipfes , trois de lune , une de
foleil \ ôc Jupiter parut caché par la
lune. Tant de prétendus prodiges ef-
frayèrent les peuples , qui les regardè-
rent comme les préfages de quelques
ytnn.Metcnf. accidents funeftes. Mais heureufemenc
^_ozjj/ûc 6" igg armes Françoifes profpérerent par-
tout. Les Sarafins tentèrent une def-
eente dans la Sardagne : ils furent
repouiïes Se virent périr trois mille de
leurs meilleurs foldats. Leur entre-
prife fur i'ille de Corfe n'eut pas un
fuccès plus heureux. Le connétable
Bouchard parut avec la flote de l'em-
pereur , leur livra bataille , les mit
m\ fuite 5 leur prit ou coula à fond
treize grands vaiifeaux. Le bruit de
cette vidoire produifît un grand effet.
Le patrice Nice tas étoit avec une ilote
dans le golfe de Venife : il n'ofa rieii
Charlbmagne. 475
entreprendre , conclut une trêve de
quelques mois, & retourna à Conflan- Akn. S07,
tinople fans avoir rien fait. C'eft du-
moins ce qu'on peur conjecturer d'une
lettre du pape au fujet de cette expér
dition. On n y voit rien qui annonce 7^^^ Conr.
îtucun adte d'hoftilité. Il dit C\mple-epi(i. i»^.
ment que Ion intention ek de pourvoir ^;^^^^
à l'entretien du patriarche Fortunatjà
qui la préfence du général Grec ne per-
mettoit pas de demeurer dans fa ville
épifcopale de Grado. il conjure l'em-
pereur d'examiner la conduite de ce
prélat. Défende^ Jon honneur ^ ajoute-t-
il j conferve'^ lui fon temporel : mais en
même temps ciyer^^ foin de fon ame y &
que le refpecl quil doit à fon maître ^
r oblige à mieux faire fon devoir. Nou-
velle preuve & de la dépendance des
Vénitiens , & de l'autorité àes rois pour
la manutention de la difcipline.
Ce ne fut pas feulement en Italie Expédition
que les François combattirent les Mau- ^^'^^i'^snc-
res avec avantage : l'Efpagne leur four-
nit encore une ample moilfon de lau-
riers. Les troupes d'Aquitaine , fous la
conduite d'Ingobert que l'empereur
avoir envoyé pour les comm.ander ,
pafTerent l'Ebre, furprirent l'émir Abaï- r,. , ,
aon j pillèrent Ion camp , taiilerentpii.
474 Histoire de France:
i^Tzr fon armc;i en pièces , ôc fe préfente-i)
Ann. 807. rent dev^inc Tortofe , que cet heureux
fuccès leur faifoit efpérer d'enipotter.
Mais foie que le général Sarafîii s y fût
retiré avec ceux qui avoient écliapé à
l'épée des vainqueurs , foit pour quel-
que autre caufe que l'hiftoire ne dit
pas, elles crurent devoir fe contenter
de la vidoire c]u'elles venoient dé
remporter, de reprirent le chemin dé
[ l'Aquitaine , charcrées d'un prodigieux
Ann. 808.1 -^ T' ' r- . T ^ /f' .
butin. L année lui vante Louis aliiegea
cette place en perfonne , la prit pat
_ capitulation , & envoya les clefs a l'em-
pereur {on père. Ce jeune prince n'a-
&ii» voit pu être de la première expédition:
il en fut empêché par les avis qu'il
reçut qu'une flote de Normands avoir
paifé dans la Manche , & faifoit voile
vers les cotes d'Aquitaine. 11 donna
ordre à tout, & les fages précautions
^u'il prit , garantirent fes provinces du
ravage.
loîuctT' ^^^ apeloit alors Normands , ou
ccurfes des hommes du Nord , ( car c'eft l'étymo-
Noimands. Wie de ce nom ) tous les peuples qui
habitoient le Danemarck , la Suède 8C
la Norwège. Ces barbares , auflî avi-
des de butin que zélés pour leurs faux .
dieux , ne ceûToient de faire des courfes
C H A R L E M A G N E. 475
'^fiir les terres des chrétiens , pillant,
brûlant, maflacrant tout ce qu'ils ren- Ann. 8o8t:
contrôlent, fur-tout les prêtres &c les
moines , qui détruifoient le culte de
leurs idoles. Charlemagne prévit avec
douleur les maux qu'ils cauferoieni: un
jour à la France. Si malgré toute ma ^oncich.
ymffûnce j difoit-il en foupirant , ils c,^"f.^ ' ***
ofent infulter les cotes de mon empire ^
que ne feront - ils pas lorfquil fera.
' partcoé ? L'événement n'a que trop
juftifié cette prédiârion. Ce grand
prince cependant prit les mefures les
plus fages pour les prévenir. Il vifita
tous Tes ports , & lit conftruire lyi il
prodigieux nombre de vrilTeaux , qu'il
y en avoit au rapport d'Eginard , de-
puis l'embouchiu'e du Tibre jufqu'a
rextrémité de la Germanie. Il ordonna
que tous ces bâtiments refteroient tou-
jours armés & équipés. Mais ce qui
prouve encore mieux combien il avoic
à cœur de rendre la France inacceiîible
aux incuriions des peuples du Norci,
c'efl: qu'il obligea les feigneurs de fer-
vir en perfonne dans ces occafions
comme dans les armées de terre. Ce Eginârd, in
fut à Boulogne qu'il établit le princi- rk^^c'aroù^
pal arfenal de fa marine. 11 y fit rele- Magn.
yer un ancien phare , ouvrage de l'em-
47^ Histoire de France»
pereur Caligiila , Ôc donna les ordrej
Ann. 808. le^ plus précis d'y aliimer des feux
routes les nims, C'eft ce qu'on apelle
aujourdluii /u Tour d'Ordr-,
Trruinîons Tout l'Occident reconnoiffoit ou
dans le pays reipectoit la puiiiance de Chaiiema-
de^s Abodri- gne. Le feul Godefroy , roi de Dane-
marck , ofa lutter contre tant de o;ran-
deur. L'empereur deliroit de pénétrer
dans ce vafte royaume , moins pour
foumettre à fon empire un pays cou-
vert de neiges & de glaces , que pour
réduire fous le joug de la foi un peu-
ple enféveli dans les ténèbres du pa-
ganifme. Le Danois le prévint, & eut
la hardielTe de lui déclarer la guerre ,
en fe jettant fur les terres àes Abodri-
MnaUEgm. tes. il s'étoit Hgué avec les Vilfes, les
îf/î/ Cj* aliu i-inones , & les bmeidmges , qui tous
comme aumnt de vautours affamés
vinrent fondre en même temps fur le
Meckelbourg. La furprife fut telle 5c
la confternation fi générale , que la
plus grande partie de cette province
fe fournit au tribut. Le vainqueur s'a-
vança jufque fur les bords de l'Elbe ,
ou il prit quelques châteaux. Une pe-
tite place qu'il ne put emporter, lui
coûta beaucoup de monde , & des plus
çoniidérables de la nation , entr'aucrçj
C H A R L E M A G N E, 477
Uîi de (es neveux qui fut rué en mon- — ^ — ■ 1!
tant a raffauc. Cette perte & la nou- Ann. 808.
velle de la niÀrclie du prince Charles,
l'obligrerent de retourner fur fes pas.
La frayeur le fiifit au point , que pour
n'avoir pas à défendre contre l'armée
Françoife le port de Rieric qui lui étoic
d'un grand revenu, il le int détruire ôc
xafer. il pouifa la précaution plus loin
encore ^ 8c pour fermer entièrement
l'entrée de fes Etats, il éleva une haute
muraille , fortitiée de bonnes tours ,
quit)ccupoit tout l'efpace de cette lan-
gue de terre qui eO: entre l'Océan Ger-
manique & la mer Baltique. Tel étoic
l'état des chofes , lorfque le jeune Char-
les arriva fur les bords de l'Elbe, U le
fit paffer à fes troupes , & pénétra bien
avant dans le pays des Linones de des
Smeldinges , qu'il abandonna à la fu- ihliL
reur du foldat. Ce fut tout le fruit de
celte expédition. La faifon étoit avan-
cée : il ne voyoit plus d'ennemis en
campagne ' il fit conflruire deux forts
fur les connns de la Saxe, de reprit le
chemin de la France.
Les Vénitiens, cependant, étoient . „ ,
toujours diviles , ce la tieve avec , ^ • „rt.
rtmpire d'Orient ve.ioit d'expirer, conclue en-
Bientoc les hoiUiités recommencèrent"^ j!^ ^^"*
empires.
47^ Histoire de France;
de part & d'autre. La flote de Nicé-
Ann. 8o_9. phore reparut dans le golfe de Venife,^
fous la conduite d'un autre comman-
dant 5 nommé Paul. 11 en détacha
quelques vaiffeaux pour furprendre
Comacchio , ville fituce dans une baye
vers l'embouchure du Pô. L'entreprife
ne fut pas beureufe. La garnifon fit
une fortie , mit les Grecs en déroute ,
Se les obligea de fe rembarquer promp-
tement. Ils fe dédommagèrent lur Po-
puloni, aujourd'hui Piombino , qu'ils
Idem^ ihîi. forcèrent & pillèrent. Le général B^ul.
néanmoins fit faire des propofitions
que le roi d'Italie voulut bien écouter.
Mais il n'étoit pas de l'intérêt des Vé-
nitiens que la paix fe fît entre les deux
empires. Les ducs Wilhaire & Béot,
ceux-là mêmes qui trois ans auparavant
s'étoient mis fous la protection de la
France , la traverferent de tout leur
pouvoir, ôc firent tant par leurs intri-
gues 5 que le commandant de la flote
Grecque craignant pour fa vie, fe re-
tira lans rien conclure. L'année fui-»
vante , on découvrit que ces deux
chefs n'étoient pas plus fidèles à Char-
lemagne qu'à Nicephore. Pépin indi-
gné de cette duplicité , marche aufiî-.
tôt contre les perfides , les attaque par
Charlemagne. 479
terre & par mer, les bat par-tout, dcl"^^^^^^
les force de fe foumettre â fa domina- Ann. 8cp.
tion. Cet exploit mit fin à la guerre
entre les deux empereurs. La paix fut sîgon.i.Ai
conclue, Venife rendue aux Grecs, &: dere^.hai.
la Dalmatie aux François.
Le fac de Piombino ne fut pas le Affaires
feul échec que les François elTuverent j'^fp^^^.f',
cette année, ils le laillerent lurpren-
dre dans Tortofe. Le roi d'Aquitaine
fe mit en devoir de la reprendre , de
fe vit obligé d'abandonner {on entre-
prife. Le fiége d'Huefca n'eut pas un
meilleur fuccès. Mais les affaires de V}^<^^^^^^'
Germanie furent plus lieureufes. Le
roi de Danemarck , malgré tous Ïqs
retranchemens , cherchoit par toutes
fortes de moyens à calmer le reffenci-
ment de l'empereur. 11 fit demander J^g\nàriîê
une conrerence lur la frontière -des
deux Etats : elle lui fut accordée. Tout
fe termina à des plaintes réciproques :
on fe fépara fans rien conclure. Aufïi-
tôt le duc Traficon , fuivant les or-
dres de Charlemagne , fe jeta fur les
terres des Vilfes ou il fit le dégât , prit
^ ruina la capitale de Smeldinges , Se
reconquit tout le pays que le Danois
avoit fubjugué. Godefroy , outré de
colère , fe répandit en menaces contre
4^0 Histoire DE France.
^«Mu-»***» les Abodrites , & ne parloir de rien !
Ann. 805». moins que d'envahir la Saxe & la Frife. ;
Wemînrira ^'^^"P^^^^^ 5 averti de fes bravades,
Caroi, A/^^n. dé cacha un corps de troupes qui fe
faifîrenc de quelques pafTages de l'El-
be , ôc bâtirent une rorterefTe fur la
rivière de Sturie , en un lieu apelé
EfTe-sfelt. Cette précaution déconcerta
les vaftes deffeins du roi des Nor-
mands , & l'obligea de porter ailleurs
fès entreprifes.
Le barbare cependant n'abandonna
Ann. 810. pQJj^j. abfolument fon projet. Il raffem-
bîa toutes fes troupes &c tous fes vaif-
feaux, defcendit en Frife avec une ar-
mée de deux cents voiles , pilla cette
province, défit un corps de Frifons^
ôc de François , s'empara de plufieurs
places confidérables , Se les fournit au
tribut. L*empereur â cette nouvelle
palTa le Rhin , & s'avança jufque fur le
Jrmai.Egîn.YéfQr. Il y avoit à peine arfis fon camp,
(sraiiu cin'A aprit que les ennemis s'étoient
retirés en défordre , de que le prince
Danois avoit été afTafïîné par un de
fes gardes. Cette mort finit la guerre.
Herniiiige, fils & fucceffeur de Gode-
froy , demanda humblement la paix,
&: l'obtint en renonçant à toutes leS
conquêtes de fon père, Elle fut auflS
conclue
ChaxlemAcne. 4^1
conclue fous les mêmes conditions "—■ '■^^-'^--^
avec les Sarafins d'Efpagne. Le roi d-e ann. 8io,
Cordoue rendit , ou laifiTa reprendra
aux François tout ce qui leur avoit été
Enlevé. On régla que l'Ebre ferviroit
de limites aux deux Etats. Les Gafcons
venoient d'être févèrement châtiés î
la Navarre commençoit à s'accoutumer
au joug de la France : ainfi tout de-
meura parfaitement fournis dans cette
grande étendue de pays qu'on apeloic
la Marche d'Efpagne.
On reçut vers ce même temps la „fr^^î^®
t r r r r • d Aix - la-.
teponle du pape lur un uiage univ';;r- chapelle.
Tellement adopté de toutes les Gaules.
Le premier concile de Conftantinople
avoit ajouté au fymbole de Nicée ,
que le faint-Efprit procédoit du Père.
Les églifes de France & d'Efpagne y
inférèrent qu'il procédoit également
du Fils. C'étoit dès - lors la créance u^m , ih\i.
générale. Aind toute la queftion fe
réduifoit a fçavoir fi elles avoient eu
droit d'y faire cette addition. L'empe-
reur la crut aflfez importante pour mé-
riter d'être examinée dans un concile :
il le convoqua dans fon palais d'Aix-
la-Chapelle. Chacun dit fes raifons^
& la chofe parut fi difficile , qu'on ne
voulut rien décider fans prendre l'avis
Tome /. X
k
482 Histoire de France.
«du pape, Le faint père convenoit que
/nn. 810. ^^ fentiment de réglife Gallicane étoit
^. le doetne catholique : mais il foute-
Maron. Sir- • ^ ^ t , r y -
mond. noit en même- temps, quil ne raloit
y, n . r rien innover. 0\\ lui objeda qu'en
/inaJt.inLeO' . 1 v • j
ne , Cyaiii, retranchant cette addition , on donne-
roit lieu de croire qu'elle contenoit
une dodrine erronée. Cette réflexion
lui parut mériter quelque attention :
il propofa , non de la faire effacer avec
éclat dans les miffels où elle avoir été
faite 3 mais de ceffer de s'en fervir
dans la chapelle du roi , fous prétexte,
de fe conformer à la pratique de l'églife
Romaine. On ignore fi le monarque
déféra à cette décifion. Mais , la Fran-
ce, la Germanie & l'Efpagne confer-
verent leur ancien ufagè : Rome même
. l'adopta dans le onzième fiècle , & le
concile de Florence le confacra par un
décret, authentique.
Mort dw La tranquilité dont la France ,com-
7a JiJnce ^ "^ençoit à jouïr , fut troublée par des
Charles. malheurs domeftiques. Pépin roi d'I-
talie mourut à la fleur de Ion âge , ne
laiffant qu'un fils nommé Bernard , à
qui Charlemagne donna le royaume
de Lombardie , & cinq filles que l'em-
pereur fit élever à la cour avec beau-
coup de foin. Le monarque pleura
«<j!j!i'imiiiiniw,ijii.Ba
ChARLÏ MAGNE. 4S5
cette mort , peut-être un peu plus qu'il
ne convenoit à un grand prince^ mais Ann. 8io.
il étoit père , il perdoit un fils à qui Egînard. in
rhiftoire ne reproche aucun défaut : il ;^'^'^- '^^ ^*'-»
bf I 1 LaroLMasa*
len donner quelques larmes
à la mémoire d'un jeune héros , qui Theogan»c*S'
les avoir fi bien méritées par fes ex-
ploits 6c fes vertus. Le prince Charles ,
mourut aufli quelque temps après , dans ^^^' ^ ^ ^'
la trente-cinquième année de fon âge. ^^^^'
On l'a vu à la tète des armées gagner
des batailles , fubjuguer la Bohème,
ôc remplir l'Allemagne de la gloire de
fon nom , Charlemagne le deftinoit à
l'empire. Ce tendre père n'aprit cette
perte qu'avec la plus fenfible douleur ;
fa fanté en fut altérée j mais [on afflic-
tion ne changea rien à fa conduite.
Toujours occupé de la félicité préfente
de les fujets , il fongea même à leur
bonheur à venir. 11 ne lui reftoit qu'un
fils 5 il lui donna toute fa tendreife ôc
tous fes foins. ___»«
Louis avoir toutes les bonnes qua- a^,,, «,,
lites dun particuher , & paroiiioit
avoir aufli celles d'un prince. La bonté , ^"?/[oî
fur-tout étoit le fond de fon caradère. d'Aquitaine,
Généreux dans les commcncemens
jufqu'à l'excès , enfuite avec difcerne-
ment , il avoit trouvé le moyen 3 en
X 1
4^4 Histoire de France.
a^^..,u..^«u. aiminiiant les impôts , de vivre dans
Ann. 8x2. toute la fplendeur des rois. Sa valeur
avoit paru dans les guerres d'Lfpagne,
fa piété dans la fondation de plus de
vingt monafteres , de fon zèle pour la
religion dans la réforme du clergé
d'Aquitaine jufques-là très - déréglé.
^jl^ JJevot , mais lans oublier les autres
devoirs , il avoit deftiné trois jours de
la femaine à donner audience à fes fu-
jets : il écoutoit leurs plaintes , il af-
£ftoit aux jugements de leurs procès :
ce qui fe faifoit avec tant d'équité-,
qu'on n'entendoit parler dans {qs Etats
ni de vexations , ni d'oprelîions. Tel-
les étoient les merveilles que la renom-
mée publioit du jeune prince. L'em-
pereur n'ofoit prefque y ajouter foi :
il voulut être certain qu'on ne le trom-
poit pas. Il envoya en Aquitaine un
nomme de confiance nommé Archam-
baud , fous prétexte de quelque affaire ,
mais en effet pour examiner la con-
duite de fon fils. On lui raporta que
Louis gouvernoit avec tant de fagefle ,
que quoique fa maifon fut magnifi-
que , fes peuples vivoient dans une
grande abondance. O mes compagnons j
s'écria- 1- il dans les tranfports de fa
joie , rejouî(fons-nous de ce que ce jeune
Charlemagne, 4S5
homme eji déjà plus f^gc & plus habile
que nous, Ann. 815.
Dès-lors l'afTocianon à l'empire fiit n^eft aaoci«
réfolue. Ce grand prince fe fentoit^ empne.
afFoiblir de jour en jour : il manda le
roi d'Aquitaine j & ayant alTemblé les
feigneurs de la nation , il leur propofa
fon defTein. On ne lui répondit que
par des acclamations. On choifit un
dimanche pour la cérémonie du cou-
fonnement. L'empereur , revêtu des Egîn,înrîm
ornements impériaux , une couronne ^^^°^* ^'^^'^'
d'or fur la tête , & apuyé fur fon. fils ,
fe rendit à la magnifique chapelle qu'il
avoit fait bâtir quelques années aupa-
ravant. Il y fit îa prière j & après un Thegan c. ë.
beau difcours fur ce que Louis devoir
a Dieu, à Téglife, à fes fujets , à fes
iœurs , aux enfiints de fes frères , ôc à 'P^^'o^^-^^'f'
lui - même , il lui commanda d'aller
prendre la couronne qu'on avoit pla-
cée fur l'autel , 6<: de fe la mettre lui-
même fur la tête. Ce qu'il fit avec
l'aplaudiiTement de toute la noblefTe
du royaume. Quelques jours après
ils fe féparerent avec beaucoup de
larmes , trifte prefTentiment qu'ils ne
fe reverroient plus, lis eft difficile de
concilier cette conduite de Charlema-
gne avec le fentinient d'un auteur très-
4^(j Histoire de France.
* grave , mais quelquefois trop prévenu
/nn. 813. qui prétend que ce prince par fon tef-
^^^^n.a^jfln, tament ne donna l'empire à aucun de
8o5, n'2é, fes enfants , parce qui! avoit lailfé au
pape la liberté d'en difpofer comme il -
le jugeroit à propos. Le couronnement
du nouvel empereur , où le fouverain
pontife ne fut ni apelé , ni confulté ,
eft une ample réfutation non -feule-
ment de cette chimérique conceiîîon ,
mais encore de tous les préjugés ul-
tramontains. L'ordre qu'il reçoit de k
ceindre lui-même le front du diadème
impérial , fait bien connoître c]ue Char-
lemagne ne coyoit tenir l'autorité
fouveraine que de Dieu.
' Le religieux monarque cependant
^^"^'donnoit le reile de fa vie au bonheur
Mort de de fes peuples. Il faifoit tenir des par-
chariema- lements pour les affaires de l'Etat, &
des conciles pour rétablir la difcipline
eccléiîaftique , fort altérée par les guer-
res. Mille prodiges , difent les hifto-
riens , femoloienr annoncer fa fin. On
ne voyoit depuis quelque temps qu'é-
Bgîn. în vita, clipfes de lune & de foleil : phénomè-
CaroLMagn. x\qs tout naturels 5 mais que le peuple
prenoit pour des préfages trop certains
d'une perte qu'il craignoit. On ne fe
rapeloit qu'avec douleur ce qui lui
Charlemagne. 487
étoit arrivé , lorfqu'il marchoit contre
le roi de Danemarck. Une flamme Ann. 814,
defcendue du ciel paffa de fa droite à Nirardui.
fa gauche : au même inftant fon che-
val tomba mort-, & lui-même fut ren-
verfé par terre. Le pont de Maïence,
ouvrage de dix ans , Se qui pafToic
pour une merveille de l'art , fut entiè-
rement brûlé en trois jours. On croyoit
entendre dans fon apartement une ef-
pèce de tremblement ou de bruit fem-
blabie à celui d'un édifice qui menace
ruine. La fuperbe galerie qui iaifoit
la communication entre la chapelle ôc
le palais 5 s'écroula tout- à-coup. La
chapelle même fut frapée de la foudre ,
qui abattit le globe d'or qu'il avoir
fait placer au fommet. On lifoit dans
Téglife une infcription où étoit gravé
le nom du fondateur , Charles prince :
ce dernier mot , quelques mois avant
fa mort , parut tellement effacé , qu'on
n'en diflinguoit plus aucune lettre. Il
croit indruit de toutes les réflexions
qu'on faifoit fur tant d'accidents ex-
traordinaires : il n'en parut ni touché ,
ni inquiet. Son âge de fes infirmités
étoient un pronoftic plus afluré de fa
mort prochaine. II. la vit aprocher avec
cette même intrépidité avec laquelle.
X 4-
4^5 Histoire de France.
Il lavoir artrontee dans les combats.
Akn. 814.11 rravailloit fur l'écriture UsiniQ ^ ,&c g
en corrigeoit un exemplaire qu'on lui '
avoir donné , lorfque la fièvre le fur-
prit. Sept jours de maladie & une
prodigieufe abftinence raffoiblirent-
extrêmement. Il reçut l'Extrême-Onc-
tion j enfuite le Viatique , fuivant la
praticpe de ce temps-la , &, fe fentant
près de mourir , il fit le figne de la
croix fur fon front & fur fon cœur,.
Î)ofa les mains fur fon eftomac , ferma
es yeux , & expira en prononçant dif-
tindement ces paroles du Pfalmifte :
Seigneur j je remets mon efprit entre vos
mains.
st.nporrra^î Ainfî inourut le héros de la France
&f de l'univers , le modèle des grands
rois 5 l'ornement & la gloire de l'hu-
manité. Il étoit de la plus haute taille ,
de l'extérieur le plus majeftueux , le
plus fort & le plus robufte de fou
temps. Cette fupériorité , riche préfent
de la nature , étoit relevée en lui par
celle que donnent les qualités de Tef-
Egin. in vîta prit 5 du cœur ôc de l'ame» Génie fu-
Curoi Magn. ^^^^^ ^ ^^^^ ^ intrépide : l'Italie , l'Ef-
pagne , la Germanie & l'Orient con-
jurés en même -temps ne purent lui
arracher la plus légère marque d'em-
KoasÊm
ChARLE MAGNE. 489
baras ou d'inquicrude. Il fçut au mi-
lieu de toutes fes guerres donner ordre Ann. 814^
à tout Ôc par- tout , réglant fon Etat
& TEglife 5 comme s'il eût été dans
une profonde paix j y faifant fleurir
Pabondance par une vigilance qui s'é-
tendoit a tout j la pietc par de rre-
quents conciles où fouvent il afliftoic
en perfonne , de les lettres par la pro-
tection confiante qu'il leur accordoit i
ami lui-même &c cultivateur zélé des
arts Se des fciences. Auiîi admirable,
lorfqu'il décidoit une queftion dans
une aiTemblée de fçavants, que lorfqu'il
didtoit des oracles dans fon confeil :
auiîî grand lorfqu'il haranguoit un
concile , que lorfqu'il gagnoit des ba-
tailles à la tête d'une armée. Sage dans
le projet , les mefures qu'il prenoit ,
étoient toujours celles qu'il faloit
prendre : conftant & ferme dans fes
entreprifes , il fçavoit les foutenir avec
courage , &: forcer la fortune à les cou-
ronner : ardent à la pourfuite , on le
voyoit paiïer rapidement des rives de
l'Ebre fur les bords de l'Elbe , & du
fond de la Germanie à l'extrémité de
l'Italie. Heureux d'ans l'exécution, il
fut toujours vidoirieux quand il con-
duifit lui-même fes armées , &c rare-
X s
49^ Histoire de France.
ment fiu-il défait lorfqu'il fit la guerre
par les lieutenants.
NN. 14. Qj^ ^^Ij. ^.j^^ partie de tout cela dans
riiifloire des hcros de la fable ; mais
ce qu'on n'y voit pas , ce qui diftin-
gue fur -tout Charlemagne , c'eft ce
tendre amour pour fes peuples, qui lui
faifoit verfer des larmes fur leurs mal-
heurs qu'il n^avoit pu prévoir , mais
gelifm, ^^^^ ^Ç^^^ toujours reparer j c elc ce
caradere bienfaifant & généreux qui
lui mérita, même auprès des payens , le
glorieux nom de père de l'univers :
. cette charité fans bornes , qui épaifa
fes tréfors pour foulager la mifere des
chrétiens de Syrie j d'Egypte & d'A-
frique : ces manières aimables , libres ,
aifées , qui lui attachoient par eftime
ceux qui lui étaient foumis par la def-
tinée : cette modération toujours û
rare dans l'offenfe, qui lui fit épargner
le fang de ceux mêmes qui avoient ofé
, attenter a fa vie : c'efi; cette aplication
fi confiante à rendre la jufiice, qu'il
interrompoit fouvent (on fommeil
pour juger les procès que fes miniftres
n'avoient pu terminer : cette diftribu-
tion des récompenfes fi jufte , fi fage,
qu'en augmentant le nombre de fes
ferviteurs , elle n'excitoit ni jaloufîes ,
C H A R L E M A G N s. 49Î
ni murmures : cette conduite (i admi-
rable dans fon domefcique, cju'elle pou- Ann. 814.
voit fervir de modèle a tout fon royau-
me : fils refpedueux , tendre père ,
maître indulgent : c'eft enfin ce zèle
du bon ordre qui lui infpira ces loix
capitulaires ou ordonnances , auxquel-
les l'Europe doit une partie de fa po-
lice. Preuves éclatantes qu'il favoit éga-
lement gouverner & vaincre. Digne
rival d'Alexandre & de Céfar par fes
adtions militaires , il les effaça par l'é-
clat de fes vertus. Aulîî célèbre dans
les fafles de la religion par fa piété,
qu'illuftre dans les annales du monde
par fes exploits , l'cglife l'a mis au
nombre des faints, de toutes les nations
de concert lui ont donné le nom de
Grand.
On trouve dans fon teffcament une
nouvelle preuve de cette charité gé-
néreufe qui animoit toutes fes adions..
Il ne laiiTa à fes enfants que la qua-
trième partie de fes tréfors de de fes
meubles : le refte fut diftribué aux
pauvres & aux églifes métropolitaines
de fon empire. Il n'avoir rien ordonné- <-, . ,,
lur le heu de la lepulture. On crut
qu'il ne pouvoit repofer plus honora-
blemeni; que dans la magnifique cha.-
X6
492' Histoire de F ranci.
pelle qu'il avoit fait bâtir à Aix fous
Ann. 814. Tiiivocation de la fainte Vierge. On
l'enterra , ou plutôt on le defcendii:
dans un caveau , où il fut alfis fur un
j^g'm. hi vha trône d'or , revêtu de fes habits impé-
riaux , oc du ciiice qu il portoit ordi-
nairement , l'épée au côté , la couronne
en tcte , fon livre d'é/angile fur {qs
genoux 5 fon fceptie & fon bouclier à
Monach, f^g pieds. L'un & l'autre étoient d'or,
«jupi.vh.Ca- ce le pnpe Lcon les avoit bénits. Un lui
roi. Magn, j^\^ par-defuis fon ixianteau royal , la
grande bourf^ de pèlerin qu'il avoic
coutume de porter dans tous fes voya-
ges de Rome. Tout le fépukre fut.
parfumé d'odeurs 3c rempli de quan-
tité de pièces d'or. On le fcella , ôc
par defTus on éleva un fuperbe arc de
triomphe, où l'on grava cette épitaphe:
Ici repofc le corps de Chattes j grand &
orthodoxe empereur ^ qui étendit glorieu.-
fement le royaume des François ^ & le
gouverna heureu fement pendant quaran^
te-Jept ans, 11. mourut la foixante-
douzieme année de fon âge , la trei-
zième depuis qu'il avoit été couronné
empereur d'Occident.
Ses ff.înîi:»es L'hiftoire lui donne quatre femmes,
'Hermengarde , Hildegarde , Faftrade,
bc Luitgarde , qui toutes portèrent le.
Ibid.
C K A R I E M A G N S. 4^^
nom de reines. La première , fille du ^.
dernier roi de^ Lombards , fut repu- Ann. 814.
diée par le confeil des évèques. Il eut
de la féconde quatre fils ,, Charles ^
Pépin , Louis , & Lothaire mort jeu-
ne^ & cinq filles , Adélaïde, Rotrude,
Berthe , Giféle , & Hildegarde. La îdem.'EgTu
troifieme fut mère de Théodrade , &
d'Hiltrude, toutes deux abeifes , cel-
le-ci de Farmoutier , celle-là. d'Argen-
teuiL La quatrième mourut fans en-
fants. 11 avoir eu avant fon mariage
avec Hermengarde , une concubine 5-
nommée Himiltrude y mère de Pépin:
le boiïii , &: de la princelTe Rorhais-
Après la mort de Luitgarde , fe voyant
trois princes capables de régner, il ne
voulut plus époufer de femmes qui
euifent le titre de reines ou d'impéra-
trices. 11 prit fuccefïivement quatre con-
cubines dont il eut plufieurs enfants,
fçavoir Rothiîde de Madelgarde ,
Adeltrude de Gerfuinde , Hugues l'ah-
bé 5 Drogon évêque de Metz , & Ada-
linde de Régine , & Thierri qui fut
mis au nombre àos clercs , d'Adélaïde
ou Adelvide. On lui donne encore
une fille , nommée Emma , qu'on pré-
tend avoir été femme d'Eginard.
C'eft ce grand nombre de femmes
494 Histoire dk Franc?..
ôc de concubines , qui a donné lieu de
Ann. 814. croire à quelques modernes, ou qu'il
en avoir eu plufieurs en même-remps,
ou qu'étanr d'un narurel changeant >
il n'attendoit pas cjue Vune fut morte
pour en prendre une autre. On ne ré-
f tétera point ce qui a déjà été dit , que
e concubinage , nom infâme de nos
jours j étoit alors une fociété aufli lé-
gitime , que ce qu'on apele encore
aujourd'hui en Allemagne mariasse de
la main gauche , en France & ailleurs
mariage de confciencc»
Quelques réflexions auliî fîmpîes
que folides , fuffifent pour venger la
mémoire de ce religieux monarque.
Quelle apparence qu'un prince prefque
toujours occupé de bonnes œuvres oii
de faintes leélures , incapable d'ail-
leurs d'hypocrifie , vice ordinaire des
âmes balles y ait été infidèle à cqs mê-
mes loix , dont il fe déclaroit fi haute-
ment le protedeur & l'appui? Com-
ment eut-il ofé faire publier cette fa-
meufe ordonnance , ovi il met la for-
nication & l'adultère au nombre des
7h co//. 5re. péchés déteftables qui font que Dieu
Joi.^ii^jxg.rrape les royaumes des plus terribles
plaies ? Quel fujet de fcandale pour
tous fes peuples? Quelle matière de
ChARLE MAGNE. 49 f
mépris & de rilée , s'il eût donné lui-
même l'exemple d'un crime qu'il pu- Ann. 814.
niiTbit dans les aunres par la prifon &c
par la privation de leurs charges ? Eft-
il croyable qu'Eginard , qui lui repro-
che Ton peu de ferm.eté à réprimer , &
les cruautés de Faflrade , 3c le liberti-
nage des princeifes fes filles, ait gardé
un profond filence fur une vie au(îi li-
cencieufe que celle qu'on lui impute ?
Quelle idée devroit-on avoir de Thii^
torien de Louis le Débonnaire , qui , en
parlant de la mort de ce grand empe-
reur, ufé de ces termes confacrés par
la piété : V homme jujle mourut j, Mor- ^^y^^J^^
tuus efl vïr jufius ? Que penfer des ^"'
conciles de Verneuil & de Rome , qui
le placent au rang des grands rois qui
ont remporté de grandes vidoires , par-
ce qu'ils étoient de grands faints ? C'eft
le langage de tous les auteurs contem-
porains. Thégan , le moine d'Angou-
lême , & l'anonyme qui écrivoit fous
fon rèo-ne , lui donnent les mêmes élo-
^es. Ce n'eft que plufieurs fiècles après
fa mort , qu'il s'eft élevé des doutes
fur la pureté de fes mœurs, comme
s'il étoit impolîible qu'un homme qui
a vécu foixante-douze ans , eût époufé
neuf femmes l'une après l'autte. Nous
'49^ Histoire de France.
ne craignons donc pas de dire avec le
Ann. 814. grand BolTuet > que cétoït un prince
Sermon à ^^^^ chrétien dans toutes fes aciions ^ mal-
Touverture pré les reproches des fiècles ignorants,
biée généra- ^^ monarque 11 grand , etoit en me^
le du clergé me temps le modèle de la plus rare
«efranceen 2 n. r\ \ ' • f^
i6Bï. modeltie» On ie voyoïc toujours vêtu
Prem. loîx 2. la Françoife , & fon habillement, hors
ciTFrance" ^^^ occaiions d'cclat , drfféroit peu de
jj.„ . celui même du peuple» «< Il porroit ea
àeiWad.des i^ hïveï ^ dit liginard , un. pourpoint
p^ L, tome „ f^îj^ ^Q pç^^ (jg loutre fur une tuni^
j> que de laine avec un iimple bordé
5> de foie. Il mettoit fur {qs épaules
3> un fayon de couleur bleue , & pour
53 chauffures & pour brodequins , il fe
35 fervoit de bandes de diverfes cou-
M leurs 5 xroifées les unes fur les autres;,
« il s'enveloppoit enfuite d'un man-
3) teau , fi long par-devant & par der-
3> rière , qu iltouchoit aux pieds j fi courr
3> par les côtés , qu'à peine aprochoit-
3> il des genoux «. Tel étoit à peu-près
l'habit ordinaire du François. Mais la
nouveauté , fur - tout en matière de-
modes, eut toujours de grands char--
mes pour iui^Il vit aux Galois de petits
manteaux bigarés : il les préféra aux
grands , qui dès-lors commencèrent à:
lui paroi tre trop embarraflaiits. La con.-
C H A R 1 H 1^ A G W ï. 497
quêre d'Italie fit naître le goût des ha- ^
bits de foie, ornés de ces riches pelle- Ann. 814»
teries que les Vénitiens raportoienc
de rOnent. L'empereur , dit le moine
de faint Gai , diilimula d'abord 5 per-
fuadé que fon exemple rameneroit la
nation à k fimplicité de fes ancêtres.
Mais voyant qu'il ne faifoit aucune
imprelîion fur le courtifan , il réfolut
enfin d'y joindre l'autorité. C'eit à lui Çaphul trî^
que la rrance eft redevable des premie- an. V > %. \ ,.
res loix fomptuaires, qui, en fixant lePM^s.
prix des étoffes , diftingue l'état de
chaque particulier par raporc a l'ha-
billement.
Au refte il n'eft pas étonnant que Etat du com-
parmi cette multitude de règlements Î^^Jj^p^,,^^^^"^.
qui compofent la loi Salique, il n'y en mieres rates»
ait aucun qui regarde la réforme du
luxe. Ce vice, enmnt de l'abondance,
ne paroît guère dans le commencement
^Qs empires. Le règne des conquérants
eft rarement celui du commerce , qui
feul produit les -grandes richeifes. On
l'avoit vu fleurir dans les Gaules fous
la domination des Romains : les pre-
miers rois Mérovino^iens l'y trouvèrent
prefque entièrement négligé : les guer-
res continuelles qu'ils eurent à foute-
ïiir j ne leur permirent pas de le léta-
49^ Histoire de France.
blir dans fon ancien éclat. Mais s'il fut
Ann. 814. dégradé dans les premiers fiècles de la.
monarchie , il ne fut jamais abfolumenc
éteint : il paroît même qu'il avoit quel-
que vigueur fous le roi Contran. Ce
hîM-fJ'^i. pî^ii^<^^ ) mécontent de Childebert fon
neveu, interdit toute communication
entre la Bourgogne de l'Auftrafie. On
Fred. chron. voit fous Clotaire 1 1 une fociété de
^* ^ ' marchands , qui fous la conduite de
Samon partent du territoire de Sens
pour aller négocier en Efclavonie. On
A^vàlOw trouve fous Da^^obert 1 quantité de
liez y inhifi, i ' ' ur ^ J
chatt. fanSii iTiatches établis , comme autant de
Dzo/2.p.6 5j. rendez-vous 5 en faveur de ceux qui
vouloient acheter ou vendre. On aprend
par un capitulaire du neuvième uècle ,
que fous Charlemagne les François
alloient par bandes trafiquer chez les
Efclavons , les Abares 6c les Saxons :
il leur étoit défendu d'y porter des
Chr. Fontan» armes ôc des cuiraiTes. On lit dans la
chronique de Fonteneiles , que dès les
premières années du règne de ce grand
empereur , il y avoit un commerce
réglé entre la France de l'Angleterre.
Le monarque François, indigné de la
témérité d'Offa roi des Merciens , dé-
fendit toute efpèce de trafic entre les
deux peuples : il ne fut rétabli qu'au
bout de deux ans.
f. J5
Cha rlemagne 499
On ne connoilToit guère alors d'au-
tre négoce, que celui qui fe fait dans Ann. 814.
les marches. C'étoient prefque les feuls Marehés ou
d\ 15 ^ r • J foires.*
roics ou Ion put le pourvoir des
chofes néceffaires à la vie. Les arti-
fans 5 les artiftes , & les marchands dif-
perfés ça & là 5 n'avoient point encore
fixé leur féjour dans les villes : elles
n'étoient habitées que par les prêtres
ôc quelques ouvriers. On n'y voyoic
ni moines , ni moniales : il y avoir peu
de monafteres, qui ne fufTent en pleine
campagne ou autour des cités. La no-
blefTe demeuroit dans fes terres , ou
fuivoit la cour. Les gens de Poète j
c'eft-a-dire , fous la puifFance , ne pou-
voient fans la permiilion du feigneur
quitter le lieu de leur nailLance : le
ferf étoit attaché à l'héritage , l'efJave
à la maifon ou à la campagne du mai-»
tre. On fent combien cette difperfion
ctoit peu favorable au commerce , qui
aime les fociétés grandes de policées.
Ce fut pour remédier à cet inconvé- J^,^P^^: ^^^'
nient , que nos rois établirent ce grand c,i$,
nombre de foires , où chacun dévoie
fe rendre , les uns pour fe défaire du
fuperflu , les autres pour fe procurer
l'utile & l'acrréable. Celle de faint De- A-^ui Dit*
nis étoit une des plus fameufes. On y ^^' "'^' ''^*
^00 Histoire de France.
■■■wiiiwfi ygi-^QÎ!- ^ non- feulement de toute h
Ann. 814. France, mais de la Frife , de la Saxe,
de l'Angleterre ç de l'Efpagne & de
>?pyrfF^/i. l'Italie. C'eft ce qui paraît par Tade
hifl^ejiij:L% ^^ ^^^^ établifTêment fous Dagobert I ,
*^- & par une ordonnance de Pépin le
Bref, qui confirme aux moines de cet-
te abbaye, le droit de toucher les péa-
ges fur le territoire de Paris.
Commerce Qn. voit cependant par plufîeuTS
aantirae, t • n • 1
monuments hiitoriques , que le com-
merce dans ces fiècles reculés n'étoic
point abfolument reftreint aux feuls
marchés , ni aux feuls étrangers Euro-
Ft'fr,frdre'pigi^5^ La ville d'Arles , fous les pre-
au corn des ^ . ^ 1 ■»«■/• • r -
«ri,c.i^,n.8.miers règnes des Merovmgiens , etoit
encore en réputation pour fes manu-
factures , pour fes broderies , de pour
fes ouvrages de rapport en or & en ar-
gent. C'étoit , aina que Narbonne ÔC
Marfeille , l'abord de tous les vaiiTeaux
d'Orient & d'Afrique. Elle communi-
quoit à Trêves une partie des richeffes
que les flores étrangères lui aportoient.
On les embarquoit fur le Rhône juf-
qu'à Lyon. De-là conduites fur la Sône
êc le Doux , elles étoient mifes a terre ,
enfuite voiturées jufc]ua la Mofetle,
qui les rendoit au lieu de leur deftina-
tion. Ces beaux jours , par la fatalité
o?!9!n««!m
Charlsmagne. 50Î
des guerres , s'éclipferent infenlîble-
ment. Les Afiadques de les Africains Ann. 814,
n'oferent plus aborder dans nos ports.
On vit alors quelle eft la force des in-
clinations primitives &c innées. Nar-
bonne , Arles de Marfeilie conferve-
rent toujours ce génie marin , qui en
avoit fait los entrepôts de l'univers.
Elles enrretenoient, fous les ( ,arlovin-
giensjun certain nombre de vailïeaux,
quelles envoyoient commercer a vJonf-
tantinople, à Gênes , a Pife. Les Lyon-
nois , unis aux Marfeillois ôc aux Avi-
gnonois , avoient coutume d'aller deux
rois l'an à Alexandrie , d'où ils rapor-
toient des parfums Ôc autres marchan-
difes, qui fe veadoient en Provence 3c
dans tout le royaume Mais jamais le J^^^j^f-^ou
négoce n avoit ete aulli Horiliant qu ûfiUa,
le fut fous Louis le Débonnaire. Ce
prince , attentif au bonheur de fes fu- •
jets 5 établit un corps de marchands ,
fans autre fervitude que de venir tous
les ans au palais , pour y compter à
fa chambre. Il leur permet de trafi- AlphaUt,
quer dans toute l'étendue de fon em-"'- ^"^''^•î'i
pire , déclarant qu'il les prend lous fa
'proteâ:ion fpéciale , ordonnant à fes
officiers de leur fournir les vaiifeaux
dont ils "auront befoin pour joindre aux
50Z Histoire de France.
leurs : établiiTement qui fembloit an-
Ann. 314. noiicer aux fîècles à venir cette focié-
té 11 célèbre de nos jours , fous le nom
de compagnie des Indes.
De tout ce détail il réfulte que fous
les deux premières races de nos rois ,
les François fe font peu mêlés du con-
merce. Us l'abandonnèrent prefque en-
tièrement aux étrangers , qui ne leur
Monach aportoient que des bagatelles. L'Ef-
deJcb! bdùf^E^^ ^^^ fourniiToit de chevaux & de
Car, Mag.c. mulets y la Frife 5 de manteaux de di-
*'*■* verfes couleurs, de fayons, ou veftes,
& de rochers ou habits de delTus,
fourés de peaux de martre j de loutre
ou de chat; TAnglev.rre , de blés, de
Idem, c.i^. fgj. ^ (i'^tain , de plomb, de cuirs Se de
chiens de chalTe ; l'Orient Se l'Afrique ,
d'herbes, de vins , de gaze, de papier
d'Egypte , feul en ufage en France juf-
Creg. Tur. que dans le onzième fiècle , Se d'huile
^t'Vl cllZ d'olives , liqueur alors fî rare dans nos
climats , qu'un concile d'Aix-la-Cha-
pelle permet aux moines de fe fervir
d'huile de lard. Au refte fi l'étranger
n'amenoit en France que des chofes
communes Se de peu de valeur , celles
qu'il en tiroir , n'offroient rien de. plus
Fwt. iM(/. riche , ni de plus précieux. C'étoit pour
«•38»n-7» l'ordinaire de la paierie , des cuivres
ChARLE MAGNE. 5O5
ouvragés , du vin , du miel , de la ga- !^
rance ôc du fel. On voit par une lettre Ann. 814
de Jérémie , évêque d'une ville mariti- Inter. epifî,
me, que la gabelle n'étoir point encore ^''^'^^^''^^"^
établie au neuvième fiècle , ôc que le
fel fe faifoit alors comme aujourd'hui.
Il manqua dans la province du prélat ,
parce que les pluies avoient inondé les
filions ouverts pour recevoir les eaux
falées de la mer. 11 prie l'évêque de
Toul de lui en envoyer de Lorraine ôc
de Franche-Comté. Ce qui prouve que
dès-lors ces deux falines étoient en
vogue, & que chacun faifoit fa provi-
fîon de fel où il jugeoit à propos , fou-
vent même dans un royaume voifin de
celui dans lequel il habitoit.
On trouve dans le recueil des capi-
tulaires quantité de règlements , tant „.
lur le négoce -en gênerai, que lur 1639, Capimi,
commerce en particulier des efclaves,^»"»^»^.
de l'argent monnoyé , des vafes pré-
cieux , de des pierreries , trafic alors
très - commun en France. Les uns dé- ^'^P'^'- ^' ^*
fendent d'établir des marchés fans la * ^^'
permilîion du roi , ou de les tenir les
faints jours de dimanche : les autres
décernent de rigoureufss peines contre
quiconque vendra clandeftiment un ef-
clave 5 ou livrera un chrétien aux juifs
504 Histoire de France;
■ î""" ' ."■! de aux païens. Ceux-ci interdifent toute
Ann. 814. vente de nuit: ceux-là enjoignent de fe
Capit. an. fervit de mefures 3c de poids égaux
^^'^•^' dans toute l'étendue de l'empire tran-
a.yt!t^6lcap,^^^^ : cet autre ordonne que le mar-
chand juif payera la dixième partie de
fon profit, & le chrétien la onziemet
roUCalv.tiû ^^^ impôts avec les droits de pafiTage,
f 5 , c }. de pontage , d'entrée & de fortie , rai-
foient une partie confidérable du revenu
de nos rois, ils avoient fur les lieux des
Gtji. Va- gens prépofés pour les lever* Dagobert I
f J/ '^^^* ^* ordonne qu'on prendra cent fous fur la
recette royale de Marfeille, pour ache-
ter l'huile néceifaire à l'églile de faint
Denis , qu'il avoit fi richement dotée
ou fondée.
Fin du Tome premier^
De l'Imprimerie deCLOUSlER,
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V tè.
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